« Merci patron » de François Ruffin

Critiques

Pensée du jour : Le lion, les fourmis et le singe

Bernard Arnault, le PDG milliardaire du groupe de luxe LVMH, a engagé une demande de naturalisation belge.  De quoi échauffer les esprits quérulents et pousser François Ruffin, fondateur du « journal fâché avec presque tout le monde » Fakir, à prendre sa caméra. Son objectif affiché : renouer le dialogue social entre le grand patron et les nombreux laissés-pour-compte qu’il a semés derrière lui. La route du polémiste croise alors celle des Klur, couple d’ouvriers au chômage et bientôt à la rue.

Arborant fièrement un maillot estampillé « I love Bernard », le trublion Ruffin, à l’image d’un Michael Moore français, s’en va jouer avec ironie les Robin des bois dans les forêts du Nord et tendre un piège gentillet au Prince Arnault et à son sbire, le shérif de Nottingham. Appâts et complices consentants, les Klur. Sans emploi, sans argent, sans chauffage, sans toit et un chien miteux à leurs côtés, ils gardent un sourire déstabilisant en évoquant la possibilité d’un suicide ou d’un sabordage incendiaire inspiré par le final de La petite maison dans la prairie. De bons clients pour le petit bourgeois lettreux aux airs de marionnettiste. Car il y a un décalage d’ordre culturel et linguistique flagrant et presque gênant entre les différentes parties prenantes. Mais face à la condescendance béta de l’homme de main de LVMH et l’indélicatesse des politiques alentours, la fantaisie des gentils, plus adroits qu’ils n’y paraissent, emporte l’adhésion. Telle une fable sociale de Lafontaine, cette histoire aurait pu s’intituler Le lion, les fourmis et le singe. « N’oublions pas de considérer et craindre les plus petits que soi » aurait pu être sa morale. Du haut de sa tour d’ivoire, le lion contemple son œuvre aboutie, l’air altier. De délocalisation en délocalisation, il règne riche sur un empire doré. A ses pattes travaillent les ouvrières si minuscules, si nombreuses et si remplaçables, qu’on ne les voit plus quand on les écrase. Le jour où un singe, un peu malin et solidaire, pousse les fourmis malmenées à demander justice, c’est le trône du roi qui vacille… un tant soit peu.

7.5/10

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