« OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire » de Nicolas Bedos

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“Jouer n’est pas tuer”  

Après avoir échappé aux soldats soviétiques en Afghanistan, OSS 117 est envoyé en Afrique. Ses missions, empêcher les rebelles de prendre le pouvoir et retrouver OSS 1001, un jeune espion disparu.

Dépêcher Hubert Bonisseur de la Bath dans les contrées subsahariennes, c’est oser croire qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine s’en tirera sans casse. L’agent passionnément français n’est guère connu pour sa souplesse d’esprit. Outre les tapes qu’il balance sur les fessiers offerts de ses secrétaires et les allusions homophobes adressées à son collègue admiratif, il consolide ses préjugés coloniaux en choisissant Tintin au Congo comme Guide du routard. Aussi, s’évertue-t-il d’hurler qu’il n’est pas raciste en cognant avec force un marchand du coin. Selon ses principes, les Africains sont des êtres joyeux, sympathiques, qui dansent bien et apportent de la couleur au monde. Mais ils ont encore besoin des jupons de leur grande sœur hexagonale pour s’élever. Même si une vague d’un rouge vif menace également la fière République en cette année 1981 : le « communiste » François Mitterrand défie le sortant Valéry Giscard d’Estaing, avide de diamants éternels.

Nouvellement aux commandes, Nicolas Bedos, provocant mais pas trop, s’amuse visuellement à citer les vieux James Bond, tout en ridiculisant son héros, sans pourtant l’achever. Jouer n’est pas tuer. Jean Dujardin, plus « Connerie » encore que Sean, s’en sort toujours avec une certaine classe, même si l’âge avançant et une panne de lit ont de quoi le faire douter. Son pupille, Pierre Niney, crocodile aux dents longues, n’y résistera pas. Malgré ses qualités, le film manque parfois de souffle et de rythme, précipitant sa fin pour mieux annoncer une suite. Dommage pour l’espion qu’on aimait bien.

(6.5/10)

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« Kaamelott – premier volet » de Alexandre Astier

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“La foire du trône”  

En 484 après J.-C., Alzagar, chasseur avide de primes, met la main sur Arthur, roi déchu en exil et réfugié incognito à Rome. Certain de pouvoir toucher le gros lot, le gredin part livrer ce butin de premier choix à son ennemi Lancelot, qui règne désormais sur Kaamelott.

« Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le film est bon. » Mais, permettez-moi en premier lieu de me confesser. Face à la série culte, je ne suis qu’un lad, même pas un écuyer digne de l’adoubement. De quoi sans doute altérer mon jugement qui ne repose que sur ce que j’ai pu saisir à mon humble niveau de ce retour du roi. Dans mon souvenir, il y avait une pastille télévisuelle vitaminée à l’absurde et pleine d’esprit. Avec bonheur, l’humour décalé imprègne quelques séquences, portées par les fidèles Perceval et Karadoc. Mésentente, bonne bouffe et jeux tordus sont au rendez-vous. Les bouffons de service sont néanmoins supplantés avec élégance par Guillaume Gallienne et Alain Chabat, le temps d’un petit tour et puis s’en vont. Hélas, dilué sur deux heures, cette dérision à la Monty Python perd en saveur, noyée dans des scènes guerrières, mélancoliques ou romantiques d’un niveau moindre. Poussé par l’envie de n’oublier personne, le chef d’orchestre Alexandre Astier cumule territoires, peuplades et personnages dans un montage rapide qui abuse du champ-contrechamp. Influencé peut-être par l’épique Game of thrones, il nous offre une foire du trône plus proche d’un énième volet des Visiteurs. Tiens, voilà Christian Clavier. Dans cette folie des grandeurs, les experts s’y retrouveront peut-être, mais pas sûr qu’ils y découvriront le Graal recherché.

(5.5/10)

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« Jungle cruise » de Jaume Collet-Serra

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“La croisière s’amuse”  

Persuadée que l’arbre aux vertus curatives n’est pas qu’une légende, la botaniste anglaise Lilly Houghton se rend au Brésil pour le découvrir. Escortée par son cher frère, elle embarque sur le rafiot de Frank Wolff, un bonimenteur de première.

Quand l’intrépide Mary Poppins défie The Rock, il y a des étincelles dans l’air. Aucunement intimidée par la montagne de muscles, Lillindiana lui tient tête et impose ses choix. Quant au troisième larron, plus coquet que sa sœur en pantalon, il participe follement à la mascarade en se révélant. Le trio improbable tient bon la barre dans cette relecture féministe et inclusive de l’attraction incontournable de Disneyland. Mais à l’écran, le numérique a remplacé l’artisanat des automates. Dans cette jungle à la Jumanji, serpents, jaguar, araignées et oiseaux animés ne suscitent ni la peur ni le rêve. Quant à l’Amazonie hawaïenne, elle n’est guère mise en valeur par un montage rapide et furieux préférant privilégier l’action, quitte à nous imposer un sous-marin allemand dans les eaux de ce long fleuve intranquille.

La croisière s’amuse donc, mais lassé par trop d’effets et un scénario bien prévisible, le spectateur débarque avec un petit mal de mer.

(5.5/10)

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« Raya et le dernier dragon » (Raya and the last dragon) de Don Hall et Carlos López Estrada

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“Tigresse et dragonne”   

Il y a fort longtemps, dans une contrée appelée Kumandra, les dragons disparurent en sauvant l’humanité des Druuns, esprits malfaisants. Mais les rivalités entre clans demeurèrent et le pays fut divisé en 5 royaumes avides de posséder la gemme protectrice laissée par le sacrifice de ces êtres fabuleux. Suite à une trahison, la pierre précieuse fut brisée libérant les Druuns. Sur une terre désormais ravagée et plus que désunie, la jeune Raya s’engage à retrouver les morceaux éparpillés du joyau dans l’espoir de rassembler les peuples et recréer l’harmonie.

Plus besoin de se travestir en homme pour être dorénavant considérées, les femmes s’assument et prennent le pouvoir. Qu’elles soient reines, cheffes des armées, guerrières intrépides ou créatures légendaires, elles font tourner le monde. Mais pas de perspective virginale, les héroïnes étant aussi en proie au doute, à la méfiance et à la cupidité destructrice. Même les bébés sont des petites voleuses. Les sœurs cadettes de Mulan ne croient plus au prince charmant et osent déclarer : « Rappelle-moi de ne pas faire d’enfants ! ». Quant aux dragons, la voix rauque, ils prennent l’aspect très particulier et pas forcément réussi de licornes arc-en-ciel à longues queues.

Disney vit donc avec son temps estimant qu’une relecture inclusive du conte de fées pouvait lui faire gagner plus que perdre. Et c’est satisfaisant. Les personnages nuancés gagnent en épaisseur. Pincées de mythologie asiatique, atmosphère fantastique, quête initiatique, message écologique, kung-fu et humour ludiques épicent le potage équilibré. Même si le scénario s’en va glaner des motifs connus chez Vaiana, Tolkien, voire Game of Thrones, animation et réalisation convainquent, misant sur la qualité plutôt que l’originalité.  

(7/10)

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« La mission » (News of the world) de Paul Greengrass

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(Film Netflix) “Il était une fois dans l’Ouest”

En 1870, le capitaine Kidd parcourt les villes texanes pour lire en public les dernières nouvelles. Sa route croise celle d’une jeune orpheline d’origine allemande enlevée et élevée par les Indiens. Le brave homme se donne pour mission de la ramener à ses derniers parents. 

Le pouvoir des mots dans un monde reculé, divisé par la Sécession et rongé par l’illettrisme. La force des histoires, théâtres de la vie, sur un peuple blessé, avide de rêves. Les dangers de la propagande et des faits alternatifs qui enveniment médias et faibles esprits. Pas besoin de réseaux sociaux pour évoquer l’actualité. Sur le papier journal, ce western avait de quoi plaire en cherchant à remplacer les balles par les phrases éloquentes, les coups par les points. Pourtant, le rôle de passeur et de réconciliateur du nouvelliste doit se contenter de quelques scènes illustratives. Le sage Tom Hanks l’incarne avec envie mais sans réelle profondeur. Il manque du rugueux, dans ce héros trop lisse pour convaincre entièrement. Face à la petite prisonnière du désert – Helena Benni Zengel –, il joue sans surprise les pères de substitution affrontant avec courage tempêtes et duels au soleil. Quant à la réalisation de Paul Greengrass, on l’avait connue bien plus en tension dans ses œuvres précédentes Vol 93, Green Zone ou Jason Bourne. Mission pas totalement accomplie.

(6/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« La ballade de Buster Scruggs » (The ballad of Buster Scruggs) de Joel et Ethan Coen

Séances rattrapage

(Rattrapage – Film Netflix) “Lonesome cowboys”

Cette ballade dans l’Ouest américain se raconte en six couplets, quelques chansons et des cartouches à foison.

Le livre imagé s’ouvre page après page, chapitre après chapitre. Les mots sont délicats et poétiques. S’illustrent un blanc Lucky Luke tirant moins vite que l’ombre, un gibier de potence à la corde au cou, un homme tronc au regard inquiet, un orpailleur fiévreux et son Kid fumeux, une pionnière prisonnière du désert et deux chasseurs en prime dans une diligence. Ces duels au soleil sang pour sang mêlent justiciers et salopards, morts ou vifs, ainsi que quelques Comanches pour parfaire ce beau décor qui mue saison après saison. Ce pays où l’on achève bien les chevaux n’est pas fait pour vivre vieux.

Même si l’on aurait aimé qu’elles se répondent davantage, ces six pépites à suspens brillent par l’humour absurde des deux frères et leur ironie subtile. Quand la comédie éclate, la tragédie cavale à sa rescousse.

(8/10)

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« Soul » de Pete Docter

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(Film Disney+) “L’Âme stram gram”

Humble professeur de musique dans un collège, Joe Gardner semble avoir décroché la lune : il va pouvoir enfin réaliser son rêve en accompagnant sur scène un quartet de jazz renommé. Mais une mauvaise chute l’entraîne tout droit dans le « grand avant », sorte de purgatoire cotonneux où, sur un malentendu, une âme en devenir lui est confiée.

Le sourire pointe dès les premières notes volontairement éraillées du fameux générique disneyen. Pas facile de garder son sérieux et la foi éducative face à des élèves qui n’ont pour seule aspiration que d’être ailleurs. Alors qu’on lui offre la sécurité de l’emploi, Monsieur Gardner craint de se perdre s’il opte pour cette facilité. Mais son destin funèbre l’arrête sur le chemin d’un esprit éthéré qui se refuse de naître. Numéro 22, le réfractaire, n’en est pas à son premier mentor poussé au désespoir : Lincoln et Jung se sont arraché barbe et moustache, Marie-Antoinette en a perdu la tête, quant à Gandhi, comme Mère Teresa, il ne l’a pas supporté. Confronté à ce « no body », Joe va-t-il réussir à recouvrer son corps ?  

Dans un mélange musical, poétique et philosophique très convaincant, Pixar s’interroge sur l’existence : Y a-t-il une vie après la mort ? Une vie avant la vie ? A quoi je sers ? Passion, vocation ou ambition suffisent-ils pour me combler ? Et si je me contentais d’être un chat ? Samare et tranche de pizza ont-elles un sens ? Des réponses qu’un guide ou une main tendue pourraient inspirer. 

Cet « âme stram gram » aux graphismes chatoyants et confortables rappelle beaucoup les sentiments de Vice versa,autre grande réussite du studio éclairé. La préadolescente est devenue un homme qui se cherche encore. Redite ou plagiat plutôt que continuité médiront certains. Pourquoi hésiter devant une telle rhapsodie en couleurs qui nous encourage à en savourer chaque minute ? Pour son 25e anniversaire, Pixar souffle une bougie étincelante qui n’aura malheureusement pas l’honneur de réchauffer les écrans de cinéma. La souris aux grandes oreilles n’est plus qu’un rat.

(9/10)

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« Mulan » de Niki Caro

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(Film Disney+) “Chinoiserie”

Alors que son père, malgré son âge et son handicap, est contraint de rejoindre l’armée impériale afin de combattre l’envahisseur, Mulan, sa fille aînée, décide de prendre sa place. Au milieu d’hommes, la jeune femme dissimulée sous l’armure devra se révéler aux autres et à elle-même pour s’élever.

Il n’y a hélas pas grand-chose à sauver dans cette nouvelle adaptation en prises de vues réelles d’un des dessins animés les plus réussis de la maison-mère. Couleurs saturées, scènes de combat aux effets dépassés – il y a 20 ans, Tigre et dragon de Ang Lee faisait bien mieux –, comédiens engoncés. On s’ennuie ferme devant près de 2 heures de chinoiseries anglophones sans âme ni émoi. Qui plus est, l’absence de Mushu le dragon, remplacé par un phénix apathique, enlève tout l’humour magique à l’œuvre. Aurait-elle gagné à être projetée sur un grand écran de cinéma ? Même pas certain.

(4.5/10)

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« Terrible jungle » de Hugo Benamozig et David Caviglioli

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“Apocalypse maintenant”                                         

Eliott, garçon peu dégourdi, s’en va au fin fond de l’Amazonie pour étudier la tribu indienne des Otopis. De quoi déplaire et inquiéter sa mère, Chantal de Bellabre, anthropologue de renom.

Loin d’un documentaire ethnologique à la Lévi-Strauss, c’est surtout l’histoire d’un grand dadais qui n’aspire qu’à une chose : échapper aux jupons étouffants de sa chère maman. Quitte à se retrouver au plein milieu de la jungle dans bienvenue chez les ploucs et d’y semer l’apocalypse.

Casting 3 étoiles et source d’espoir, emmené par une Catherine Deneuve qui repart à la chasse au Sauvage. Son débit de mitraillette est mis à mal par la vitesse d’articulation de Vincent Dedienne, souvent seul en scène. Le trio est complété par le lunaire Jonathan Cohen, chef en décalage d’une bande de Bronzés. Et c’est lui qui s’en sort le mieux. Autour d’eux, pratiquement rien. Des seconds sans épaisseur et un scénario prometteur qui s’embourbe très vite dans la vase. Chacun semble jouer sa partition de son côté en se demandant bien ce qu’il est venu faire dans ce paradis embourbé. On ne retiendra donc que cet échange absurde, mais amusant : « Vous êtes anthropophage ?!  Non, anthropologue ».

5/10

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