« Notre petite sœur » (Umimachi Diary) de Hirokazu Kore-eda

Critiques

Sachi, Yoshino et Chika, délaissées il y a 15 ans par leur père, se rendent par devoir à son enterrement et y rencontrent la jeune Suzu, leur demi-sœur. Attendries par la fillette, elles lui proposent de venir habiter avec elles au bord de la mer. Adepte de l’art de la délicatesse, le Japonais Kore-eda poursuit son étude de la famille. Nobody Knows, Still Walking et Tel père, tel fils, ses films précédents, évoquaient déjà avec une douce violence les relations complexes entre parents et enfants, appuyant notamment sur le traumatisme de l’abandon. Moins cruelle que les autres, cette histoire charme vite par sa simplicité première. Au fur et à mesure, cependant, le caractère prototypé des trois femmes s’estompe : Sachi, l’aînée, mère de substitution dévouée, dissimule derrière son autorité et sa droiture une relation difficilement avouable. Yoshino, la cadette, rebelle dans l’âme, s’avère peut-être la plus sensible. Chika, l’originale, ne tarde guère à s’adapter. A l’égard de leur petite sœur, symbole de la trahison paternelle, aucune amertume éprouvée, mais un vif désir solidaire issu de leur statut d’orphelines : « si Dieu ne nous aide pas, aidons-nous les uns les autres » prêche l’un des personnages. Les nombreux repas cadencent les retrouvailles et facilitent l’apprivoisement. Les plaisirs partagés de la « bonne chère » créent les liens intergénérationnels et l’alcool de prune délie les langues et permet les vérités. Car, face à la lâcheté parentale, les écorchures restent ouvertes et l’équilibre trouvé aussi fragile, voire précaire, qu’un pétale de cerisier accroché à une chevelure juvénile.

Pensée du jour : du terreau le plus aride émerge la grâce fragile des cerisiers en fleurs.

8/10
twitter.com/cinefilik

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2 réflexions sur “« Notre petite sœur » (Umimachi Diary) de Hirokazu Kore-eda

  1. Les plaisirs partagés de la « chair » ?
    Il fallait que je réagisse, hm?
    Et puis j’irai probablement voir le film.
    Merci pour tes critiques qui permettent de faire le tri dans les nombreuses sorties cinématographiques.

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    1. Je te remercie ! Ma phrase évoquait l’expression « faire bonne chère », soit « faire un bon repas ». Il ne s’agit aucunement des plaisirs charnels. Mais afin d’éviter l’ambiguïté, j’ai rajouté le mot « bonne » et mis le tout entre  » « .

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