« Chocolat » de Roschdy Zem

Critiques

Pensée du jour : Pas de bras, pas de…

Peu avant la fin du 19ème siècle, George Footit, clown au succès déclinant, végète dans un petit cirque de province. Ses numéros ne plaisent plus, il doit se renouveler. Séduit par la performance d’un grand noir qui effraie le public en jouant les faux cannibales, il lui propose un duo inédit. La foule applaudit et donne naissance à Chocolat.

De l’ombre à la lumière et de la gloire à l’oubli, l’histoire du premier artiste de couleur sur une piste française. Et c’est bien sur les épaules de ce personnage hors-norme que repose le grand intérêt du film aux résonances tout actuelles. Vendu en tant qu’esclave à 8 ans, migrant sans papier longtemps contraint dans un rôle de sauvage avant de briller sur les scènes parisiennes en tant que sous-fifre, Rafael Padilla, de son vrai nom, n’aura de cesse d’être confronté au racisme durant sa vie entière. A une époque où les zoos humains glorifient le colonialisme, Chocolat, qu’il soit immortalisé par Auguste et Louis Lumière – interprétation amusante des frères Podalydès –, croqué par Toulouse-Lautrec, statufié au Grévin ou ovationné au sein du Nouveau cirque, n’est toléré que comme le souffre-douleur grotesque des blancs. Si bien que ses velléités shakespeariennes ne lui seront jamais pardonnées et – associées à son goût pour les femmes, l’argent et les jeux – le perdront. Soit, un écho aussi à l’étroitesse du monde artistique hexagonal qui a la fâcheuse tendance d’enfermer ses représentants dans des cases de couleur, ne tolérant que difficilement la transgression. Dès lors, il n’est pas innocent de faire porter le costume à Omar Sy : étonnamment moins clownesque que d’habitude, il dissimule un visage grave derrière son large sourire et opère un décrochage dramatique dans sa carrière. Parmi les personnalités préférées et intouchables des Français, il est le premier acteur noir à être césarisé et reconnu par ses pairs… Près d’un siècle après Rafael Padilla, il était « tard ». Face à lui, dans une relation amoureusement sadomasochiste, le petit-fils de Chaplin fait ce qu’il peut. Meilleur acrobate que comédien, il est néanmoins dans son élément. C’est par la mise en scène que l’on est chocolat. Sur la retenue, la caméra de Roschdy Zem, comme trop respectueuse de son sujet, peine à dynamiser l’ensemble. Peu enlevée, elle ne parvient pas à retranscrire la fièvre comique des numéros du duo qui consumait le public de l’époque. Il faut croire qu’un petit blanc humiliant un grand noir ne fait plus rire aujourd’hui… Rassurant, tout de même.

6.5/10

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