« Ready Player One » de Steven Spielberg

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“Le maître du jeu”                                

En 2045, guerres, crises économiques et changements climatiques ont fait de la terre un chaos organisé. Première échappatoire, l’Oasis, monde virtuel où rien n’est impossible. Avant de mourir, son créateur, James Halliday, y a caché trois clés. Le chasseur qui les trouvera lui succédera et deviendra le maître du jeu. Comme tous les autres, le jeune Wade Watts est sur les rangs. A vos marques, prêts, partez !

Et nous voilà projetés, 2 h 20 durant, dans un grand-huit science-fictionnel aux milliers de références. De quoi perdre la tête dans ce tourbillon à la 3D immersive, enfin utilisée à bon escient. Une expérience éreintante et ludique qui permet l’analyse : pur délire geek inaccessible au plus grand nombre ? Hommage splendide à la culture pop qui autorise le Géant de fer à combattre Godzilla ? Romance adolescente freinée par des longueurs et un message lénifiant ? Autobiographie, un brin mégalomaniaque, d’un réalisateur aux multiples avatars ? Libre à chacun de choisir l’interprétation qui lui ressemble.

Je retiendrai un bon divertissement teinté de nostalgie, puis cette déclaration d’amour aux cinémas d’une génération pas tout à fait perdue, avec en point d’orgue cette descente jouissive et horrifique dans l’hôtel Overlook. Malgré le temps qui passe, Steven Spielberg demeure encore et toujours… le maître du jeu.

7.5/10

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« Paddington 2 » de Paul King

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“Gummy bear”                                                                   

Aujourd’hui, Paddington fait partie intégrante de la famille Brown et est devenu un membre incontournable de son quartier. Lorsqu’il découvre chez l’antiquaire un livre rare qui enchanterait sa vieille tante aimée, il économise penny après penny pour pouvoir le lui offrir. Mais quand l’ouvrage précieux est volé une nuit, c’est l’ours innocent que l’on accuse.

Quel plaisir de retrouver la peluche péruvienne dans de nouvelles aventures. Le premier épisode charmait par sa  fantaisie toute britannique. Mêmes ingrédients ici sans que la recette ne s’altère. Le scénario s’éparpille certes en mêlant film de prison et chasse au trésor dans Londres, mais il tient bon, évitant les temps morts et digressions inutiles. Chaque élément prend sens dans l’action finale.

Par sa candeur, Paddington a le don de révéler le meilleur en l’autre. Il faut le voir transformer un pénitencier en maison du bonheur pour oser y croire. Même le vice, incarné, après Nicole Kidman, par Hugh Grant, ne peut que fondre face à lui. Dans le rôle d’un comédien raté sur le retour, l’acteur plein d’autodérision retrouve enfin le bonheur de jouer.

Une tartine de marmelade qui sustentera l’appétit des petits et des plus grands ayant gardé leur âme enfantine.

8/10

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« Seven sisters » (What happened to Monday?) de Tommy Wirkola

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“Hunger game”

Il était une fois des septuplées nées d’une mère morte en couche. Leur grand-père les recueille et prénomme chacune d’un jour de la semaine. Mais dans ce monde gangrené par la surpopulation, la politique de l’enfant unique fait loi. Aux yeux des autres, elles ne devront être qu’une. Ainsi, va leur vie secrète jusqu’à l’âge adulte. Un lundi soir, quand l’une ne revient pas. Et c’est l’existence de ses sœurs qui est menacée…

Il y a Monday, l’aînée modèle, Saturday, la fêtarde aguicheuse, et Sunday, l’idéaliste. Fragile, Garçonne, G.I. Jane et Geek complètent le tableau. Des caractères surlignés pour distinguer plus facilement les sept figures d’une même actrice, Noomi Rapace. La caricature est acceptable tant qu’on reste dans le conte noir comme l’ombre sur la neige. Quand la jeune Thursday se blesse au doigt, c’est six index en plus que l’on coupe pour saigner la différence. Insister sur la souffrance de la négation de soi et de ses dangers schizophrènes aurait permis au film de gagner en profondeur. Car l’univers dystopique proposé, mal dessiné, reste superficiel. Le scénario manque d’endurance et transforme l’intrigue en un « shoot’em up » dans lequel l’héroïne n’a que sept vies pour éviter le « Game over ».

6/10

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« Logan lucky » de Steven Soderbergh

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“Ocean’s 2.0”

Dans le patelin de Virginie-Occidentale où la plupart survivent comme ils le peuvent, la malédiction des Logan est une litanie connue de tous. Licencié et acculé par des frais qui pourraient l’empêcher de rester proche de sa fillette, Jimmy, l’aîné, propose à son cadet Clyde un casse audacieux : voler la recette du Coca-Cola 600, course automobile de prestige. Pour bien faire, ils demandent l’aide d’un expert.

De retour aux affaires après des velléités de retraite et une série télévisée, Steven Soderbergh reprend goût aux braquages de haut vol. Il troque Las Vegas, son luxe tapageur, ses casinos insolents et le glamour de George Clooney pour l’Amérique profonde, sa ruralité, ses foires populaires et le style « redneck ». Les frérots, l’un manchot, l’autre boiteux, ne possèdent pas les bonnes cartes pour remporter la mise et se prédestinent à un aller direct en prison, sans passer par la case départ. C’est voulu et mal connaître ces apprentis James Bond, disciples de Daniel Craig, bien plus malins qu’ils n’y paraissent. Le plan se déroulera, comme toujours, sans accrocs ou presque dans la « coolitude attitude » emblématique de ce cinéma. Le refrain est connu et d’un humour moins ravageur qu’espéré, mais il s’en dégage une empathie sincère pour ces perdants magnifiques souvent négligés et moqués ailleurs.

7/10

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« Kingsman :  le Cercle d’or » (Kingsman: the Golden Circle) de Matthew Vaughn

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“Le King est mort, vive le King”

L’efficace agent Galahad – Eggsy pour les intimes – est l’un des rares survivants d’un attentat ciblé qui annihile l’ensemble des forces d’élite du Kingsman. Son issue de secours, afin de se confronter à l’ennemi incarné par la vénéneuse Poppy et son cartel, le Kentucky.

On espérait une suite royale digne du premier palace, il faudra se contenter des quelques étoiles d’un film dans la mouvance, l’éclat de la surprise en moins. La Grande-Bretagne s’attaque une nouvelle fois aux Etats-Unis d’Amérique en opposant ses chapeaux melons, parapluies noirs et tailleurs cintrés aux stetsons, lassos et blue jeans délavés. Même si seules les manières font l’homme, la « Firth class » des gentlemen domine largement le style cow-boy. Le contraste amuse un temps, mais l’humour irrévérencieux glisse parfois – hamburgers à la chair humaine, puce d’espionnage vaginale et Elton John dans un comique grotesque. L’ensemble tourne à une farce ambiguë quant à l’apologie des drogues. Trop long et superficiel pour empêcher un rapide regard sur le cadran, le cocktail à base de scotch ou de bourbon selon les goûts, demeure néanmoins digeste et se déguste accompagné d’un paquet de pop-corn arrosé d’Earl Grey. L’auriculaire en l’air, évidemment.

6.5/10

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« Atomic blonde » de David Leitch

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Son nom est Theron, Charlize Theron

Alors que le mur de Berlin s’effrite, l’agent britannique Lorraine Broughton est envoyée sur place. La mission impossible qu’on lui impose, retrouver une liste volée de noms d’espions avant qu’elle ne tombe entre les mains des services secrets soviétiques.

Il paraît que Daniel Craig, lassé et vieilli, se cherche un successeur. Et pourquoi ne pas lui suggérer une « Jamie Bond » pour tenir la crosse du Walther PP ? Car Charlize Theron possède véritablement l’étoffe du héros. D’une carrure impressionnante filmée de dos nue dans un bain de glace, elle exacerbe sa féminité d’or dans des décolletés tombants et des escarpins acérés. Attention à l’arme de séduction massive qui saura mettre dans de beaux draps garçons et filles. Quand elle reçoit les coups, la blonde atomique devient Furiosa dans toute sa violence. Un sens de l’humour plus affûté ne lui ferait d’ailleurs pas de mal. Quant à l’histoire qu’elle veut bien nous conter, elle se tient plutôt en jouant le jeu machiavélique et doublement plaisant du trompeur trompé. Mais le plus original reste la reconstitution d’une ville en effervescence prête pour sa réunification. Mise en scène soignée, moderne et électrisante au son des tubes de l’époque pour évoquer un écroulement empli d’espoir.

7/10

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« La Planète des singes : suprématie » (War for the Planet of the apes) de Matt Reeves

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“Ape-calypse now”

César et les siens se cachent dans la forêt et aspirent à y vivre pacifiquement. Mais un commando militaire mené par un colonel sûr de son droit les attaque, tuant son épouse et son fils. Un désir de vengeance s’empare du chimpanzé, décidé à mener le combat final.

Ce n’est pas l’homme qui descend du singe, c’est le singe qui descend de l’homme. Aux origines, il y eut ce vaccin contre la maladie d’Alzheimer testé sur les primates, qui décuplèrent leurs capacités cognitives au point de se rebeller contre leur condition de cobaye. Puis, l’affrontement entre une nature libérée et les survivants de la grippe simienne. L’Apocalypse, c’est maintenant. Confronté à des animaux qui s’organisent avec intelligence, l’homme, craignant de perdre sa suprématie, se retranche dans sa bestialité en choisissant la guerre et l’extermination. La menace première ne vient pourtant pas de l’autre, mais de ses semblables. Ce plaidoyer presque trop parfait pour l’antispécisme multiplie les références au film de Coppola et les facilités de scénario d’une manière pas toujours subtile. Néanmoins, il pose de bonnes questions d’actualité. Car en assistant aujourd’hui à ce délirant combat de coqs entre Trump et Kim Jong-Un, à deux doigts d’en glisser un sur le fameux bouton rouge, l’on peut craindre que la réalité ne rattrape trop vite la fiction. Ne resteront pour pleurer que les yeux clairs d’Andy Serkis, d’une expressivité fascinante malgré la numérisation… A quand un Oscar pour ce César ?

7/10

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« Baby driver » de Edgar Wright

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“Bla Blague Car”

Acculé par une ancienne dette, le jeune orphelin Baby n’a d’autre choix que de travailler pour Doc. Lors de braquages organisés, il met au service du mafieux, ses talents exceptionnels de pilote, mu par la vitesse et par la musique. Gare à la casse !

Visage poupin, lunettes noires et écouteurs greffés aux oreilles, Baby se tait le plus souvent. « On attend toujours ses premiers mots… D’où son surnom ! », ironise l’un de ses compagnons de route. Quitte à choisir, cautionnons davantage ce mutisme que les quelques dialogues à plat de ce film mêlant action pétaradante, romance naïve et semblant de comédie musicale, l’idée principale étant de synchroniser les assourdissants vroum, boum et bang attendus avec la playlist de l’as du volant. Mais le La La Land automobile espéré d’Edgar Wright n’est qu’un Bla Blague Car prépubère qui prend vite le mur. Les chansons choisies n’accrochent que le bitume des spécialistes. Quant aux caricatures qui servent de personnages, elles n’ont pas plus d’épaisseur qu’un pare-brise simple vitrage. Mais que fait la police ? C’est à se demander ce que viennent faire les télégéni(qu)es Frank Underwood et Don Draper dans cet accident ? Peut-être s’imaginaient-ils circuler sous la caméra de Nicolas Winding Refn qui avait su faire de Ryan Gosling, sur une chanson du groupe College, un véritable héros.

4.5/10

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« Valérian et la Cité des mille planètes » (Valerian and the City of a Thousand Planets) de Luc Besson

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“L’élément manquant”

Le Major Valérian reçoit un signal étrange d’une origine inconnue qu’il n’a le temps d’analyser. Accompagné de Laureline, sa complice bien-aimée, il est mandaté par le ministre de la Défense pour récupérer au marché noir une rareté. Le dernier spécimen d’une espèce disparue sur lequel repose l’avenir des habitants de la planète qui l’ont contacté à l’origine.

Que ceux qui n’ont pas été bercés par l’univers scénaristique et graphique de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières soient avertis. Adoubés par les auteurs de la bande dessinée pour son esprit fidèle, Luc Besson s’en va prêcher les convertis et en oublie les néophytes. Après un prologue au didactisme enjoué sur le Life on Mars de David Bowie, il se refuse de présenter son couple d’agents spatio-temporels, au stade déjà de la demande en mariage. Pas sûr d’être convié à l’événement futur… La suite est un enchaînement de scènes cumulant les courses-poursuites genre jeux vidéo, un comique peu drôle et des personnages sans épaisseur. Le pauvre grand méchant désigné est si insignifiant qu’il finit par gesticuler au bout d’une liane en quête sûrement de lignes de dialogue supplémentaires. Visuellement, l’aspect androgynique des Pearls, avatars réussis des Na’vi, séduit. Dommage que leur planète ne dépasse pas le créatif d’un catalogue pour les Maldives. Le film le plus cher du cinéma français ne lui fera pas honte par son élan régressif, mais que de manques pour qu’il atteigne l’inoubliable.

5.5/10

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« La momie » (The mummy) de Alex Kurtzman

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“Mommy!”

En son temps, la cruelle princesse Ahmanet, assoiffée de pouvoir, fut momifiée vivante. Nick Morton, soldat d’élite en Irak et pilleur de sites archéologiques à ses heures perdues, découvre aujourd’hui son tombeau. Ainsi, réveille-t-il l’âme damnée de l’Égyptienne.

Quelque peu lassé par le monopole super-héroïque, Hollywood incante ses monstres classiques de l’au-delà. La momie montre la voie, suivie de très près par Dr. Jekyll, opportunément présent sous les traits de Mr. Crowe. Sont annoncés Frankenstein, Dracula, le loup-garou, l’homme invisible… L’idée peut séduire les plus nostalgiques, mais le sortilège ne prend pas. Sans personnalité propre, le film en appelle à Indiana Jones, Hitchcock – brune et blonde rivales et séductrices, oiseaux menaçants –, The walking dead et Mission impossible, série dans laquelle on préfère voir Tom Cruise s’ébattre. Cette avalanche successive de tons et de références fragilisent la pyramide qui finit par s’écrouler. Oubliez monstres et super-héros, seule une intelligence créatrice sauvera le cinéma américain.

5.5/10

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