« Le Grand Méchant Renard et autres contes » de Patrick Imbert et Benjamin Renner

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“La ferme des animaux”

Au théâtre ce soir : un cochon qui expédie un bébé par poste, un lapin qui parle chinois, un renard pris pour une poule et un canard Père Noël.

Maître Renard sur une scène perché, nous tint à peu près ce langage : « Que le spectacle commence ! ». Les animaux de la ferme jouent les comédiens professionnels dans une folie joyeuse. Trois « fabulettes » pour préconiser un lâcher-prise et un laisser-grandir bien ciblés. La créativité et la tenue des deux premières compensent l’affaiblissement d’un final estampillé « Fêtes de fin d’année ». Plus vrais que nature demeurent les entractes drôlissimes. Une alternative franco-belge digne et bienvenue à la production américaine qui ravira petits et grands.

7/10

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« Your name » (Kimi no na wa) de Makoto Shinkai

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“Je nous aime”                                                                                                               

A 17 ans, Mitsuha s’est lassée du village lacustre d’Itomori dans lequel l’ennui l’enferme. De même, les traditions shintoïstes familiales passent aujourd’hui  à ses yeux pour un carcan étouffant. Elle rêve d’évasion dans la grande ville. La chute d’une comète exauce son vœu. Un matin, la jeune fille se réveille dans le corps de Taki, un lycéen de Tokyo, qui lui a pris sa place.

Donne-moi ton nom et je te dirai qui nous sommes. Féminin et masculin. Nature et urbain. Humain et divin. Moderne et ancien. A l’opposé, mais liés éternellement par les fils du temps. Ce qui débute comme une amusante comédie romantique entraînant les quiproquos liés au(x) genre(s) – « Pourquoi touches-tu toujours tes seins ? » ou « Quelques conseils pour parler aux femmes et les séduire… » – prend une profondeur inattendue. Dans leur différence, Mitsuha et Taki incarnent le double visage d’un Japon à jamais marqué par ses antagonistes, sa culture millénaire, ses croyances fondatrices et ses traumatismes ineffaçables. Leurs traits enfantins s’inscrivent dans les détails de décors touchant au somptueux. Si la magie de Miyazaki n’est pas encore atteinte, l’imaginaire animé de Shinkai nous transporte en s’en approchant.

8/10

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« Quelques minutes après minuit » (A monster calls) de Juan Antonio Bayona

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“Il était une foi”

La vie est amère pour le solitaire Conor. Malmené par les brutes de son école, il doit affronter, de retour à la maison, l’absence du père et le cancer de sa mère. Afin de contrer ses peines, il s’évade dans ses dessins et son imaginaire. Quand une nuit, l’arbre géant qu’il aperçoit depuis la fenêtre de sa chambre, se réveille et vient à lui. Au fil de leurs rencontres, celui-ci contera trois histoires. Puis, ce sera à Conor de lui révéler sa vérité.

Une belle mise en place pour cette approche à hauteur d’enfant de l’acceptation et du dépassement de la maladie. A travers les récits sanglants du grand if, le garçonnet apprendra que bien et mal ont des frontières brumeuses, qu’il est important de garder la foi et de faire preuve de courage face à l’adversité. Le visuel séduit aussi entre une esthétique gothique et l’aquarelle des parties animées.  Mais au bout « conte », le système répétitif s’enraie dans un art naïf teintant l’ensemble de couleurs mélodramatiques trop saturées.

6.5/10

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« Vaiana, la légende du bout du monde » (Moana) de Ron Clements et John Musker

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“Le cœur de l’océan”

Alors que son île se meurt, Vaiana, l’intrépide fille du chef du village, s’embarque en cachette pour une traversée en solitaire au-delà des récifs. Sa mission, retrouver Maui le bravache et le contraindre à rendre à la déesse nature le cœur émeraude qui lui déroba en son temps. Un périple semé d’embûches.

Après l’Amérique, l’Europe, l’Afrique et l’Asie, il manquait au colon Disney de conquérir le continent océanien. C’est désormais chose faite avec cette histoire ancrée au cœur du Pacifique. D’emblée, c’est le visuel qui séduit. Rarement le maritime et le végétal n’ont été aussi éclatants à l’écran dans un film d’animation, de même que la qualité des visages offerts. On apprécie aussi la veine écologique défendue, ainsi que l’esprit d’indépendance de l’héroïne qui refuse d’être qualifiée de princesse malgré la robe et ses petits compagnons d’aventure, parmi lesquels le poulet le plus crétin qu’on ait jamais pondu. Un trait de caractère qui rappelle celui de son aînée, l’Écossaise Rebelle. Aucun fiancé potentiel à l’horizon ! Et ce n’est pas Maui, trop narcissique pour séduire, qui saurait jouer les charmants. Le reste répond au classicisme de la maison-mère entre un (trop) long récit initiatique, des dangers à surpasser et  une fin heureuse garantie. Le tout sur des chansons calibrées et mal traduites, sauvées cependant par les chœurs et percussions polynésiens accrocheurs.

7/10

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« Tous en scène » (Sing) de Garth Jennings

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“The chow-chow must go on”

Les affaires du producteur Buster Moon ne sont guère au poil. Créanciers à sa poursuite, machinistes ayant les crocs et théâtre en décrépitude. Il lui faut vite dénicher la bonne idée qui lui permettra de reprendre patte. Et s’il organisait un concours de chant ouvert à tous ?

Zootopie, Comme des bêtes, Le monde de Dory et les trente millions d’autres, force est de constater que l’animal inspire toujours les grands studios d’animation. Et quitte à rajouter d’artificielles chansons pour espérer glaner un Oscar supplémentaire, autant y aller franchement en prenant le taureau par les cornes. Ce qui nous donne un bestiaire peu ordinaire : un Lady Gragras à paillettes, une ménagère de moins de 50 ans rêvant de danser sa vie loin de ses 25 pourceaux, une éléphante à la tessiture de porcelaine et un « Sinatrat » jouant au chat et à la souris avec des ours. Mention spéciale au girls band de chow-chows japonais complètement hystériques. Chacun cherche sa belle voix – celles entre autres de Matthew McConaughey, Reese Witherspoon et Scarlett Johansson en version originale – pour mieux se révéler à la lumière des projecteurs. Au final, une ribambelle de saynètes réussies comme ces peaux de koala et de mouton astiquant un pare-brise sur le Nessun Dorma de Puccini, mais un certain manque d’harmonie une fois la scène quittée et le rideau retombé.

7/10

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« Louise en hiver » de Jean-François Laguionie

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Pensée du jour : La vieille qui marchait dans la mer

La fin de l’été fait fuir les saisonniers. Pensant avoir le temps, Louise le prend. Elle rate pourtant le dernier train. Il n’y en aura plus avant l’an prochain. La voilà, âme errante, dans la station balnéaire délaissée de Biligen. Seule avec ses rêves. Seule avec ses souvenirs.

Après Anomalisa, La Tortue rouge et, dans une certaine mesure aussi, Ma vie de courgette, l’animation cinématographique s’éloigne à nouveau des territoires enfantins pour susciter l’intérêt et la réflexion du public adulte. Sur une relecture de Robinson Crusoé,  Jean-François Laguionie qui s’était démarqué en réalisant un beau Tableau s’interroge sur la fatalité de la vieillesse. Sentiment d’abandon ? Lutte contre l’amnésie ? Sénilité ? Les angoisses personnelles se transposent sur le personnage vaillant et serein de Louise. Les pastels et gouache diluée aux couleurs douces laissant transparaître le grain du papier, ainsi que la sobriété du trait séduisent en dépit d’une animation quelque peu saccadée. Libre à chacun de se laisser inspirer ou pas par la poésie quasi surréaliste de l’auteur. Un dessin animé qui risque d’ennuyer les enfants pour mieux plaire aux seniors.

6.5/10

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« Ma vie de courgette » de Claude Barras

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Pensée du jour : Choux choux

Icare, dit Courgette, 8 ans, vient de perdre sa maman. Il est alors placé au foyer des Fontaines par le policier Raymond où d’autres enfants malmenés par la vie l’attendent.

Le film s’ouvre sur un ciel nuageux dissimulant mal le soleil sous-jacent. Un plan-séquence nous emmène dans un attique transformé en chambre. Un petit garçon à genoux achève de colorer un cerf-volant bricolé, symbole du père envolé avec sa nouvelle poule. Il est cerné de cylindres chamarrés pas immédiatement reconnaissables avec lesquels il va bientôt construire une pyramide. Ce sont les canettes de bière que laissent traîner sa mère alcoolique. Ainsi s’associent avec douceur et subtilité toute la candeur du monde de l’enfance et celui de l’irresponsabilité adulte. Un mélange émotionnellement délicat, voire explosif, qui imprègne cette histoire tendre et concise n’hésitant pas à aborder frontalement des thématiques inhabituelles pour un film d’animation. « On est tous pareils. Y a plus personne pour nous aimer », pensent ces orphelins qui ont vécu l’abandon, les coups, la mort, la maladie, l’inceste. Heureusement que les copains d’abord et quelques grands sont encore là pour racheter la misère humaine ambiante. Visuellement, le visage clownesque, aux yeux exorbités, nez rouge, cheveux colorés, des personnages peut mettre à distance. Mais la qualité du doublage et de la musique leur donne une profondeur et sensibilité inattendues, de même que les petites imperfections artisanales de cet immense travail. Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson a su donner en début d’année une âme aux marionnettes. Ma vie de courgette leur accorde un cœur… d’artichaut.

8.5/10

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« Kubo et l’armure magique » (Kubo and the two strings) de Travis Knight

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Pensée du jour : Les petits papiers

Dans le Japon médiéval,  le jeune et borgne Kubo survit avec sa mère affaiblie en contant aux villageois demandeurs des histoires fantastiques qui mêlent aventures et magie. Mais ses tantes et son grand-père – un esprit divin – sont à sa poursuite, avides de lui voler le seul œil qui lui reste. Afin de pouvoir les affronter, il lui faut retrouver l’armure magique portée autrefois par son père, vaillant samouraï disparu. Dans sa quête, il sera escorté par deux personnages d’importance, une guenon et un combattant scarabée.

Il ne faut guère que quelques minutes pour se laisser séduire par l’esthétique inspirée du film, tourné en « stop motion » avec des figurines sur fond vert. L’animation fluide impressionne et l’esthétisme japonisante ravit. Belle idée également d’utiliser les origamis, papiers pliés tridimensionnels que Kubo manipule au son de shamisen, pour en faire des compagnons à part entière, un moyen de transport ou une arme à portée poétique. Dommage que l’histoire initiatique relativement complexe sur les relations parents-enfants-ancêtres ne soit pas aussi aboutie, pêchant parfois par quelques approximations narratives et une certaine candeur.

7/10

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« Comme des bêtes » (The secret life of pets) de Chris Renaud et Yarrow Cheney

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Pensée du jour : Zootypique

Max ferait n’importe quoi pour sa maîtresse Katie, quitte à attendre impatiemment son retour chaque jour, pour pouvoir lui prodiguer enfin de tendres léchouilles. Mais quand celle-ci ramène à la maison le bon gros Duke, une rivalité canine s’impose vite laissant craintes et jalousies de chacun s’exprimer.

Que se passe-t-il donc pour les animaux de compagnie une fois que la porte s’est refermée sur leur bec ou museau ? A l’image de Pixar qui donnait vie aux jouets de notre enfance dans Toy Story, les studios Illumination – géniteurs de Moi, moche et méchant et de tous ses Minions – cèdent la parole aux aboiements, miaulements et autres cuicuis d’un immeuble new-yorkais. Des bêtes parfois drôles comme Snowball, le lapin blanc déçu qui s’est juré d’exterminer la race humaine, ou Léonard, caniche royal amateur de hard rock, et pour la plupart sympathiques, mais manquant singulièrement d’épaisseur. Tout comme le scénario qui se contente d’une course-poursuite vaine et mille fois vue.  Une carence créative qui ne permet pas au film de quitter l’anecdotique et d’atteindre les hauteurs de son rival tout désigné – à qui il emprunte étonnamment une même comédienne pour le doublage d’origine –, Zootopie de Disney, sorti également cette année.

6.5/10
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« La tortue rouge » de Michael Dudok de Wit

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Pensée du jour : L’île mystérieuse 

Un naufragé échoue seul sur une île déserte. A la recherche d’un moyen pour quitter cette terre ni accueillante ni hostile, il construit un radeau de bambou et tente de s’échapper par les flots. Mais son embarcation de fortune est détruite par une force étrange bientôt incarnée par une tortue rouge.

Un homme sans nom et sans passé. Pas de paroles non plus, si ce n’est quelques borborygmes, et une temporalité floue qui étirent  la durée d’1 heure et quart de ce film d’animation atypique. Une expérience philosophico-sensorielle qui déstabilisera peut-être les enfants et alanguira les moins jeunes. Demeure un beau style graphique associant Orient et Occident. Dans cette co-production des fameux studios Ghibli, mise en scène par un Néerlandais, le réalisme épuré du dessin fait davantage penser à Hergé qu’à Miyazaki. N’atteignant pas la force onirique du maître japonais, il rappelle cependant sa poésie animiste tout en s’imprégnant de la patte scénaristique de Pascale Ferran, moineau délicat de Bird people. Au final, un conte existentiel célébrant le mariage fragile entre l’humain et la nature au fil du temps, de la vie et au-delà de la mort.

6.5/10
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