« Respect » de Liesl Tommy

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“La chance aux chansons”  

Fille d’un pasteur baptiste, la jeune Aretha impressionne par ses talents vocaux qui enchantent réceptions, églises et ouailles. Elle deviendra avec le temps Aretha Franklin.

Une enfance marquée par un père autoritaire et une mère trop tôt disparue. Un cousin incestueux, des grossesses précoces, un mari jaloux et violent, l’alcool. La gloire, les échecs et les peines d’une diva américaine. Le refrain est connu, Judy et Billie nous ont conté il y a peu une même histoire. Sans idées, la mise en scène scolaire et parfois maladroite n’illumine aucunement ce biopic illustratif qui égrène les années d’une vie. L’ennui guette vite.

Mais il suffit que les notes de ces hits indémodables retentissent pour que les paupières s’élèvent et que pieds et doigts s’animent enfin comme à Broadway. Comme le succès, le plaisir s’est fait attendre. Avant d’être reine, Queen A a longtemps cherché sa voix. Mal conseillée, enracinée dans le gospel et saisie par le jazz, c’est en préférant la soul, entourée de musiciens blancs d’Alabama, que la porte-parole noire gagnera enfin le « respect ». Supreme oscarisée pour Dreamgirls, Jennifer Hudson reprend le micro, interprétant avec cœur et chansons cette artiste majeure.

(5.5/10)

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« Désigné coupable » (The Mauritanian) de Kevin Macdonald

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“Le prisonnier”  

En novembre 2001, deux mois après le 11 septembre, le Mauritanien Mohamedou Ould Sahi est arrêté en son pays lors d’un mariage. Quatre ans plus tard, l’avocate Nancy Hollander découvre qu’il est depuis emprisonné à Guantánamo et souhaite défendre son cas.

Il y a le ciel, le soleil et la mer à Cuba. Mais aussi ce camp de détention états-unien dans lequel on enferme des présumés coupables sans l’ombre d’un procès. Terroriste malgré lui ou victime expiatoire, Mohamedou y restera quatorze ans.

Le réalisateur Kevin Macdonald s’empare de cette histoire vraie pour illustrer les limites de la démocratie américaine. Avec l’aide de comédiens investis – Jodie Foster et Tahar Rahim en tête –, il préfère se concentrer sur l’approche du dossier et les questions morales qu’il impose, plutôt que de se claquemurer deux heures dans un tribunal. Seul résistera le témoignage à distance de l’accusé.

Le film alterne alors, de manière plutôt mécanique, les scènes de cellule, parloir et la prise en compte des milliers de feuillets classés « secret-défense ». Il prend de l’ampleur quand l’avocate et le procureur chargé de faire condamner le prisonnier découvrent effarés, dans un montage parallèle intense, les tortures infligées. Rétrécie en 4:3, l’image marque entre autres l’asphyxie censée amener aux aveux.

La fière Amérique et ses présidents successifs n’en sortent guère grandis. Mais trois personnages idéalistes, marqués par la résilience, la soif de justice ou les valeurs chrétiennes, lui permettent de garder espoir.

(6.5/10)

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« Benedetta » de Paul Verhoeven

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“La religieuse”  

Dans l’Italie du XVIIe siècle, la jeune Benedetta entre dans les ordres. Affirmant être élue de Dieu, elle deviendra une mystique vénérée par certaines et abhorrée par d’autres.

Dissimulée dans l’ombre d’IsabElle Huppert, Virginie Efira jouait sous l’œil de Paul Verhoeven une bigote cruche qui, en une phrase finale, s’illuminait d’une ambiguïté perverse. Le Hollandais violent sous le charme choisit de béatifier l’actrice belge cinq ans plus tard.

Bible, sexe et sang, de quoi alimenter sans peine un cocktail batave explosif et placer Benedetta au panthéon des femmes fatales qu’affectionne tant le réalisateur. Mais, en dépit d’un personnage historique sulfureux et de comédiennes investies, l’hérésie annoncée ne renverse guère. Oscillant entre le baroque et le gothique, elle suscite davantage le rire que le malaise. Sainte vierge éblouie ou putain manipulatrice, l’héroïne se dévergonde dans un univers kitsch aux allures parfois grotesques. Son époux spirituel, le preux chevalier Jésus, ressemble à un fidèle de Kaamelott. Les crises de foi de la possédée ne font aucunement craindre l’apparition de l’exorciste. Quant aux étreintes charnelles entre les murs du couvent, elles rappellent quelques clichés érotiques liés au genre laissant les nonnes s’émoustiller gaiement. La relation entre la blonde virginale et son double inversé Bartolomea, brunette provocante, aurait mérité davantage de trouble et de mystère. Si l’humour et l’ironie caractérisent également le cinéma de Verhoeven, on l’avait connu plus subtil dans sa quête du sacrilège et les questions qu’il nous infligeait. Une déception donc qui n’engage pas à la crucifixion de l’homme ni à sa canonisation.

(5.5/10)

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« Billie Holiday, une affaire d’Etat » (The United States vs. Billie Holiday) de Lee Daniels

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“Fruit défendu”  

Billie Holiday raconte son histoire. La gloire, ses amours variées, la drogue et cette vindicte fédérale, prête à tout pour la faire tomber.

On peine à croire qu’une simple chanson ait pu faire trembler les hautes sphères du pouvoir en place. Mais dans une Amérique aux racines ségrégationnistes, dont la reconnaissance du lynchage comme crime fait aujourd’hui encore débat, les fruits étranges suspendus aux arbres que chante Billie dégagent une odeur de soufre. Un militantisme poétique mais subversif selon certains qui se doit d’être réduit au silence.

Rien ne fut facile pour Lady Day : un bordel comme lieu d’éducation, des addictions multiples, de mauvais amants, une surexploitation, plusieurs procès, la prison et des pulsions autodestructrices. Sous les projecteurs et les paillettes du succès, des trahisons, des peines. Et cette haine suprématiste pour cette femme qui avait l’insolence d’être forte, belle et noire.

Lee Daniels rend hommage à cette figure précieuse du blues et du jazz. Sa caméra virevolte et capte vite l’intérêt en enchaînant les scènes. Il évite l’apitoiement et la sacralisation du mythe. Son propos politisé intrigue en illustrant notamment les entraves dressées par les frères de couleur de l’héroïne. Mais le biopic s’éternise et se perd dans les redites, les incompréhensions ou des détails peu utiles. Il permet néanmoins l’émergence d’une novice à la voix d’or, Andra Day, plus que remarquable dans son jeu et sa musique. 

(6/10)

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« Un espion ordinaire » (The courier) de Dominic Cooke

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“La fin d’une liaison”  

Greville Wynne est un entrepreneur britannique comme les autres. Mais dans le monde politique glacial des années soixante, ses voyages réguliers à l’est en font un être signifiant pour les services secrets qui le recrutent. A lui d’entrer en contact avec l’espion soviétique Oleg Penkovsky.

Tous les motifs associés au genre sont à l’écran : rendez-vous secrets, micros cachés, traqueurs potentiels, mensonges et trahisons. Il s’en dégage un charme désuet dans un univers où le numérique n’existe pas encore. Mais l’on ne peut que s’étonner qu’une mission aussi périlleuse repose sur les épaules d’un quidam sans entraînement. L’histoire se base pourtant sur des faits réels.

Si l’on se prend de sympathie pour ces deux personnages très attachés l’un à l’autre, au point que l’épouse Wynne soupçonne une nouvelle liaison de son mari souvent absent, la mise en scène, cherchant à éviter toute esbroufe, ne parvient pas à faire monter la tension. Sans véritable action, on peine à craindre pour leur vie, malgré l’interprétation appliquée de Benedict Cumberbatch. Moins réussi que le Pont des espions de Spielberg, le film en devient très ordinaire sur deux hommes extraordinaires qui à eux seuls ont peut-être évité une guerre nucléaire.

(6/10)

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« Ammonite » de Francis Lee

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“Seule la mer”   

Sur la côte du comté de Dorset en 1840, Mary Anning est une paléontologiste renommée, mais déconsidérée par ses pairs. Ses journées, elle les passe en bord de mer, à la recherche de fossiles. Lorsqu’on lui demande de prendre à ses côtés Charlotte, épouse convalescente, sa routine se fissure.

Visage fermé et frustration rentrée. Le quotidien de Mary est morne, au chevet d’une mère malade, plus tendre avec ses chiots de porcelaine qu’avec sa propre fille. Les ammonites demeurent son échappatoire. Au diable les chapeautés patentés qui spolient ses découvertes sous prétexte qu’elle n’est qu’une femme. Face à elle, apparaît désormais la jeune Charlotte, fébrile et corsetée par un mari sévère. Au contact l’une de l’autre, leur carapace se fêle pour laisser éclater une passion libératrice.

Dans son film précédent – Seule la terre –, Francis Lee illustrait le corps à corps animal de deux gardiens de moutons. Les silences de la mère et de la mer ont pris la place d’un père immobilisé et des pâturages venteux ; deux héroïnes se sont substituées aux bergers. L’histoire est la même, mais l’approche plus lente, moins sauvage, due à la condition étriquée des personnages. Elle laisse planer quelques longueurs, malgré la brièveté des séquences. L’érotisme peine à pointer au travers d’un regard, d’un geste délicat et discret, avant que l’étreinte ne lui donne enfin le temps d’exister. Kate Winslet fait battre le cœur de l’océan en enlaçant sans rougir sa partenaire Saoirse Ronan, et s’autorise cet amusant clin d’œil. Cette fois, c’est elle qui prend le fusain pour croquer la silhouette de sa Rose en train d’éclore avant que ne chavire le navire de leurs sentiments.

(6.5/10)

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« Madame Claude » de Sylvie Verheyde

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(Film Netflix) “Femme fatale”

A la fin des années soixante, Madame Claude rançonne les nuits parisiennes. Pendant que ses filles de luxe embrassent les puissants, la proxénète prend trente pour cent… et le risque de tout perdre.

« Si la plupart des hommes traitent les femmes comme des putes, autant en devenir la reine ». Fernande Grudet, née pauvre et malheureuse, s’empare d’un prénom épicène pour mieux dominer ce monde patriarcal. En dix ans, elle redessine les contours de la prostitution et réécrit son passé. Dans ses salons feutrés, à la lueur des chandelles, la maison Claude accueille bourgeois, politiques et vedettes, pour mieux les faire crier, voire chanter. Entre la pègre et la police, la maquerelle de Pigalle devient celle de la République.

Visage double pour cette assoiffée de pouvoir et de revanche sur la vie, elle qui ne veut plus jamais subir : mère protectrice de ses butineuses, sa seule et vraie famille, ou matrone vénale exploitant le miel et le corps de ses travailleuses pour des liasses de billets Pascal. Le personnage ambigu interpelle et aurait pu devenir l’héroïne d’une série de plusieurs épisodes. Compressé, précipité, son récit, au fil des années, oscille entre le vrai et le fantasmé sans forcément convaincre. La voix off classique raconte ce que l’écran n’a le temps de montrer ni faire ressentir. L’image léchée reconstituant l’époque reste néanmoins élégante et la distribution variée bien élevée. Figures plus ou moins connues défilent et éclairent la fatalité de cette femme fatale.

(6/10)

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« The dig » de Simon Stone

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(Film Netflix) “Un trésor dans la maison”

Dans l’Angleterre de 1939, la veuve Edith Pretty engage l’archéologue amateur Basil Brown pour fouiller les tumuli de son terrain. Elle a le sentiment qu’un trésor de grande importance s’y cache.

La chasse est lancée. Mais sans la jungle, le temple maudit, les serpents et le fouet. L’aventure est plus statique, le cheminement limité. Les obstacles seront un glissement de terrain, les pluies torrentielles, ainsi que le manque de moyens. Sans négliger les vautours de la concurrence vite appâtés. Et cette guerre imminente qui menace de tout détruire.   

Cette histoire vraie captive tant qu’elle se concentre sur la quête et les fouilles. Que va-t-on y trouver et surtout qu’en faire, comment le partager ? Elle se perd hélas dans des digressions romantisées et pas toujours subtiles. Néanmoins, mise en scène élégante et belle image à la Malick offrent un écrin au duo principal qui s’apprête à réécrire l’histoire britannique.

(6.5/10)

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« Mank » de David Fincher

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(Film Netflix) “David et Goliath”

En 1940, suite à un accident de voiture le clouant au lit, Herman J. Mankiewicz est mis sous pression. Il ne lui reste que peu de temps pour terminer le scénario d’un film qui portera bientôt le titre de Citizen Kane.

David Fincher s’attaque au chef-d’œuvre monumental d’Orson Welles pour en décrire les origines et les coulisses. L’hommage se reflète dans une mise en scène sophistiquée, la narration éclatée et une image vieillie artificiellement. La reconstitution parfaite, ainsi que le noir et blanc du plus bel effet parachèvent l’illusion. On s’égare parfois dans ce labyrinthe mental, loquace, historique et temporel entremêlant le vrai et le romancé. L’émotion pointe rarement malgré la performance remarquée de Gary Oldman qui donne forme et couleurs à cette figure oubliée. Mais, au-delà du cinéma, l’aspect plus personnel de l’entreprise touche. Fincher y honore également son père Jack en adaptant son script. Un rêve exaucé posthume, teinté de nostalgie et qui fleure le bouton de rose.

(7/10)

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« Une ode américaine » (Hillbilly elegy) de Ron Howard

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(Film Netflix) “Maman a tort”

Alors qu’il étudie le droit à l’université Yale, J. D. apprend que sa mère toxicomane a rechuté. De retour à ses côtés dans l’Ohio, c’est son enfance douloureuse qui s’impose à lui.

On ne choisit pas d’où l’on vient, mais on choisit qui l’on devient. A force de travail et d’abnégation, J. D. a délaissé pour un temps la misère familiale afin d’envisager un avenir meilleur. Il se souvient de ce qu’il n’a pu oublier. Ce qui l’a rongé et le ronge encore, mais également construit.

Ron Howard adapte la biographie d’un homme qui raconte cette Amérique des laissés-pour-compte ne rêvant que d’un ailleurs. De structure très classique, jonglant entre l’hier et l’aujourd’hui, son film sage ne suscite qu’un intérêt poli. Il repose essentiellement sur les performances de ses actrices – Amy Adams et Glenn Close – difficilement reconnaissables.

(6/10)

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