« La Planète des singes : suprématie » (War for the Planet of the apes) de Matt Reeves

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“Ape-calypse now”

César et les siens se cachent dans la forêt et aspirent à y vivre pacifiquement. Mais un commando militaire mené par un colonel sûr de son droit les attaque, tuant son épouse et son fils. Un désir de vengeance s’empare du chimpanzé, décidé à mener le combat final.

Ce n’est pas l’homme qui descend du singe, c’est le singe qui descend de l’homme. Aux origines, il y eut ce vaccin contre la maladie d’Alzheimer testé sur les primates, qui décuplèrent leurs capacités cognitives au point de se rebeller contre leur condition de cobaye. Puis, l’affrontement entre une nature libérée et les survivants de la grippe simienne. L’Apocalypse, c’est maintenant. Confronté à des animaux qui s’organisent avec intelligence, l’homme, craignant de perdre sa suprématie, se retranche dans sa bestialité en choisissant la guerre et l’extermination. La menace première ne vient pourtant pas de l’autre, mais de ses semblables. Ce plaidoyer presque trop parfait pour l’antispécisme multiplie les références au film de Coppola et les facilités de scénario d’une manière pas toujours subtile. Néanmoins, il pose de bonnes questions d’actualité. Car en assistant aujourd’hui à ce délirant combat de coqs entre Trump et Kim Jong-Un, à deux doigts d’en glisser un sur le fameux bouton rouge, l’on peut craindre que la réalité ne rattrape trop vite la fiction. Ne resteront pour pleurer que les yeux clairs d’Andy Serkis, d’une expressivité fascinante malgré la numérisation… A quand un Oscar pour ce César ?

7/10

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« Baby driver » de Edgar Wright

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“Bla Blague Car”

Acculé par une ancienne dette, le jeune orphelin Baby n’a d’autre choix que de travailler pour Doc. Lors de braquages organisés, il met au service du mafieux, ses talents exceptionnels de pilote, mu par la vitesse et par la musique. Gare à la casse !

Visage poupin, lunettes noires et écouteurs greffés aux oreilles, Baby se tait le plus souvent. « On attend toujours ses premiers mots… D’où son surnom ! », ironise l’un de ses compagnons de route. Quitte à choisir, cautionnons davantage ce mutisme que les quelques dialogues à plat de ce film mêlant action pétaradante, romance naïve et semblant de comédie musicale, l’idée principale étant de synchroniser les assourdissants vroum, boum et bang attendus avec la playlist de l’as du volant. Mais le La La Land automobile espéré d’Edgar Wright n’est qu’un Bla Blague Car prépubère qui prend vite le mur. Les chansons choisies n’accrochent que le bitume des spécialistes. Quant aux caricatures qui servent de personnages, elles n’ont pas plus d’épaisseur qu’un pare-brise simple vitrage. Mais que fait la police ? C’est à se demander ce que viennent faire les télégéni(qu)es Frank Underwood et Don Draper dans cet accident ? Peut-être s’imaginaient-ils circuler sous la caméra de Nicolas Winding Refn qui avait su faire de Ryan Gosling, sur une chanson du groupe College, un véritable héros.

4.5/10

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« Valérian et la Cité des mille planètes » (Valerian and the City of a Thousand Planets) de Luc Besson

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“L’élément manquant”

Le Major Valérian reçoit un signal étrange d’une origine inconnue qu’il n’a le temps d’analyser. Accompagné de Laureline, sa complice bien-aimée, il est mandaté par le ministre de la Défense pour récupérer au marché noir une rareté. Le dernier spécimen d’une espèce disparue sur lequel repose l’avenir des habitants de la planète qui l’ont contacté à l’origine.

Que ceux qui n’ont pas été bercés par l’univers scénaristique et graphique de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières soient avertis. Adoubés par les auteurs de la bande dessinée pour son esprit fidèle, Luc Besson s’en va prêcher les convertis et en oublie les néophytes. Après un prologue au didactisme enjoué sur le Life on Mars de David Bowie, il se refuse de présenter son couple d’agents spatio-temporels, au stade déjà de la demande en mariage. Pas sûr d’être convié à l’événement futur… La suite est un enchaînement de scènes cumulant les courses-poursuites genre jeux vidéo, un comique peu drôle et des personnages sans épaisseur. Le pauvre grand méchant désigné est si insignifiant qu’il finit par gesticuler au bout d’une liane en quête sûrement de lignes de dialogue supplémentaires. Visuellement, l’aspect androgynique des Pearls, avatars réussis des Na’vi, séduit. Dommage que leur planète ne dépasse pas le créatif d’un catalogue pour les Maldives. Le film le plus cher du cinéma français ne lui fera pas honte par son élan régressif, mais que de manques pour qu’il atteigne l’inoubliable.

5.5/10

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« Un vent de liberté » (Varoonegi) de Behnam Behzadi

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“Sous un ciel voilé”

La mère de Niloofar est malade. La pollution qui surplombe quotidiennement Téhéran pourrait même la tuer. Il lui faut quitter la capitale sans attendre et vivre en campagne. La cadette est alors désignée pour l’accompagner. Adieu l’urbain, son atelier de couture et ce doux prétendant auquel elle voudrait s’attacher. Niloofar, qui ne veut pas abandonner sa vie, refuse.

L’ombre d’Asghar Farhadi plane sur le cinéma iranien. Une source d’inspiration prestigieuse, certes, mais un haut poids de référence à la comparaison délicate. Les thématiques sont très proches. Un imbroglio familial dans lequel les ni très bons ni mauvais quêtent une issue, campés sur leurs légitimes positions. La pression imposée aux générations qui suivent et qui suivront. Le rôle des femmes, moteur brimé et rugissant de toute une société oppressante. Manque la sophistication à l’extrême du maître adoubé dans l’écriture et la réalisation qui éloigne des hauteurs vertigineuses cette histoire digne d’intérêt.

6.5/10

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« Dunkerque » (Dunkirk) de Christopher Nolan

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“Il faut sauver les soldats Ryan”

Mai 1940, près de 400’000 soldats des troupes alliées se retrouvent encerclés par les forces allemandes sur la côte dunkerquoise en France. Ils attendent et espèrent une délivrance, un miracle.

L’ennemi est partout. Qu’il soit sur terre, navigue en mer ou vienne du ciel, il transforme le bouclier d’un cockpit ou d’une cale de bateau en un piège fatal. L’eau devient feu et consume les naufragés. La mort rôde et s’empare des moins résistants, des moins chanceux. Le chevalier noir Nolan, sur les rythmes d’un Hans Zimmer inspiré, compose un requiem aux paroles rares et dans lequel les balles jouent les percussions. Usant du montage alterné et parallèle, il permet à la tension de monter pour ne plus nous lâcher. Et, en dépit de quelques fausses notes – discours orienté et parfois confus –, l’émotion se déverse quand riment ensemble héroïsme et humanisme. « Nous ne sommes que des survivants » déploreront pourtant certains rescapés de retour au bercail. « C’est déjà bien » leur fait-on comprendre. Car vivre en temps de guerre requiert du courage.

8.5/10

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« Aurore » de Blandine Lenoir

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“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« Eté 93 » (Estiu 93) de Carla Simón

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“La fin de l’innocence”

Devenue orpheline, Frida, 6 ans, est accueillie dans la campagne catalane par son oncle, sa femme et leur petite Anna. Une famille recomposée malgré elle, en quête d’un nouvel équilibre.

Boucles noirs, pieds nus, sourire espiègle, Frida ressemble à une Heidi espagnole. Sa mère est morte dans des circonstances qu’on préfère lui taire, par crainte et par honte. Comment comprendre dès lors et faire son deuil ? La fillette se tait, boude, provoque, mais ne pleure pas. Comme si ce drame la contraignait de grandir trop vite. La fin de l’innocence et de l’insouciance pour ainsi dire symbolisée aussi par l’apparition de la maladie. Tournée à hauteur d’enfant, l’œuvre repose sur ses deux jeunes comédiennes étonnantes. Leurs échanges et jeux tournés en plans-séquences sont des bulles de fraîcheur dans la langueur estivale. Avec retenue, la réalisatrice reconstitue une histoire et une époque qui lui sont très personnelles. Malgré la mort en arrière-plan, elle nous offre une régression nostalgique en pente douce, comme à la vue d’un vieux film de vacances retrouvé.

7/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

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“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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« The Circle » de James Ponsoldt

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“Loft story”

Mae peine à y croire. Elle vient de décrocher un poste au sein de « The Circle », empire informatique surpuissant de la Silicon Valley. Son idéal devient réalité, mais le rêve a ses revers.

Big brother vous regarde. Le savoir est un droit fondamental. La transparence, une valeur nécessaire. Le privé devient public, car tout secret apparaît comme un mensonge. Ne pas partager sa vie, c’est faire preuve d’asociabilité et d’égoïsme. L’individu s’efface en faveur de la communauté. Vous hésitez ? Le choix ne sera bientôt plus permis. Ce monde dystopique rappelle dangereusement le nôtre dans lequel l’hyperconnectivité est devenue essentielle. Certaines questions posées interpellent comme l’étroitesse entre autocratie et démocratie absolue. D’autres, telles la manipulation des données et l’intégrité de la personne, sont vite oubliées. Les références orwelliennes et au Truman show sont manifestes. Mais l’ensemble fait preuve d’une grande naïveté dans son contenu et sa tenue trop légère. Quand elle devient l’objet d’un filmage en continu, la jeune et jolie Hermione n’a rien de plus intime à montrer qu’un brossage de dents. Ses parents répondent alors malgré eux aux attentes évidentes du plus grand nombre. Même Loana et Kim Kardashian ont saisi plus vite la perversité intrinsèque du système. Le jour possible où une puce sera greffée dans son cerveau afin de contrôler ses pensées les plus confidentielles, l’humain aura cessé de penser.

5.5/10

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CinéKritiK : « Song to song » de Terrence Malick

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“Les chansons d’amour”

Le cœur de Faye vacille entre BV, chanteur en devenir, et Cook, producteur important de la scène musicale. Séduction, sentiments croisés, brûlures et culpabilité.

Elle désire vivre sa partition, portée par un vent de liberté, chanson après chanson, baiser après baiser. Mais le sexe, la drogue et le rock’n’roll ne sont que des jouissances furtives, des bonheurs illusoires. Le trio en apesanteur finira par atterrir. Devenu quatuor, il perd l’instabilité intrinsèque à son équilibre fragile. Les élans impressionnistes de Malick sont magnifiques. Son casting quatre étoiles, orné de caméos prestigieux, a tout d’une suite luxueuse. La beauté imagée enlace, délasse et lasse hélas. De cette histoire fragmentée, intemporelle, il ne reste que quelques notes. Telles ces perles tombées du collier porté par Cate Blanchett qui se casse et se délite pour laisser un écrin vide.

6/10

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