« Mulan » de Niki Caro

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(Film Disney+) “Chinoiserie”

Alors que son père, malgré son âge et son handicap, est contraint de rejoindre l’armée impériale afin de combattre l’envahisseur, Mulan, sa fille aînée, décide de prendre sa place. Au milieu d’hommes, la jeune femme dissimulée sous l’armure devra se révéler aux autres et à elle-même pour s’élever.

Il n’y a hélas pas grand-chose à sauver dans cette nouvelle adaptation en prises de vues réelles d’un des dessins animés les plus réussis de la maison-mère. Couleurs saturées, scènes de combat aux effets dépassés – il y a 20 ans, Tigre et dragon de Ang Lee faisait bien mieux –, comédiens engoncés. On s’ennuie ferme devant près de 2 heures de chinoiseries anglophones sans âme ni émoi. Qui plus est, l’absence de Mushu le dragon, remplacé par un phénix apathique, enlève tout l’humour magique à l’œuvre. Aurait-elle gagné à être projetée sur un grand écran de cinéma ? Même pas certain.

(4.5/10)

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« Peninsula » (Bando) de Yeon Sang-ho

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“Virus”  

La Corée du Sud n’est plus qu’un immense champ de ruines occupé par les zombies. Jung-seok et son beau-frère y ont échappé quatre ans plus tôt. Réfugiés méprisés à Hong Kong, ils sont engagés par une triade pour retourner au pays. Car dans la ville dévastée de Séoul se trouve un camion rempli de billets qu’il convient de récupérer. Au risque de ne pas revenir.

La lutte divertissante entre morts-vivants et vivants déjà morts peut commencer. La nuit, tous les zombies sont gris. Aveuglés, ceux-ci ne sont attirés que par la lumière et le bruit. De quoi donner quelque répit aux missionnés et des images crépusculaires de belle facture. Le reste ne respire guère l’inspiration. Outre dans les classiques du genre, le film pêche du côté de la folie de Max et de ses routes enragées. Les thématiques abordées – traumatisme héroïque, sacrifice maternel et monstruosité humaine – ne sont pas nouvelles. Et le final larmoyant en devient presque gênant. Reste qu’un monde emporté par un virus est un écho terrible à la période actuelle. La comparaison fortuite trouble et fait monter l’angoisse.

5.5/10

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« Tenet » de Christopher Nolan

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“Demain ne meurt jamais”  

Un agent américain infiltré participe à une prise d’otages dans l’opéra de Kiev. Sa mission, récupérer un objet mystérieux et convoité par beaucoup. Mis en danger durant l’opération, il est sauvé par une balle inversée tirée par un soldat sorti de nulle part. Ainsi commence une lutte intense afin d’éviter une Troisième Guerre mondiale temporelle, plus dévastatrice qu’un « holocauste nucléaire ».

Autant dire que les premières scènes qui s’enchaînent à la vitesse d’un projectile risquent d’épuiser le spectateur le moins éveillé. On parcourt le monde en un claquement de doigt, multiplie les personnages furtifs et dégaine des théories pseudo-métaphysiques sur l’entropie. « Ne cherchez pas à comprendre, conseille une chercheuse, mais ressentez-le ». Progressivement, le puzzle inversé se remet en place, gagne en signification et procure un certain plaisir. A la recherche du temps perdu, le film évoque un James Bond sophistiqué retournant vers le futur pour combattre Terminator. Un scénario exagérément alambiqué qui donne le vertige, mais aurait gagné en puissance émotionnelle s’il permettait à ses personnages de dépasser leur rôle archétypique. Le Protagoniste du film, John David Washington, n’est même pas (pré)nommé. A lui seul, le palindrome événementiel de Christopher Nolan ne parviendra pas à sauver le cinéma en 2020, mais il demeure une réalisation spectaculaire à découvrir principalement sur grand écran.

7.5/10

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« Scooby ! » (Scoob!) de Tony Cervone

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“Chien quasi fidèle”                                                    

Jugés comme les maillons faibles du groupe par Simon Cowell, Samy et Scooby quittent la compagnie Mystère, le cœur blessé. Mais le super-héros Blue Falcon et son fidèle compagnon Dynomutt vont vite leur redonner goût à l’aventure.

On découvre pour la première fois l’origine du lien indéfectible entre Samy Rogers et Scooby-Doo, deux solitudes qui se croisent un jour sur Venice Beach. Il faudra attendre Halloween pour que les inséparables fassent connaissance avec le reste de la troupe de futurs détectives, encore enfants. Ainsi sont nés des amis pour la vie.

Modernisé sur le plan visuel et de l’action, le film a la bonne idée d’y convier d’autres personnages des studios Hanna-Barbera : Capitaine Caverne, Satanas et Diabolo. De quoi émoustiller les plus nostalgiques. Le second degré bien présent amusera également les accompagnants adultes. Dommage que les énigmes à résoudre qui faisaient tout le sel de l’œuvre originelle ont laissé place à une course poursuite intersidérale, malmenant nos héros dans l’espace, la préhistoire et l’Antiquité.

6.5/10

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« 1917 » de Sam Mendes

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“Bienvenue en enfer”                                                 

6 avril 1917. Sur le front franco-allemand, les lignes de communication sont coupées. On charge alors les soldats Blake et Schofield de livrer un message au-delà des lignes ennemies afin d’empêcher le massacre de 1600 soldats britanniques. Mission impossible ?

Bienvenue dans les cercles de l’enfer ! Les tranchées asphyxiantes, les barbelés incisifs, les souterrains piégés où les rats deviennent des bombes à retardement, ce désert putréfié par la chair humaine et animale, les cerisiers coupés, l’avion descendu, la lame de l’adversaire, le village en flammes et les cadavres flottants du Styx. La guerre est traîtresse assassinant même la jeunesse survivante.

Construit à partir d’un seul plan-séquence illusoire, le film nous entraîne au plus près de ces messagers, héros malgré eux. Gadget pour certains, esbrouffe pour d’autres, l’effet immersif qui découle de ce procédé n’en est pas moins saisissant. La caméra, d’une fluidité rare, accompagne les nouvelles recrues MacKay et Chapman dans leur pensum, parfois devant, souvent derrière ou à leurs côtés. En jouant sur les décors, l’éclairage et le son, l’homme de théâtre Sam Mendes varie le formel et rapproche le tout de l’horreur et du fantastique. Tel un cauchemar éveillé, il nous propose une expérience éprouvante à l’intensité rare qui ne peut laisser indemne.

9/10

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« Ad Astra » de James Gray

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“L’odyssée de l’espace”

Après avoir échappé à la destruction de la station d’observation sur laquelle il travaillait, l’astronaute de la NASA Roy McBride se voit confier une mission secrète : rentrer en contact avec son père disparu sur Neptune seize ans plus tôt. Celui-ci pourrait être à l’origine de ces explosions qui menacent la terre.

Il a exploré les nuits new-yorkaises et la jungle amazonienne. Le réalisateur américain investit aujourd’hui l’espace. Ses images jaunies et quelque peu dépassées brouillent les pistes. Son futur proche aux allures passéistes rendrait-il hommage à Kubrick ? La mélancolie qui s’échappe des yeux bleus de Brad Pitt rappelle celle du premier homme – Ryan Gosling – de Damien Chazelle. Quant à la relation filiale douloureuse, elle évoque Interstellar, voire Gravity. Les références peuvent être pesantes, mais l’odyssée de James Gray réserve aussi de belles originalités : 125 $ pour une couverture supplémentaire dans le vaisseau qui nous amène à la lune. Après la terre, le satellite, colonisé par la globalisation, est en proie à la concurrence et aux conflits. L’univers n’a jamais paru aussi petit, accessible. L’intime devient une quête existentielle qui interroge : au-delà des étoiles, se trouve-t-il encore un père capable de veiller sur nous ?

7/10

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« Les baronnes » (The kitchen) de Andrea Berloff

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“Veuves mais pas trop”

New York, 1978. Le quartier d’Hell’s Kitchen est le fief de la mafia irlandaise. Quand le FBI met la main sur trois de ses barons, leurs épouses Ruby, Kathy et Claire se retrouvent sans rien. A elles de reprendre leurs affaires en main.

“This is a man’s world… But it wouldn’t be nothing without a woman or a girl.” C’est sur les paroles de la célèbre chanson que s’ouvre ce film aux élans féministes. Dans la jungle du Manhattan de l’époque, particulièrement bien reconstituée, ces femmes n’ont pas d’autre choix. Mère aimante, épouse soumise ou dévouée, elles ont serré les dents jusqu’à présent. Aujourd’hui seules, il est grand temps pour elles de les montrer. Les louves sont entrées dans la ville. Découper un corps dans une baignoire s’apprend vite. Si bien que leur basculement de l’autre côté de la force paraît étonnement facile.

Argent, violence et trahison, la trame rappelle furieusement celle des Veuves de Steve McQueen, sans la qualité de mise en scène. Loin d’être inintéressante, elle aurait pu faire l’objet d’une série de dix épisodes. Ramassée sur moins de deux heures, elle en devient plus caricaturale et perd en force de frappe.

6.5/10

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« Spider-Man : far from home » de Jon Watts

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“Vacances scolaires”

La disparition de Tony Stark, son mentor et ami, pèse sur le moral de Peter Parker. Le voyage scolaire prévu en Europe ne peut lui faire que du bien. Mais des monstres venus d’ailleurs vont grandement perturber ses vacances.

Les Avengers sont morts, vive les Avengers ! Whitney Houston et son éternel I will always love you leur rend un hommage vibrant et drôle pour débuter. Et c’est avec un plaisir certain que l’on retrouve Tom Holland pour incarner le jeune homme araignée encore en formation. Naïf et maladroit, il suscite la sympathie.

Hélas, le reste ne convainc pas. Une Europe de clichés – gondoles à Venise, opéra à Prague et Edam hollandais –, des idiots pour professeurs et camarades, ainsi que des effets spéciaux sans génie. Même l’humour potache rythmant l’ensemble finit par lasser. Tout n’est qu’illusion, de même que le grand méchant.

Après la réussite créative du très animé Spider-Man: new generation, le côté régressif de cette colonie de vacances ne peut que décevoir.

5.5/10

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« X-Men: Dark Phoenix » de Simon Kinberg

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“X-Elles”

Rescapée d’un accident qu’elle a provoqué sans le vouloir, Jean laisse derrière elle ses deux parents. Le Professeur Xavier recueille alors la petite orpheline. Des années plus tard, la jeune femme est exposée à des radiations extraterrestres lors d’une mission de sauvetage dans l’espace. Elle survit, plus forte et plus dangereuse.

Les femmes prennent le pouvoir. Menées par Sophie Turner, bien décidée à s’installer sur le trône, elles occupent les premiers rôles, sur terre et en l’air. Même la NASA se retrouve sous leurs ordres. L’initiative a de quoi charmer et apporter un petit vent frais à la plus ancienne saga Marvel au cinéma.

Le soufflé retombe vite cependant. Regard intense, souvent mouillé, main levée et bouche crispée, les superhéroïnes n’ont pas grand-chose d’autre à jouer. Jennifer Lawrence ne fait que passer et Jessica Chastain, parachutée de nulle part, compose une méchante bien primaire. Dans un scénario limité et sans une once d’autodérision, seul le personnage de Charles Xavier gagne un peu d’ambiguïté. De quoi décevoir par comparaison au succès mérité du dernier Avengers. Dans ce combat à distance entre frères et sœurs ennemis, les X-(Wo)Men ont perdu la partie.

5/10

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« John Wick: Chapter 3 – Parabellum » de Chad Stahelski

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“L’Apocalypse de John”

Parce qu’il a enfreint les règles de la Grande Table en tuant dans un lieu sacré – l’Hôtel Continental –, John Wick est excommunié. A 18 heures précises, il sera l’homme à abattre.

Ange noir de l’Apocalypse, John est un Christ plus exterminateur que rédempteur. Ressuscité des morts, le corps sillonné de stigmates, une croix peu orthodoxe dans le poing, il prêche la paix en préparant la guerre – parabellum. Ses nouvelles armes de destruction massive dans cet épisode troisième du nom ? Un livre, les sabots d’un cheval et des chiens enragés. Si les combats débutent le plus souvent à mains nues, c’est pour mieux s’achever par une balle dans la nuque ou entre les deux yeux. De quoi poursuivre la longue descente du personnage dans les cercles de l’Enfer, une bibliothèque, des écuries ou le désert marocain.

Le scénario programmé de cet intermezzo tient sur deux lignes. Quant à Keanu Reeves, ses gestes ralentis – dixit ses ennemis – alourdissent l’ensemble. Catharsis des violences mues par la vengeance – un chiot assassiné et une voiture volée comme déclencheurs –, la série n’a d’autre valeur que de servir d’exutoire à un public amateur et averti. Mission accomplie en transformant notamment l’Hiver de Vivaldi en Requiem pour un massacre. Dans l’Evangile selon saint John, l’art ne peut être que douleur, et la vie, une souffrance.

6/10

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