« Elle » de Paul Verhoeven

Critiques

Pensée du jour : Jeu, tue, hell

Marquée à jamais par un lourd passé, Michèle est devenue un roc dans sa vie personnelle et professionnelle. Le jour où un inconnu fait irruption dans sa belle maison et la viole avant de fuir, elle refuse de se laisser abattre, fait face et prend les choses… en main.

« Des uramakis… Oui, deux pièces. » Au lieu d’appeler la police, Michèle commande des sushis par téléphone, peu de temps après avoir été agressée. Le déni ? La honte ? L’indifférence ? Rien n’est si limpide en elle. La nature trouble du personnage se dévoile petit à petit, éclairée par ceux qui gravitent autour de cette femme à poigne,  les hommes de sa vie notamment : son père, son ex-mari, son amant, son fils, ses employés, son voisin… Michèle se révèle à la fois victime, jalouse, dominatrice, protectrice, directrice et soumise. Un caractère multiple qui l’entraîne dans un jeu sadomasochiste risqué au point de pactiser avec le diable lors d’une descente aux enfers symbolisée. Mais comme le confirme Richard, son époux : « La plus dangereuse, Michèle, c’est tout de même toi. » On raconte que le scénario était trop pervers pour le cinéma américain, d’où un tournage et un casting français. Dans le rôle-titre, la reine Isabelle d’une classe effrayante. Qui d’autre pour alterner banalités quotidiennes et horreurs orales avec tant d’élégance et de maintien ? Quelle autre actrice peut être réduite au pire tout en dégageant cette force glaçante ? Il n’y a qu’elle. Le reste de la distribution n’en est pas moins intéressante. Calés dans des figures caricaturées à l’extrême,  ils apportent leur pierre à l’édifice. Les yeux de Laurent Lafitte n’auront jamais été aussi ensorceleurs, quant à la blanche Virginie Efira – une comédienne à la hauteur –, sa seule réplique finale suffit pour ouvrir une autre dimension. D’où l’intérêt d’un regard étranger posé sur eux tous. De retour derrière la caméra après dix ans de silence, le hollandais volant, Paul Verhoeven. Autant affirmer que l’approche sexuelle et distordue de la nature humaine définissant cet agent provocateur avait manqué. Qui d’autre, dans un jonglage efficace des plus pernicieux, pour désamorcer avec l’incongruité d’un humour très noir le malaise insidieux qu’il sait répandre ? Qui d’autre pour réussir ainsi l’exploit d’échapper à une obscénité totalement complaisante ? Il n’y a que… lui.

8.5/10

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