« Moi, Tonya » (I, Tonya) de Craig Gillespie

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“Sport de combat”                                                      

Si les fées s’étaient penchées sur son berceau, elle aurait pu devenir la plus douée des patineuses de sa génération. Mais un destin forcé fit de cette fille modeste une personnalité haïe de tous les Etats-Unis. Voici l’histoire, à peine romancée, de Tonya Harding.

En 1994, année olympique, le monde entier se passionne pour ce fait divers qui monopolise la une des médias voraces durant de trop longues semaines. Les « Why me » désespérés de Nancy Kerrigan, le genou tuméfié suite à un coup de matraque, déchirent les écrans de télévision. Très vite, sa rivale sportive, Tonya Harding, est accusée d’avoir fomenté l’agression. Princesse des neiges contre reine de la glace, l’affiche en noir et blanc attise les esprits voyeurs.

Ce documentaire-fiction marqué par un humour sombre évite le duel annoncé en se concentrant à bon escient sur la personnalité de Tonya ; une pauvre gamine, violentée dès son plus jeune âge par sa sorcière de mère, à laquelle succède un époux brutal. Battue pour devenir une battante, justifie-t-on maladroitement. Dans un univers si cloisonné, Tonya, athlétique, grossière et misérable, n’a jamais eu les strass et paillettes nécessaires pour accomplir son rêve américain. Seul le rôle de la méchante lui était promis.

A l’aise dans ses patins, Margot Robbie lui redonne de la hauteur et quelques couleurs, évitant ainsi au film de chuter dans la farce trash ou tragique.

6.5/10

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« Tout l’argent du monde » (All the money in the world) de Ridley Scott

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“La rançon de la gloire”                                             

Paul, petit-fils du célèbre Jean-Paul Getty, est enlevé à Rome, en 1973. Sa mère, Gail, prie son richissime beau-père de payer la rançon exigée. Mais le vieil homme refuse de céder un centime.

Tout a un prix dans ce monde. Reste à l’accepter ou… le négocier, estime le multimilliardaire. Depuis sa tour d’ivoire, un immeuble qui déchire le ciel new-yorkais, les membres de la famille ou simples quidams lui paraissent au mieux des insectes inutiles, au pire des parasites nuisibles. Seuls les objets remportent son admiration. Car ils ne cachent jamais leur vraie nature.

S’il suscite la répulsion, le collectionneur fascine aussi, prêt au pire pour gagner plus que de raison. Malgré un nouveau visage – adieu Monsieur Spacey –, il demeure le personnage le plus intéressant de cette histoire vraie. Etrangement, Ridley Scott, échaudé peut-être par la polémique, préfère se concentrer sur Gail, mère courage trop lisse, et s’empêtre dans un kidnapping mené par d’incroyables minables. Preuve en est que tout l’argent du monde ne permet pas forcément un grand film.

6/10

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« Le 15 h 17 pour Paris » (The 15:17 to Paris) de Clint Eastwood

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“L’étoffe des héros”                                                    

Anthony, Alec et Spencer, trois amis américains, poursuivent leur voyage, comme prévu. Mais dans le train qui les emmène d’Amsterdam à Paris, un jihadiste armé fait irruption et tire.

Dis papi Clint, c’est quoi un héros ? Un héros, mon petit, c’est un homme humble qui, guidé par la main de Dieu et sa maîtrise des armes, saura agir avec efficacité et justesse au moment opportun. Un héros, c’est aussi un vaillant patriote, arborant fièrement les couleurs du pays à travers le monde…

S’ensuit un hommage appuyé à ces jeunes gens ordinaires qui ont bâti l’extraordinaire en 2015, en maîtrisant un terroriste disposé au carnage. Pour étoffer son propos, Eastwood s’oblige à raconter leur enfance en milieu chrétien, leur engagement dans l’armée et leur séjour européen. Comme si tout préméditait l’acte courageux final. Hélas, contrairement à ses films précédents – American Sniper et Sully –, son approche exempte de toute ambiguïté critique polit le portrait et engendre la platitude. En demandant aux vrais protagonistes de reprendre leur rôle, il empêche toute mise à distance dans cette histoire davantage adaptée au documentaire. Son discours s’enrobe alors d’une idéologie messianique, militaire et nationaliste, qui ne convainc guère.

4/10

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« The greatest showman » de Michael Gracey

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“Circus, circus”                                                                        

Prenant revanche sur la vie, Phineas Taylor Barnum s’est fait tout seul. Parti de rien, il a outrepassé son imaginaire afin d’offrir au monde du spectaculaire : monstres, animaux exotiques, numéros périlleux peuplent son cirque, qui se raconte en chanson.

Le rideau se lève et c’est Broadway qui s’impose sur la piste. Les comédiens s’animent et dansent, assurant presque tous la partition. La bande originale résonne de mélodies pop qui excitent déjà le marché de la musique.

Hélas, le tout s’enrobe d’une image numérique fausse, kitsch et clinquante qui empêche le rêve. Quant au discours préconisant le mélange des tailles, races et classes, il ne transcende jamais le bien-pensant attendu. « Personne n’a fait la différence en étant comme tout le monde », dit-on. Le film, pourtant, lorgne les freaks de Tod Browning ou le Moulin Rouge de Baz Luhrmann, sans atteindre les hauteurs de ces modèles.

5.5/10

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« Pentagon Papers » (The Post) de Steven Spielberg

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“Liberté, j’écris ton nom”                                          

A la tête du Washington Post, suite à la disparition de son mari, Katharine Graham doit prendre une décision lourde de conséquences : publier ou non des rapports confidentiels noircissant la position de la Maison-Blanche et de son résident Nixon sur la situation du conflit au Viet Nam.

Dans un monde où le numérique a remplacé la feuille, où le fait alternatif est un élément moteur du discours présidentiel, où les caractères d’un tweet sont davantage considérés qu’un article de fond, Steven Spielberg rend hommage : à une profession aujourd’hui malmenée. A des techniques d’imprimerie désormais oubliées. A la femme qui s’affirme dans un monde d’hommes. Aux films du genre qui l’ont inspiré. Il rappelle que la presse libre est avant tout au service des gouvernés et non des gouvernants. Et que ses écrits apparaîtront comme les brouillons de l’histoire.

Le plaidoyer convainc sans être trop appuyé. La reconstitution s’avère plus que soignée, comme la mise en scène. Quant aux acteurs, ils font la révérence à une Meryl Streep plus Reine mère que jamais. Néanmoins, il manque au bon élève l’effet du scoop et de la nouveauté qui permettrait au canard de s’envoler.

6.5/10

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« Les heures sombres » (Darkest hour) de Joe Wright

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“La guerre est déclarée”                                                

Mai 1940. L’Angleterre est inquiète. Hitler avance au pas de l’oie, écrasant l’Europe occidentale sur son passage. Jugé faible, le Premier Ministre Chamberlain démissionne, remplacé en urgence par l’expérimenté Churchill. A lui de prendre les décisions graves et de convaincre par les mots.

« On ne raisonne pas un tigre, quand il tient notre tête dans sa gueule ». La position de l’homme est claire. Elle semble définitive. Mais le doute l’envenime, sachant les sacrifices engendrés. C’est dans le métro londonien, au contact du petit peuple, que le politicien trouvera la force de ne pas plier face à l’ennemi, marquant à tout jamais l’histoire. Scène idéale. Scène improbable.

Sous le poids du costume et du maquillage, Gary Oldman s’efface entièrement pour laisser revivre le mythe. L’imitation impressionne. Parfaite, mais sans surprise. A l’image de ce film qui, surpassant celui de Jonathan Teplitzky, n’ose toutefois sortir du cadre d’une reconstitution appliquée sous forme d’hommage. A l’opposé, sur cette même période, Christopher Nolan abandonnait les coulisses du pouvoir pour survoler Dunkerque. Un grand rendez-vous émotionnel, héroïque et de lyrique.

6/10

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« Le grand jeu » (Molly’s game) de Aaron Sorkin

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“Poker face”                                                                        

Molly Bloom aurait pu être championne olympique de ski, si une chute ne l’avait pas privée d’une qualification, au plus grand dam de son père entraîneur. 12 ans plus tard, c’est dans l’organisation de riches parties de poker frôlant l’illégalité qu’elle fait fortune. Avant que le FBI et la justice ne la rattrapent.

Selon Molly, ce qu’il y a de mieux dans la défaite… c’est de gagner. Il ne reste donc que peu d’options à cette résistante hors pair. La victoire « all-in », quitte à se brûler les ailes. Les sentiments n’entrent pas en compte, tant que les règles du jeu sont respectées par tous.

Vous ignorez ce qu’est un « fish », « flop » ou « rake », accrochez-vous ! Sans cœur ni trèfle, l’efficacité du film passe par son rythme piqué qui pourrait laisser certains amateurs sur le carreau. Les dialogues fusent et la confrontation entre l’héroïne et son avocat – Idris Elba – remporte la mise.

Dans le rôle-titre, l’incandescente Jessica Chastain fait montre de la même implacabilité élégante qui caractérisait son personnage de Miss Sloane. Bluffante à nouveau, elle prend le risque de devenir l’archétype cinématographique de la femme de fer, intraitable jusqu’au bout de ses ongles manucurés.

6.5/10

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« Battle of the sexes » de Valerie Faris et Jonathan Dayton

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“La balle et le bêta”                                                         

En 1972, Billie Jean King est la reine des courts. Mais, outrée par les primes 8 fois inférieures offertes aux femmes, elle revendique une reconsidération pécuniaire que la Fédération lui refuse. C’est alors qu’intervient le vétéran Bobby Riggs, ancien numéro un mondial, qui la met au défi de l’affronter dans un match rebaptisé la « bataille des sexes ».

Le tennis a le vent en poupe en ce moment sur le grand écran. Après la finale de Wimbledon de 1980 entre Borg et McEnroe, c’est cette rencontre insolite qui a droit au tableau d’honneur. Un match plus que symbolique entre une joueuse en pleine gloire qui se cherche amoureusement et un parieur compulsif quêtant désespérément sa renommée d’antan. Métamorphosé en un show à l’américaine aussi gigantesque que grotesque, l’événement dépasse ses deux protagonistes en opposant de chaque côté du filet, féministes et machos. Une entrée en fanfare pour elle, portée par des « esclaves » bodybuildés, alors que des pom-pom girls tirent le char de son adversaire. Il lui offre une sucette géante avant de commencer, elle lui balance son porc. Public et médias raffolent de ce mauvais goût affiché qui semble ne pas avoir de prix. Mains sur le manche, le combat genré du siècle débute enfin sur le terrain, le suspens en moins. L’issue est connue, permettant au tennis d’être aujourd’hui l’un des rares sports ayant officialisé l’égalité « salariale » entre femmes et hommes. Sans remettre en cause l’intérêt de cette histoire et la qualité de ses interprètes, il manque au film du punch et des rebonds pour véritablement convaincre. Trop souvent dilué dans une romance doucereuse, il peine à remporter le point décisif face à l’impact qu’un documentaire aurait pu smasher.

5.5/10

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« Final portrait » de Stanley Tucci

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“L’homme qui peint”

Quand Alberto Giacometti lui demande de poser pour lui, James Lord ne peut être qu’honoré par la demande. L’occasion pour ce critique d’art américain d’observer un géant à l’œuvre. Mais les quelques heures promises initialement deviennent des jours, puis des semaines interminables.

Rodin, Van Gogh, Gauguin… Les artistes majuscules sont à l’honneur dans les salles de cinéma cette année. Giacometti, l’un des sculpteurs les plus prisés des ventes aux enchères aujourd’hui, valait bien un film. L’acteur Stanley Tucci esquisse son portrait par petites touches, préférant l’humilité à la grandiloquence. Témoin privilégié, le modèle délaisse sa fonction d’homme objet pour considérer à son tour celui qui le dévisage et l’envisage. Il remarque le doute constant du peintre face à la toile et au succès, son goût prononcé pour les fleurs de trottoirs au détriment de son épouse, ainsi que son désintérêt flagrant pour l’argent et les banques, fait étonnant pour un génie helvétique. L’interprétation globale est bonne même si l’artifice du mélange des langues se fragilise sous le poids excessif de l’anglais. Mais le temps passe, s’égrenant au fil des jours de pose, sans que cet hommage, certes digne, ne surpasse l’anecdotique.

6.5/10

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« Le redoutable » de Michel Hazanavicius

Critiques

“Hommes à lunettes”

En 1967, le fameux cinéaste Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, l’une de ses actrices fétiches, s’aiment. Mais la montée de la contestation estudiantine qui explosera quelques mois plus tard va compromettre leur couple.

Jeunesse, Légende, Génie. J.-L. G. Homme, artiste, militant. Trois casquettes et quelques épaisses montures pour masquer cette multiple figure. Cet insatisfait qui doute et ne cesse de se remettre en question. Godard se déclare mort, vive Godard ! Le héros est redoutable, insubmersible, insaisissable. Par définition, la révolution est le mouvement d’un objet autour d’un axe, le ramenant finalement au point de départ. Conscient de ne jamais pouvoir atteindre sa cible, Hazanavicius l’élude par l’idée même du pastiche. C’est là la force, l’intelligence et la limite de son hommage. Il gagne en rire et accessibilité, ce qu’il perd en vérité. Dans le rôle, Louis Garrel se fond tout en restant reconnaissable. Le digne héritier de la Nouvelle Vague zozote avec insistance, mais démarque son talent en jouant la carte de l’autodérision. Ainsi, les acteurs ne seraient pas que des « cons » qui répètent ce qu’on leur demande de dire. La mise en abyme est installée et son effet miroir reflète aussi à l’homme à lunettes qui se dissimule derrière la caméra.

7/10

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