« Your name » (Kimi no na wa) de Makoto Shinkai

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“Je nous aime”                                                                                                               

A 17 ans, Mitsuha s’est lassée du village lacustre d’Itomori dans lequel l’ennui l’enferme. De même, les traditions shintoïstes familiales passent aujourd’hui  à ses yeux pour un carcan étouffant. Elle rêve d’évasion dans la grande ville. La chute d’une comète exauce son vœu. Un matin, la jeune fille se réveille dans le corps de Taki, un lycéen de Tokyo, qui lui a pris sa place.

Donne-moi ton nom et je te dirai qui nous sommes. Féminin et masculin. Nature et urbain. Humain et divin. Moderne et ancien. A l’opposé, mais liés éternellement par les fils du temps. Ce qui débute comme une amusante comédie romantique entraînant les quiproquos liés au(x) genre(s) – « Pourquoi touches-tu toujours tes seins ? » ou « Quelques conseils pour parler aux femmes et les séduire… » – prend une profondeur inattendue. Dans leur différence, Mitsuha et Taki incarnent le double visage d’un Japon à jamais marqué par ses antagonistes, sa culture millénaire, ses croyances fondatrices et ses traumatismes ineffaçables. Leurs traits enfantins s’inscrivent dans les détails de décors touchant au somptueux. Si la magie de Miyazaki n’est pas encore atteinte, l’imaginaire animé de Shinkai nous transporte en s’en approchant.

8/10

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« Dernier train pour Busan » (Boo-San-Haeng) de Sang-Ho Yeon

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Ceux qui craignent prendront le train”

A Séoul, trop occupé par son travail, Sok-woo accepte de raccompagner sa fille Soo-ahn auprès de sa mère. Tous deux embarquent dans un train à grande vitesse direction Busan. Mais juste avant la fermeture des portes, une jeune femme contaminée par un virus inconnu s’immisce dans le convoi.

Il n’est plus alors question que de survie dans ce film d’action horrifique coréen. Entre le chacun pour soi et le sens du sacrifice, la lâcheté égoïste ou un courage altruiste, le choix effectué laissera apparaître la vraie nature de chacun. Un zombie express efficace, mais moins puissant dans un genre proche que Le Transperceneige, locomotive de Bong Joon-ho.

(7 /10)

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« Au-delà des montagnes » (Shānhé gùrén) de Jia Zhangke

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Avec le temps, va tout s’en va”

Courtisée par deux hommes, Tao choisit d’épouser l’ambitieux Zhang et renonce au plus modeste. Le couple donne bientôt naissance à un enfant qu’il prénomme Dollar. Des années plus tard, la famille se sépare. Père et fils s’envolent en Australie, alors que Tao demeure en Chine.

Le temps est assassin. Il emporte tout avec lui, corrompt les relations, impose l’indifférence et fait oublier les noms, les langues. Seuls persistent les sentiments intimes et cette impression fugace de déjà-vu qui nous étreint par instant. En dépit de son ancrage chinois, une fresque puissante et universelle qui nous entraîne loin.

(7.5/10)

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« Après la tempête » (Umi yori mo mada fukaku ) de Hirokazu Kore-Eda

Critiques

Pensée du jour : De « fils » en aiguille

Ryota n’est pas devenu celui dont il rêvait. Écrivain plein d’avenir, couronné par un prix, il a perdu l’inspiration. En proie aux démons du jeu comme son père décédé, il s’en sort avec une activité de minable détective privé. Aux yeux de ses proches, sa mère, sa sœur aînée, son ex-femme et Shingo, son fils de 11 ans, c’est une déception. Quand un typhon, le 24ème de l’année, s’approche des côtes japonaises.

Retour en terrain connu pour Kore-Eda, passé maître du métier à tisser et à découdre les ouvrages familiaux mêlant notamment fils et « pères » de ciseaux. Son approche entre douceur et amertume n’évolue guère mais demeure touchante par son semblant de simplicité. On y retrouve deux têtes connues – Kirin Kiki et Hiroshi Abe – déjà apparentés dans Still Walking du même réalisateur. Elle, veuve espiègle qui estime que se faire de nouveaux amis à son âge, ce n’est que multiplier les enterrements. Lui, marqué par les échecs de sa vie d’adulte, qui mise sur une tempête pour recoller les morceaux. Sa mère le compare au mandarinier de son balcon n’offrant ni fleurs ni fruits, mais dont les feuilles nourrissent les chenilles pour qu’elles deviennent papillons. L’absence du père et de l’argent, objet de perversion, sont au centre de leurs échanges amusants et incisifs. Alignant les aphorismes, ils incitent à la réflexion : sommes-nous aujourd’hui celui que nous désirions être hier ?

8/10

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« Mademoiselle » (Agassi) de Park Chan-Wook

Critiques

Pensée du jour : L’emprise des sens

Dans la Corée occupée des années 30, Sook-hee est engagée au service d’un riche Japonais et de sa nièce, l’ensorcelante Hideko. Mais la jeune femme n’est pas celle qu’elle prétend être. Voleuse et complice de Fujiwara, escroc charmeur qui se fait passer pour noble, elle lorgne sur la fortune de l’héritière. Gare aux apparences et à ce qui se cache en sous-sol…

Il était une fois une pièce en trois actes impliquant maîtresse, domestique et prince brigand. Il était une fois les trois chapitres d’un beau livre d’images aux pages coupantes et à la reliure dorée. Il était une fois une fable érotique laissant aux blanches agnelles le soin de dévorer les loups. Il était une fois un triptyque aussi majestueux qu’une estampe. Deux femmes, un homme,  trois possibilités. L’art de raconter et l’art de montrer afin de susciter l’émoi. A l’écoute des langues qui se délient – confrontation entre coréen et japonais –, on voyage dans ce récit « saphostiqué » aux mille-et-un tiroirs, les sens en alerte, tels ces vieux pervers accrochés aux lèvres d’une Shéhérazade en kimono leur lisant des textes aux accents sadiens. Si tout est affaire de domination, qui a le pouvoir sur le despote ? Qui manipule l’intrigant ? Qui trompe le menteur ? Qui épie le voyeur ? Qui est la clé ? Pour quelle serrure ? En pleine maîtrise, Park Chan-Wook s’amuse et nous avec en opérant un renversement des classes et des sexes. Mesdemoiselles Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri déchantent, chantent leur blues et enchantent. Dans une esthétique fétichisée, le réalisateur étouffe toute pornographie sous le velours d’un érotisme aérien faisant de la beauté une arme de séduction massive auquel il fait bon de succomber. Car derrière les « S » alambiqués de l’histoire se susurrent les « M » de l’amour. Si bien qu’en dépit d’un « ouille » final, clin d’œil à Oshima, c’est le polissage au dé d’une dent tranchante qui devient la scène la plus sensuelle de l’année cinéma.

9/10

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« Le client » (Forushande) de Asghar Farhadi

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Pensée du jour : Scènes de la vie conjugale     

A Téhéran, Emad et Rana, couple d’acteurs de théâtre, sont réveillés en pleine nuit. Leur immeuble menace de s’effondrer. Contraints de déménager au plus vite, ils sont aidés par l’un des membres de la troupe qui finit par leur louer un appartement inoccupé depuis peu. Un soir, dans le nouveau logement, Rana est sur le point de se doucher quand sonne l’interphone. Persuadée qu’il s’agit d’Emad, elle ouvre sans répondre…

Avec ce film, le réalisateur iranien à succès semble parachever une trilogie sur les couples en crise, après sa Séparation d’exception et son Passé francophone. Mariés à la ville comme à la scène, Emad et Rana ont l’air heureux, même si la présence d’un enfant les comblerait plus encore. Pourtant, une première fissure, puis une entaille profonde va défigurer leur belle harmonie. Une fois les rouages mis en place et bien vissés, le drame survient et les entraîne dans un engrenage fatidique. Pas à pas, les personnages s’enfoncent dans le déni ou la vengeance personnelle, chacun campant sur ses positions valables pour éviter la honte et l’humiliation. Le système Farhadi n’évolue guère de film en film ni son efficacité redoutable. Le grand final, tel un Jugement dernier terrible de suspense, laissera intranquilles émotions et morale : aurait-on su pardonner ?

8/10

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« La tortue rouge » de Michael Dudok de Wit

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Pensée du jour : L’île mystérieuse 

Un naufragé échoue seul sur une île déserte. A la recherche d’un moyen pour quitter cette terre ni accueillante ni hostile, il construit un radeau de bambou et tente de s’échapper par les flots. Mais son embarcation de fortune est détruite par une force étrange bientôt incarnée par une tortue rouge.

Un homme sans nom et sans passé. Pas de paroles non plus, si ce n’est quelques borborygmes, et une temporalité floue qui étirent  la durée d’1 heure et quart de ce film d’animation atypique. Une expérience philosophico-sensorielle qui déstabilisera peut-être les enfants et alanguira les moins jeunes. Demeure un beau style graphique associant Orient et Occident. Dans cette co-production des fameux studios Ghibli, mise en scène par un Néerlandais, le réalisme épuré du dessin fait davantage penser à Hergé qu’à Miyazaki. N’atteignant pas la force onirique du maître japonais, il rappelle cependant sa poésie animiste tout en s’imprégnant de la patte scénaristique de Pascale Ferran, moineau délicat de Bird people. Au final, un conte existentiel célébrant le mariage fragile entre l’humain et la nature au fil du temps, de la vie et au-delà de la mort.

6.5/10
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« The assassin » de Hou Hsiao Hsien

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Pensée du jour : Killing me softly

Dans une Chine médiévale fragilisée par les manœuvres politiques, Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Formée secrètement aux arts martiaux, elle fait désormais partie de l’ordre redoutable des assassins. Sa prochaine mission, tuer le gouverneur Tian Jian, menace potentielle de l’Empire et… l’homme qu’elle aime depuis toujours.

« Ta technique est irréprochable mais ton âme reste prisonnière de tes sentiments. » Ainsi sermonne la nonne taoïste tout de blanc vêtue l’ange noir magnifique qui se tient à ses côtés. Le sacrifice ou la trahison, voilà tout ce qu’il reste à Yinniang. Au bord de la falaise, la confrontation entre les deux femmes s’achève dans une brume opaque du plus bel effet. Sentence clé et reflet symbole du sentiment du spectateur ? Après un prologue entre gris clairs et gris foncés, le film arbore des teintes plus que saturées. Le Taïwanais, grand prix de la mise en scène à Cannes en 2015, s’appuie sur l’esthétisme pour séduire quitte à obscurcir son intrigue. Entre l’épure, les ellipses et les digressions, son propos pourtant simple s’enfume. Préférant la contemplation, il limite l’action et raréfie les scènes de combat, quitte à décevoir les passionnés du genre qui espéraient retrouver le spectaculaire des Ang Lee, Zhang Yimou ou Wong Kar-wai. Restent le beau et le vain dans ce voyage en une Asie exotique et mythique. Renforcé par son format 4:3, le film a les allures d’une suite de tableaux admirables mais dont l’histoire et le contenu demeurent lointains au point d’en entraver la force émotionnelle.

7/10

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« Nahid » de Ida Panahandeh

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Pensée du jour : Son fils, sa bataille

En Iran, selon la loi, une divorcée ne peut obtenir la garde de son enfant. Nahid est une exception. Son ex-mari, en déséquilibre, la lui a cédée à condition qu’elle ne se remarie jamais. L’arrivée d’un nouvel homme dans sa vie va forcer la jeune femme à faire des choix et des sacrifices.

Telle une suite à l’intense Séparation d’Asghar Farhadi, ce premier film inspiré d’une fraîche réalisatrice décortique les difficultés de l’après-divorce, marqué ici par un chantage affectif rappelant Le procès de Viviane Amsalem de Shlomi et Ronit Elkabetz. Sans atteindre la redoutable mécanique du maître référence, le soin apporté aux détails donne néanmoins force et réalisme à ce drame familial. Un chien boiteux, symbole d’une fidélité fragile. La paire de chaussures laissée sur le palier qui annonce à l’intérieur une présence non souhaitée. Un canapé d’un rouge incongru, attribut du désir et de l’indépendance. Des mèches grises qui soulignent la constance de l’angoisse. Une main endolorie bientôt en sang… Dans une société dominée par les hommes, qu’ils soient pères, époux, frères ou propriétaires, quelle place réservée à une mère souhaitant rester femme ? Le mensonge, le vol, la manipulation, le mariage temporaire ? Si Nahid a tout de la maman courage, elle salit le plumage de l’oie blanche qu’elle n’est pas ou qu’elle n’est plus. La survie l’a rendue dure, sèche, voire agressive. Quand elle prie Dieu, c’est pour mieux le maudire dans la foulée. Et si elle accepte de laisser trancher un tribunal, ce n’est que pour déterminer qui d’elle ou de son ancien mari est le moins mauvais des deux. Mais sur la barque qui la rentre, son fils évanoui dans les bras, c’est son visage vrai de « Mater dolorosa » qu’elle finit par dévoiler. Une Pietà vers laquelle des mains se tendent encore, dont celles de cet homme bon qui l’espère sur la plage. Loin d’une rencontre à la Lelouch, leurs escapades au bord de mer s’effectuent sous l’œil inquisiteur d’une caméra. Ici, l’amour et la liberté demeurent sans cesse sous surveillance.

7.5 /10

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« Le garçon et la bête » (Bakemono no ko) de Mamoru Hosoda

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Pensée du jour : Telle bête, tel fils

Ren, orphelin de 9 ans, erre dans les rues surpeuplées de Shibuya, ruminant sa haine contre ses semblables. Un soir, il rencontre Kumatetsu, canidé anthropomorphe féroce et puissant qui l’entraîne à Jutengai, monde parallèle des bêtes, afin de lui proposer d’être son disciple.

Dans son précédent film, Les Enfants loups, Ame et Yuki, Hosoda s’interrogeait déjà sur les dichotomies homme-animal et civilisation-nature, soulignant que tout choix avait valeur de sacrifice. Reprenant ici ces thématiques, il confronte le Tokyo ultra-moderne et sa violence sociale à un univers bestial où le respect et la bienséance sont de mise au sein même des combats. Mais son sujet premier demeure la filiation et l’élévation réciproque qu’une relation père-fils peut engendrer. Si le contenu est dense et profond, imposant quelques longueurs au récit, la forme ne convainc qu’à moitié : le soin apporté aux décors est sans appel – imaginez l’ombre menaçante d’une baleine parcourir les vastes carrefours de Shibuya avant de surgir de l’asphalte –, mais l’allure raide et les gestes saccadés des personnages charment moins. De la belle ouvrage certes mais qui n’atteint pas la magie émotionnelle du maître retraité Miyazaki.

6,5/10

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