Les critiques 2014

Critiques

Une bonne critique ne nécessite pas forcément un bon film. Soit, un petit florilège de mes billets d’humeur en 2014. Subjectivité, quand tu nous tiens…

Bird people de Pascale Ferran

Cela commence comme un film social bien ancré dans une réalité urbaine où déshumanisation et usure prédominent. Puis vient, inattendus, le conte, la fable. Le concept n’est pas forcément aisé à accepter, il n’en rend pas moins le propos limpide : l’homme n’est pas une simple machine, il a parfois besoin de se délester et de s’envoler… tel un oiseau.
4.75/6

La chambre bleue de Mathieu Amalric

Le bleu est une couleur chaude quand il tapisse les murs d’une chambre d’hôtel où s’activent les ébats charnels d’un couple. Le bleu est une couleur froide lorsqu’il teinte les parois peu avenantes du bureau d’un juge ou d’une chambre de l’instruction dans lesquelles vie et vérité sont dépecées. Un contraste plus que signifiant. Le tout se tisse autour d’une intrigue troublante dont la résolution laissera ouvertes quelques questions.
4.75/6

Her de Spike Jonze

Ville américaine, gratte-ciel cernés d’une brume ensoleillée… Symbolique de ces solitaires errants, greffés à leur oreillette, mais pas si malheureux. En anticipant un monde prochain plus que crédible, Spike Jonze vise juste et touche. Ici s’ouvrent les possibles et les interrogations. En quoi se définit l’humain ? Peut-on aimer une voix seule ? Le fantasme n’est-il pas pure manipulation ? Qui de l’homme ou de la machine domine l’autre? Et l’on en conclut que si les technologies évoluent incessamment, les sentiments humains, les espoirs et les déceptions demeurent toujours les mêmes.
5.25/6

Le Hobbit : la bataille de cinq armées de Peter Jackson

Dernier chapitre d’une trilogie qui au final aura réussi surtout l’exploit de durer davantage que le temps de lecture du livre d’origine. Certes, on ne s’ennuie guère, l’action étant bien présente et rythmée. Cependant, alanguie par les incohérences, que l’entreprise paraît vide et vaine ! De quoi regretter la force dramaturgique et le caractère épique de la saga du Seigneur qui avait su en son temps marquer le cinéma et notre imaginaire.
4/6

Magic in the moonlight de Woody Allen

Après l’excellent cru 2013 aux senteurs de jasmin bleu, force est de constater que le nouveau millésime allenien manque sérieusement de caractère. Historiette surannée, couple de personnages peu crédible, mièvrerie proche du kitsch, comique trop discret. Et pourtant, cela n’empêche pas un certain charme d’agir, comme par magie. Les acteurs sont bons – on croirait entendre la voix du maître derrière les répliques cyniques de Colin Firth – et le propos plus profond qu’il n’y paraît de prime abord. Il suffit d’y croire un peu.
4.5/6

Mommy de Xavier Dolan

Annoncé comme l’un des chocs émotionnels de l’année, « Mommy » du Québécois Dolan est-il la bombe attendue ? On se laisse sans peine emporter par l’énergie d’un beau trio d’acteurs plus vrais que nature. Le bouquet linguistique de leurs dialogues – merci aux sous-titres – amuse le plus souvent. L’amour côtoie la violence dans chaque mot et dans chaque acte. On admire aussi le talent du cinéaste, ses choix esthétiques et formels – tourné en format carré, le film reprend une forme classique le temps d’une accalmie -. En fait-il trop ? Certainement, rasant parfois le kitsch et la maladresse. Péché d’orgueil ou de jeunesse ?
5/6

Une nouvelle amie de François Ozon

Ozon n’imite pas, Ozon n’opte jamais pour la facilité, Ozon ose et c’est ce qui fait tout l’intérêt de son cinéma. Sur le thème de la confusion des genres, le réalisateur s’interroge et nous interroge. Il amuse, il dérange. Sa provocation est douce, élégante, non militante, éloignée du graveleux. Elle en devient d’autant plus marquante.
5/6

Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu de Philippe de Chauveron

Vous vous esclaffez devant les clichés faciles sur les races et les religions, vous rêvez de voir un Christian Clavier bedonnant vêtu d’un boubou ou un chien avaler un prépuce, le tout baignant dans une beaufitude franchouillarde où chacune des aspérités entrevues ne pourra évidemment que s’effacer au final ? N’hésitez plus, la « comédie » phénomène du moment est faite pour vous ! Quant aux autres sceptiques, ils se demanderont longtemps : « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu… pour mériter une telle affliction ? »
2.25/6

Samba de Eric Toledano et Olivier Nakache

Le film débute par un long plan-séquence qui, partant d’une noce digne de Gatsby, poursuit le gâteau de mariage jusqu’au fin fond des cuisines, domaine des plongeurs exilés. Dommage que la suite ne soit pas aussi astucieuse que cette entame réussie. Le duo « intouchable » réunit ici à nouveau des personnages en rupture, issus de mondes antagonistes, usuellement destinés à exister en parallèle sans jamais se croiser. Si cela marche quelques instants, à force de dissonances, longueurs inutiles et facilités scénaristiques, on se lasse plutôt vite de cette mécanique pourtant pleine de bonne volonté.
4/6

Snowpiercer de Bong Joon Ho

Film d’anticipation apocalyptique d’une originalité rare où l’humanité rescapée se résume en un train lancé à pleine vitesse dans une nouvelle ère glaciaire. Là, l’espace se limite aux wagons, le temps se calcule en kilomètres et l’espoir hiérarchique se traduit par l’horizontalité. Beauté visuelle et constat social cruel pour cette terrible métaphore de notre monde.
5/6

Still the water de Naomi Kawase

Le cinéma de Naomi Kawase exige de la patience. Rythme lent, contemplation appuyée, ancrage culturel japonais, croyances parfois opaques… Ceci accepté, on se laisse toucher par la force universaliste de son animisme et la poésie de ses images. Telle cette bulle d’eau finale qui remonte des profondeurs sous-marines pour éclater en pleine lumière. Telle cette scène d’adieu que l’on gardera longtemps en soi : entre chants, danses et musiques, elle rappelle que c’est en acceptant la mort que l’on peut commencer à vivre…
4.5/6

Timbuktu d’Abderrahmane Sissako

Comment évoquer l’avancée de l’intégrisme, sujet sombre, épineux et si présent aujourd’hui ? Le réalisateur mauritanien répond en y opposant lumière et couleur. Il tisse un ouvrage délicat qui dénonce toute l’absurdité et la fatuité de la violence qu’elle soit religieuse ou entre deux êtres. Les oppresseurs eux-mêmes ne comprennent ni ne respectent les règles qu’ils s’efforcent de faire appliquer. La résistance passe par le chant, la musique et l’imaginaire, telle cette partie de football jouée sans ballon… Ce qu’il perd peut-être en force et rage, le film le gagne en poésie et beauté.
4.75/6

A touch of sin de Jia Zhang Ke

A travers quatre histoires qui se touchent et s’enchaînent avec tact, le réalisateur montre une Chine gangrenée par la corruption et où le communisme tant prôné n’est que l’illusion imposée par le capitalisme roi. Seules la violence et la mort semblent en découler. L’association entre personnages et bestiaire ambiant rappelle aussi que l’homme est le seul animal capable d’inhumanité. Un constat cru.
4.5/6

Le vent se lève de Hayao Miyazaki

Le maître japonais tire sa révérence sur un diamant très personnel. De prime abord, le thème de l’ingénierie aéronautique peut refroidir. Sous les pinceaux de l’artiste, il devient un hymne universel à l’amour et à l’onirisme dont la naïve simplicité bouleverse. Le vent se lève… Il faut tenter de vivre… et d’accomplir ses rêves. Domo arigato gozaimashita Monsieur Miyazaki. Vous nous manquez déjà…
5.5/6

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Felix Herngren

Alors que la comédie française se distingue actuellement par un degré rare de beaufitude – Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu pour mériter, jamais le premier soir, un barbecue de 16 ans ou presque ??? -, les Suédois osent ici l’inventivité, l’irrévérence et l’humour potache. Cette histoire de Forrest Gump scandinave qui prouve que l’existence ne s’arrête aucunement à 100 années amuse beaucoup en nous surprenant sans cesse. Comme disait la mère de l’autre : « La vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber… ». Et parfois, c’est un éléphant qui s’abat sur nous…
4.75/6

Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan

Isolé au cœur de l’Anatolie et de ses paysages enneigés à la beauté irréelle, l’humain dans toute sa complexité. Tragique et sombre, dans ses rapports de force, ses manipulations et ses humiliations quotidiennes – conscientes ou inconscientes –, son avidité à posséder. Comique, dans ses gestes et ses mots maladroits. Lumineux, dans ses actes d’amour. Universel, au final. Sans être ma palme, ce voyage en Cappadoce s’impose.
4.75/6

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