« Baby driver » de Edgar Wright

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“Bla Blague Car”

Acculé par une ancienne dette, le jeune orphelin Baby n’a d’autre choix que de travailler pour Doc. Lors de braquages organisés, il met au service du mafieux, ses talents exceptionnels de pilote, mu par la vitesse et par la musique. Gare à la casse !

Visage poupin, lunettes noires et écouteurs greffés aux oreilles, Baby se tait le plus souvent. « On attend toujours ses premiers mots… D’où son surnom ! », ironise l’un de ses compagnons de route. Quitte à choisir, cautionnons davantage ce mutisme que les quelques dialogues à plat de ce film mêlant action pétaradante, romance naïve et semblant de comédie musicale, l’idée principale étant de synchroniser les assourdissants vroum, boum et bang attendus avec la playlist de l’as du volant. Mais le La La Land automobile espéré d’Edgar Wright n’est qu’un Bla Blague Car prépubère qui prend vite le mur. Les chansons choisies n’accrochent que le bitume des spécialistes. Quant aux caricatures qui servent de personnages, elles n’ont pas plus d’épaisseur qu’un pare-brise simple vitrage. Mais que fait la police ? C’est à se demander ce que viennent faire les télégéni(qu)es Frank Underwood et Don Draper dans cet accident ? Peut-être s’imaginaient-ils circuler sous la caméra de Nicolas Winding Refn qui avait su faire de Ryan Gosling, sur une chanson du groupe College, un véritable héros.

4.5/10

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« Dunkerque » (Dunkirk) de Christopher Nolan

Critiques

“Il faut sauver les soldats Ryan”

Mai 1940, près de 400’000 soldats des troupes alliées se retrouvent encerclés par les forces allemandes sur la côte dunkerquoise en France. Ils attendent et espèrent une délivrance, un miracle.

L’ennemi est partout. Qu’il soit sur terre, navigue en mer ou vienne du ciel, il transforme le bouclier d’un cockpit ou d’une cale de bateau en un piège fatal. L’eau devient feu et consume les naufragés. La mort rôde et s’empare des moins résistants, des moins chanceux. Le chevalier noir Nolan, sur les rythmes d’un Hans Zimmer inspiré, compose un requiem aux paroles rares et dans lequel les balles jouent les percussions. Usant du montage alterné et parallèle, il permet à la tension de monter pour ne plus nous lâcher. Et, en dépit de quelques fausses notes – discours orienté et parfois confus –, l’émotion se déverse quand riment ensemble héroïsme et humanisme. « Nous ne sommes que des survivants » déploreront pourtant certains rescapés de retour au bercail. « C’est déjà bien » leur fait-on comprendre. Car vivre en temps de guerre requiert du courage.

8.5/10

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« Le dernier vice-roi des Indes » (Viceroy’s house) de Gurinder Chadha

Critiques

“Independence Day”

En 1947, l’Anglais Louis Mountbatten est nommé vice-roi et gouverneur général des Indes. Sa mission d’importance et périlleuse est de permettre au pays de gagner son indépendance.

L’histoire serait écrite par les vainqueurs. Qu’en est-il quand il n’y en a pas ? A Delhi, les centaines de domestiques du palais royal, bientôt gouvernemental, s’affairent pour accueillir dans l’or et l’opulence, le Lord et sa famille. Un occupant britannique en partance, affaibli par des années de guerre et de rationnement au point de saliver devant un poulet apprêté pour un chien. Cette inversion étonnante du rapport de force n’est qu’une illusion et la réalité indienne plus complexe et douloureuse. La liberté a un prix pour ce pays aussi vaste et peuplé qu’un continent, gangrené par les conflits religieux, l’illettrisme et la mortalité enfantine. Unicité ou répartition ? Hindous, Sikhs et Musulmans opposent leur point de vue. En coulisse, Churchill préconise la création de deux États, à l’image de l’Irlande et de la Palestine. En conséquence, le plus grand exode de l’humanité – 14 millions de migrants sur les routes dont 1 million n’atteindra jamais la destination choisie. Le film met en lumière ce pan de l’histoire peu connu des non-initiés. La réalisatrice d’origine indienne le raconte avec efficacité. S’inspirant peut-être du procédé utilisé par Robert Altman dans Gosford Park et repris dans la série à succès Downton Abbey – à qui elle emprunte son acteur principal Hugh Bonneville – elle fait se refléter sur les serviteurs les enjeux des délibérations dirigeantes. On lui pardonnera ses élans romantiques qui digressent pour retenir la qualité soignée de l’ensemble.

7.5/10

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« Churchill » de Jonathan Teplitzky

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“Quand la victoire devient défaite”

En juin 1944, alors que les forces alliées patientent en Grande-Bretagne avant de débarquer en France, le Premier ministre anglais doute. Il craint que ne se répète le massacre de Gallipoli qui le marqua profondément lors de la Première Guerre mondiale. Tant bien que mal, il s’efforce de dissuader le Général Eisenhower et le Maréchal Montgomery d’agir.

Winston Churchill. Peut-être le personnage le plus important de l’histoire britannique comme affiché lors du générique final. Le film pourtant n’en fait qu’une pâle figure au bord de l’asphyxie. Un lion épuisé auquel dents et griffes auraient été arrachées. Un  boulet bien lourd qui freine l’avancée des armées. En privé, le blason ne gagne guère en dorure. Les scènes de la vie conjugale s’enchaînent en défaveur du « héros ». Et c’est sur une jeune secrétaire impressionnable que le bouledogue aboie encore avant qu’elle ne finisse par le dresser à son tour. Un hommage vraisemblablement raté donc qui s’efforce de reprendre grossièrement les ficelles du Discours d’un roi de Tom Hooper – apparitions bégayées ici de George VI. Mais contrairement à la réussite de son aîné, victime d’un suspens nul et d’effets visuels inutiles, cet instantané sans saveur et sans émotion laisse une victoire totale à l’ennui.

4.5/10

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« Le procès du siècle » (Denial) de Mick Jackson

Critiques

“N’oubliez jamais”

En 1996, le professeur américain Deborah Lipstadt est attaquée pour diffamation par l’Anglais David Irving. Dans un de ses livres sur l’Holocauste, elle qualifie l’historien autodidacte d’extrémiste pro-nazi et de menteur, lui qui nie farouchement l’existence des fours crématoires à Auschwitz. Selon le droit britannique qui ne considère pas la présomption de l’innocence, c’est à elle de prouver que ces qualificatifs sont fondés.

Le duel juridique débute en 2000. Certaines voix s’élèvent pour y renoncer, préférant négocier que de faire écho au négationnisme. Et qu’en est-il de la liberté d’expression ? L’héroïne prend le risque du débat se sentant investie d’une mission qui la dépasse : donner la parole aux survivants et une voix à ceux qui ne sont plus là pour témoigner. Mais un procès n’est pas une thérapie. L’émotionnel est une arme tranchante qui peut se retourner contre la victime. Ses avocats la contraignent alors au silence et à la frustration optant pour une stratégie de déconstruction pièce par pièce des théories irrecevables d’Irving. La joute oratoire est passionnante. Et la victoire rigoureuse s’impose dans les détails afin que les chambres à gaz n’en deviennent pas un de l’histoire. En ces temps incertains où la montée des extrêmes est révélatrice, ce film qui pèche par quelques conventions académiques s’avère néanmoins essentiel.

7.5/10

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« High-Rise » de Ben Wheatley

Séances rattrapage

(Rattrapage“La tour infernale”

Robert Laing, séduisant chirurgien, emménage au 25ème  étage d’un gratte-ciel londonien révolutionnaire pour son époque, les années 70. L’immeuble est l’œuvre de l’architecte Anthony Royal qui séjourne au plus haut, alors que les appartements les plus modestes se terrent dans la pénombre de la base. Trois mois plus tard, l’idéalisme affiché de la tour a laissé place à l’Apocalypse.

Cette adaptation d’un roman dystopique rappelle L’ange exterminateur de Luis Buñuel qui prenait un plaisir malin à enfermer jusqu’à la déliquescence dans un salon ouvert des bourgeois incapables de mouvement. Le discours est proche, symbolisant la lutte des classes par les degrés plus ou moins élevés du bâtiment. Il suffit d’une panne d’électricité prolongée pour que le sentiment d’injustice et le mépris ambiant transforment l’humain en animal sauvage. La métaphore n’est pas nouvelle mais demeure digne d’intérêt. Néanmoins, la laideur jaunasse de l’ancrage seventies tient à distance tout comme les errances vaporeuses de la narration.

(6/10)

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High Rise

« T2 Trainspotting » de Danny Boyle

Critiques

“Terminus”

Mark est de retour à Edimbourg, vingt ans après avoir fui les embrouilles en emportant le magot. Il a une dette à payer à ses anciens compagnons d’infortune qu’il retrouve un à un.

Les pires toilettes d’Ecosse, l’explosion de caca, les trains sur les murs, le bébé au plafond ou juste un jour parfait pour s’étendre entre quatre planches. Qui ne s’en souvient pas n’avait pas la vingtaine en 1996. Sur la musique transcendante de Born Slippy, c’était l’air béat et les yeux écarquillés que l’on s’injectait le premier shot de Danny Boyle. Fixe supplémentaire ici empreint d’une nostalgie pas déplaisante, mais amère. Que sont devenus ces accrocs aujourd’hui ? Si les rides, le cholestérol, la calvitie et le viagra ont marqué les corps, les âmes elles sont toujours aussi grises. Les losers emblématiques d’autrefois n’ont rien appris de leurs échecs, quêtant encore et toujours dans la drogue, le sexe sans amour et la violence, une échappatoire. Seules quelques lignes… sur papier seront une planche de salut. Deux décennies plus tard, ces tristes héro(ïnomane)s et le montage épileptique de l’Anglais, trop ancrés dans le passé, n’hallucinent plus. Les effets seconds sont moindres car, pour tous, le temps a passé.

6.5/10

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« Lion » de Garth Davis

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“Little India”

Un soir, le petit Saroo supplie son frère aîné de l’emmener quêter nourriture et objets utilitaires. Mais, pris de fatigue durant la nuit, il s’endort sur le banc d’une gare. Esseulé à son réveil, il s’égare et se retrouve prisonnier d’un train vide qui l’entraîne dans l’immensité indienne. Vingt-cinq années plus tard, après avoir été recueilli par un couple australien, Saroo l’adulte éprouve le besoin oppressant de retrouver ses racines. Grâce aux nouvelles technologies, il emprunte le long chemin qui le guidera vers les siens.

Grands yeux noirs, crinière au vent, gestes et esprits vifs, l’acteur Sunny Pawar a tout d’un lionceau sur le qui-vive. A travers son personnage et une histoire vraie que la fiction n’aurait osé écrire, l’on découvre ou redécouvre un pays, ses couleurs, ses sourires et ses plaies. 80’000 enfants disparus, oubliés ou perdus en Inde chaque année. Un regard également sur l’adoption, ses bonheurs et ses douleurs, marqués par le sentiment indélébile de l’abandon. On remercie le film de respecter les langues locales sans les sacrifier sur l’autel de l’anglais. On rougit d’émotion à la rencontre des protagonistes réels sur le générique final. Mais on rugit aussi face aux longueurs et déséquilibres narratifs, digressions sentimentales et une musique par moments trop insistante.

6.5/10

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« Moi, Daniel Blake » (I, Daniel Blake) de Ken Loach

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Pensée du jour : Le capital humain

Daniel Blake, 59 ans, menuisier de profession, est victime d’un arrêt cardiaque. Alors qu’il est déclaré inapte au travail par son médecin, une compagnie privée mandatée par les services sociaux contredit ce diagnostic. En attendant de pouvoir faire appel, l’Anglais de Newcastle se voit dans l’obligation de rechercher un nouvel emploi afin de percevoir l’allocation chômage. Un casse-tête épuisant qui lui permet néanmoins de rencontrer Katie, une jeune mère célibataire aux portes de la misère.

Il y a de Kafka dans l’administration britannique que le vétéran Ken Loach, sorti d’une semi-retraite annoncée, s’efforce une nouvelle fois de dénoncer. Soumises à un système ultra-libéral ne considérant les malades que comme un gouffre financier, les assurances sociales se doivent d’appliquer des discours automatisés obligeant les plus faibles à postuler pour des emplois qu’ils ne seront pas en mesure d’exercer. Une perte folle de temps, d’énergie et d’humanité qui vire à l’absurde et suscite l’indignité. Telle une comédie sociale, la démonstration commence  d’amusante manière en mettant notamment aux prises le brave Daniel, à la bonhomie généreuse, avec l’imprévisible informatique. Mais, petit à petit, le ton s’assombrit et le film s’enlise, tout comme ses personnages qui mériteraient de mieux s’en sortir, dans des scènes proches du mélodrame. Une sorte de chantage à l’émotion irritant qui étiole la Palme d’or du dernier festival de Cannes.

6.5/10

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« Genius » de Michael Grandage

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Pensée du jour : Écrire pour exister

Après de nombreux refus, le manuscrit à portée autobiographique de Tom est enfin accepté. Et c’est le grand éditeur Marxwell Perkins, découvreurs de talents précieux tels que F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, qui lui ouvre ses portes. Celui-ci  va donc bientôt faire connaissance avec la personnalité unique de Thomas Wolfe.

La première scène du film est sans doute la plus réussie. Perkins reçoit sur son bureau un document massif de près d’un millier de pages. « J’y jetterai un coup d’œil rapide », dit-il, l’air un peu las. Quelques lignes introductives et son regard, d’abord intrigué, devient rapidement captif. Dans le train qui le ramène chez lui, il tourne les pages et cite quelques passages déjà marquants. Arrivé en son beau domaine, c’est à peine s’il remarque et salue sa femme et ses nombreuses filles, quêtant au plus vite un endroit calme qui prendra la forme d’un dressing isolé. La lecture se poursuit le soir et la nuit pour s’achever enfin le lendemain, alors qu’apparaît sur l’écran le titre « Genius ». Ainsi sont les prémisses de cette histoire estampillée vraie entre un « génie » de la littérature et son pygmalion. Le  jeunot plein de fougue et d’envie doit néanmoins accepter le cadre imposé par ce père castrateur symbolique qui l’encourage à écourter sa prose tout en craignant de la trahir. Dans un bon mot du film, Wolfe lui assène : « Heureusement que Tolstoï n’a pas croisé votre route, car il n’aurait pu écrire que Guerre et… rien ». Pourtant la confrontation potentiellement explosive entre ces deux caractères colorés ne provoque que peu d’étincelles, le réalisateur préférant un académisme dommageable qui freine l’émotion. La faute également à un Jude Law en surjeu et trop âgé pour le rôle, ainsi qu’un Colin Firth bien lisse, malgré toute sa classe. A leurs côté, maîtresse et épouse – Nicole Kidman et Laura Lynney – font ce qu’elles peuvent avec les brouillons laissés pour exister, quitte à passer davantage pour des obstacles à la création que pour des égéries. Comme quoi, un carré de rois et de reines ne remporte pas toujours la mise.

6.5/10

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