« Raya et le dernier dragon » (Raya and the last dragon) de Don Hall et Carlos López Estrada

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“Tigresse et dragonne”   

Il y a fort longtemps, dans une contrée appelée Kumandra, les dragons disparurent en sauvant l’humanité des Druuns, esprits malfaisants. Mais les rivalités entre clans demeurèrent et le pays fut divisé en 5 royaumes avides de posséder la gemme protectrice laissée par le sacrifice de ces êtres fabuleux. Suite à une trahison, la pierre précieuse fut brisée libérant les Druuns. Sur une terre désormais ravagée et plus que désunie, la jeune Raya s’engage à retrouver les morceaux éparpillés du joyau dans l’espoir de rassembler les peuples et recréer l’harmonie.

Plus besoin de se travestir en homme pour être dorénavant considérées, les femmes s’assument et prennent le pouvoir. Qu’elles soient reines, cheffes des armées, guerrières intrépides ou créatures légendaires, elles font tourner le monde. Mais pas de perspective virginale, les héroïnes étant aussi en proie au doute, à la méfiance et à la cupidité destructrice. Même les bébés sont des petites voleuses. Les sœurs cadettes de Mulan ne croient plus au prince charmant et osent déclarer : « Rappelle-moi de ne pas faire d’enfants ! ». Quant aux dragons, la voix rauque, ils prennent l’aspect très particulier et pas forcément réussi de licornes arc-en-ciel à longues queues.

Disney vit donc avec son temps estimant qu’une relecture inclusive du conte de fées pouvait lui faire gagner plus que perdre. Et c’est satisfaisant. Les personnages nuancés gagnent en épaisseur. Pincées de mythologie asiatique, atmosphère fantastique, quête initiatique, message écologique, kung-fu et humour ludiques épicent le potage équilibré. Même si le scénario s’en va glaner des motifs connus chez Vaiana, Tolkien, voire Game of Thrones, animation et réalisation convainquent, misant sur la qualité plutôt que l’originalité.  

(7/10)

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« La mission » (News of the world) de Paul Greengrass

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(Film Netflix) “Il était une fois dans l’Ouest”

En 1870, le capitaine Kidd parcourt les villes texanes pour lire en public les dernières nouvelles. Sa route croise celle d’une jeune orpheline d’origine allemande enlevée et élevée par les Indiens. Le brave homme se donne pour mission de la ramener à ses derniers parents. 

Le pouvoir des mots dans un monde reculé, divisé par la Sécession et rongé par l’illettrisme. La force des histoires, théâtres de la vie, sur un peuple blessé, avide de rêves. Les dangers de la propagande et des faits alternatifs qui enveniment médias et faibles esprits. Pas besoin de réseaux sociaux pour évoquer l’actualité. Sur le papier journal, ce western avait de quoi plaire en cherchant à remplacer les balles par les phrases éloquentes, les coups par les points. Pourtant, le rôle de passeur et de réconciliateur du nouvelliste doit se contenter de quelques scènes illustratives. Le sage Tom Hanks l’incarne avec envie mais sans réelle profondeur. Il manque du rugueux, dans ce héros trop lisse pour convaincre entièrement. Face à la petite prisonnière du désert – Helena Benni Zengel –, il joue sans surprise les pères de substitution affrontant avec courage tempêtes et duels au soleil. Quant à la réalisation de Paul Greengrass, on l’avait connue bien plus en tension dans ses œuvres précédentes Vol 93, Green Zone ou Jason Bourne. Mission pas totalement accomplie.

(6/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« La ballade de Buster Scruggs » (The ballad of Buster Scruggs) de Joel et Ethan Coen

Séances rattrapage

(Rattrapage – Film Netflix) “Lonesome cowboys”

Cette ballade dans l’Ouest américain se raconte en six couplets, quelques chansons et des cartouches à foison.

Le livre imagé s’ouvre page après page, chapitre après chapitre. Les mots sont délicats et poétiques. S’illustrent un blanc Lucky Luke tirant moins vite que l’ombre, un gibier de potence à la corde au cou, un homme tronc au regard inquiet, un orpailleur fiévreux et son Kid fumeux, une pionnière prisonnière du désert et deux chasseurs en prime dans une diligence. Ces duels au soleil sang pour sang mêlent justiciers et salopards, morts ou vifs, ainsi que quelques Comanches pour parfaire ce beau décor qui mue saison après saison. Ce pays où l’on achève bien les chevaux n’est pas fait pour vivre vieux.

Même si l’on aurait aimé qu’elles se répondent davantage, ces six pépites à suspens brillent par l’humour absurde des deux frères et leur ironie subtile. Quand la comédie éclate, la tragédie cavale à sa rescousse.

(8/10)

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« Soul » de Pete Docter

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(Film Disney+) “L’Âme stram gram”

Humble professeur de musique dans un collège, Joe Gardner semble avoir décroché la lune : il va pouvoir enfin réaliser son rêve en accompagnant sur scène un quartet de jazz renommé. Mais une mauvaise chute l’entraîne tout droit dans le « grand avant », sorte de purgatoire cotonneux où, sur un malentendu, une âme en devenir lui est confiée.

Le sourire pointe dès les premières notes volontairement éraillées du fameux générique disneyen. Pas facile de garder son sérieux et la foi éducative face à des élèves qui n’ont pour seule aspiration que d’être ailleurs. Alors qu’on lui offre la sécurité de l’emploi, Monsieur Gardner craint de se perdre s’il opte pour cette facilité. Mais son destin funèbre l’arrête sur le chemin d’un esprit éthéré qui se refuse de naître. Numéro 22, le réfractaire, n’en est pas à son premier mentor poussé au désespoir : Lincoln et Jung se sont arraché barbe et moustache, Marie-Antoinette en a perdu la tête, quant à Gandhi, comme Mère Teresa, il ne l’a pas supporté. Confronté à ce « no body », Joe va-t-il réussir à recouvrer son corps ?  

Dans un mélange musical, poétique et philosophique très convaincant, Pixar s’interroge sur l’existence : Y a-t-il une vie après la mort ? Une vie avant la vie ? A quoi je sers ? Passion, vocation ou ambition suffisent-ils pour me combler ? Et si je me contentais d’être un chat ? Samare et tranche de pizza ont-elles un sens ? Des réponses qu’un guide ou une main tendue pourraient inspirer. 

Cet « âme stram gram » aux graphismes chatoyants et confortables rappelle beaucoup les sentiments de Vice versa,autre grande réussite du studio éclairé. La préadolescente est devenue un homme qui se cherche encore. Redite ou plagiat plutôt que continuité médiront certains. Pourquoi hésiter devant une telle rhapsodie en couleurs qui nous encourage à en savourer chaque minute ? Pour son 25e anniversaire, Pixar souffle une bougie étincelante qui n’aura malheureusement pas l’honneur de réchauffer les écrans de cinéma. La souris aux grandes oreilles n’est plus qu’un rat.

(9/10)

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« Mulan » de Niki Caro

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(Film Disney+) “Chinoiserie”

Alors que son père, malgré son âge et son handicap, est contraint de rejoindre l’armée impériale afin de combattre l’envahisseur, Mulan, sa fille aînée, décide de prendre sa place. Au milieu d’hommes, la jeune femme dissimulée sous l’armure devra se révéler aux autres et à elle-même pour s’élever.

Il n’y a hélas pas grand-chose à sauver dans cette nouvelle adaptation en prises de vues réelles d’un des dessins animés les plus réussis de la maison-mère. Couleurs saturées, scènes de combat aux effets dépassés – il y a 20 ans, Tigre et dragon de Ang Lee faisait bien mieux –, comédiens engoncés. On s’ennuie ferme devant près de 2 heures de chinoiseries anglophones sans âme ni émoi. Qui plus est, l’absence de Mushu le dragon, remplacé par un phénix apathique, enlève tout l’humour magique à l’œuvre. Aurait-elle gagné à être projetée sur un grand écran de cinéma ? Même pas certain.

(4.5/10)

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« Terrible jungle » de Hugo Benamozig et David Caviglioli

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“Apocalypse maintenant”                                         

Eliott, garçon peu dégourdi, s’en va au fin fond de l’Amazonie pour étudier la tribu indienne des Otopis. De quoi déplaire et inquiéter sa mère, Chantal de Bellabre, anthropologue de renom.

Loin d’un documentaire ethnologique à la Lévi-Strauss, c’est surtout l’histoire d’un grand dadais qui n’aspire qu’à une chose : échapper aux jupons étouffants de sa chère maman. Quitte à se retrouver au plein milieu de la jungle dans bienvenue chez les ploucs et d’y semer l’apocalypse.

Casting 3 étoiles et source d’espoir, emmené par une Catherine Deneuve qui repart à la chasse au Sauvage. Son débit de mitraillette est mis à mal par la vitesse d’articulation de Vincent Dedienne, souvent seul en scène. Le trio est complété par le lunaire Jonathan Cohen, chef en décalage d’une bande de Bronzés. Et c’est lui qui s’en sort le mieux. Autour d’eux, pratiquement rien. Des seconds sans épaisseur et un scénario prometteur qui s’embourbe très vite dans la vase. Chacun semble jouer sa partition de son côté en se demandant bien ce qu’il est venu faire dans ce paradis embourbé. On ne retiendra donc que cet échange absurde, mais amusant : « Vous êtes anthropophage ?!  Non, anthropologue ».

5/10

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« Scooby ! » (Scoob!) de Tony Cervone

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“Chien quasi fidèle”                                                    

Jugés comme les maillons faibles du groupe par Simon Cowell, Samy et Scooby quittent la compagnie Mystère, le cœur blessé. Mais le super-héros Blue Falcon et son fidèle compagnon Dynomutt vont vite leur redonner goût à l’aventure.

On découvre pour la première fois l’origine du lien indéfectible entre Samy Rogers et Scooby-Doo, deux solitudes qui se croisent un jour sur Venice Beach. Il faudra attendre Halloween pour que les inséparables fassent connaissance avec le reste de la troupe de futurs détectives, encore enfants. Ainsi sont nés des amis pour la vie.

Modernisé sur le plan visuel et de l’action, le film a la bonne idée d’y convier d’autres personnages des studios Hanna-Barbera : Capitaine Caverne, Satanas et Diabolo. De quoi émoustiller les plus nostalgiques. Le second degré bien présent amusera également les accompagnants adultes. Dommage que les énigmes à résoudre qui faisaient tout le sel de l’œuvre originelle ont laissé place à une course poursuite intersidérale, malmenant nos héros dans l’espace, la préhistoire et l’Antiquité.

6.5/10

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« La Reine des neiges II » de Chris Buck et Jennifer Lee   

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“L’appel de la forêt”

Alors que tout semble s’être apaisé à Arendelle, la reine Elsa est perturbée par une voix lointaine qui l’appelle à elle. Escortée par ses fidèles compagnons, elle s’en va à sa rencontre, explorant une forêt magique en lien avec le passé de ses parents décédés.

Face au milliard rapporté par le premier film, l’idée d’une suite ne pouvait que satisfaire la soif mercantile de l’oncle Picsou. Libérés et délivrés d’une mise en place toujours laborieuse, bénéficiant de personnages déjà connus et d’un peu de temps devant eux, les créateurs avaient tout pour réussir le doublé. Las, ils nous servent une histoire sans génie mêlant découverte des origines et d’un cinquième élément. Une quête où l’on se sépare pour mieux se retrouver. Sans oublier cette peur intrinsèque du célibat, propre à l’Amérique Disneyenne. Quant aux décors, baignant dans le kitsch et le new age, ils n’impressionnent guère, malgré le déluge équin final qui rappelle furieusement celui du Seigneur des anneaux. Mais le pire demeure l’avalanche vocale de fausses notes où chanter signifie hurler plus haut, plus fort et plus longtemps. Heureusement, aucune mélodie obsédante n’est à déclarer cette année.

Malgré ces nombreux bémols, il reste à sauver toute la poésie décalée du bonhomme Olaf, plus existentialiste que jamais. Et quand Kristoff se prend pour Justin Bieber, on se dit que Mickey sait aussi faire preuve d’une autodérision bienvenue.

5.5/10

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« Ad Astra » de James Gray

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“L’odyssée de l’espace”

Après avoir échappé à la destruction de la station d’observation sur laquelle il travaillait, l’astronaute de la NASA Roy McBride se voit confier une mission secrète : rentrer en contact avec son père disparu sur Neptune seize ans plus tôt. Celui-ci pourrait être à l’origine de ces explosions qui menacent la terre.

Il a exploré les nuits new-yorkaises et la jungle amazonienne. Le réalisateur américain investit aujourd’hui l’espace. Ses images jaunies et quelque peu dépassées brouillent les pistes. Son futur proche aux allures passéistes rendrait-il hommage à Kubrick ? La mélancolie qui s’échappe des yeux bleus de Brad Pitt rappelle celle du premier homme – Ryan Gosling – de Damien Chazelle. Quant à la relation filiale douloureuse, elle évoque Interstellar, voire Gravity. Les références peuvent être pesantes, mais l’odyssée de James Gray réserve aussi de belles originalités : 125 $ pour une couverture supplémentaire dans le vaisseau qui nous amène à la lune. Après la terre, le satellite, colonisé par la globalisation, est en proie à la concurrence et aux conflits. L’univers n’a jamais paru aussi petit, accessible. L’intime devient une quête existentielle qui interroge : au-delà des étoiles, se trouve-t-il encore un père capable de veiller sur nous ?

7/10

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