« The transfiguration » de Michael O’Shea

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“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

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“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Alien : Covenant » de Ridley Scott

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“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

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« Le procès du siècle » (Denial) de Mick Jackson

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“N’oubliez jamais”

En 1996, le professeur américain Deborah Lipstadt est attaquée pour diffamation par l’Anglais David Irving. Dans un de ses livres sur l’Holocauste, elle qualifie l’historien autodidacte d’extrémiste pro-nazi et de menteur, lui qui nie farouchement l’existence des fours crématoires à Auschwitz. Selon le droit britannique qui ne considère pas la présomption de l’innocence, c’est à elle de prouver que ces qualificatifs sont fondés.

Le duel juridique débute en 2000. Certaines voix s’élèvent pour y renoncer, préférant négocier que de faire écho au négationnisme. Et qu’en est-il de la liberté d’expression ? L’héroïne prend le risque du débat se sentant investie d’une mission qui la dépasse : donner la parole aux survivants et une voix à ceux qui ne sont plus là pour témoigner. Mais un procès n’est pas une thérapie. L’émotionnel est une arme tranchante qui peut se retourner contre la victime. Ses avocats la contraignent alors au silence et à la frustration optant pour une stratégie de déconstruction pièce par pièce des théories irrecevables d’Irving. La joute oratoire est passionnante. Et la victoire rigoureuse s’impose dans les détails afin que les chambres à gaz n’en deviennent pas un de l’histoire. En ces temps incertains où la montée des extrêmes est révélatrice, ce film qui pèche par quelques conventions académiques s’avère néanmoins essentiel.

7.5/10

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« La cité perdue de Z » (The lost city of Z) de James Gray

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“Jungle fever”

Dans l’Angleterre de 1906, le Major Percival Harrison Fawcett est engagé par la Société géographique royale pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie. Cette expédition est importante pour lui qui se doit de redorer le blason familial entaché par l’alcoolisme d’un père. Il en reviendra transformé avec l’obsession de repartir sur place pour retrouver la mythique cité de Z.

A travers la vie de ce personnage réel, James Gray nous offre une épopée dense et fascinante qu’il ancre à la fois dans l’histoire du monde et dans l’intimité d’un homme. Ainsi évoque-t-il la société conquérante de l’époque avide de découvertes, mais peu encline à prêter aux populations indigènes le nom de civilisation. Alors qu’éclate la Première Guerre mondiale, les tranchées éveillent une sauvagerie autre de celle de la forêt équatoriale. Évitant l’effet carte postale souvent dévolu au genre, Gray opte pour une image vaporeuse et à la lumière discrète qui resserre son propos autour de la figure héroïque de Fawcett, écartelée entre sa quête et les siens qu’il abandonne au pays. Sa femme Nina, soutien sacrifié de la première heure, et ses enfants qu’il n’aura pas vu naître finiront par épouser son rêve d’absolu. Un héritage existentiel qui se définit par cette maxime : « La portée d’un homme devrait dépasser son étreinte. Sinon, à quoi bon le ciel ? »

8/10

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« Get out » de Jordan Peele

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“Dans la peau d’un noir”

« Savent-ils que je suis noir ? », demande Chris, la voix légèrement inquiète, à la jolie Rose à propos de ses parents qu’il va prochainement rencontrer. La réponse est négative mais ce détail ne risque en rien de les gêner, le rassure-t-elle. Bien au contraire…

Devine chez qui tu vas dîner ce soir ?! C’est dans la peau de Chris que l’on fait connaissance avec Monsieur et Madame Armitage, couple bourgeois, propre et net de prime abord. Il est chirurgien et fier de pouvoir confier à son possible futur gendre qu’il  a voté deux fois pour Obama et qu’il aurait continué à le faire s’il avait pu se représenter. Elle est psychothérapeute et soigne les traumas par l’hypnose en faisant tourner une cuillère dans le fond d’une tasse. Mais leur accueil bienveillant dissone. Les domestiques de couleur ont les gestes et le regard éteints. Les allusions intrusives et maladroites se multiplient. Des murs immaculés de la maison suinte le malaise. A l’occasion d’une « Tea party » bien blanche donnée par les hôtes adeptes en réalité de nouvelles théories eugéniques, les relents de l’esclavagisme transforment un jeu de bingo en une tacite vente aux enchères des plus effrayantes. L’atmosphère est étouffante pour le héros et le spectateur qui ne rêvent que de s’en sortir. Qu’il soit ordinaire, latent ou affiché, le racisme est une perfidie. Usant des codes du thriller et de l’horreur, ce film malin le démontre avec efficacité. Seul un final grotesque misant davantage sur l’humour que le funeste le plus sombre déçoit.

7/10

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« Life – Origine inconnue » (Life) de Daniel Espinosa

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“Gravité”

Une équipe de six astronautes étudie à bord de la Station Spatiale Internationale quelques échantillons d’origine martienne avec l’espoir d’y trouver les signes d’une existence extra-terrestre. Ils y découvrent une cellule animée bientôt appelée affectueusement Calvin. Laissée inactive après un accident, l’organisme est réveillé par l’un des membres de l’équipage. Grosse erreur.

Quand Alien rencontre Gravity, ils engendrent un thriller pas inefficace en dépit de l’ombre projetée par ces solides références. Évitant le grandiloquent horrifique trop souvent lié au genre, le film se démarque par un fatalisme bien plus effrayant porteur de peu d’espoir. Alors qu’Américains, Anglais, Russe et Japonais sont à l’unisson dans l’habitacle aérospatial, leur esprit de résistance ne représente que peu face à la chose – créature hybride entre le poulpe visqueux et la plante carnivore – plus rapide, plus puissante, plus maligne. Vision très pessimiste d’une humanité d’aujourd’hui vouée à sa perte – la Syrie est évoquée. Mais que serait la vie sans la mort à ses côtés ?

7/10

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« Les gardiens de la galaxie, vol. 2 » (Guardians of the Galaxy Vol. 2) de James Gunn

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“Suite familiale”                                                                                                                 

Fidèles à leurs mauvaises habitudes, Peter Quill et ses joyeux drilles se mettent rapidement à dos une bonne partie de la galaxie. Ils sont sauvés in extremis par Ego, un homme-dieu avec un « d » minuscule, qui annonce sans ambages : « Peter, je suis ton père ».

Retour vers le futur pour le club des 5 déjantés qui surent mettre à genoux le box-office mondial en 2014. Comme on ne change nullement une équipe qui gagne, gardons les atouts en main et recommençons : effets spéciaux grandiloquents, humour ravageur, groove aux déhanchements inéluctables. Ajoutons une brindille craquante et misons sur un scénario paresseux opposant famille choisie et liens du sang. Alors pourquoi le « Ouah » du premier s’est-il transformé en un bâillement sonore et répétitif ? L’effet de surprise et l’audace n’étant pratiquement plus au rendez-vous, c’est l’ennui qui prédomine et imprègne ce spectacle sympathique, mais inutile.

6/10

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« Ghost in the shell » de Rupert Sanders

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“ROBOsCOPie”                                                                                                                 

Mira a perdu corps et parents lors d’une attaque terroriste. Mais son cerveau a pu être sauvé. Grâce aux moyens de la société Hanka Robotics, le docteur Ouelet a réussi à l’implanter dans une enveloppe androïde. Dotée de pouvoirs supérieurs, Mira est devenue le Major, arme puissante au service d’une cyberpolice. Défendant la justice, elle doit affronter un mystérieux pirate menaçant de détruire le système tout entier.

Il a fallu plus de 20 ans pour que le cinéma s’empare du film d’animation de Mamoru Oshii qui marqua son genre et son temps d’une empreinte indélébile. L’adaptation respectueuse s’éloigne quelque peu du scénario originel sans oser la révolution. Elle supprime l’aspect sociopolitisé de la carte mère, pour une intrigue moins sophistiquée où les aphorismes bien-pensants ponctuent les scènes d’action : « On peut réparer un corps, mais pas une âme. » « Ce ne sont pas nos souvenirs qui nous définissent, mais nos actes. » « Lorsque l’unicité sera considérée comme une vertu, la paix s’imposera. » Dans la peau de l’héroïne, Scarlett Johansson s’éclate comme elle peut en combinaison couleur chair mais semble de plus en plus cadenassée dans des rôles robotiques – Avengers, Under the skin, Lucy – si bien qu’elle suscitait davantage de sentiment dans Her, où seule sa voix nous parvenait. Le plus réussi reste les décors qui mettent en mouvement un Tokyo gobé par Hong Kong et envahi par la réalité augmentée. La 3D moins inutile qu’à l’accoutumé aurait pu mieux jouer sur cet effet immersif aujourd’hui à portée de main. Si le manga demeure visionnaire, le film, peu novateur, s’accroche à son époque dans laquelle la cybersécurité n’est plus un fantasme ni un fantôme.

6/10

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« Miss Sloane » de John Madden

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“Iron Lady”

Elizabeth Sloane. Son simple nom interpelle et inquiète les pontes de la capitale américaine. Réputée impitoyable et d’une compétence rare, celle qui œuvre dans l’ombre lobbyiste des politiques ne se satisfait que de la gagne au détriment des règles imposées. Mais quand on exige d’elle de lutter contre un projet de loi étendant le contrôle du port d’arme, elle choisit de démissionner par surprise en faveur du camp adverse. La guerre est déclarée.

Dans une partie d’échecs, la victoire se joue sur l’anticipation des coups. Celui qui parviendra à surprendre son adversaire en jouant après lui son ultime atout sera déclaré seul vainqueur.  C’est là l’unique raison d’être d’Elizabeth Sloane. Dans son existence amorale, foyer, famille, amour, amitié et doute n’ont pas leur place. Seules quelques heures de sexe tarifé par semaine rappellent un semblant d’humanité. Dans la peau de cette femme de fer à sang froid, la troublante Jessica Chastain dissimule le feu sous la glace. Elle apporte un supplément d’âme à ce thriller dépourvu de toute sentimentalité mais diablement efficace.

7/10

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