« Les 8 salopards » (The hateful eight) de Quentin Tarantino

Critiques

Pensée du jour : Huit salopards, au milieu de nulle part, l’un d’eux sort une arme et il n’en resta plus que…

Dans un paysage de neige s’avance avec peine une diligence. A son bord John Ruth, chasseur de primes, et la fameuse Daisy Domergue, sa prisonnière. Ils sont arrêtés par le Major Marquis Warren, ancien soldat noir de peau, qui les rejoint à bord. Fuyant le blizzard, tous trouvent refuge dans une mercerie relais occupée par quatre autres énergumènes. Le jeu de dupes a déjà commencé et le blanc va bientôt virer au rouge.

Il faut avoir le cuir dur pour apprécier le huitième long-métrage (Kill Bill 1 + Kill Bill 2 = 1) du sale gosse d’Hollywood. Cinéma inconfortable et au bord de l’implosion, ferveur ambiante étouffante alors qu’ils se gèlent à l’écran, croque plus que crispante de ces satanés pop-corn, odeur de vieille clope froide exhalée par les bâillements réguliers du voisin imposé… Le cœur se soulève et c’est parti pour près de 3 heures de western mêlant parlotte démesurée, enquête « agathachristienne » sur les faux-semblants et gore Z comme Zorro. La vessie tiendra-t-elle le choc ? En aparté, par son public et sa durée, il s’agit certainement là du seul film capable d’engendrer une file devant les toilettes des hommes aussi longue que pour ces dames. La mise en place des protagonistes, certes essentielle, est laborieuse. Une petite coupe pour égaliser n’aurait fait aucun mal ! Mais, dès les premiers instants, la patte de Q est bel et bien présente. Sur une musique hommage d’Ennio Morricone, la maîtrise brillante du « storytelling », qui détermine son œuvre et ses personnages, fait le nécessaire pour que l’ennui en sorte vaincu. Humour corrosif, mise en chapitre et déconstruction de la narration, suspens à retardement pour une explosion ultime de violence jouissive… Peu gentleman, il n’épargnera personne et surtout pas la « bizute » Jennifer Jason Leigh qui s’en prend plein la face. Les plus analystes des spectateurs tâcheront de se rassurer en interprétant ces différents profils – shérif, desperado, confédéré, afro-américain, mexicain, captive… comme les visages graves des Etats-Unis d’hier et d’aujourd’hui – pouvoir, guerre de Sécession, droits civiques, immigration et émancipation féminine… Les autres se contenteront sans peine de partager, dans sa cour de récréation, le plaisir ludique du « faquin » de Godard, au point de souffler un « déjà » lorsque retentissent les premières notes du générique final. Ce nouvel opus « tarantinesque » ne réconciliera pas grand monde : les sceptiques continueront à le considérer comme un usurpateur, pilleur de tombeaux oubliés, et ses aficionados, comme le génie pop-rock du septième art. Libre à chacun de choisir son camp.

8/10

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