« Beckett » de Ferdinando Cito Filomarino

Critiques

(Film Netflix) “Le touriste”   

Beckett et April passent quelques jours de vacances en Grèce. Un accident de voiture emporte tragiquement la jeune femme. Se sentant responsable, son compagnon effondré revient sur les lieux du drame. C’est alors qu’il est pris pour cible.

Que la traque commence ! Endeuillé, le touriste américain se retrouve malgré lui en plein milieu d’un imbroglio qu’il ne maîtrise aucunement. Policiers corrompus, complot politique, kidnapping, passants armés, et s’il était plus qu’une proie innocente ?

Confronté aux dialogues non traduits entre locaux, le spectateur se retrouve dans la même incompréhension que le personnage. Tout regard insistant et main tendue deviennent suspects. De quoi faire monter la tension. Bien loin de la carte postale attendue, la belle hellène devient une terre d’accueil piégée, exsangue en raison des sanctions économiques européennes et des rivalités internes. Dommage que la démonstration tourne à l’exagération avec ce simple vacancier super-héroïque cherchant à travers tout un pays à se sauver lui-même.  

(6.5/10)

twitter.com/cinefilik     
cinefilik.wordpress.com

« Escape game 2 : le monde est un piège » (Escape room: tournament of champions) de Adam Robitel

Critiques

“Ready Player Two”  

Seuls candidats élus encore en vie, Zoey et Ben demeurent traumatisés par leur premier « Escape game ». En quête de preuves, ils se rendent néanmoins à Manhattan où se dissimulerait le siège de la société Minos, conceptrice de ce divertissement mortel. Mauvaise idée bien sûr, car les voilà à nouveau piégés avec quatre anciens survivants pour partenaires.

Depuis la nuit des temps et l’Antiquité romaine, le peuple réclame du pain et des jeux. Plus ceux-ci sont spectaculaires et sanglants, plus ils sont applaudis. Les idées fusent ici pour transformer un wagon en cage de Faraday, une banque en échiquier fatal, une plage en sables mouvants ou baigner une rue new-yorkaise de pluie acide. Mais ce n’est pas tant la cruauté des épreuves qui récrée que l’échauffement des esprits logiques et l’intelligence collective nécessaire pour s’en sortir. La mise en scène permet même au spectateur de tenter sa chance en décelant quelques clés avant les personnages eux-mêmes. La règle du jeu est simple et connue : tout élément du décor peut révéler un indice quand les quidams croisés sont des ennemis potentiels.

Certes, la machination générale perd vite en crédibilité laissant des incohérences sur le chemin de la surenchère. Et l’on devine par avance que l’annonce du « Game over » n’est pas encore pour aujourd’hui. Néanmoins, cette suite ludique et sans fin surpasse le premier épisode. Ce cinéma popcorn demeure une honnête échappatoire.

(6/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Free Guy » de Shawn Levy

Critiques

“Joystick”  

Modeste employé de banque, Guy n’est pas malheureux d’habiter à Free City, malgré les meurtres et braquages au quotidien. Mais le jour où il découvre qu’il n’est qu’un personnage non-joueur, ses ambitions changent.

C’est un jour sans fin pour Guy. Mariah Carey dans les oreilles, chemise bleue uniforme, salutations matinales à Goldie, son poisson rouge, un café avec deux sucres à l’emporter et un sourire aux clients depuis son guichet : « Ne passez pas une bonne journée, mais une excellente journée ! » Il lui suffira alors de chausser des lunettes pour voir enfin le monde tel qu’il est. Un immense jeu vidéo dans lequel il n’est qu’un Sim manipulé par des avatars et des trolls.

Free Guy s’adresse avant tout aux geeks qui s’animent devant les gamers sur Twitch, danses de Fortnite, boucliers Marvel et sabres laser Star Wars. Mais avant de passer son tour, on peut y déceler aussi les réflexions du Truman show et l’action ludique du Ready Player One spielbergien. Dans le rôle du gars ordinaire à la chemisette, le sympathique Ryan Reynolds retrouve un humour à la Deadpool, plus grand public néanmoins. Si l’on accepte de jouer le jeu, le film, qui rappelle qu’il n’y a pas que les écrans dans la vie, devient un vrai joystick, d’autant plus en 4DX.

(7/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Jungle cruise » de Jaume Collet-Serra

Critiques

“La croisière s’amuse”  

Persuadée que l’arbre aux vertus curatives n’est pas qu’une légende, la botaniste anglaise Lilly Houghton se rend au Brésil pour le découvrir. Escortée par son cher frère, elle embarque sur le rafiot de Frank Wolff, un bonimenteur de première.

Quand l’intrépide Mary Poppins défie The Rock, il y a des étincelles dans l’air. Aucunement intimidée par la montagne de muscles, Lillindiana lui tient tête et impose ses choix. Quant au troisième larron, plus coquet que sa sœur en pantalon, il participe follement à la mascarade en se révélant. Le trio improbable tient bon la barre dans cette relecture féministe et inclusive de l’attraction incontournable de Disneyland. Mais à l’écran, le numérique a remplacé l’artisanat des automates. Dans cette jungle à la Jumanji, serpents, jaguar, araignées et oiseaux animés ne suscitent ni la peur ni le rêve. Quant à l’Amazonie hawaïenne, elle n’est guère mise en valeur par un montage rapide et furieux préférant privilégier l’action, quitte à nous imposer un sous-marin allemand dans les eaux de ce long fleuve intranquille.

La croisière s’amuse donc, mais lassé par trop d’effets et un scénario bien prévisible, le spectateur débarque avec un petit mal de mer.

(5.5/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Mulan » de Niki Caro

Critiques

(Film Disney+) “Chinoiserie”

Alors que son père, malgré son âge et son handicap, est contraint de rejoindre l’armée impériale afin de combattre l’envahisseur, Mulan, sa fille aînée, décide de prendre sa place. Au milieu d’hommes, la jeune femme dissimulée sous l’armure devra se révéler aux autres et à elle-même pour s’élever.

Il n’y a hélas pas grand-chose à sauver dans cette nouvelle adaptation en prises de vues réelles d’un des dessins animés les plus réussis de la maison-mère. Couleurs saturées, scènes de combat aux effets dépassés – il y a 20 ans, Tigre et dragon de Ang Lee faisait bien mieux –, comédiens engoncés. On s’ennuie ferme devant près de 2 heures de chinoiseries anglophones sans âme ni émoi. Qui plus est, l’absence de Mushu le dragon, remplacé par un phénix apathique, enlève tout l’humour magique à l’œuvre. Aurait-elle gagné à être projetée sur un grand écran de cinéma ? Même pas certain.

(4.5/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Peninsula » (Bando) de Yeon Sang-ho

Critiques

“Virus”  

La Corée du Sud n’est plus qu’un immense champ de ruines occupé par les zombies. Jung-seok et son beau-frère y ont échappé quatre ans plus tôt. Réfugiés méprisés à Hong Kong, ils sont engagés par une triade pour retourner au pays. Car dans la ville dévastée de Séoul se trouve un camion rempli de billets qu’il convient de récupérer. Au risque de ne pas revenir.

La lutte divertissante entre morts-vivants et vivants déjà morts peut commencer. La nuit, tous les zombies sont gris. Aveuglés, ceux-ci ne sont attirés que par la lumière et le bruit. De quoi donner quelque répit aux missionnés et des images crépusculaires de belle facture. Le reste ne respire guère l’inspiration. Outre dans les classiques du genre, le film pêche du côté de la folie de Max et de ses routes enragées. Les thématiques abordées – traumatisme héroïque, sacrifice maternel et monstruosité humaine – ne sont pas nouvelles. Et le final larmoyant en devient presque gênant. Reste qu’un monde emporté par un virus est un écho terrible à la période actuelle. La comparaison fortuite trouble et fait monter l’angoisse.

5.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Tenet » de Christopher Nolan

Critiques

“Demain ne meurt jamais”  

Un agent américain infiltré participe à une prise d’otages dans l’opéra de Kiev. Sa mission, récupérer un objet mystérieux et convoité par beaucoup. Mis en danger durant l’opération, il est sauvé par une balle inversée tirée par un soldat sorti de nulle part. Ainsi commence une lutte intense afin d’éviter une Troisième Guerre mondiale temporelle, plus dévastatrice qu’un « holocauste nucléaire ».

Autant dire que les premières scènes qui s’enchaînent à la vitesse d’un projectile risquent d’épuiser le spectateur le moins éveillé. On parcourt le monde en un claquement de doigt, multiplie les personnages furtifs et dégaine des théories pseudo-métaphysiques sur l’entropie. « Ne cherchez pas à comprendre, conseille une chercheuse, mais ressentez-le ». Progressivement, le puzzle inversé se remet en place, gagne en signification et procure un certain plaisir. A la recherche du temps perdu, le film évoque un James Bond sophistiqué retournant vers le futur pour combattre Terminator. Un scénario exagérément alambiqué qui donne le vertige, mais aurait gagné en puissance émotionnelle s’il permettait à ses personnages de dépasser leur rôle archétypique. Le Protagoniste du film, John David Washington, n’est même pas (pré)nommé. A lui seul, le palindrome événementiel de Christopher Nolan ne parviendra pas à sauver le cinéma en 2020, mais il demeure une réalisation spectaculaire à découvrir principalement sur grand écran.

7.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Scooby ! » (Scoob!) de Tony Cervone

Critiques

“Chien quasi fidèle”                                                    

Jugés comme les maillons faibles du groupe par Simon Cowell, Samy et Scooby quittent la compagnie Mystère, le cœur blessé. Mais le super-héros Blue Falcon et son fidèle compagnon Dynomutt vont vite leur redonner goût à l’aventure.

On découvre pour la première fois l’origine du lien indéfectible entre Samy Rogers et Scooby-Doo, deux solitudes qui se croisent un jour sur Venice Beach. Il faudra attendre Halloween pour que les inséparables fassent connaissance avec le reste de la troupe de futurs détectives, encore enfants. Ainsi sont nés des amis pour la vie.

Modernisé sur le plan visuel et de l’action, le film a la bonne idée d’y convier d’autres personnages des studios Hanna-Barbera : Capitaine Caverne, Satanas et Diabolo. De quoi émoustiller les plus nostalgiques. Le second degré bien présent amusera également les accompagnants adultes. Dommage que les énigmes à résoudre qui faisaient tout le sel de l’œuvre originelle ont laissé place à une course poursuite intersidérale, malmenant nos héros dans l’espace, la préhistoire et l’Antiquité.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« 1917 » de Sam Mendes

Critiques

“Bienvenue en enfer”                                                 

6 avril 1917. Sur le front franco-allemand, les lignes de communication sont coupées. On charge alors les soldats Blake et Schofield de livrer un message au-delà des lignes ennemies afin d’empêcher le massacre de 1600 soldats britanniques. Mission impossible ?

Bienvenue dans les cercles de l’enfer ! Les tranchées asphyxiantes, les barbelés incisifs, les souterrains piégés où les rats deviennent des bombes à retardement, ce désert putréfié par la chair humaine et animale, les cerisiers coupés, l’avion descendu, la lame de l’adversaire, le village en flammes et les cadavres flottants du Styx. La guerre est traîtresse assassinant même la jeunesse survivante.

Construit à partir d’un seul plan-séquence illusoire, le film nous entraîne au plus près de ces messagers, héros malgré eux. Gadget pour certains, esbrouffe pour d’autres, l’effet immersif qui découle de ce procédé n’en est pas moins saisissant. La caméra, d’une fluidité rare, accompagne les nouvelles recrues MacKay et Chapman dans leur pensum, parfois devant, souvent derrière ou à leurs côtés. En jouant sur les décors, l’éclairage et le son, l’homme de théâtre Sam Mendes varie le formel et rapproche le tout de l’horreur et du fantastique. Tel un cauchemar éveillé, il nous propose une expérience éprouvante à l’intensité rare qui ne peut laisser indemne.

9/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Ad Astra » de James Gray

Critiques

“L’odyssée de l’espace”

Après avoir échappé à la destruction de la station d’observation sur laquelle il travaillait, l’astronaute de la NASA Roy McBride se voit confier une mission secrète : rentrer en contact avec son père disparu sur Neptune seize ans plus tôt. Celui-ci pourrait être à l’origine de ces explosions qui menacent la terre.

Il a exploré les nuits new-yorkaises et la jungle amazonienne. Le réalisateur américain investit aujourd’hui l’espace. Ses images jaunies et quelque peu dépassées brouillent les pistes. Son futur proche aux allures passéistes rendrait-il hommage à Kubrick ? La mélancolie qui s’échappe des yeux bleus de Brad Pitt rappelle celle du premier homme – Ryan Gosling – de Damien Chazelle. Quant à la relation filiale douloureuse, elle évoque Interstellar, voire Gravity. Les références peuvent être pesantes, mais l’odyssée de James Gray réserve aussi de belles originalités : 125 $ pour une couverture supplémentaire dans le vaisseau qui nous amène à la lune. Après la terre, le satellite, colonisé par la globalisation, est en proie à la concurrence et aux conflits. L’univers n’a jamais paru aussi petit, accessible. L’intime devient une quête existentielle qui interroge : au-delà des étoiles, se trouve-t-il encore un père capable de veiller sur nous ?

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com