« Three billboards : les panneaux de la vengeance » (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) de Martin McDonagh

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“Even cowgirls get the blues”                                     

Mildred Hayes a perdu sa fille il y a quelques mois, sauvagement assassinée. Sa colère et son désespoir contre une police incapable de lui rendre justice, elle les éructe sur trois grands panneaux à l’entrée de la ville.

Le shérif peut avoir peur. Calamity Haynes, la femme qui cogne plus vite que son ombre, s’avance l’air mauvais, montée sur ses grands chevaux. Le duel au soleil discret du Missouri est annoncé. Dans ce face à face sanglant, il n’en restera qu’un.

A l’honneur, Frances McDormand dégaine la première et touche la cible sans pour autant exécuter ses partenaires de jeu. Qu’il soit officier malade, mauvais flic, publicitaire vénal, fils digne ou nain amoureux, chacun gagne en épaisseur et complexité pour décrocher son étoile.

Car le réalisateur anglais McDonagh est un as de la gâchette qui prend un malin plaisir à faire danser son spectateur. Du drame à la comédie, du thriller au western, il tire dans le mille ses balles dialoguées. Ainsi disparaissent les larmes dans un rire franc, avant qu’un regard, un geste délicat, nous transperce le cœur. Devant ce truand, cette brute et ce très bon, on ne peut que s’incliner.

Assurément, l’un des grands films de l’année.

9/10

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« Le Caire confidentiel » (The Nile Hilton Incident) de Tarik Saleh

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(Rattrapage) “Les Cairotes sont cuits”

Alors qu’un avant-goût de révolte allume les ruelles du Caire, l’inspecteur Noureddine enquête sur la mort d’une chanteuse locale, retrouvée égorgée dans un palace. Un meurtre qui pourrait salir des hommes haut placés.

Cheveux gominés, regard sombre et cigarette du pharaon greffée à ses lèvres, il ne manque plus que le Borsalino à Noureddine pour parfaire sa silhouette de Bogart égyptien. Un film de genre pour aborder l’histoire d’une nation avide d’en finir avec la corruption étatisée qui putréfie toute bonne volonté. Un polar qui a la couleur du désespoir, sans atteindre la tension explosive espérée.

(7/10)

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Le Caire confidentiel

« La mort et la vie d’Otto Bloom » (The death and life of Otto Bloom) de Cris Jones

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“Déjà-vu”                                                                             

Un jeune homme orphelin et amnésique est confié à une psychologue. Au fil de ses entretiens avec lui, elle remarque ses facultés à prévoir le futur tout en oubliant le passé. Est-ce un manipulateur ? Un magicien ? Un fou ? Un messie ?

L’étrange histoire d’Otto Bloom n’est pas sans rappeler celle de Benjamin Button, personnage de cinéma né vieillard, mort en tant que nourrisson. Le corps de l’Australien est censé évoluer normalement, mais sa conscience régresse. S’il se souvient des belles choses à venir, hier a disparu de sa mémoire. De quoi s’interroger sur la relativité du temps et l’importance que l’on accorde à l’instant.

Le conte aurait pu être fabuleux, son propos, vertigineux. Mais le message véhiculé n’est pas nouveau, plombé par les approximations et les poncifs. Quant au choix formel du faux documentaire, il refroidit le potentiel émotif de cette histoire d’amour éternel.

5/10

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« Normandie nue » de Philippe Le Guay

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“Les naturistes”                                                                 

C’est dans la colère et le désarroi que pataugent les agriculteurs du village de Le Mêle-sur-Sarthe. Étranglés par la crise, ils exigent d’être écoutés et entendus par des politiques sourds. Quand le hasard mène le célèbre photographe Blake Newman à trouver en un de leurs champs le paysage idéal, l’Américain demande aux Normands de poser nus pour l’art. Un événement à la portée médiatique inespérée.

Il y eut les « ladies » de Calendar girls, les chômeurs du Full monty. Au tour des paysans français de tomber la chemise pour réveiller les consciences. Sans atteindre l’élégance comique de ses cousins britanniques, le film de Philippe Le Guay se démarque par sa gentillesse. Que ne ferait pas le maire, François Cluzet, pour soigner les maux de sa campagne ? Dommage que les historiettes qui s’enchaînent manquent autant d’écriture et que l’interprétation soit imprécise. Le mélange humour-drame peine à prendre empêchant Normandie nue de quitter le plateau des vaches, les pieds bien ancrés au sol de l’anecdotique.

5.5/10

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« L’échappée belle » (The leisure seeker) de Paolo Virzì

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“Vertiges de l’amour”                                                     

Quand ils pénètrent dans la maison, Will et Jane ont la mauvaise surprise de la trouver vide. Leurs parents âgés s’en sont allés, sans un mot laissé. Ils se sont envolés, dans leur vieux mobile-home, pour une ultime échappée.

Et nous voilà partis sur les routes américaines, imbriqués pendant quelques milliers de kilomètres entre une mégère peu apprivoisée que le cancer ronge, et son époux fatigué, dont le confident se nomme Aloïs. De quoi vouloir vite faire marche arrière, puisque de l’incontinence aux désaccords, des secrets inavoués aux affres de la maladie, peu nous est épargné. Et pourtant, surgissent de cette variation de l’Amour selon Haneke, quelques étincelles qui réchauffent le cœur : de vieilles photos lumineuses, un dernier « Je suis fier de toi » et deux mains jointes à jamais.

5.5/10

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« Les heures sombres » (Darkest hour) de Joe Wright

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“La guerre est déclarée”                                                

Mai 1940. L’Angleterre est inquiète. Hitler avance au pas de l’oie, écrasant l’Europe occidentale sur son passage. Jugé faible, le Premier Ministre Chamberlain démissionne, remplacé en urgence par l’expérimenté Churchill. A lui de prendre les décisions graves et de convaincre par les mots.

« On ne raisonne pas un tigre, quand il tient notre tête dans sa gueule ». La position de l’homme est claire. Elle semble définitive. Mais le doute l’envenime, sachant les sacrifices engendrés. C’est dans le métro londonien, au contact du petit peuple, que le politicien trouvera la force de ne pas plier face à l’ennemi, marquant à tout jamais l’histoire. Scène idéale. Scène improbable.

Sous le poids du costume et du maquillage, Gary Oldman s’efface entièrement pour laisser revivre le mythe. L’imitation impressionne. Parfaite, mais sans surprise. A l’image de ce film qui, surpassant celui de Jonathan Teplitzky, n’ose toutefois sortir du cadre d’une reconstitution appliquée sous forme d’hommage. A l’opposé, sur cette même période, Christopher Nolan abandonnait les coulisses du pouvoir pour survoler Dunkerque. Un grand rendez-vous émotionnel, héroïque et de lyrique.

6/10

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« Le grand jeu » (Molly’s game) de Aaron Sorkin

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“Poker face”                                                                        

Molly Bloom aurait pu être championne olympique de ski, si une chute ne l’avait pas privée d’une qualification, au plus grand dam de son père entraîneur. 12 ans plus tard, c’est dans l’organisation de riches parties de poker frôlant l’illégalité qu’elle fait fortune. Avant que le FBI et la justice ne la rattrapent.

Selon Molly, ce qu’il y a de mieux dans la défaite… c’est de gagner. Il ne reste donc que peu d’options à cette résistante hors pair. La victoire « all-in », quitte à se brûler les ailes. Les sentiments n’entrent pas en compte, tant que les règles du jeu sont respectées par tous.

Vous ignorez ce qu’est un « fish », « flop » ou « rake », accrochez-vous ! Sans cœur ni trèfle, l’efficacité du film passe par son rythme piqué qui pourrait laisser certains amateurs sur le carreau. Les dialogues fusent et la confrontation entre l’héroïne et son avocat – Idris Elba – remporte la mise.

Dans le rôle-titre, l’incandescente Jessica Chastain fait montre de la même implacabilité élégante qui caractérisait son personnage de Miss Sloane. Bluffante à nouveau, elle prend le risque de devenir l’archétype cinématographique de la femme de fer, intraitable jusqu’au bout de ses ongles manucurés.

6.5/10

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« Santa & Cie » de Alain Chabat

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“Ho ho ho”                                                                           

A quelques jours de Noël, c’est la panique dans le ciel ! Les 92’000 lutins en charge des cadeaux sont tous tombés malades. Il leur faut au plus vite des vitamines. Seule solution, descendre sur terre pour en trouver. Et c’est Santa en personne qui doit s’y coller.

Après Astérix et le Marsupilami, Alain Chabat investit corps et âme dans un nouveau personnage. Comme insatisfait de n’être que derrière la caméra, il s’adjuge le premier rôle. Barbe touffue, longs cheveux gris et manteau vert pré-Coca-Cola – « Red is dead » –, le voilà méconnaissable dans la peau d’un père Noël qui n’a rien d’une ordure. Naïf et décalé, comme son humour.

Si le plaisir est là à l’écoute de ses gags « Nuls » – Santa Barbara, Ralf le renne et l’ours bipolaire –, il se délaie dans l’emballage féerique et enfantin,  pâle copie de l’original américain. Un peu de « ha ha ha » donc, mais beaucoup de « ho ho ho ».

6/10

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« Le brio » de Yvan Attal

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“Peut mieux faire”                                                           

Alors qu’elle entre avec retard dans l’immense auditoire de Paris 2, Neïla est publiquement prise à partie par le professeur Mazard. Provocation ciblée ou dérapage aux relents racistes ? Pour éviter un scandale fâcheux, le président d’université exhorte l’enseignant à préparer la jeune fille au prochain concours d’éloquence.

Il aurait été plaisant que le film soit à la hauteur de son titre présomptueux. De guerre lasse, il est admis sans mention. Le discours, certes honnête, subit une mise en place maladroite qui sent l’artifice. Peu subtile, l’opposition de style entre l’érudit et la fleur de banlieue fait vite place à une affection réciproque. Les comédiens débattent et se débattent dans des chassés-croisés linguistiques trop écrits pour réellement convaincre. Si la comparaison n’est pas raison, elle approche, quoi qu’on en dise, de la vérité. Ainsi, sur un même sujet, le documentaire « A haute voix » trouvait les mots justes pour toucher, surpassant sans coup férir la fiction.

5.5/10

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« 12 jours » de Raymond Depardon

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“Nid de coucous”                       

En France, il est stipulé qu’un juge doit vous recevoir dans un délai de 12 jours en cas d’hospitalisation forcée en psychiatrie. A lui de décider de la prolongation ou non de ce séjour contraint.

La caméra s’avance lentement dans les couloirs laissés vides. Bruits sourds et litanies plaintives percent le silence régnant. L’atmosphère y est pesante, glaciale, anxiogène. Des lieux hantés par des âmes errantes, en quête d’une liberté espérée. Des êtres cabossés par leur vie – toxicomanes, schizophrènes, dépressifs, suicidaires, criminels, victimes ou bourreaux – qui n’ont que peu de mots pour exprimer les maux. Assisté d’un avocat, ils font face à la loi et à son vocabulaire. Des juges plutôt bienveillants qui, sur la base du dossier médical, ont la charge de décider de ce qu’il convient pour la sécurité de chacun.

Raymond Depardon vole au-dessus de ce nid inaccessible. En entrouvrant la porte, il esquisse des portraits intimes et édifiants, photographies de la société actuelle. On s’autorise à sourire face à ce patient qui se présente comme une Trinité à lui tout seul. L’émotion pointe quand le même prie la magistrate de rassurer son père resté seul. On frémit en apprenant qu’il l’a tué dix ans plus tôt. Pas un monstre, mais un mélange de démence, de violence et de mal-être. Un autre, l’air désespéré, rappelle alors cette réalité : « Je suis fou, j’ai la folie d’un être humain ».

7/10

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