« Respect » de Liesl Tommy

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“La chance aux chansons”  

Fille d’un pasteur baptiste, la jeune Aretha impressionne par ses talents vocaux qui enchantent réceptions, églises et ouailles. Elle deviendra avec le temps Aretha Franklin.

Une enfance marquée par un père autoritaire et une mère trop tôt disparue. Un cousin incestueux, des grossesses précoces, un mari jaloux et violent, l’alcool. La gloire, les échecs et les peines d’une diva américaine. Le refrain est connu, Judy et Billie nous ont conté il y a peu une même histoire. Sans idées, la mise en scène scolaire et parfois maladroite n’illumine aucunement ce biopic illustratif qui égrène les années d’une vie. L’ennui guette vite.

Mais il suffit que les notes de ces hits indémodables retentissent pour que les paupières s’élèvent et que pieds et doigts s’animent enfin comme à Broadway. Comme le succès, le plaisir s’est fait attendre. Avant d’être reine, Queen A a longtemps cherché sa voix. Mal conseillée, enracinée dans le gospel et saisie par le jazz, c’est en préférant la soul, entourée de musiciens blancs d’Alabama, que la porte-parole noire gagnera enfin le « respect ». Supreme oscarisée pour Dreamgirls, Jennifer Hudson reprend le micro, interprétant avec cœur et chansons cette artiste majeure.

(5.5/10)

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« Escape game 2 : le monde est un piège » (Escape room: tournament of champions) de Adam Robitel

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“Ready Player Two”  

Seuls candidats élus encore en vie, Zoey et Ben demeurent traumatisés par leur premier « Escape game ». En quête de preuves, ils se rendent néanmoins à Manhattan où se dissimulerait le siège de la société Minos, conceptrice de ce divertissement mortel. Mauvaise idée bien sûr, car les voilà à nouveau piégés avec quatre anciens survivants pour partenaires.

Depuis la nuit des temps et l’Antiquité romaine, le peuple réclame du pain et des jeux. Plus ceux-ci sont spectaculaires et sanglants, plus ils sont applaudis. Les idées fusent ici pour transformer un wagon en cage de Faraday, une banque en échiquier fatal, une plage en sables mouvants ou baigner une rue new-yorkaise de pluie acide. Mais ce n’est pas tant la cruauté des épreuves qui récrée que l’échauffement des esprits logiques et l’intelligence collective nécessaire pour s’en sortir. La mise en scène permet même au spectateur de tenter sa chance en décelant quelques clés avant les personnages eux-mêmes. La règle du jeu est simple et connue : tout élément du décor peut révéler un indice quand les quidams croisés sont des ennemis potentiels.

Certes, la machination générale perd vite en crédibilité laissant des incohérences sur le chemin de la surenchère. Et l’on devine par avance que l’annonce du « Game over » n’est pas encore pour aujourd’hui. Néanmoins, cette suite ludique et sans fin surpasse le premier épisode. Ce cinéma popcorn demeure une honnête échappatoire.

(6/10)

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« Reminiscence » de Lisa Joy

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“Total recall”  

Nick Bannister tente de gagner sa vie en plongeant ceux qui font appel à ses services dans leurs souvenirs. De quoi leur permettre de retrouver un bonheur perdu ou de simples clés égarées. Quand Mae, une cliente qui a su le séduire, disparaît, l’ancien combattant se met à sa recherche.

Dans ce futur proche, le réchauffement climatique a transformé Miami en Venise. Les gratte-ciel ont les pieds dans l’eau et le bateau a remplacé l’auto. La nuit s’anime pour éviter la torpeur du jour. Les riches réquisitionnent les terres, faisant des miséreux des âmes flottantes. La colère des noyés gronde. Vision anticipatrice inquiétante qui permet néanmoins de belles images aquatiques comme ce théâtre immergé.

Quand le futur n’a plus rien à offrir, le passé devient un refuge dans lequel on s’engouffre pour ne plus en sortir. Présupposé digne d’intérêt, même si le scénario qui s’ensuit n’est pas aussi vertigineux qu’Inception ou Minority report. La réalisatrice multiplie les éléments clichés du film noir, comme le détective privé désabusé, la femme fatale et le vilain balafré. Voix over et flashbacks escortent romance impossible, trahisons et conspiration. Mais les rôles archétypiques se renversent. Dans ce cinéma, les hommes pleurent leurs amours perdues, quant aux belles entreprenantes, elles tiennent à la fois le manche, la bouteille et la crosse.

(6.5/10)

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« Free Guy » de Shawn Levy

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“Joystick”  

Modeste employé de banque, Guy n’est pas malheureux d’habiter à Free City, malgré les meurtres et braquages au quotidien. Mais le jour où il découvre qu’il n’est qu’un personnage non-joueur, ses ambitions changent.

C’est un jour sans fin pour Guy. Mariah Carey dans les oreilles, chemise bleue uniforme, salutations matinales à Goldie, son poisson rouge, un café avec deux sucres à l’emporter et un sourire aux clients depuis son guichet : « Ne passez pas une bonne journée, mais une excellente journée ! » Il lui suffira alors de chausser des lunettes pour voir enfin le monde tel qu’il est. Un immense jeu vidéo dans lequel il n’est qu’un Sim manipulé par des avatars et des trolls.

Free Guy s’adresse avant tout aux geeks qui s’animent devant les gamers sur Twitch, danses de Fortnite, boucliers Marvel et sabres laser Star Wars. Mais avant de passer son tour, on peut y déceler aussi les réflexions du Truman show et l’action ludique du Ready Player One spielbergien. Dans le rôle du gars ordinaire à la chemisette, le sympathique Ryan Reynolds retrouve un humour à la Deadpool, plus grand public néanmoins. Si l’on accepte de jouer le jeu, le film, qui rappelle qu’il n’y a pas que les écrans dans la vie, devient un vrai joystick, d’autant plus en 4DX.

(7/10)

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« French exit » de Azazel Jacobs

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“Voir Paris et mourir”  

Suite au décès de son mari, la prodigue Frances se retrouve ruinée. Une amie généreuse lui propose son appartement à Paris. Elle y débarque avec son grand garçon et son chat.

Au douanier qui lui demande la raison de son séjour en France, la veuve joyeuse répond : « Je suis venue voir la Tour Eiffel et mourir ». Romantisme malsain pour ce panier percé qui n’a jamais su travailler de sa vie. Escortée de son fils impassible, la belle piétine gaiement les cendres de son bûcher des vanités, dilapidant chacune des dernières liasses qui lui restent en pourboires et achats mirobolants.

Que la route est longue et ennuyeuse quand elle mène à une impasse. La bourgeoisie a un certain charme quand il demeure discret. Mais entre New York et Paris, l’on peine à éprouver de l’empathie envers ces pauvres riches inadaptés au quotidien du commun des mortels. Dans le rôle de la reine, Michelle Pfeiffer, mille cigarettes au bec, se montre plus diva que divine. Le film gagne en intérêt lorsqu’il réunit autour de Catwoman une cour des miracles dans laquelle chacun cherche son chat. Hélas, cette piste aux étoiles contraires, mal exploitée, n’est que poussière. Le réalisateur privilégie l’absurde et le surnaturel d’une séance de spiritisme à la bougie ou d’une réincarnation animale. Quant à la Tour Eiffel, cliché illusoire, elle n’aura les honneurs que d’une carte postale.

(5/10)

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« Jungle cruise » de Jaume Collet-Serra

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“La croisière s’amuse”  

Persuadée que l’arbre aux vertus curatives n’est pas qu’une légende, la botaniste anglaise Lilly Houghton se rend au Brésil pour le découvrir. Escortée par son cher frère, elle embarque sur le rafiot de Frank Wolff, un bonimenteur de première.

Quand l’intrépide Mary Poppins défie The Rock, il y a des étincelles dans l’air. Aucunement intimidée par la montagne de muscles, Lillindiana lui tient tête et impose ses choix. Quant au troisième larron, plus coquet que sa sœur en pantalon, il participe follement à la mascarade en se révélant. Le trio improbable tient bon la barre dans cette relecture féministe et inclusive de l’attraction incontournable de Disneyland. Mais à l’écran, le numérique a remplacé l’artisanat des automates. Dans cette jungle à la Jumanji, serpents, jaguar, araignées et oiseaux animés ne suscitent ni la peur ni le rêve. Quant à l’Amazonie hawaïenne, elle n’est guère mise en valeur par un montage rapide et furieux préférant privilégier l’action, quitte à nous imposer un sous-marin allemand dans les eaux de ce long fleuve intranquille.

La croisière s’amuse donc, mais lassé par trop d’effets et un scénario bien prévisible, le spectateur débarque avec un petit mal de mer.

(5.5/10)

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« Old » de M. Night Shyamalan

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“Sur la plage abandonnée”  

La famille Cappa passe quelques jours de vacances sous les tropiques dans un hôtel luxueux. Il leur est alors fortement conseillé de découvrir une partie de l’île, loin de la ferveur touristique. Mais dans ce coin de paradis confidentiel interviennent d’inquiétants phénomènes.

Sur la plage abandonnée, quelques os, des crustacés. Les enfants jouent pendant que les parents se détendent enfin. Néanmoins, le temps est assassin et les morts vont vite s’enchaîner. A la manière d’Agatha Christie et ses dix petits cadavres exquis ? A l’image hélas d’un épisode médiocre de la Quatrième dimension.

Car, en dépit d’une idée de scénario intrigante, puisée dans une bande dessinée, rien ne fonctionne vraiment. Au lieu de s’inspirer de la beauté naturelle des lieux pour imager l’éphémère de l’existence humaine et sa vanité, Shyamalan préfère un discours à rallonge qui se concentre sur le thriller et le fantastique. Incapable de poser sa caméra, il en multiplie les effets afin de créer une tension plus que factice. Certaines scènes en deviennent grotesques comme la dislocation de la bimbo hypocalcémique. Empruntés et jouant chacun sa partition, les acteurs déclament des dialogues mal écrits. Quant au grand final, Mister Twist se vautre en cherchant à tout expliquer, ne misant aucunement sur l’intelligence du spectateur. Avec l’âge, on pensait pourtant que le réalisateur gagnerait en maturité.

(4.5/10)

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« Désigné coupable » (The Mauritanian) de Kevin Macdonald

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“Le prisonnier”  

En novembre 2001, deux mois après le 11 septembre, le Mauritanien Mohamedou Ould Sahi est arrêté en son pays lors d’un mariage. Quatre ans plus tard, l’avocate Nancy Hollander découvre qu’il est depuis emprisonné à Guantánamo et souhaite défendre son cas.

Il y a le ciel, le soleil et la mer à Cuba. Mais aussi ce camp de détention états-unien dans lequel on enferme des présumés coupables sans l’ombre d’un procès. Terroriste malgré lui ou victime expiatoire, Mohamedou y restera quatorze ans.

Le réalisateur Kevin Macdonald s’empare de cette histoire vraie pour illustrer les limites de la démocratie américaine. Avec l’aide de comédiens investis – Jodie Foster et Tahar Rahim en tête –, il préfère se concentrer sur l’approche du dossier et les questions morales qu’il impose, plutôt que de se claquemurer deux heures dans un tribunal. Seul résistera le témoignage à distance de l’accusé.

Le film alterne alors, de manière plutôt mécanique, les scènes de cellule, parloir et la prise en compte des milliers de feuillets classés « secret-défense ». Il prend de l’ampleur quand l’avocate et le procureur chargé de faire condamner le prisonnier découvrent effarés, dans un montage parallèle intense, les tortures infligées. Rétrécie en 4:3, l’image marque entre autres l’asphyxie censée amener aux aveux.

La fière Amérique et ses présidents successifs n’en sortent guère grandis. Mais trois personnages idéalistes, marqués par la résilience, la soif de justice ou les valeurs chrétiennes, lui permettent de garder espoir.

(6.5/10)

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« Billie Holiday, une affaire d’Etat » (The United States vs. Billie Holiday) de Lee Daniels

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“Fruit défendu”  

Billie Holiday raconte son histoire. La gloire, ses amours variées, la drogue et cette vindicte fédérale, prête à tout pour la faire tomber.

On peine à croire qu’une simple chanson ait pu faire trembler les hautes sphères du pouvoir en place. Mais dans une Amérique aux racines ségrégationnistes, dont la reconnaissance du lynchage comme crime fait aujourd’hui encore débat, les fruits étranges suspendus aux arbres que chante Billie dégagent une odeur de soufre. Un militantisme poétique mais subversif selon certains qui se doit d’être réduit au silence.

Rien ne fut facile pour Lady Day : un bordel comme lieu d’éducation, des addictions multiples, de mauvais amants, une surexploitation, plusieurs procès, la prison et des pulsions autodestructrices. Sous les projecteurs et les paillettes du succès, des trahisons, des peines. Et cette haine suprématiste pour cette femme qui avait l’insolence d’être forte, belle et noire.

Lee Daniels rend hommage à cette figure précieuse du blues et du jazz. Sa caméra virevolte et capte vite l’intérêt en enchaînant les scènes. Il évite l’apitoiement et la sacralisation du mythe. Son propos politisé intrigue en illustrant notamment les entraves dressées par les frères de couleur de l’héroïne. Mais le biopic s’éternise et se perd dans les redites, les incompréhensions ou des détails peu utiles. Il permet néanmoins l’émergence d’une novice à la voix d’or, Andra Day, plus que remarquable dans son jeu et sa musique. 

(6/10)

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« Sans un bruit 2 » (A quiet place: part II) de John Krasinski

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 “Larsen”  

Voilà 474 jours que des extraterrestres avides du moindre bruit ont envahi les États-Unis. Marquée par la mort et une naissance, la famille Abbott quitte sa ferme incendiée dans l’espoir de retrouver d’autres survivants.

Silence on y retourne. Récompensé par le succès, il convenait de donner suite au premier volet sorti en 2018. Nous n’en saurons pas plus sur le pourquoi de cette invasion, assistant néanmoins à son débarquement destructeur en cette bourgade typique américaine. Evelyn, seule désormais avec ses trois enfants, dont un nourrisson, s’enfuit pieds nus sur les sentes forestiers et le long des voies ferrées. Est-ce bien raisonnable ?

Ne pouvant plus jouer sur l’effet de surprise, le film en devient presque classique, laissant davantage de place aux créatures féroces. Les sursauts interviennent cependant quand un hurlement déchire d’un coup le mutisme et le calme apparent. Afin d’accroître le suspens, le groupe est séparé et évolue dans un montage parallèle plutôt habile. Les motifs se multiplient, mais le temps manque pour les exploiter pleinement. Alors que dans l’épisode 1, la métaphore exprimait la crainte des parents de ne pouvoir préserver leurs petits, ils sont encouragés dorénavant à les laisser grandir et prendre leur envol. Et ce sont eux peut-être qui les protégeront.

(6.5/10)

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