« The transfiguration » de Michael O’Shea

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“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

Critiques

“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« L’ordre divin » (Die Götliche Ordnung) de Petra Volpe

Critiques

“Femmes des années septante”

Un petit village helvétique est sur le point de décider d’accorder ou non le droit de vote à la gent féminine. Nora, épouse, mère et bru dévouée, s’interroge pour la première fois sur sa place dans cette société. Nous sommes en… 1971.

Alors que le monde est en effervescence, que l’Amérique empêtrée dans la guerre du Viêt Nam est secouée par la vague hippie et les panthères noires, un bourg minuscule du canton d’Appenzell semble figé sous la neige. Y règne un ordre patriarcal millénaire où chacun occupe un rôle prédéfini : les hommes au charbon, les femmes à la maison, pour le meilleur et pour le pire. Et quand une petite troupe de ménagères désespérées osent enfin déployer leurs « elles », une vindicte masculine et étonnamment féminine menace de les clouer au pilori. Concentrée sur quelques jours, la lutte n’en sera pas moins âpre et décisive. A l’image des comédies engagées américano-anglaises – We want sex equality, Pride ou Les figures de l’ombre –, ce petit film suisse mélange habilement le grave et l’amusant. Audacieux, il n’hésite pas à associer étroitement émancipation et révolution sexuelles en prônant haut et fort l’amour significatif du vagin. Une image jaunie et le soin apporté aux détails environnants facilitent le saut dans cette époque d’un autre âge et pourtant pas tout à fait révolue. D’une situation très locale, le résultat rafraîchit les mémoires et touche à l’universel.

7/10

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« Churchill » de Jonathan Teplitzky

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“Quand la victoire devient défaite”

En juin 1944, alors que les forces alliées patientent en Grande-Bretagne avant de débarquer en France, le Premier ministre anglais doute. Il craint que ne se répète le massacre de Gallipoli qui le marqua profondément lors de la Première Guerre mondiale. Tant bien que mal, il s’efforce de dissuader le Général Eisenhower et le Maréchal Montgomery d’agir.

Winston Churchill. Peut-être le personnage le plus important de l’histoire britannique comme affiché lors du générique final. Le film pourtant n’en fait qu’une pâle figure au bord de l’asphyxie. Un lion épuisé auquel dents et griffes auraient été arrachées. Un  boulet bien lourd qui freine l’avancée des armées. En privé, le blason ne gagne guère en dorure. Les scènes de la vie conjugale s’enchaînent en défaveur du « héros ». Et c’est sur une jeune secrétaire impressionnable que le bouledogue aboie encore avant qu’elle ne finisse par le dresser à son tour. Un hommage vraisemblablement raté donc qui s’efforce de reprendre grossièrement les ficelles du Discours d’un roi de Tom Hooper – apparitions bégayées ici de George VI. Mais contrairement à la réussite de son aîné, victime d’un suspens nul et d’effets visuels inutiles, cet instantané sans saveur et sans émotion laisse une victoire totale à l’ennui.

4.5/10

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« Marie-Francine » de Valérie Lemercier

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“Papa ET maman”

A 50 ans, Marie-Francine a perdu son mari, son travail et son logement. Il ne lui reste alors plus qu’une solution : retourner vivre chez papa et maman.

Après l’échec douloureux de son précédent film sur l’adoption, 100 % cachemire, Dame Valérie opte pour un sujet moins périlleux et déjà traité par d’autres, la génération boomerang. La cohabitation contrainte entre parents vieillissants et enfants adultes engendre les situations de comédie efficaces, mais attendues. Le spectacle de la grande gigue infantilisée dès le réveil jusqu’à ses arrivées tardives amuse plutôt. Néanmoins, malgré une histoire d’amour avec un autre quinqua subissant une situation identique, le personnage de Marie-Francine paraît si peu mis en valeur au milieu des autres qu’il en devient presque insignifiant. Pas ou peu de répliques cinglantes, si ce n’est le « vieux cul » qu’elle jette à la figure paternelle, une révolte molle et tardive, aucune évolution charismatique… Une héroïne terne qui ne restera pas dans les annales.

6/10

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« L’amant double » de François Ozon

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“Faux-semblants”

Chloé souffre de douleurs ventrales depuis toujours. A 25 ans, elle se dit prête à entamer une thérapie afin de découvrir la source de son mal. Paul est le psychiatre qu’on lui conseille et qu’elle se choisit. Son charme ne tarde pas à faire effet.  L’attirance est réciproque.

François, le touche-à-tout, ose s’attaquer au fantasme féminin par le truchement du thriller érotique. Ses références, nombreuses, mélangent Hitchcock et Polanski avec une allusion quelque peu scabreuse à l’Alien de Ridley Scott. Son approche volontairement provocante est plus clinique qu’émotionnelle, multipliant les clichés attendus sur l’hystérie et la gémellité, quitte à frôler parfois le grotesque. Reste toute l’élégance de sa caméra et le visage iconique de sa muse aux lèvres desquelles on se raccroche. D’une beauté androgyne, la garçonne joue à la fois son double et son contraire. Dans son premier film avec Ozon, la jeune et jolie Marine Vacth vendait ses charmes à des amants plus âgés. Clin d’œil ironique, c’est elle ici qui paie des hommes pour entrer en elle.

6.5/10

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« Rodin » de Jacques Doillon

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“De la terre à la lune”

En 1880, Rodin a 49 ans quand il reçoit enfin sa première commande de l’État : La Porte de l’Enfer d’après Dante. Suivront au fil des ans les Bourgeois de Calais et le monument Balzac, malmenés par l’opinion public. Côté intime, l’artiste accompagné tombe sous le charme de son élève Camille Claudel.

Alors qu’il ne s’agissait au départ que d’un documentaire de commande rendant hommage au centenaire de la disparition de l’auguste sculpteur, Jacques Doillon en a fait une fiction intime. Son inspiration l’éloigne de l’académisme biographique pour aborder à la fois l’artiste et l’homme. Il en tire un récit fractionné, sans marquage temporel précis, qui s’appuie essentiellement sur les solides épaules d’un Vincent Lindon totalement investi dans le rôle-titre. L’acteur fascine quand il joue le génie au travail laissant l’art naître de ses mains. Arborant fièrement, comme son modèle, un dru collier à son menton, il en oublie fâcheusement de laisser les mots s’échapper, borborygmes inaudibles pour la plupart. Parler dans sa barbe est l’expression qui convient alors. De la terre à la lune, il n’y a qu’un pas. La nudité fessue de ses modèles, la folie dévorante de son élève forcent le désir de Rodin au détriment d’une concubine à la carrure étrange. Lui est un homme à femmes qu’il idolâtre et malmène : « J’aime Camille, mais je hais Claudel », lance-t-il, à bout. Mais trop sages, chair et beauté ne suscitent pas la passion. Plus sensuelle est la scène de caresse de l’écorce d’un arbre telle une peau infiniment douce. Malgré une matière fort prometteuse, Doillon ne transcende jamais son sujet et laisse de marbre le spectateur.

6/10

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« Les fantômes d’Ismaël » de Arnaud Desplechin

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“Sueurs froides”

En bord de mer, le cinéaste Ismaël travaille avec passion à l’écriture d’un film d’espionnage. Dans sa tâche, Sylvia, sa bien-aimée, l’accompagne et le rassure. C’est alors que réapparaît Carlotta, son épouse disparue il y a plus de 20 ans et qu’il croyait morte.

Dans une scène clé du film, Ismaël, en quête de perspective(s), tire des fils entre L’Annonciation de Cortone et Les époux Arnolfini de Van Eyck. Symbole appuyé d’un auteur à la poursuite du sens depuis sa naissance jusqu’à son accouchement. Quelques scènes plus loin, une toile de Jackson Pollock honore un mur. Agent double et révélateur. Fidèle à son cinéma égocentré, Desplechin trouve le plus souvent un équilibre réjouissant entre son talent, ses doutes et les souvenirs de sa jeunesse. Il s’emmêle ici les pinceaux et tisse une toile enchevêtrée qui achève d’étrangler son spectateur. Les circonvolutions de son cerveau sont un dédale dans lequel on erre jusqu’à l’issue salvatrice. Celle-ci ne viendra ni des références shakespeariennes via le syndrome fantomatique d’Elseneur. Ni de son hommage à Hitchcock suscitant de froides sueurs plutôt que les « vertigos » de l’amour. Que de promesses non tenues hélas. Cette impression alors d’être à un repas de famille à laquelle nous n’appartenons pas. Honoré d’être convié à la table de l’hôte, on observe et écoute avec respect. Mais, au fil du temps, lassé d’être tenu à l’écart des conversations, la seule hâte qui résiste est celle de quitter la pièce.

5/10

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« Alien : Covenant » de Ridley Scott

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“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

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« Le procès du siècle » (Denial) de Mick Jackson

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“N’oubliez jamais”

En 1996, le professeur américain Deborah Lipstadt est attaquée pour diffamation par l’Anglais David Irving. Dans un de ses livres sur l’Holocauste, elle qualifie l’historien autodidacte d’extrémiste pro-nazi et de menteur, lui qui nie farouchement l’existence des fours crématoires à Auschwitz. Selon le droit britannique qui ne considère pas la présomption de l’innocence, c’est à elle de prouver que ces qualificatifs sont fondés.

Le duel juridique débute en 2000. Certaines voix s’élèvent pour y renoncer, préférant négocier que de faire écho au négationnisme. Et qu’en est-il de la liberté d’expression ? L’héroïne prend le risque du débat se sentant investie d’une mission qui la dépasse : donner la parole aux survivants et une voix à ceux qui ne sont plus là pour témoigner. Mais un procès n’est pas une thérapie. L’émotionnel est une arme tranchante qui peut se retourner contre la victime. Ses avocats la contraignent alors au silence et à la frustration optant pour une stratégie de déconstruction pièce par pièce des théories irrecevables d’Irving. La joute oratoire est passionnante. Et la victoire rigoureuse s’impose dans les détails afin que les chambres à gaz n’en deviennent pas un de l’histoire. En ces temps incertains où la montée des extrêmes est révélatrice, ce film qui pèche par quelques conventions académiques s’avère néanmoins essentiel.

7.5/10

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