« Respect » de Liesl Tommy

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“La chance aux chansons”  

Fille d’un pasteur baptiste, la jeune Aretha impressionne par ses talents vocaux qui enchantent réceptions, églises et ouailles. Elle deviendra avec le temps Aretha Franklin.

Une enfance marquée par un père autoritaire et une mère trop tôt disparue. Un cousin incestueux, des grossesses précoces, un mari jaloux et violent, l’alcool. La gloire, les échecs et les peines d’une diva américaine. Le refrain est connu, Judy et Billie nous ont conté il y a peu une même histoire. Sans idées, la mise en scène scolaire et parfois maladroite n’illumine aucunement ce biopic illustratif qui égrène les années d’une vie. L’ennui guette vite.

Mais il suffit que les notes de ces hits indémodables retentissent pour que les paupières s’élèvent et que pieds et doigts s’animent enfin comme à Broadway. Comme le succès, le plaisir s’est fait attendre. Avant d’être reine, Queen A a longtemps cherché sa voix. Mal conseillée, enracinée dans le gospel et saisie par le jazz, c’est en préférant la soul, entourée de musiciens blancs d’Alabama, que la porte-parole noire gagnera enfin le « respect ». Supreme oscarisée pour Dreamgirls, Jennifer Hudson reprend le micro, interprétant avec cœur et chansons cette artiste majeure.

(5.5/10)

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« Boîte noire » de Yann Gozlan

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“Le mur du son”  

Un avion reliant Dubaï à Paris-Charles de Gaulle vient de se crasher dans les Alpes. Mathieu Vasseur, technicien au BEA, Bureau d’Enquêtes et d’Analyses, est chargé d’expliquer ce qu’il s’est passé.

Le plan-séquence initial impressionne. Du poste de pilotage, la caméra opère un long travelling arrière laissant entrevoir une hôtesse servant du café aux passagers de la classe affaire, puis le chariot des repas dans le secteur économique. Le mouvement de recul se poursuit quand un message annonçant des turbulences retentit et qu’un homme debout est rappelé à l’ordre. On quitte alors la cabine pour se concentrer sur la boîte noire, l’enregistreur de vol orange vif. Des cris se font entendre, parasites et larsens, avant que ne règne un silence mortel.  C’est en étudiant ces sons que les experts de la BEA devront déterminer les raisons du drame. Attaque terroriste ? Problème technique ? Oiseau percuté ? Suicide par pilote ?

Personnage atypique, Mathieu n’a rien d’un détective héroïque. Mais sa quête de vérité n’a pas de limites. Son silence est d’argent, mais son oreille est d’or. Si le tumulte de la foule se transforme en acouphènes insupportables, les bruits isolés sont autant d’indices qui lui donnent l’avantage. Au risque de virer à la paranoïa, lui qui en vient à suspecter l’implication de son chef disparu, son meilleur ami ou même sa femme. Le spectateur ne peut que le suivre dans ses divagations les plus folles et sa théorie du complot, d’autant plus que Pierre Niney l’incarne avec application.

Le film permet de découvrir des lieux confidentiels et techniques inaccessibles rappelant Le chant du loup dans lequel l’ouïe d’un jeune sous-marinier empêchait une menace nucléaire dévastatrice. Haletant et de bonne tenue, il est néanmoins fortement déconseillé à tout aérodromophobe.

(7/10)

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« Un triomphe » de Emmanuel Courcol

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“L’heure de la sortie”  

Intermittent du spectacle sans contrats assurés, Étienne accepte d’animer un atelier théâtre dans une prison. Impressionné par le potentiel de ses cinq « élèves », il leur propose d’aller plus loin en jouant du Samuel Beckett.

Leur vie derrière les barreaux c’est attendre. Attendre le repas servi, l’heure de la sortie quotidienne, la visite au parloir, la fin de leur peine. Et si Étienne était enfin l’homme providentiel, le Godot capable de changer leur présent, leur avenir.  

Le scénario semble cousu de fil blanc, soutenu par son titre triomphant et divulgâcheur. Grâce à l’art de la scène, les loups s’efforceront de devenir agneaux afin de gagner la rédemption. En préférant taire leurs exactions, le réalisateur rend ces détenus sympathiques, voire héroïques. Si le film remplit en partie une grille archétypique, il prend plus de valeur grâce à ses jeunes acteurs dits débutants. « Ils jouent faux, mais sont dans le vrai » et impressionnent par leur naturel. Leurs partenaires de la Comédie-Française peuvent être fiers. Quant aux mots de l’auteur irlandais, ils font écho aux situations vécues entre ces murs : violence, humiliation, absurde, espoirs déchus. Enfin, le grand final déstabilise. Incroyable, il discrédite l’ensemble de la troupe au risque de décevoir. Une ombre passe avant que ne s’éteignent les projecteurs. Quand un carton confirme la véracité de cette histoire, c’est la preuve encore que la réalité dépassera toujours la fiction. Une issue grave et saugrenue qui aurait ravi Beckett lui-même.

(6.5/10)

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« La nuit des rois » de Philippe Lacôte

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“Shéhérazade”  

Un jeune délinquant est emmené à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, la MACA, seul lieu de détention au monde dirigé par ses prisonniers. Le Dangôro y fait la loi, mais son trône est convoité. Sachant ses jours comptés, l’homme affaibli par la maladie contraint le nouvel arrivant d’occuper ses ennemis potentiels toute une nuit en leur contant des histoires.

Il était une fois Roman, Barbe Noire, Demi-fou, Lame de Rasoir et Silence. Des âmes sombres au passé trouble enfermées dans une jungle entre quatre murs. La violence, l’intimidation et la peur sont leur quotidien. Les gardiens ont baissé les bras et les observent de loin. Seule échappatoire, l’imaginaire. Car à l’écoute du griot désigné, ces hommes féroces redeviennent des enfants.

Hommage à Shakespeare et aux 1001 nuits durant lesquelles Shéhérazade tenait éveillés ses bourreaux pour ne pas mourir. Le contexte actuel africain évoque la misère urbaine et le chaos politique de la République démocratique du Congo avec des images de l’arrestation du président Gbagbo. L’enfer de la MACA, prison principale du pays, crée le malaise, mais les élans théâtraux du discours – chœur illustrant les mots prononcés – permettent de souffler. Les sous-titres sont parfois nécessaires pour mieux comprendre. Si l’imbrication des histoires avait été plus fluide et subtile, le film serait devenu passionnant.

(6.5/10)

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« Beckett » de Ferdinando Cito Filomarino

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(Film Netflix) “Le touriste”   

Beckett et April passent quelques jours de vacances en Grèce. Un accident de voiture emporte tragiquement la jeune femme. Se sentant responsable, son compagnon effondré revient sur les lieux du drame. C’est alors qu’il est pris pour cible.

Que la traque commence ! Endeuillé, le touriste américain se retrouve malgré lui en plein milieu d’un imbroglio qu’il ne maîtrise aucunement. Policiers corrompus, complot politique, kidnapping, passants armés, et s’il était plus qu’une proie innocente ?

Confronté aux dialogues non traduits entre locaux, le spectateur se retrouve dans la même incompréhension que le personnage. Tout regard insistant et main tendue deviennent suspects. De quoi faire monter la tension. Bien loin de la carte postale attendue, la belle hellène devient une terre d’accueil piégée, exsangue en raison des sanctions économiques européennes et des rivalités internes. Dommage que la démonstration tourne à l’exagération avec ce simple vacancier super-héroïque cherchant à travers tout un pays à se sauver lui-même.  

(6.5/10)

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« Escape game 2 : le monde est un piège » (Escape room: tournament of champions) de Adam Robitel

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“Ready Player Two”  

Seuls candidats élus encore en vie, Zoey et Ben demeurent traumatisés par leur premier « Escape game ». En quête de preuves, ils se rendent néanmoins à Manhattan où se dissimulerait le siège de la société Minos, conceptrice de ce divertissement mortel. Mauvaise idée bien sûr, car les voilà à nouveau piégés avec quatre anciens survivants pour partenaires.

Depuis la nuit des temps et l’Antiquité romaine, le peuple réclame du pain et des jeux. Plus ceux-ci sont spectaculaires et sanglants, plus ils sont applaudis. Les idées fusent ici pour transformer un wagon en cage de Faraday, une banque en échiquier fatal, une plage en sables mouvants ou baigner une rue new-yorkaise de pluie acide. Mais ce n’est pas tant la cruauté des épreuves qui récrée que l’échauffement des esprits logiques et l’intelligence collective nécessaire pour s’en sortir. La mise en scène permet même au spectateur de tenter sa chance en décelant quelques clés avant les personnages eux-mêmes. La règle du jeu est simple et connue : tout élément du décor peut révéler un indice quand les quidams croisés sont des ennemis potentiels.

Certes, la machination générale perd vite en crédibilité laissant des incohérences sur le chemin de la surenchère. Et l’on devine par avance que l’annonce du « Game over » n’est pas encore pour aujourd’hui. Néanmoins, cette suite ludique et sans fin surpasse le premier épisode. Ce cinéma popcorn demeure une honnête échappatoire.

(6/10)

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« France » de Bruno Dumont

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“Fake news”  

Journaliste de télévision adulée, France de Meurs parcourt le monde en quête d’exclusivité. Mais quand elle renverse un scootériste par accident, toutes ses certitudes s’effondrent.

Tailleur Dior et brushing impeccable, la reporter de charme a rendez-vous à l’Elysée. Assise au premier rang, la bonne élève attire l’attention du Président par ses messes basses impolies et calculées. Séduit par l’effrontée, Emmanuel Macron lui accorde la première question. C’est la victoire en chantant. Une entrée en matière montée de toutes pièces par Bruno Dumont afin d’asseoir son propos.  

Car France cultive l’art du faux. Au Sahel, en Syrie ou peut-être en Libye, la correspondante devient réalisatrice. Elle fait jouer ses combattants témoins, commande son caméraman et crie « Action » ou « Coupez ». Même sous les bombes, la belle se met en scène en arborant un rouge à lèvres couleur sang. Après le danger, le réconfort près de la piscine du palace du coin ou à bord d’un bateau confortable, loin du pneumatique de fortune sur lequel s’entassent des migrants africains.

Le factice imprègne l’intimité de la femme, comme cet appartement-musée qu’elle habiterait, son mariage non rentable où tentent d’exister en gagnant cinq fois moins son mari écrivain et leur fils qui ne la respecte pas. La fatalité qui scellera leur destin a tout d’une publicité pour automobile.

Le trucage démonte les paysages parisiens qui défilent lors de ses nombreux déplacements en voiture. Le pare-brise s’agrandit et devient écran de cinéma, comme dans les films anciens. Et ces décors montagnards, carte postale bavaroise.

La star satellise des personnages caricaturaux qu’ils soient intervieweurs comme elle, politiciens ou simples quidams avides d’un autographe ou d’un selfie de préférence. Palme à Lou, son assistante, l’humoriste Blanche Gardin, telle qu’elle s’illustre sous les projecteurs.

L’art du mensonge et de la trahison enfin, lors d’une romance avortée. Si l’amoureuse a les idées claires, son cœur lui fait mal.

Dans ce portrait caustique d’une profession et d’un pays, le cinéaste nordiste semble vouloir dénoncer le diktat médiatique en quête perpétuelle de sensationnalisme. Un théâtre des illusions dans lequel le pire, c’est le mieux. Son long discours, souvent ampoulé, ne convainc pas toujours. Mais Léa Seydoux révèle un arc-en-ciel émotionnel bienvenu. En icône vénérée, narcisse arrogant qui se fane, épouse castratrice ou éplorée, mécène bouleversée par une luxation, femme bafouée, l’actrice sauve la France et fascine.

(6/10)

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« Rouge » de Farid Bentoumi

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“Corporate”  

Suite à une expérience douloureuse aux urgences d’un hôpital, Nour est engagée en tant qu’infirmière dans l’usine chimique où travaille son père délégué syndical. Appliquée, la jeune femme découvre vite des lacunes inquiétantes en matière de sécurité.

Rouge comme cette terre contaminée par des déchets toxiques. Rouge comme le sang qui bouillonne, rongé par la maladie ou assoiffé de justice. Santé, environnement et vérité ont un prix : échec électoral, risque économique et social, trahison familiale et illusions perdues. 

Il y a une Erin Brockovich qui sommeille en Nour, mais sans son côté glam ni sa répartie comique. Car tout est très sérieux ici, inspiré de faits réels. Le débat est ouvert entre les protecteurs d’une nature saine propice au bien de l’humain et ceux pour qui l’apport immédiat du développement industriel d’une région prime. Les arguments des uns et des autres sont entendus. Mais dans ce film dossier, c’est surtout la qualité de jeu de Sami Bouajila et Zita Hanrot, père et fille très crédibles, qui remporte notre suffrage.

(7/10)

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« Reminiscence » de Lisa Joy

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“Total recall”  

Nick Bannister tente de gagner sa vie en plongeant ceux qui font appel à ses services dans leurs souvenirs. De quoi leur permettre de retrouver un bonheur perdu ou de simples clés égarées. Quand Mae, une cliente qui a su le séduire, disparaît, l’ancien combattant se met à sa recherche.

Dans ce futur proche, le réchauffement climatique a transformé Miami en Venise. Les gratte-ciel ont les pieds dans l’eau et le bateau a remplacé l’auto. La nuit s’anime pour éviter la torpeur du jour. Les riches réquisitionnent les terres, faisant des miséreux des âmes flottantes. La colère des noyés gronde. Vision anticipatrice inquiétante qui permet néanmoins de belles images aquatiques comme ce théâtre immergé.

Quand le futur n’a plus rien à offrir, le passé devient un refuge dans lequel on s’engouffre pour ne plus en sortir. Présupposé digne d’intérêt, même si le scénario qui s’ensuit n’est pas aussi vertigineux qu’Inception ou Minority report. La réalisatrice multiplie les éléments clichés du film noir, comme le détective privé désabusé, la femme fatale et le vilain balafré. Voix over et flashbacks escortent romance impossible, trahisons et conspiration. Mais les rôles archétypiques se renversent. Dans ce cinéma, les hommes pleurent leurs amours perdues, quant aux belles entreprenantes, elles tiennent à la fois le manche, la bouteille et la crosse.

(6.5/10)

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« Deux » de Filippo Meneghetti

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“Une femme avec une femme”  

Mado et Nina sont plus que des voisines de palier. Septuagénaires, elles souhaitent enfin quitter la France pour s’établir ensemble à Rome. Mais un accident vasculaire cérébral bouleverse leur projet.

Dans la lumière fraîche d’un matin calme, deux fillettes jouent à cache-cache. Autour d’un arbre, l’une cherche l’autre dissimulée, quand celle-ci disparaît subitement. Voilà des années que Madeleine, veuve désormais, tait son véritable amour auprès des siens. Sa fille et son fils ne comprendraient pas. Même si la vie et les rêves ne tiennent souvent qu’à un fil.  

Il y a ce pont romain qui relie les rives et ce corridor séparant deux appartements. Cette veilleuse dans le couloir qui signale les présences, ce judas par lequel on épie et qui nous observe. Lors d’intrusions furtives, il convient de se blottir dans le noir, derrière un rideau de douche, avant de pouvoir atteindre le lit. Menaces, chantage, pierre jetée à la fenêtre et enlèvement, aimer ainsi devient une lutte toutes griffes dehors. Un mode « thriller » trop appuyé parfois et pas toujours utile que choisit Filippo Meneghetti. Sa mise-en-scène élégante et pudique s’avère néanmoins remarquable. Une simple poêle sur le feu lui suffit pour signifier le drame en train de se jouer. Des comédiennes à la hauteur et une histoire douloureusement tendre qui rappelle qu’il n’y a ni âge ni sexe ni genre pour dire « Je t’aime ».

(7/10)

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