« Le réformateur » (Zwingli) de Stefan Haupt

Critiques

“Une histoire suisse”

En 1519, le protestant Ulrich Zwingli arrive à Zurich. Principal artisan de la Réforme, il va savoir imposer ses idées nouvelles, au risque de ne pas faire l’unanimité.

Humaniste avant tout, le prêtre revendique une Eglise à hauteur de ses fidèles : que l’on traduise la Bible en allemand pour que le peuple puisse enfin la comprendre ! Cédons à la ville les ors du décorum religieux afin qu’elle prenne en charge les miséreux affamés ! D’ailleurs, rien d’écrit n’interdit de manger de la viande en plein Carême, alors qu’ailleurs on brûle pour de la viande avalée un Vendredi saint ! Autorisons enfin le mariage des prêtres afin d’éviter les enfants illégitimes… Des principes révolutionnaires à l’époque, dont certains feraient encore aujourd’hui débat, 500 ans plus tard.

Ce film sage et appliqué donne une figure moins austère au penseur helvétique et modernise son discours. Manque de moyens ou choix délibéré, la mort violente du héros sur le champ de bataille n’est pas montrée. Elle aurait pu rendre hommage une dernière fois à la parole de l’homme et son importance sur ceux qui l’ont entendue.

6/10

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2 réflexions sur “« Le réformateur » (Zwingli) de Stefan Haupt

  1. La mort atroce de Zwingli en effet n’est pas montrée. Le cinéaste a fait un autre choix narratif qui me paraît bien plus adéquat qu’une scène de bataille explicite. Je doute qu’il soit le seul fruit d’un manque de moyens. La femme de Zwingli apprend sa mort par le récit d’un soldat qui rentre de la bataille, défait. Quant à la mort de son fils, elle est signifiée par le retour d’une épée sans son propriétaire. Tout au long de son film, Stefan Haupt accompagne ses personnages au fil des événements et il les cadre de près dans leurs échanges. Il accorde une grande place à la parole, qu’elle soit divine ou humaine. C’est par elle que se racontent l’époque et les circonstance, la vie des personnages. Par elle aussi que se dégagent les thèmes, la responsabilité individuelle avec ses lumières et ses ombres (les anabaptistes!), l’importance de l’instruction, l’imprimerie, les liens avec le pouvoir politique, la solidarité avec les pauvres, une carte religieuse en train de se dessiner dans la Confédération. Tout cela m’a parlé beaucoup plus que si le film avait donné dans le grand spectacle.
    Avec mes pensées amicales.
    Pierre Marguerat

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    1. Merci de votre lecture appliquée et de ce commentaire constructif ! Il me permet de me rendre compte que ma critique est lacunaire. Ne connaissant guère Zwingli, suite au film, je suis allé le découvrir davantage sur Internet (vive Wikipédia !). Je lis ceci sur ses derniers instants : « Dans les premiers moments de la mêlée, il reçut un coup mortel et tomba sans connaissance. Revenu à lui, il se soulève, croise ses mains sur sa poitrine, fixe ses regards vers le ciel et s’écrie – Qu’importe que je succombe. : ils peuvent bien tuer le corps, mais ils ne peuvent rien sur l’âme. » Sans grands moyens, cette scène cadrée de près, dans un désordre et bruit de fureur, aurait pu être forte et mettre en avant la parole du réformateur une dernière fois. En l’état, le film évacue le personnage en se concentrant sur ceux qui restent. L’un n’empêchait pourtant pas l’autre, selon moi.

      Bien à vous.

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