« La femme à la fenêtre » (The woman in the window) de Joe Wright

Critiques

(Film Netflix) “Le crime était loin d’être parfait”   

Voilà plus de dix mois qu’Anna n’est plus sortie de chez elle. Agoraphobe, dépressive, elle reste cloîtrée dans sa grande et vieille maison new-yorkaise. Ses journées, cette psychologue pour enfants les passe à épier son voisinage. En face, les Russell viennent d’emménager. Un soir, leur fils Ethan sonne à sa porte.

L’allusion est claire et assumée dès les premières images. Alfred Hitchcock présente une revisite de sa fenêtre sur cour. Ajoutons-y le couteau de Psychose et l’escalier de Vertigo. Adaptée d’un roman à succès, l’histoire est donc connue et ne brille guère par son originalité. L’héroïne fragilisée par l’alcool et les médicaments rappelle furieusement la fille du train. Le jeu reste le même et consiste à évaluer le degré de paranoïa et la crédibilité du témoin gênant. Sans suspens au regard des films de référence, le dénouement est trop vite présumé. Et l’on s’étonne qu’un personnage craignant l’extérieur laisse autant d’inconnus entrer si facilement en sa maison. Rien ne tient et tout s’effondre dans un final plus que grotesque. Clair-obscur aveuglant, couleurs criardes et réalisation bâclée parachèvent l’imperfection de cet échec. Grande déception pour le casting étoilé – Amy Adams, Julianne Moore, Gary Oldman et Jennifer Jason Leigh – qui, surjouant ou inexistant, n’a plus qu’à baisser le rideau.

(3.5/10)

twitter.com/cinefilik     
cinefilik.wordpress.com

« Promising young woman » de Emerald Fennel

Critiques

“Lady vengeance”   

Accrochés au bar d’une boîte, plusieurs verres à la main, trois collègues observent une demoiselle en détresse. Assommée par l’alcool et autres drogues peut-être, celle-ci s’affale sur un divan, jambes écartées. « La porte est ouverte », se dit-on. L’un des assoiffés décide d’approcher et convainc l’éméchée de la raccompagner. Mauvaise idée.

Qui est cette fille ? Chaperon bleu laissant les loups soulever son jupon avant de les mordre à pleines dents ? Blondine aux ongles arc-en-ciel castrant les étalons qui voudraient la chevaucher ? Une folle Harley Quinn intimidant les automobilistes mâles avec sa matraque en fer ? Une infirmière sexy cherchant à suturer des plaies encore ouvertes ? Comtesse christique prête à se sacrifier pour la vengeance ? Avant le drame, Cassie était pourtant si prometteuse, des études brillantes et un avenir tout tracé. Ses parents chez qui cette trentenaire habite encore s’inquiètent pour elle et nous aussi.  

Dans le rôle, Carey Mulligan, au physique ici de Britney Spears, enfile avec grâce et entrain les costumes de la lolita crédule et innocente ou de l’aguicheuse au maquillage « toxic ». La voix éraillée de violons rejoue d’ailleurs le thème de la chanson pour accompagner Cassie au bal des diables. Les hommes qu’elle affronte – la figure du père exceptée – ne sont que des entrejambes qui se trémoussent sur la piste de danse avant de ramollir face à leur responsabilité aussi vite qu’ils ont durci. Même les princes apparemment charmants déçoivent. Quant aux femmes ? Victimes, idiotes, complices ou punitives. Pas de réconciliation possible entre sexes dans ce monde qui balance ses porcs. Le scénario, pourtant oscarisé cette année, montre ainsi ses limites.

Pour accepter la caricature, il faut néanmoins y voir le conte grave et moderne qu’elle affiche. La belle au milieu des bêtes, parabole d’une certaine réalité. La mise en scène astucieuse de ce premier film joue sur les couleurs bonbon, les clichés liés aux genres, les dialogues épicés et la musique pour construire un semblant de romance. Audacieuse, elle choisit Paris Hilton comme entremetteuse dans une scène amusante et tendre à souhait. On voudrait tant y croire. Mais l’ange de la mort ne s’éloigne jamais très loin d’Eros.

(7.5/10)

twitter.com/cinefilik     
cinefilik.wordpress.com

« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

twitter.com/cinefilik                                                                              
cinefilik.wordpress.com

« Le blues de Ma Rainey » (Ma Rainey’s black bottom) de George C. Wolfe

Critiques

(Film Netflix) “Bleu noir”

Un groupe de musiciens entre en studio dans le Chicago suant de 1927. Il s’apprête à enregistrer le nouvel album de la « Mère du Blues », Ma Rainey. Mais la star se fait attendre, tout comme Levee, le trompettiste qui rêve de succès et d’indépendance.

Dans l’ombre inquiétante d’une forêt courent essoufflées deux silhouettes. Des chiens aboient au loin. Des torches enflammées jalonnent leur chemin. La Géorgie de l’époque ne laisse guère de chance aux personnes de couleur. Mais si les jeunes fuyards accélèrent la cadence, c’est pour arriver à temps au concert donné par l’artiste.  

Au nord, ce petit monde se retrouve dans une pièce cloisonnée. Sous l’œil de Blancs avides de s’approprier leurs talents, les Noirs jouent, échangent et s’opposent. Discriminations, oppression, frustrations, ambitions sont évoquées dans un flux rapide et théâtral, pas toujours saisissable. Alors que Ma Rainey joue les divas pour garder un tant soit peu la mainmise sur sa voix très convoitée, Levee lui tient tête en voulant imposer ses chansons. Mais quelle autre issue pour lui qu’une porte ouverte sur une impasse ? Un duo porté par deux acteurs de choix : Viola Davis, grimée en ogresse prête à avaler tous les obstacles qui oseraient entraver sa route, mais surtout Chadwick Boseman, très amaigri, dans un dernier rôle annonciateur. Son personnage ayant perdu toute raison de croire tente le diable et le blasphème : « Dieu n’est rien pour moi. Qu’il me frappe, je suis là ». L’héroïque panthère noire a été entendue malheureusement.

(7/10)

twitter.com/cinefilik     
cinefilik.wordpress.com

« I care a lot » J Blakeson

Critiques

(Film Netflix) “Gone girl”

Avec l’aide de complices placés, Marla Grayson cible les personnes âgées fortunées et s’arrange pour en devenir la tutrice. L’occasion de vendre leurs biens et de se servir dans leurs porte-monnaie garnis. Mais Jennifer Peterson, qu’elle vient de faire interner, n’est pas la mamie esseulée que l’on pourrait croire.

Le fair-play n’est qu’une blague inventée par les riches pour que les autres restent pauvres. Dans la vie, il y a ceux qui prennent et ceux qui se font prendre. Les prédateurs et les proies. De quel côté vous trouvez-vous ? Maria sait qu’elle est une « putain » de lionne. Ses agneaux sont des pigeons couvant un nid de billets verts et qu’elle plume sans aucun scrupule.

Dans ce rôle de mante non religieuse, on retrouve avec grand plaisir Rosamund Pike, « gone girl » au carré parfait et à l’amoralité assumée. Plus stratège que Tyrion Lannister, la blonde mène un jeu de dupes et de dames dans lequel le pouvoir au féminin est à l’honneur. Voleuses, victimes et tueuses mettent en échec les rois. Pourtant, l’on a bien du mal à pardonner la vénalité de l’héroïne dont le seul rêve américain est d’amasser le plus de dollars possible sur les dos usés. Une cupidité que le film n’ose pas assumer et qu’il choisit de punir au final sans pour autant nous satisfaire.

(6/10)

twitter.com/cinefilik                                                                              
cinefilik.wordpress.com

« La mission » (News of the world) de Paul Greengrass

Critiques

(Film Netflix) “Il était une fois dans l’Ouest”

En 1870, le capitaine Kidd parcourt les villes texanes pour lire en public les dernières nouvelles. Sa route croise celle d’une jeune orpheline d’origine allemande enlevée et élevée par les Indiens. Le brave homme se donne pour mission de la ramener à ses derniers parents. 

Le pouvoir des mots dans un monde reculé, divisé par la Sécession et rongé par l’illettrisme. La force des histoires, théâtres de la vie, sur un peuple blessé, avide de rêves. Les dangers de la propagande et des faits alternatifs qui enveniment médias et faibles esprits. Pas besoin de réseaux sociaux pour évoquer l’actualité. Sur le papier journal, ce western avait de quoi plaire en cherchant à remplacer les balles par les phrases éloquentes, les coups par les points. Pourtant, le rôle de passeur et de réconciliateur du nouvelliste doit se contenter de quelques scènes illustratives. Le sage Tom Hanks l’incarne avec envie mais sans réelle profondeur. Il manque du rugueux, dans ce héros trop lisse pour convaincre entièrement. Face à la petite prisonnière du désert – Helena Benni Zengel –, il joue sans surprise les pères de substitution affrontant avec courage tempêtes et duels au soleil. Quant à la réalisation de Paul Greengrass, on l’avait connue bien plus en tension dans ses œuvres précédentes Vol 93, Green Zone ou Jason Bourne. Mission pas totalement accomplie.

(6/10)

twitter.com/cinefilik                                                                              
cinefilik.wordpress.com

« On the rocks » de Sofia Coppola

Critiques

(Film Apple TV+) “Lost in suspicion”

Laura soupçonne son mari de la tromper. Lorsqu’elle en parle à son père, expérimenté en la matière, il la décide à mener l’enquête avec lui. De quoi se rapprocher de celle qu’il considère toujours comme sa fillette.

Il travaille de plus en plus tard et enchaîne les voyages d’affaires. Sa secrétaire qui l’accompagne possède des jambes aussi longues que l’Empire State Building. Il semble hésiter quand il m’embrasse et m’offre un Thermomix comme cadeau d’anniversaire. C’est sûr, il ne peut qu’être infidèle.

En panne d’inspiration, Laura doute et s’invente des histoires. Grande gueule aux idées bien archaïques, son père nanti ne la rassure guère. Les hommes sont des êtres non émotionnels, génétiquement destinés à décevoir leurs épouses. Les femmes, quant à elles, en sont les proies consentantes. Père et fille, associés et complices, s’opposent gentiment.

On a connu Sofia Coppola plus subtile, plus inspirée, plus moderne. Sa comédie sur le couple ne décolle jamais vraiment alignant poncifs et clichés dans une ambiance new-yorkaise feutrée. Pourtant, il suffit qu’une vitre de voiture se baisse et laisse apparaître Bill Murray pour qu’un plaisir nostalgique nous étreigne d’un coup. Qu’est-ce qu’on avait aimé se perdre dans sa traduction japonaise. Il y a dix-huit ans déjà.

(5.5/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« The nest » de Sean Durkin

Critiques

“L’économie du couple”

Homme d’affaires trop ambitieux, Rory annonce à son épouse Allison sa volonté de quitter New York pour retourner à Londres. Une opportunité unique, prétend-il. Là-bas, parents et enfants prennent leurs aises dans un majestueux manoir victorien. Un lieu imposant, mais pas le nid douillet espéré.

« Dis-moi, combien tu m’aimes ? » semble questionner celui qui fait semblant d’être riche. Je t’offrirai un vison, nous construirons des écuries, achèterons un bateau, un loft dans la City et pourquoi ne pas investir le Portugal, la Riviera étant dépassée ? Mais le reflet dans ce miroir aux alouettes est trop beau pour être honnête. Le vernis du portrait de ces pauvres riches se craquelle. Alors qu’elle s’enfonce dans la terre, lui se brûle les ailes à force de vouloir voler au plus près du soleil.

L’amour et l’argent font-ils bon ménage ? Pourquoi ce retour dans les années 80 pour poser la question, si ce n’est permettre à l’héroïne, jasmin bleu qui se fane, de griller cigarette sur cigarette ? La problématique est-elle si différente aujourd’hui où tout se gagne et se perd plus vite encore ? Si le film ne va pas aussi loin dans la noirceur qu’attendu, il maintient bien la tension et impressionne par quelques scènes chocs : Allison oblige son mendiant de mari à quitter la chambre pour qu’il ne découvre pas la cachette où sont dissimulées ses quelques économies. Puis ce cadavre animal que l’on transporte par pelleteuse, symbole de ses illusions perdues. On achève bien les chevaux. Il convient de revenir alors à l’essentiel… un petit-déjeuner en famille.

(7.5/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Palm Springs » de Max Barbakow

Critiques

“Un mariage sans fin”

Coincé dans une boucle temporelle, Nyles revit sans cesse le jour du mariage de l’amie de son amie. Quand Sarah, la sœur de l’épousée, l’y rejoint par accident, il trouve en elle une compagne d’infortune.

Il y a pire que Palm Springs pour y consumer l’éternité. Hôtel de luxe, plongeons dans la piscine, cocktails à foison et petits fours. Le purgatoire a un goût de paradis. Mais les mêmes discours et vœux échangés deviennent des litanies. Et les flèches décochées ne sont pas uniquement celles de Cupidon. On se saoule pour oublier, baise qui l’on peut en attendant et tue le temps en se tuant. Que faire d’autre ? Mais à deux, c’est déjà mieux. Sans Sarah, rien ne va !

Un jour sans fin auquel on ne peut ne pas penser. Plus régressif, plus vulgaire, plus alcoolisé, et beaucoup moins romantique. Il n’y a pas de fumée sans joint. Cette comédie marrante ne deviendra certainement pas un classique comme le film de Harold Ramis qu’elle n’ose jamais nommer. Elle parvient néanmoins à souffler un petit vent frais dans le désert californien.

(6/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Run » de Aneesh Chaganty

Critiques

(Film Hulu) “Ma mère, moi et ma mère”

Née prématurément, Chloé endure encore à 17 ans de graves séquelles : arythmie, hémochromatoses, asthme, diabète et paralysie des jambes. Vivant seule avec sa mère surprotectrice, elle est prise d’un sérieux doute lorsque celle-ci lui impose un nouveau médicament.

Dans un tel contexte, on ne peut que rapidement penser au syndrome de Munchausen aujourd’hui bien connu à l’écran. Le réalisateur alourdit le décor en imposant la maison isolée à la connexion limitée, ce qui ne facilite aucunement l’émancipation de Chloé. De l’artifice pas toujours utile et teinté d’incohérences. On apprécie néanmoins la performance de Sarah Paulson, grande habituée de l’horreur américaine. Dans l’ombre ou dans la lumière, sa présence accélère le rythme cardiaque. « Lève-toi et… cours ! ».

(5.5/10)

twitter.com/cinefilik                                                                              
cinefilik.wordpress.com