« L’île aux chiens » (Isle of dogs) de Wes Anderson

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“Des chiens et des hommes”                                

Dans un Japon dystopique, les chiens, déclarés trop nombreux, sont accusés d’être les vecteurs d’une grave épidémie. Le gouverneur félinophile Kobayashi ordonne de les déporter sur l’île poubelle en vue de les exterminer. Mais son neveu Atari se rebelle en partant à la recherche de Spot, son fidèle compagnon à quatre pattes.

Le fantastique Maître Anderson se distingue à nouveau dans un film d’animation marqué par son génie unique et décalé. Inspiré par l’art nippon, il croise marionnettes et dessin dans un décor aux mille et un détails. Le résultat visuel, très réussi, nous emporte immédiatement.

Dans cet univers mêlant naïveté enfantine et gravité adulte, un casting de stars permet aux chiens d’aboyer intelligiblement, alors que les humains s’expriment dans un japonais pas toujours traduit. Le sort qui est réservé aux bêtes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire. Quant à l’île dépotoir, elle anticipe une terre exsangue après des décennies de surconsommation. Entre le rose et le noir, le scénario souffre sur la distance de quelques faiblesses. Mais l’humour grinçant séduit et la magie de Wes opère.

7/10

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« Ready Player One » de Steven Spielberg

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“Le maître du jeu”                                

En 2045, guerres, crises économiques et changements climatiques ont fait de la terre un chaos organisé. Première échappatoire, l’Oasis, monde virtuel où rien n’est impossible. Avant de mourir, son créateur, James Halliday, y a caché trois clés. Le chasseur qui les trouvera lui succédera et deviendra le maître du jeu. Comme tous les autres, le jeune Wade Watts est sur les rangs. A vos marques, prêts, partez !

Et nous voilà projetés, 2 h 20 durant, dans un grand-huit science-fictionnel aux milliers de références. De quoi perdre la tête dans ce tourbillon à la 3D immersive, enfin utilisée à bon escient. Une expérience éreintante et ludique qui permet l’analyse : pur délire geek inaccessible au plus grand nombre ? Hommage splendide à la culture pop qui autorise le Géant de fer à combattre Godzilla ? Romance adolescente freinée par des longueurs et un message lénifiant ? Autobiographie, un brin mégalomaniaque, d’un réalisateur aux multiples avatars ? Libre à chacun de choisir l’interprétation qui lui ressemble.

Je retiendrai un bon divertissement teinté de nostalgie, puis cette déclaration d’amour aux cinémas d’une génération pas tout à fait perdue, avec en point d’orgue cette descente jouissive et horrifique dans l’hôtel Overlook. Malgré le temps qui passe, Steven Spielberg demeure encore et toujours… le maître du jeu.

7.5/10

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« Three billboards : les panneaux de la vengeance » (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) de Martin McDonagh

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“Even cowgirls get the blues”                                     

Mildred Hayes a perdu sa fille il y a quelques mois, sauvagement assassinée. Sa colère et son désespoir contre une police incapable de lui rendre justice, elle les éructe sur trois grands panneaux à l’entrée de la ville.

Le shérif peut avoir peur. Calamity Haynes, la femme qui cogne plus vite que son ombre, s’avance l’air mauvais, montée sur ses grands chevaux. Le duel au soleil discret du Missouri est annoncé. Dans ce face à face sanglant, il n’en restera qu’un.

A l’honneur, Frances McDormand dégaine la première et touche la cible sans pour autant exécuter ses partenaires de jeu. Qu’il soit officier malade, mauvais flic, publicitaire vénal, fils digne ou nain amoureux, chacun gagne en épaisseur et complexité pour décrocher son étoile.

Car le réalisateur anglais McDonagh est un as de la gâchette qui prend un malin plaisir à faire danser son spectateur. Du drame à la comédie, du thriller au western, il tire dans le mille ses balles dialoguées. Ainsi disparaissent les larmes dans un rire franc, avant qu’un regard, un geste délicat, nous transperce le cœur. Devant ce truand, cette brute et ce très bon, on ne peut que s’incliner.

Assurément, l’un des grands films de l’année.

9/10

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« Coco » de Adrian Molina et Lee Unkrich

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“Le petit chanteur de Mexico”                                    

Le jeune Miguel aurait voulu être un artiste. Mais dans sa famille, la musique est taboue depuis une trahison paternelle, survenue il y a plusieurs générations. Un voyage inattendu dans l’autre monde, sur les traces de ses ancêtres, lui permettra peut-être de plier son destin et de réaliser son rêve.

Cette année, l’oncle Walt s’attaque au marché voisin en s’inspirant de la Fête des Morts mexicaine. De quoi peut-être déconstruire les murs futurs de l’autre Donald ? L’hommage visuel est réussi, empli de couleurs et de chansons typées. Les squelettes n’ont rien d’effrayant et sourient de toutes leurs dents. Si le scénario peine à trouver un équilibre, fragilisé par quelques artifices, il finit par toucher le cœur par sa juste morale : n’oublions jamais ceux qui sont partis, tout en aimant les vivants.

7.5/10

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« Paddington 2 » de Paul King

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“Gummy bear”                                                                   

Aujourd’hui, Paddington fait partie intégrante de la famille Brown et est devenu un membre incontournable de son quartier. Lorsqu’il découvre chez l’antiquaire un livre rare qui enchanterait sa vieille tante aimée, il économise penny après penny pour pouvoir le lui offrir. Mais quand l’ouvrage précieux est volé une nuit, c’est l’ours innocent que l’on accuse.

Quel plaisir de retrouver la peluche péruvienne dans de nouvelles aventures. Le premier épisode charmait par sa  fantaisie toute britannique. Mêmes ingrédients ici sans que la recette ne s’altère. Le scénario s’éparpille certes en mêlant film de prison et chasse au trésor dans Londres, mais il tient bon, évitant les temps morts et digressions inutiles. Chaque élément prend sens dans l’action finale.

Par sa candeur, Paddington a le don de révéler le meilleur en l’autre. Il faut le voir transformer un pénitencier en maison du bonheur pour oser y croire. Même le vice, incarné, après Nicole Kidman, par Hugh Grant, ne peut que fondre face à lui. Dans le rôle d’un comédien raté sur le retour, l’acteur plein d’autodérision retrouve enfin le bonheur de jouer.

Une tartine de marmelade qui sustentera l’appétit des petits et des plus grands ayant gardé leur âme enfantine.

8/10

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« Le musée des merveilles » (Wonderstruck) de Todd Haynes

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“Les enfants du silence”                                                

En 1927, la jeune Rose fugue pour tenter de revoir sa mère, une célèbre comédienne. En 1977, Ben s’échappe à son tour, espérant retrouver le père qu’il n’a jamais connu. Deux orphelins que cinquante années séparent, mais que la surdité et leur quête de sens réunissent dans la magie new-yorkaise.

Rose vit à une époque où le cinéma cherche encore une voix. Cependant, l’imminence du parlant ne lui permettra bientôt plus d’accéder aux films. Dans une société qui ne la reconnaît guère, « où est ma place ? » s’écrie-t-elle intérieurement. Quand la foudre s’abat sur Ben, elle lui laisse la parole, mais lui vole l’ouïe. Sans racines solides, le garçon perd ses repères. Menottés à leur handicap, les deux enfants espèrent une échappatoire. La grande ville pourrait être leur île.

Le parallélisme entre ces destins liés a de quoi intriguer, mais la fascination peine à opérer. Si le réalisateur parvient à mettre le spectateur à la hauteur des enfants sourds, son propos s’égare dans des méandres inaboutis étouffant sa chasse au trésor sous le maniérisme. Si bien que plus que l’histoire de ses deux héros, c’est les reconstitutions de New York qui touchent. Dans les années 20, la métropole rugit de plaisir sans se douter de la dépression noire qui la menace. Deux générations plus tard, misère, violence et ségrégation pourrissent la pomme, proche du black-out. Mais, même dans le caniveau, celle qui ne dort jamais scrute le ciel. La cité devient une maquette géante que l’on survole comme par magie.

6/10

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« Seven sisters » (What happened to Monday?) de Tommy Wirkola

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“Hunger game”

Il était une fois des septuplées nées d’une mère morte en couche. Leur grand-père les recueille et prénomme chacune d’un jour de la semaine. Mais dans ce monde gangrené par la surpopulation, la politique de l’enfant unique fait loi. Aux yeux des autres, elles ne devront être qu’une. Ainsi, va leur vie secrète jusqu’à l’âge adulte. Un lundi soir, quand l’une ne revient pas. Et c’est l’existence de ses sœurs qui est menacée…

Il y a Monday, l’aînée modèle, Saturday, la fêtarde aguicheuse, et Sunday, l’idéaliste. Fragile, Garçonne, G.I. Jane et Geek complètent le tableau. Des caractères surlignés pour distinguer plus facilement les sept figures d’une même actrice, Noomi Rapace. La caricature est acceptable tant qu’on reste dans le conte noir comme l’ombre sur la neige. Quand la jeune Thursday se blesse au doigt, c’est six index en plus que l’on coupe pour saigner la différence. Insister sur la souffrance de la négation de soi et de ses dangers schizophrènes aurait permis au film de gagner en profondeur. Car l’univers dystopique proposé, mal dessiné, reste superficiel. Le scénario manque d’endurance et transforme l’intrigue en un « shoot’em up » dans lequel l’héroïne n’a que sept vies pour éviter le « Game over ».

6/10

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« Au revoir là-haut » de Albert Dupontel

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“Le fabuleux destin d’Albert Maillard”

Maillard a survécu à la Première guerre grâce à son camarade Péricourt qui, pour le sauver, laissa son visage sur le champ de bataille. L’armistice signée, tous deux survivent dans un Paris soignant ses blessures. Pour s’en sortir, ils se lancent dans l’escroquerie en proposant aux vivants de fictifs monuments aux morts.

Il était une fois un fabuleux destin. Ayant fui en Afrique dans les colonies françaises, Maillard conte son histoire et nous transporte par ses mots et ses images. L’enfer des tranchées fait de chair et de sang s’ouvre sous nos pieds. La survie a un coût, tout comme le bonheur. Les années folles succèdent à la folie des hommes. La souffrance se fait art quand la gueule cassée devient un bal masqué. On virevolte sans cesse entre le tragique et le comique dans ce tourbillon de décors et de couleurs saturées. Tel un ardent dimanche de fiançailles auquel Jean-Pierre Jeunet aurait pu dire oui. Il y a tant à découvrir sur tous ces personnages troubles et lumineux qu’on aurait aimé les connaître plus encore. De quoi donner l’envie de lire ou de relire le prix Goncourt 2013, source de ce film enlevé.

7.5/10

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« Kingsman :  le Cercle d’or » (Kingsman: the Golden Circle) de Matthew Vaughn

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“Le King est mort, vive le King”

L’efficace agent Galahad – Eggsy pour les intimes – est l’un des rares survivants d’un attentat ciblé qui annihile l’ensemble des forces d’élite du Kingsman. Son issue de secours, afin de se confronter à l’ennemi incarné par la vénéneuse Poppy et son cartel, le Kentucky.

On espérait une suite royale digne du premier palace, il faudra se contenter des quelques étoiles d’un film dans la mouvance, l’éclat de la surprise en moins. La Grande-Bretagne s’attaque une nouvelle fois aux Etats-Unis d’Amérique en opposant ses chapeaux melons, parapluies noirs et tailleurs cintrés aux stetsons, lassos et blue jeans délavés. Même si seules les manières font l’homme, la « Firth class » des gentlemen domine largement le style cow-boy. Le contraste amuse un temps, mais l’humour irrévérencieux glisse parfois – hamburgers à la chair humaine, puce d’espionnage vaginale et Elton John dans un comique grotesque. L’ensemble tourne à une farce ambiguë quant à l’apologie des drogues. Trop long et superficiel pour empêcher un rapide regard sur le cadran, le cocktail à base de scotch ou de bourbon selon les goûts, demeure néanmoins digeste et se déguste accompagné d’un paquet de pop-corn arrosé d’Earl Grey. L’auriculaire en l’air, évidemment.

6.5/10

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« Blade runner 2049 » de Denis Villeneuve

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“Retour vers un futur”

En 2049, l’officier K est un blade runner chargé de retrouver et d’éliminer les anciens modèles de réplicants considérés comme dangereux. Lui-même androïde, il va, lors d’une de ses missions, faire une découverte qui pourrait changer la face du monde et menacer l’humanité.

Donner suite, 35 ans après, au film de Ridley Scott, référence désormais culte dans le genre, était un pari plus que risqué. L’attente a depuis longtemps fait place à l’impatience. Quant à l’armée des adorateurs sur le qui-vive prêts à bondir sur l’opportunisme de tout pilleur de tombeaux, elle n’a cessé de grandir. Le preux Denis Villeneuve relève le défi avec intelligence et respect. Loin de tuer le père, le digne héritier adopte son approche et poursuit l’histoire tout en la magnifiant. Les techniques d’aujourd’hui soulignent la beauté volontairement terne de cet univers dystopique : les arbres sont morts, le soleil voilé par une poussière certainement polluée, les villes en marge sont les décharges des mégalopoles voisines et Las Vegas est redevenue un désert. Les discriminations sociales dominent et l’on quête désespérément de l’amour virtuel. Une meilleure exploitation de la 3D aurait permis une immersion plus grande encore. La musique de Hans Zimmer fait écho aux gammes électroniques de Vangelis à l’époque et participe à l’envoûtement mélancolique de l’ensemble. L’action limitée est posée. La révolution à venir est premièrement intérieure. On cherche à comprendre avant de tirer. Le rythme est lent, mais fluide, et ne lasse guère malgré une durée de près de 3 heures. Quant à l’intrigue, elle cite et se rattache à la première. Sans être révolutionnaires, les questions qu’elle impose sur un monde en déliquescence demeurent très actuelles : qu’adviendra-t-il de l’humain, le jour où l’intelligence artificielle surpassera la sienne au point de le déposséder de son plus grand pouvoir, la procréation ?

8.5/10

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