« La route sauvage » (Lean on Pete) de Andrew Haigh

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“Lonesome cowboy”                                

Charley, quinze ans, s’attache vite à Lean on Pete, le cheval de course dont il s’occupe avec soin. Quand il apprend que l’animal, jugé trop vieux, va être bientôt abattu, il s’enfuit avec lui.

Il court, il court, le garçon, après la vie, qui n’a guère été tendre. Une mère partie, un père instable, peu d’éducation ni de quoi manger à sa faim. Le jeune homme s’échappe alors pour rejoindre sa tante dans le Wyoming, au souvenir de laquelle il se raccroche avec ferveur. Comme aux rênes qui le rattachent à son unique compagnon.

La conquête de l’Ouest n’est aujourd’hui plus qu’un vague fantasme. Le rêve américain a fait place à la désillusion. Les héros sont fatigués, tristes. Le chemin du retour, vers un refuge hypothétique, sera long et périlleux.

Moins fort et puissant que The rider de Chloé Zhao, western tout aussi désenchanté, le film de l’Anglais Haigh révèle surtout un nouveau talent : Charlie Plummer, pauvre cowboy solitaire.

6.5/10

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« Gaspard va au mariage » de Antony Cordier

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“Zootopie”                                

Laura n’hésite pas longtemps, lorsque Gaspard, le garçon qui vient de la sauver en lui marchant dessus, l’invite à l’accompagner au mariage de son père. Avec lui, elle découvre le zoo dans lequel il a grandi.

Laura la rousse est le genre de fille timbrée qui se menotte à un rail pour un café-croissant. Et quand un inconnu attentionné lui demande de passer pour sa petite amie, elle accepte, monnayant 50 euros la journée. Mais sans coucher, bien entendu. Pourtant, au milieu de la famille de Gaspard, la jeune femme serait presque insignifiante. Face au souvenir d’une mère dévorée par un tigre, un père qui se soigne dans un aquarium et une sœur devenue ourse, elle a de quoi s’estimer complètement banale.

Il règne dans ce zoo humain une folie douce et tendre, au goût légèrement amer. Une atmosphère singulière qui pourrait ne pas séduire. La fantaisie amuse beaucoup pourtant, le plus grave convainc moins. Ils se mélangent pour exprimer cette phase transitoire, douloureuse parfois, entre l’enfance idéalisée et le devoir adulte qui finit par s’imposer.

6.5/10

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« Hostiles » de Scott Cooper

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“Les revenants”                                

Le capitaine Blocker accepte, à contrecœur, d’escorter le chef de guerre Faucon jaune, jusqu’au Montana. Après sept années de captivité, il est permis au vieux Cheyenne malade de retrouver sa contrée d’origine pour y mourir. Mais, en ces temps hostiles, le périple sera impitoyable.

Savoir faire alliance avec l’ennemi. Pardonner à ceux qui ont massacré les siens. Abandonner la haine et la vengeance, pour fumer le calumet. Qu’ils soient cowboys, Indiens, soldats, civils, hommes ou femmes, c’est ensemble que ces survivants pourront se reconstruire.

Ce beau western, frôlant parfois l’emphase, rappelle la violence sur laquelle se sont érigés les Etats-Unis. Son message est limpide : ne pas regarder en arrière, mais avancer dans la bonne direction, marcher au-delà des différences, pour espérer transformer cette terre de sang en terre promise.

6.5/10

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« The rider » de Chloé Zhao

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“On achève bien les chevaux”                                

Une chute brutale et un coup de sabot terrible. Brady se réveille, une plaque métallique greffée dans le crâne. S’il se remet en selle, le rodéo et l’équitation pourraient le tuer.

C’est un sport d’une rare violence, qui fait de l’homme, un mannequin désarticulé, agrippé au dos d’un cheval devenu fou. Quelques secondes suffisent alors pour emporter les rêves d’une gloire espérée. Le rodéo, c’est la vie, pas le paradis.

Le jeune Sioux Bradley est une flèche brisée. L’existence ne lui a fait aucun cadeau : une mère morte, un père joueur, une petite sœur handicapée et son meilleur ami, aujourd’hui paraplégique. Son seul bonheur, il le consume en murmurant à l’oreille des chevaux.

Le constat fait craindre le misérabilisme. D’autant plus que, des personnages à leurs histoires, tout est dit vrai dans ce western désenchanté. La réalisatrice évite le piège tendu en sublimant la beauté des paysages et l’amour qui demeure entre tous ces cabossés. Mais, c’est dans les scènes associant l’homme à l’animal qu’elle parvient à nous voler des larmes. On achève bien les chevaux.

7.5/10

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« Place publique » de Agnès Jaoui

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“La fête est finie”                                

Pendaison de crémaillère dans la belle maison de Nathalie, dorénavant installée dans la campagne, près de Paris. Autour de la productrice réputée de télévision, on croise du beau monde : un animateur célèbre, de jeunes influenceurs en verve, la famille, les amis et des voisins pas contents.

Le retour des « Jacri » après de longues années d’absence avait de quoi réjouir. Leur regard vif et perçant sur les nombreux travers de notre société malade a su plaire et faire mouche le plus souvent. Hélas, les inséparables ont perdu de leur superbe. Ils maintiennent leur plume élégante, certes, plaçant deci delà quelques bons mots, sans les grossièretés d’usage. Mais, peu inspiré, le duo se contente d’aligner les clichés sur les puissants égocentrés face aux dominés consentants. On frôle même l’autocaricature avec Bacri qui semble ne savoir jouer plus que l’aigreur à laquelle on le réduit.

L’unité de lieu freinant l’évolution, le film tourne en rond et perd le sens de la fête. L’ennui gagne vite au point de se retrouver dans le rôle de cet invité de dernière minute qui ne connaît personne et observe, en attendant vainement qu’on lui adresse la parole.

5/10

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« Larguées » de Eloïse Lang

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“SOS de terriennes en détresse”                                

Les sœurs fâchées Rose et Alice entraînent leur maman sous le soleil de la Réunion, pour lui changer les idées. A près de 60 ans, Françoise vient de se faire larguer par leur père, parti pour une jeunette.

Dans la famille foldingue, j’appelle la mère déprimée, Miou-Miou. Transcendant son rôle, la comédienne nous persuade sans peine de vouloir être ailleurs. Camille Chamoux, l’aînée, maman parfaite, mais épouse frustrée. Comme si elle avait gobé Florence Foresti et Audrey Lamy au petit-déjeuner, la gazelle dézinguerait n’importe qui avec son débit de mitraillette. Enfin, Camille Cottin, cadette « connasse » et rock n’roll, qui assure bien plus que le 10 % du job. Bouée au milieu de cet océan peu profond, elle sauve seule cette comédie de la noyade. L’on s’y accroche, oubliant le reste de la distribution, faire-valoir anecdotiques.

Un humour qui se conjugue au féminin pluriel. Quelques fléchettes visant juste, mais des interludes burlesques qui tombent à l’eau et un manque créatif général dans cette adaptation d’un film suédois. Ces vacances décevantes rappellent celles des Bronzés 3, rebaptisés ici Les 3 bronzées.

4.5/10

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« Red sparrow » de Francis Lawrence

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“Hunger game”                                

Brisée en plein élan, la danseuse étoile Dominika Egorova n’a plus d’autre choix. Afin de subvenir aux besoins de sa mère malade, elle devient une Red Sparrow, agente spéciale du KGB, entraînée à séduire pour obtenir ce qu’on lui demande.

« Votre corps appartient à l’Etat ; il l’a nourri et fait grandir. A vous de le lui donner en retour. » Voilà ce que l’on inculque aux jeunes recrues des services secrets, dans cette Russie atemporelle, sentant encore la guerre froide. Le sexe est une arme de destruction massive et l’ennemi, un puzzle inachevé. Aux « moineaux rouges » de devenir la pièce manquante.

Entre érotisme et violence crus, le film avance sur des chemins balisés, sans ménager de réelles surprises, en dépit d’un final plutôt réussi. Mensonges et trahisons donnent le la, plutôt que les scènes d’action. Dans le rôle de la maîtresse du jeu, Jennifer Lawrence marche sur les pas de Charlize Theron. Moins à l’aise que la blonde atomique, elle prouve cependant qu’elle n’est plus une héroïne pour adolescents en affirmant avec force que son âme et son corps n’appartiennent qu’à elle.

6/10

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« L’île aux chiens » (Isle of dogs) de Wes Anderson

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“Des chiens et des hommes”                                

Dans un Japon dystopique, les chiens, déclarés trop nombreux, sont accusés d’être les vecteurs d’une grave épidémie. Le gouverneur félinophile Kobayashi ordonne de les déporter sur l’île poubelle en vue de les exterminer. Mais son neveu Atari se rebelle en partant à la recherche de Spot, son fidèle compagnon à quatre pattes.

Le fantastique Maître Anderson se distingue à nouveau dans un film d’animation marqué par son génie unique et décalé. Inspiré par l’art nippon, il croise marionnettes et dessin dans un décor aux mille et un détails. Le résultat visuel, très réussi, nous emporte immédiatement.

Dans cet univers mêlant naïveté enfantine et gravité adulte, un casting de stars permet aux chiens d’aboyer intelligiblement, alors que les humains s’expriment dans un japonais pas toujours traduit. Le sort qui est réservé aux bêtes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire. Quant à l’île dépotoir, elle anticipe une terre exsangue après des décennies de surconsommation. Entre le rose et le noir, le scénario souffre sur la distance de quelques faiblesses. Mais l’humour grinçant séduit et la magie de Wes opère.

7/10

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« The third murder » (Sandome no satsujin) de Hirokazu Koreeda

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“Le jeu de la vérité”                                

Un homme en assomme un autre, asperge son cadavre d’essence et le brûle. Récidiviste au lourd passé, Misumi avoue le crime. Mais son principal avocat doute et reprend l’enquête pour éviter à son client, la peine de mort.

Le Japonais Koreeda a su séduire par ses chroniques familiales, bouleversantes de sensibilité. En s’attaquant au thriller, il désamorce les codes du genre en imposant sa touche et ses batailles : des parents absents ou trop présents qui aiment mal leurs enfants ; une délicatesse qui retient la violence la plus brute en hors-champ ; et ce suspens construit uniquement sur la parole. De quoi surprendre, déstabiliser et plaire.

Témoignages, plaidoiries et scènes essentielles de parloir dictent le film et en limitent l’action. L’accusé, ses défendeurs, la procureure et les juges nous entraînent dans un jeu de manipulations. Qui croire ? L’image peut mentir autant que les discours. Au centre de ce labyrinthe trouble, le spectateur doit choisir un chemin au bout duquel il espère trouver sa vérité.

7/10

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« Ready Player One » de Steven Spielberg

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“Le maître du jeu”                                

En 2045, guerres, crises économiques et changements climatiques ont fait de la terre un chaos organisé. Première échappatoire, l’Oasis, monde virtuel où rien n’est impossible. Avant de mourir, son créateur, James Halliday, y a caché trois clés. Le chasseur qui les trouvera lui succédera et deviendra le maître du jeu. Comme tous les autres, le jeune Wade Watts est sur les rangs. A vos marques, prêts, partez !

Et nous voilà projetés, 2 h 20 durant, dans un grand-huit science-fictionnel aux milliers de références. De quoi perdre la tête dans ce tourbillon à la 3D immersive, enfin utilisée à bon escient. Une expérience éreintante et ludique qui permet l’analyse : pur délire geek inaccessible au plus grand nombre ? Hommage splendide à la culture pop qui autorise le Géant de fer à combattre Godzilla ? Romance adolescente freinée par des longueurs et un message lénifiant ? Autobiographie, un brin mégalomaniaque, d’un réalisateur aux multiples avatars ? Libre à chacun de choisir l’interprétation qui lui ressemble.

Je retiendrai un bon divertissement teinté de nostalgie, puis cette déclaration d’amour aux cinémas d’une génération pas tout à fait perdue, avec en point d’orgue cette descente jouissive et horrifique dans l’hôtel Overlook. Malgré le temps qui passe, Steven Spielberg demeure encore et toujours… le maître du jeu.

7.5/10

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