« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

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« La ballade de Buster Scruggs » (The ballad of Buster Scruggs) de Joel et Ethan Coen

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(Rattrapage – Film Netflix) “Lonesome cowboys”

Cette ballade dans l’Ouest américain se raconte en six couplets, quelques chansons et des cartouches à foison.

Le livre imagé s’ouvre page après page, chapitre après chapitre. Les mots sont délicats et poétiques. S’illustrent un blanc Lucky Luke tirant moins vite que l’ombre, un gibier de potence à la corde au cou, un homme tronc au regard inquiet, un orpailleur fiévreux et son Kid fumeux, une pionnière prisonnière du désert et deux chasseurs en prime dans une diligence. Ces duels au soleil sang pour sang mêlent justiciers et salopards, morts ou vifs, ainsi que quelques Comanches pour parfaire ce beau décor qui mue saison après saison. Ce pays où l’on achève bien les chevaux n’est pas fait pour vivre vieux.

Même si l’on aurait aimé qu’elles se répondent davantage, ces six pépites à suspens brillent par l’humour absurde des deux frères et leur ironie subtile. Quand la comédie éclate, la tragédie cavale à sa rescousse.

(8/10)

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« Les blagues de Toto » de Pascal Bourdiaux

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(Rattrapage) “Fais pas ci, fais pas ça”

A l’école ou à la maison, l’espiègle Toto s’illustre dans les maladresses calculées. De quoi plaire à ses camarades, mais décourager les professeurs et ses parents divorcés. Et quand un incident anéantit le vernissage organisé par le patron de son père, le coupable désigné est tout trouvé.

Si l’idée de mettre en scène l’esprit potache du célèbre garçonnet paraît bien délicate, la bande annonce du film n’effraie pas immédiatement. Plutôt enlevée et portée par des comédiens appréciés – Guillaume de Tonquédec notamment entre ci et ça –, elle suscite la curiosité. Pas de zéro de conduite au final, mais une œuvre sans inventivité ni réelle ambition qui lassera très vite au-delà de huit ans. Ne dit-on pas que les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures ?

(4/10)

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« Thunder Road » de Jim Cummings

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(Rattrapage) “Si, maman, si”

La mère de Jimmy vient de mourir. Lors de ses funérailles, le policier investi craque et c’est toute son existence rangée qui se délite.

Si, maman, si… Maman, si tu voyais ma vie. Après une oraison funèbre ratée sur du Bruce Springsteen sans son, le fils préféré perd pied, sa femme, la garde de sa fille et son badge. Il pleure quand il rit et rit quand il pleure. Son avenir et son cœur restent gris.

Le numéro d’équilibriste de Jim Cummings, réalisateur, scénariste et acteur principal, finit par séduire. L’on hésite entre la gifle et l’étreinte, tant ses pas de danse maladroits jonglent entre ridicule et pathétisme. Mais quand son personnage de père dévoué gagne enfin le respect de sa fillette en maîtrisant un jeu de main, son soulagement va droit au cœur.

(7/10)

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« La communion » (Boże Ciało) de Jan Komasa

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(Rattrapage) “Grâce à Dieu”

Sortant d’un centre de détention éducatif, le jeune Daniel est contraint de travailler dans une menuiserie pour se réinsérer. Peu motivé par les lieux et stimulé par une foi nouvelle, il se fait passer pour un prêtre en visite dans le village voisin. Les habitants, traumatisés par un accident tragique, l’accueillent avec ferveur.

L’habit ne fait pas le moine et pourtant, il suffit d’un col romain pour camoufler l’image du délinquant et gagner le respect de l’autre. Dans la fosse aux lions, Daniel se confronte à la confession, au baptême, et au sermon. Internet accélère sa formation. Nouvelle peau et nouvelle vie pour le garçon aux yeux gris ? Le père de substitution crée l’illusion. Mais dans la Pologne catholique, les pécheurs n’ont guère le droit à la rédemption.

Basé sur des faits réels, le film oscille entre le drame, l’enquête et la violence, se délestant par quelques élans comiques. Dans le rôle principal, l’halluciné Bartosz Bielenia semble touché par la grâce. Messager diabolique ou démon angélique ? 

(7.5/10)

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« Les plus belles années d’une vie » de Claude Lelouch

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(Rattrapage) “Elle et lui”

Un homme, Jean-Louis, et une femme, Anne. Ils se sont tant aimés, quittés, puis perdus de vue. Cinquante ans plus tard, ils se retrouvent.  

Après toutes ces années, Claude Lelouch réussit l’exploit de réunir sa distribution d’antan. Nicole Croisille chante encore les amours passées d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant. Leurs enfants de fiction, devenus adultes, sont également conviés. Les souvenirs se ramassent à la pelle et se lisent sur ces visages encore beaux, mais marqués. Les images d’hier se mêlent aux nouvelles dans ces élans impressionnistes chers au réalisateur. Deauville, la romantique, n’a pas changé. Quelques allusions séniles et excès digressifs étiolent la poésie de l’instant. Mais si la mémoire flanche dans ces lieux où l’on attend la mort, les regards tendres ne mentent pas et embuent nos yeux : « Je me souviens d’elle comme si c’était hier, alors que d’hier je ne me souviens plus de rien. » Le temps est assassin, surtout pour ceux qui s’aiment. Au revoir ? A bientôt ? « Adieu », chante-t-on tout bas dans un ultime chabadabada.

(7/10)

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« J’ai perdu mon corps » de Jérémy Clapin 

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(Rattrapage) “Parle à ma main”

Une main coupée se réveille et parvient à fuir la prison frigorifique qui la retenait. Ailleurs, le jeune Naoufel, plutôt gauche et réservé, cherche à donner un peu de sens à sa vie de cabossé.

Deux quêtes s’activent en parallèle : la recherche d’un corps perdu pour l’une, quelques grammes d’amour dans un monde brutal pour l’autre. Une aventure périlleuse et angoissante pour la première où tout est menace. Une romance espérée pour le second qui débute par une très belle scène d’interphone. Si le dessin n’est pas toujours aimable et l’animation parfois saccadée, on se laisse vite bercer par la poésie à tendance surréaliste de l’ensemble. Un rendez-vous unique, tendre et cruel, que l’on rêverait de clore par un « happy hand ».

(8/10)

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J'ai perdu mon corps

« Une fille facile » de Rebecca Zlotowski 

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(Rattrapage) “Sous le soleil”

Naïma, 16 ans, vit à Cannes avec sa mère, femme de ménage dans un grand hôtel. Sa cousine Sofia la rejoint pour les vacances. En sa compagnie, elle va découvrir les charmes du luxe et de la vie facile.

Il y a le ciel, le soleil, la mer et Zahia. L’ex-« accompagnatrice » de footballeurs s’illustre dans un premier rôle à sa mesure ; celui d’une fille attirée par les sensations et l’aventure, laissant l’amour et les sentiments derrière elle. La caméra la dévisage et l’envisage comme une BB réincarnée. A l’image des personnages de la jeune cousine et du chevalier servant Benoît Magimel, on observe, un peu voyeur, ce corps et cette figure recomposés. Pourquoi tant de chirurgie à son âge lui demandera-t-on plus tard, entre fascination et dégoût ? Inégale dans son jeu, mélancolique et légère à la fois, la starlette mise à nu conserve un certain mystère. La réalisatrice cherche à approfondir la réflexion sur son actrice du jour en s’interrogeant sur le pouvoir du sexe, de l’argent, et les choix de vie. S’il ne convainc pas toujours, son film fleure bon les vacances et la crème solaire.

(6.5/10)

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Une fille facile

« Alice et le maire » de Nicolas Pariser

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(Rattrapage) “Au pays des idées”

Jeune normalienne, Alice vient d’être engagée à Lyon. Sa mission réfléchir et prendre du recul pour le compte du maire Paul Théraneau qui se dit plus capable de penser.

Pas vraiment drôle, mais loin d’être décourageant, ce film atypique distille un charme inattendu. De tous les plans, la césarisée Anaïs Demoustier brille et remporte la mise face à un Luchini agréablement sobre et discret. Sans suspens ni rebondissement artificiels, l’action passe uniquement par les dialogues. Mais les joutes oratoires entre l’homme d’expérience usé et la fraîche intellectuelle volent haut, cherchant via la philosophie à donner sens et profondeur à la chose politique. Surfant sur une nouvelle vague rhomérienne noyant toute vulgarité, cette Alice nous entraîne avec délice au pays des idées.

(7.5/10)

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Alice et le maire

 

 

« La fille au bracelet » de Stéphane Demoustier 

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(Rattrapage) “Une intime conviction”

Sur la plage, devant ses parents, Lise, 16 ans, est emmenée par la police pour être interrogée. Deux ans plus tard, on assiste au procès qui déterminera si la jeune fille a assassiné ou non sa meilleure amie.

Connaît-on véritablement ses enfants ? Sait-on réellement ce qui se joue dans leur tête ? Ce film tendu pose la question et laisse planer le doute. Dans le rôle de l’accusée, la nouvelle venue, Melissa Guers, impressionne. Mutique, impassible, rien ne transparaît sur son visage. Face à elle, ses parents effondrés demeurent droits et dignes. Quant aux joutes oratoires des différents avocats, elles quêtent en vain leur vérité. A chacun alors de se forger une intime conviction apte à différencier justice et jugement.

(7/10)

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La fille au bracelet