« Raya et le dernier dragon » (Raya and the last dragon) de Don Hall et Carlos López Estrada

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“Tigresse et dragonne”   

Il y a fort longtemps, dans une contrée appelée Kumandra, les dragons disparurent en sauvant l’humanité des Druuns, esprits malfaisants. Mais les rivalités entre clans demeurèrent et le pays fut divisé en 5 royaumes avides de posséder la gemme protectrice laissée par le sacrifice de ces êtres fabuleux. Suite à une trahison, la pierre précieuse fut brisée libérant les Druuns. Sur une terre désormais ravagée et plus que désunie, la jeune Raya s’engage à retrouver les morceaux éparpillés du joyau dans l’espoir de rassembler les peuples et recréer l’harmonie.

Plus besoin de se travestir en homme pour être dorénavant considérées, les femmes s’assument et prennent le pouvoir. Qu’elles soient reines, cheffes des armées, guerrières intrépides ou créatures légendaires, elles font tourner le monde. Mais pas de perspective virginale, les héroïnes étant aussi en proie au doute, à la méfiance et à la cupidité destructrice. Même les bébés sont des petites voleuses. Les sœurs cadettes de Mulan ne croient plus au prince charmant et osent déclarer : « Rappelle-moi de ne pas faire d’enfants ! ». Quant aux dragons, la voix rauque, ils prennent l’aspect très particulier et pas forcément réussi de licornes arc-en-ciel à longues queues.

Disney vit donc avec son temps estimant qu’une relecture inclusive du conte de fées pouvait lui faire gagner plus que perdre. Et c’est satisfaisant. Les personnages nuancés gagnent en épaisseur. Pincées de mythologie asiatique, atmosphère fantastique, quête initiatique, message écologique, kung-fu et humour ludiques épicent le potage équilibré. Même si le scénario s’en va glaner des motifs connus chez Vaiana, Tolkien, voire Game of Thrones, animation et réalisation convainquent, misant sur la qualité plutôt que l’originalité.  

(7/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« Soul » de Pete Docter

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(Film Disney+) “L’Âme stram gram”

Humble professeur de musique dans un collège, Joe Gardner semble avoir décroché la lune : il va pouvoir enfin réaliser son rêve en accompagnant sur scène un quartet de jazz renommé. Mais une mauvaise chute l’entraîne tout droit dans le « grand avant », sorte de purgatoire cotonneux où, sur un malentendu, une âme en devenir lui est confiée.

Le sourire pointe dès les premières notes volontairement éraillées du fameux générique disneyen. Pas facile de garder son sérieux et la foi éducative face à des élèves qui n’ont pour seule aspiration que d’être ailleurs. Alors qu’on lui offre la sécurité de l’emploi, Monsieur Gardner craint de se perdre s’il opte pour cette facilité. Mais son destin funèbre l’arrête sur le chemin d’un esprit éthéré qui se refuse de naître. Numéro 22, le réfractaire, n’en est pas à son premier mentor poussé au désespoir : Lincoln et Jung se sont arraché barbe et moustache, Marie-Antoinette en a perdu la tête, quant à Gandhi, comme Mère Teresa, il ne l’a pas supporté. Confronté à ce « no body », Joe va-t-il réussir à recouvrer son corps ?  

Dans un mélange musical, poétique et philosophique très convaincant, Pixar s’interroge sur l’existence : Y a-t-il une vie après la mort ? Une vie avant la vie ? A quoi je sers ? Passion, vocation ou ambition suffisent-ils pour me combler ? Et si je me contentais d’être un chat ? Samare et tranche de pizza ont-elles un sens ? Des réponses qu’un guide ou une main tendue pourraient inspirer. 

Cet « âme stram gram » aux graphismes chatoyants et confortables rappelle beaucoup les sentiments de Vice versa,autre grande réussite du studio éclairé. La préadolescente est devenue un homme qui se cherche encore. Redite ou plagiat plutôt que continuité médiront certains. Pourquoi hésiter devant une telle rhapsodie en couleurs qui nous encourage à en savourer chaque minute ? Pour son 25e anniversaire, Pixar souffle une bougie étincelante qui n’aura malheureusement pas l’honneur de réchauffer les écrans de cinéma. La souris aux grandes oreilles n’est plus qu’un rat.

(9/10)

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« Scooby ! » (Scoob!) de Tony Cervone

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“Chien quasi fidèle”                                                    

Jugés comme les maillons faibles du groupe par Simon Cowell, Samy et Scooby quittent la compagnie Mystère, le cœur blessé. Mais le super-héros Blue Falcon et son fidèle compagnon Dynomutt vont vite leur redonner goût à l’aventure.

On découvre pour la première fois l’origine du lien indéfectible entre Samy Rogers et Scooby-Doo, deux solitudes qui se croisent un jour sur Venice Beach. Il faudra attendre Halloween pour que les inséparables fassent connaissance avec le reste de la troupe de futurs détectives, encore enfants. Ainsi sont nés des amis pour la vie.

Modernisé sur le plan visuel et de l’action, le film a la bonne idée d’y convier d’autres personnages des studios Hanna-Barbera : Capitaine Caverne, Satanas et Diabolo. De quoi émoustiller les plus nostalgiques. Le second degré bien présent amusera également les accompagnants adultes. Dommage que les énigmes à résoudre qui faisaient tout le sel de l’œuvre originelle ont laissé place à une course poursuite intersidérale, malmenant nos héros dans l’espace, la préhistoire et l’Antiquité.

6.5/10

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« J’ai perdu mon corps » de Jérémy Clapin 

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Parle à ma main”

Une main coupée se réveille et parvient à fuir la prison frigorifique qui la retenait. Ailleurs, le jeune Naoufel, plutôt gauche et réservé, cherche à donner un peu de sens à sa vie de cabossé.

Deux quêtes s’activent en parallèle : la recherche d’un corps perdu pour l’une, quelques grammes d’amour dans un monde brutal pour l’autre. Une aventure périlleuse et angoissante pour la première où tout est menace. Une romance espérée pour le second qui débute par une très belle scène d’interphone. Si le dessin n’est pas toujours aimable et l’animation parfois saccadée, on se laisse vite bercer par la poésie à tendance surréaliste de l’ensemble. Un rendez-vous unique, tendre et cruel, que l’on rêverait de clore par un « happy hand ».

(8/10)

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J'ai perdu mon corps

« La Reine des neiges II » de Chris Buck et Jennifer Lee   

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“L’appel de la forêt”

Alors que tout semble s’être apaisé à Arendelle, la reine Elsa est perturbée par une voix lointaine qui l’appelle à elle. Escortée par ses fidèles compagnons, elle s’en va à sa rencontre, explorant une forêt magique en lien avec le passé de ses parents décédés.

Face au milliard rapporté par le premier film, l’idée d’une suite ne pouvait que satisfaire la soif mercantile de l’oncle Picsou. Libérés et délivrés d’une mise en place toujours laborieuse, bénéficiant de personnages déjà connus et d’un peu de temps devant eux, les créateurs avaient tout pour réussir le doublé. Las, ils nous servent une histoire sans génie mêlant découverte des origines et d’un cinquième élément. Une quête où l’on se sépare pour mieux se retrouver. Sans oublier cette peur intrinsèque du célibat, propre à l’Amérique Disneyenne. Quant aux décors, baignant dans le kitsch et le new age, ils n’impressionnent guère, malgré le déluge équin final qui rappelle furieusement celui du Seigneur des anneaux. Mais le pire demeure l’avalanche vocale de fausses notes où chanter signifie hurler plus haut, plus fort et plus longtemps. Heureusement, aucune mélodie obsédante n’est à déclarer cette année.

Malgré ces nombreux bémols, il reste à sauver toute la poésie décalée du bonhomme Olaf, plus existentialiste que jamais. Et quand Kristoff se prend pour Justin Bieber, on se dit que Mickey sait aussi faire preuve d’une autodérision bienvenue.

5.5/10

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« Les hirondelles de Kaboul » de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

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“Dessine-moi un oiseau”

Atiq, gardien d’une prison pour femmes, se désole face à la maladie de sa femme. Quant à la belle Zunaira et son époux Mohsen, ils espèrent un monde où ils pourraient enseigner l’art et l’histoire. Mais dans le Kaboul de 1998, les rêves ne sont que de lointains souvenirs.

Il faut un peu de temps pour s’habituer aux aquarelles colorées qui résument les visages à quelques traits caractéristiques. Derrière eux se reconnaissent les acteurs choisis. Quant au rythme saccadé de l’animation, il tient également à une certaine distance de sécurité. Travail remarquable à l’effet volontaire, face une histoire d’une noirceur presque trop marquée. La barbarie talibane est insupportable. On enferme et on assassine pour un rire, un dessin ou de la musique. La joie de vivre est en ruine, comme l’ensemble de la ville. Cage pour les femmes, premières victimes, et objet de mort, le tchadri devient ironiquement une échappatoire. Car il ne reste que la fuite aux hirondelles, avant qu’on ne les tue. « Aucun soleil ne résiste à la nuit ».

6.5/10

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« Comme des bêtes 2 » (The secret life of pets 2) de Chris Renaud

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“Pendant que les chiens aboient…”

Jeune mariée, la maîtresse de Max est enceinte. La naissance du bébé va bouleverser l’existence au poil du fox-terrier qui, après avoir redouté le petit Liam, va le surprotéger.

Les fidèles bébêtes du premier épisode se retrouvent dans cette suite familiale. Manque malheureusement à l’appel le caniche royal, amateur de hard rock. Pendant que Max prend l’air à la campagne pour soigner son anxiété, Gidget, sa fiancée malgré lui, s’affaire à mater du matou. Quant à « Super Lapin », Pompon pour les intimes, il s’en va sauver un tigre, tout en laissant les loups entrer dans la ville. Trois aventures menées en parallèle pour se rejoindre au final de manière artificielle. Quelques bons gags tout de même – Max dans la salle d’attente d’un véto-psy, Gidget plus forte que le point rouge, Mamie gangsta et ses chats de gouttière – pour une morale assez plate et directement adressée aux parents. Pendant que les chiens d’Illumination aboient, la caravane des jouets Pixar passe et roule loin devant.

5.5/10

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« Le Roi lion » (The Lion King) de Jon Favreau

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“RRRrrrr!!!”

La savane entière s’incline devant le petit Simba, fils de Mufasa et futur roi lion. Dans l’ombre, l’oncle Scar lui prédit un autre destin.

La technologie inédite ne peut qu’impressionner. L’effet de réel est tel qu’un temps d’adaptation s’avère presque nécessaire. Entre le film d’animation et le documentaire animalier, la frontière disparaît. Ainsi, la gêne opère quelque peu quand l’animal devient clown ou se met à fredonner. Mais on rugit aussi d’un plaisir nostalgique qui nous ramène 25 ans plus tôt, quand le 43e long-métrage de Disney marque toute une génération. Afin de se rapprocher au plus près de l’original, toute envolée créative est évitée en faveur d’une fidélité plan par plan. Si la musique et les chansons ont été réenregistrées, avec l’ajout « spirituel » de Beyonce pour juste briguer l’Oscar, rythmes et paroles sont les mêmes. Pas de quoi bouleverser les fans qui auront l’impression de feuilleter le bel album photo d’un safari fastueux tiré sur du papier glacé.

6.5/10

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« Toy Story 4 » de Josh Cooley

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“Le haut de la fourchette”

Woody et ses amis fidèles appartiennent aujourd’hui à la petite Bonnie. Lors de son premier jour à la maternelle, la fillette esseulée bricole Forky à partir d’une fourchette usagée. De retour à la maison, ce personnage saugrenu peine à croire en lui.

Toy Story remet le couvert, neuf ans après un troisième volet conclusif. On pouvait craindre le trop ou la redite inutile, mais la magie opère toujours. Après avoir évoqué les premiers chapitres de la série en une subtile séquence, les questions existentielles se succèdent. Fourchette en plastique issue d’une poubelle, Forky n’a de cesse de vouloir y replonger, se définissant comme un déchet. Ses élans quasi suicidaires interrogent l’intérêt d’un vécu quand on vient du tréfonds. Quant à la bergère Bo, elle est devenue une Amazone indépendante. Sa liberté vaut-elle plus qu’un enfant que l’on accompagne, protège et voit grandir ? Le reste de l’aventure est plus attendue, moins profonde, parsemée de péripéties et courses poursuites programmées. Mais l’humour, l’intelligence et l’émotion suscitée dominent le débat, permettant à la saga d’occuper une fois encore le haut du coffre aux jouets animés. Et quand un au revoir résonne comme un adieu, on se surprend d’avoir le coin de l’œil légèrement humide.

7.5/10

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