« El clan » de Pablo Trapero

Critiques

Pensée du jour : Petits meurtres en famille

Au début des années 80, la démocratie argentine n’en est qu’à ses balbutiements. Arquímedes Puccio, qui servit secrètement la dictature, assiste à cette révolution avec scepticisme. S’estimant protégé, il poursuit ses activités criminelles en se lançant dans les enlèvements et entraîne avec lui toute sa famille.

Le regard d’un bleu arctique, le cheveu blanc comme la glace, l’homme a l’air du voisin aimable et tranquille qu’on ne connaît guère. Père et époux attentionné, Arquímedes quémande à sa femme en cuisine un peu plus de viande, sinon « il pourrait se laisser mourir de faim », dit-il en souriant presque. Une caresse pour la remercier et le voilà qui emporte calmement l’assiette sur un plateau. Dans un plan-séquence redoutable, la caméra en mouvement se détourne et suit son pas leste. Une remarque à son aîné, les pieds sur la table, l’exhortant à aider sa mère fatiguée, puis il monte les escaliers. « Le repas est bientôt prêt » annonce-t-il en passant à Adriana, sa fille cadette, occupée dans sa chambre. Au bout du couloir, il prend une clé et ouvre une autre porte. Dans la baignoire de cette salle-de-bains abandonnée, un jeune homme attaché et encagoulé, la peur au ventre… Ainsi s’exprime le lien plus que solide entre la violence domestique et celle de l’État. Après tant d’années d’exactions militaires, de torture systématique et d’impunité gouvernementale, le kidnapping n’est-il pas un business lucratif aussi sensé qu’un autre ? De cette folie meurtrière, le patriarche entache son fils Alejandro, grand espoir du rugby, en l’utilisant comme rabatteur. Celui-ci s’exécute sans réelle compréhension ni résistance et tous deux s’unissent dans une scène limite où l’Eros se coalise à Thanatos. C’est là que le film perd son spectateur, abasourdi devant le spectacle d’une famille dont la cruauté amorale des uns n’a d’égale que l’aveuglement bêta et complice des autres. Innocence lâche ou lâcheté coupable, la mise-en-scène ne laisse pas l’ombre d’un doute et on ne croit plus, à moins d’une déficience génétique au sein du clan Puccio, à tant de naïveté et d’ignorance crasse. De même que le choix d’une musique juke-box, étouffant les cris des victimes quand elle est diégétique, désamorce maladroitement la tension au point de sonner faux dès qu’elle ne l’est plus. N’est pas Scorcese qui veut ! En dépit de l’estampillage « d’après d’une histoire vraie », la fiction ne dépasse jamais la réalité et décrédibilise peu à peu ses personnages qui auraient pu devenir des pantins hilarants sous l’œil ironique d’un Tarantino. Là, appuyé par le jugement final, seul l’effroi se dispute à un ridicule rebutant.

5.5/10

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