« France » de Bruno Dumont

Critiques

“Fake news”  

Journaliste de télévision adulée, France de Meurs parcourt le monde en quête d’exclusivité. Mais quand elle renverse un scootériste par accident, toutes ses certitudes s’effondrent.

Tailleur Dior et brushing impeccable, la reporter de charme a rendez-vous à l’Elysée. Assise au premier rang, la bonne élève attire l’attention du Président par ses messes basses impolies et calculées. Séduit par l’effrontée, Emmanuel Macron lui accorde la première question. C’est la victoire en chantant. Une entrée en matière montée de toutes pièces par Bruno Dumont afin d’asseoir son propos.  

Car France cultive l’art du faux. Au Sahel, en Syrie ou peut-être en Libye, la correspondante devient réalisatrice. Elle fait jouer ses combattants témoins, commande son caméraman et crie « Action » ou « Coupez ». Même sous les bombes, la belle se met en scène en arborant un rouge à lèvres couleur sang. Après le danger, le réconfort près de la piscine du palace du coin ou à bord d’un bateau confortable, loin du pneumatique de fortune sur lequel s’entassent des migrants africains.

Le factice imprègne l’intimité de la femme, comme cet appartement-musée qu’elle habiterait, son mariage non rentable où tentent d’exister en gagnant cinq fois moins son mari écrivain et leur fils qui ne la respecte pas. La fatalité qui scellera leur destin a tout d’une publicité pour automobile.

Le trucage démonte les paysages parisiens qui défilent lors de ses nombreux déplacements en voiture. Le pare-brise s’agrandit et devient écran de cinéma, comme dans les films anciens. Et ces décors montagnards, carte postale bavaroise.

La star satellise des personnages caricaturaux qu’ils soient intervieweurs comme elle, politiciens ou simples quidams avides d’un autographe ou d’un selfie de préférence. Palme à Lou, son assistante, l’humoriste Blanche Gardin, telle qu’elle s’illustre sous les projecteurs.

L’art du mensonge et de la trahison enfin, lors d’une romance avortée. Si l’amoureuse a les idées claires, son cœur lui fait mal.

Dans ce portrait caustique d’une profession et d’un pays, le cinéaste nordiste semble vouloir dénoncer le diktat médiatique en quête perpétuelle de sensationnalisme. Un théâtre des illusions dans lequel le pire, c’est le mieux. Son long discours, souvent ampoulé, ne convainc pas toujours. Mais Léa Seydoux révèle un arc-en-ciel émotionnel bienvenu. En icône vénérée, narcisse arrogant qui se fane, épouse castratrice ou éplorée, mécène bouleversée par une luxation, femme bafouée, l’actrice sauve la France et fascine.

(6/10)

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