« Kingsman :  le Cercle d’or » (Kingsman: the Golden Circle) de Matthew Vaughn

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“Le King est mort, vive le King”

L’efficace agent Galahad – Eggsy pour les intimes – est l’un des rares survivants d’un attentat ciblé qui annihile l’ensemble des forces d’élite du Kingsman. Son issue de secours, afin de se confronter à l’ennemi incarné par la vénéneuse Poppy et son cartel, le Kentucky.

On espérait une suite royale digne du premier palace, il faudra se contenter des quelques étoiles d’un film dans la mouvance, l’éclat de la surprise en moins. La Grande-Bretagne s’attaque une nouvelle fois aux Etats-Unis d’Amérique en opposant ses chapeaux melons, parapluies noirs et tailleurs cintrés aux stetsons, lassos et blue jeans délavés. Même si seules les manières font l’homme, la « Firth class » des gentlemen domine largement le style cow-boy. Le contraste amuse un temps, mais l’humour irrévérencieux glisse parfois – hamburgers à la chair humaine, puce d’espionnage vaginale et Elton John dans un comique grotesque. L’ensemble tourne à une farce ambiguë quant à l’apologie des drogues. Trop long et superficiel pour empêcher un rapide regard sur le cadran, le cocktail à base de scotch ou de bourbon selon les goûts, demeure néanmoins digeste et se déguste accompagné d’un paquet de pop-corn arrosé d’Earl Grey. L’auriculaire en l’air, évidemment.

6.5/10

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« Blade runner 2049 » de Denis Villeneuve

Critiques

“Retour vers un futur”

En 2049, l’officier K est un blade runner chargé de retrouver et d’éliminer les anciens modèles de réplicants considérés comme dangereux. Lui-même androïde, il va, lors d’une de ses missions, faire une découverte qui pourrait changer la face du monde et menacer l’humanité.

Donner suite, 35 ans après, au film de Ridley Scott, référence désormais culte dans le genre, était un pari plus que risqué. L’attente a depuis longtemps fait place à l’impatience. Quant à l’armée des adorateurs sur le qui-vive prêts à bondir sur l’opportunisme de tout pilleur de tombeaux, elle n’a cessé de grandir. Le preux Denis Villeneuve relève le défi avec intelligence et respect. Loin de tuer le père, le digne héritier adopte son approche et poursuit l’histoire tout en la magnifiant. Les techniques d’aujourd’hui soulignent la beauté volontairement terne de cet univers dystopique : les arbres sont morts, le soleil voilé par une poussière certainement polluée, les villes en marge sont les décharges des mégalopoles voisines et Las Vegas est redevenue un désert. Les discriminations sociales dominent et l’on quête désespérément de l’amour virtuel. Une meilleure exploitation de la 3D aurait permis une immersion plus grande encore. La musique de Hans Zimmer fait écho aux gammes électroniques de Vangelis à l’époque et participe à l’envoûtement mélancolique de l’ensemble. L’action limitée est posée. La révolution à venir est premièrement intérieure. On cherche à comprendre avant de tirer. Le rythme est lent, mais fluide, et ne lasse guère malgré une durée de près de 3 heures. Quant à l’intrigue, elle cite et se rattache à la première. Sans être révolutionnaires, les questions qu’elle impose sur un monde en déliquescence demeurent très actuelles : qu’adviendra-t-il de l’humain, le jour où l’intelligence artificielle surpassera la sienne au point de le déposséder de son plus grand pouvoir, la procréation ?

8.5/10

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« La passion Van Gogh » (Loving Vincent) de Dorota Kobiela et Hugh Welchman

Critiques

“Qui a tué Vincent ?”

Voilà un an que l’artiste décrié s’est donné la mort. Son ami, le facteur Roulin, confie à son fils Armand le soin de remettre au frère du peintre, Théo, une lettre oubliée. Acceptant la demande à contrecœur, le jeune homme finira par se passionner pour le mystère Van Gogh.

Fruit d’un travail titanesque long de plusieurs années, cette œuvre collective anime l’art du Hollandais volant de manière originale. Les scènes illustrées dans les tableaux du maître sont rejouées par des acteurs. Chaque image obtenue est ensuite repeinte à la main dans un style impressionniste. Mises bout à bout, elles donnent vie à ces paysages et personnages fameux habituellement figés. Quelques efforts sont nécessaires pour se laisser toucher par la beauté de l’objet aux mouvements parfois saccadés. Les couleurs se teintent de noir quand le passé évoqué envahit l’écran. L’histoire vire à l’enquête, façon Citizen Kane, au rythme des témoignages recueillis. Malgré ces artifices, l’intrigue intéresse au point de se laisser émouvoir à nouveau par le destin tragique du roi maudit.

7/10

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« Le sens de la fête » de Olivier Nakache et Eric Toledano

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“La brigade des humeurs”

Le brave Max, traiteur de profession expérimenté, joue gros. L’organisation de ce mariage bourgeois représente beaucoup pour sa petite entreprise. Mais pourquoi l’univers entier – des serveurs au photographe, du chanteur au marié – s’est mis en tête de le contrarier ?

Dans la brigade de choc s’activent le branleur – Jean-Paul Rouve –, le macho – Gilles Lellouche –, le dépressif – Vincent Macaigne – et l’excitée – Eye Haidara. A ces joyeux lurons se mêlent le boulet, la vieille et l’emmerdeur. Si cette équipe de bras cassés représente le pays, force est de constater que les Français d’aujourd’hui véhiculent une image de tire-au-flanc incapables et sympathiques. Sans grande harmonie, chacun joue sa partition individuelle, sous la baguette du râleur de service – Jean-Pierre Bacri, bien évidemment –, chef d’orchestre de ce comique troupier. Pourtant seules l’écoute, l’entraide et l’union feront la force, répète-t-on à l’envi. Les intouchables Nakache et Toledano ont certes le sens de la fête, mais ratent celui du rythme et donnent raison à cette vérité énoncée impassiblement dans le film : « Dans tous les mariages, il y a ce moment charnière où l’on se fait ch… »

6/10

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« Un beau soleil intérieur » de Claire Denis

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“Juliette et ses Roméo”

Quand on lui pose la question, Isabelle répond qu’elle ne va pas bien. Cinquantenaire divorcée, elle pleure chaque soir ses bonheurs passés. Et pourtant, malgré ses déceptions sentimentales, elle veut croire encore à l’amour absolu.

« Je suis avec lui… Je suis pas avec lui », « J’aime tout ce qui est avant… Maintenant l’avant, c’est derrière nous »,  « Vas-tu rester ou dois-je te demander de partir ? ». Incertitudes, antithèses, banalités et dialogues vains que l’on échange en dansant cette valse des amants sur un Je t’aime, moi non plus mélancolique et facétieux. Entre un banquier « salaud », un comédien indécis, son ex-mari et un inconnu hors-milieu, la belle Isabelle erre et « piétine » dans le labyrinthe de ses passions, sans savoir ce qu’elle désire à l’intérieur. Dans ce manège désenchanté aux chevaux racés – Depardieu, Balasko, Beauvois, Podalydès… –, l’irrésolue tourne en rond sous le regard d’un spectateur vite lassé. Lui se raccroche à la mise en scène élégante et feutrée de Claire Denis, puis se réchauffe aux rayons du soleil extérieur de Juliette Binoche.

6/10

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« Happy end » de Michael Haneke

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“Après l’Amour”

Dans leur hôtel particulier, la famille Laurent s’efforce de se maintenir autour de Georges, le patriarche, qui ne vit plus que pour mourir.

En ouverture, une femme est filmée à son insu en train de se brosser les dents. Des bulles de commentaires anticipent ses gestes, ses actions. Les vidéos de Benny et les caméras de surveillance de Caché ont laissé place à Eve, dissimulée derrière son téléphone intelligent. La jeune fille de treize ans possède toute l’élégance du hérisson. Tel son grand-père, c’est un instinct de mort qui l’anime. Avec son style chirurgical si précis, mais guère innovant, Haneke s’amuse à disséquer les âmes des bourgeois de Calais. Aveugles privilégiés, leur est-il permis de se plaindre alors que rôde au dehors un temps du loup bien plus féroce – conditions de travail, racisme latent, crise des réfugiés ? Plombé par l’autocitation, le discours n’évolue guère ni dans sa forme ni dans son contenu. Proche du rabâchage, le jeu n’a plus rien de « funny ». Il lasse et agace. Creux, les personnages sont des fantômes incapables de nous hanter. Transparents, ils en deviennent parfois ridicules – Paul, le fils raté, s’écorchant maladroitement au Chandelier d’un karaoké. Même le lumineux Jean-Louis Trintignant semble s’être éteint suite au départ d’Emmanuelle Riva. Que reste-t-il de leur Amour ? Rien qu’une étincelle. Il serait pénible qu’il tienne là son dernier rôle, lui qui est aujourd’hui malade. Tout aussi désolant serait que la carrière de l’ange exterminateur Michael s’achève sur cet Happy end d’une ironie prémonitoire.

4.5/10

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 « Mon garçon » de Christian Carion

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“Son fils, sa bataille

Julien reçoit un message désespéré de son ex-femme, Marie. Mathis, leur garçon de 7 ans, a disparu, à l’occasion d’une classe verte dans les Alpes. Fugue ou enlèvement, le pire est à craindre.

Attention, exercice de style inédit genre « Actors Studio » ! Guillaume Canet, dans le rôle du père, ne connaît que quelques bribes du scénario et de son personnage, contrairement à ses camarades de jeu. En totale immersion, le comédien improvise et réagit comme s’il vivait personnellement les événements sans savoir où cela pourrait le mener. Seul contre tous, il devient un justicier dans la montagne, prêt à tout pour retrouver son fils. Tourné en quelques jours et de manière chronologique, le film se présente comme un thriller nerveux au suspens électrisant. Le dispositif très exigeant mis en place détermine à la fois l’intérêt et la limite de l’expérience. Soumis à ces conditions, Canet est-il plus crédible que ses partenaires ? Pas sûr. Sa spontanéité entraîne bafouilles et dialogues inaudibles. Mais le plus décevant demeure un scénario engoncé dans cet artifice qui multiplie les incohérences fâcheuses : un enfant disparaît d’un camp de vacances sans perturber un seul témoin ? Pratique. Mais que fait la police pendant ce temps ? Rien. Et comment parvient-on à rouler à toute allure avec une roue en moins ? Demandez à Christian Carion ! Jeu de rôle extrême ou cinéma-vérité, au vu du résultat, il est peu concevable que le procédé élu fasse florès et prêche de potentiels convaincus.

5/10

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« Faute d’amour » (Nelyubov) de Andrey Zvyagintsev

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“Guerre froide”

Dans leur appartement de classe moyenne aisée, Boris et Zhenya se déchirent, sans égards pour leur fils de 12 ans, Aliocha, témoin et victime. Un jour, le garçon disparaît.

« On ne peut pas vivre sans amour ». Si conventionnelle est la réplique, mais au demeurant révélatrice. Les enfants malaimés d’hier sont aujourd’hui des parents négligents qui affichent avec fierté leur narcissisme sur les réseaux  sociaux. Un poison permanent qui se transmet de génération en génération. La portée du message est universelle, mais Andrey Zvyagintsev l’ancre avec insistance dans la société russe contemporaine. La politique nationale, la guerre aux frontières, le fondamentalisme orthodoxe, le désintérêt des autorités… Autant de plombs qui freinent la course en avant. Observatrice privilégiée, la caméra prend son temps pour montrer, disséquer, analyser. Le prolongement des plans stimule l’imagination et incite à penser au pire. Le constat glace le sang et ne laisse que peu d’espoir.

6.5/10

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« Ça » (It) de Andrés Muschietti

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“Il est revenu”

Durant l’année 1989, une vague de disparitions d’enfants émeut la petite ville de Derry. Bill perd ainsi son petit frère Georgie, égaré dans les égouts. Soutenu par sa bande de copains, il garde l’espoir de le retrouver vivant et part à sa recherche.

Il y a 27 ans, le téléfilm Ça, adapté du roman de Stephen King, a su hanter les nuits adolescentes de cauchemars en couleurs. Glissant sur la vague opportuniste du remake, un nouveau film s’imposait aujourd’hui pour affecter la jeune génération de cette épidémie de coulrophobie notoire. Un sourire à la Joker, des incisives de lapin bien en vue et les yeux jaunes du crocodile, l’effet kiss clown 2017 n’est plus le même que dans les souvenirs. Manque de subtilité horrifique ici, étouffée par une avalanche de trucages sonores et visuels frôlant parfois le grotesque. En dépit de ces lourdeurs et facilités stylistiques, il reste le portrait touchant d’une enfance en perdition, meurtrie par les peurs et sévices inculqués le plus souvent par le monde adulte et ses résidents. De quoi frémir bien davantage qu’un excès de maquillage et quelques ballons rouges.

6/10

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« Mother! » de Darren Aronofsky

Critiques

“Pourquoi j’ai mangé ma mère”

Au commencement était cette maison décimée par le feu et qu’elle a, par amour pour lui, reconstruit de ses propres mains. Aujourd’hui, tous deux y vivent seuls au milieu d’une nature accueillante. Une nuit, un importun toque à la porte. Il le fait entrer et le laisse s’installer, malgré elle, en leur demeure.

Que vaut le film le plus décrié de l’année, rejeté en masse par la critique et le public ? Il faut le voir pour le croire. Sur un mode soi-disant inquiétant, glanant avec mollesse les codes de l’horreur psychologique et du fantastique, l’évangéliste Darren Aronofsky réécrit un Tout Nouveau Testament, de la Genèse à l’Apocalypse. Lui, Dieu créateur, est un écrivain en panne d’inspiration. Elle, Terre-Mère, cherche à protéger leur univers. Mais quand débarquent un vieil Adam, fumeur asthmatique, son alcoolique et frivole de femme, puis leurs fils mal élevés, c’est le crime au Paradis. Ils cassent, polluent, gaspillent et tuent les ressources offertes. Les pécheurs entraînent l’idolâtrie, les guerres de religions et le fanatisme terroriste. Y a-t-il un Christ Rédempteur dans la salle pour sauver l’humanité et le film simultanément ? Il est né le divin Enfant qui offrira corps et sang aux plus anthropophages des fervents. Aucun pardon possible alors, l’Enfer s’ouvre sous leurs pieds. Mais ne craignez pas, car la vie n’est qu’un éternel recommencement. Si grossière est la parabole que le message en devient risible au point de nous infliger une solide crise de foi en le bon sens du gourou réalisateur et de ses disciples acteurs.

3.5/10

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