« Three billboards : les panneaux de la vengeance » (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) de Martin McDonagh

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“Even cowgirls get the blues”                                     

Mildred Hayes a perdu sa fille il y a quelques mois, sauvagement assassinée. Sa colère et son désespoir contre une police incapable de lui rendre justice, elle les éructe sur trois grands panneaux à l’entrée de la ville.

Le shérif peut avoir peur. Calamity Haynes, la femme qui cogne plus vite que son ombre, s’avance l’air mauvais, montée sur ses grands chevaux. Le duel au soleil discret du Missouri est annoncé. Dans ce face à face sanglant, il n’en restera qu’un.

A l’honneur, Frances McDormand dégaine la première et touche la cible sans pour autant exécuter ses partenaires de jeu. Qu’il soit officier malade, mauvais flic, publicitaire vénal, fils digne ou nain amoureux, chacun gagne en épaisseur et complexité pour décrocher son étoile.

Car le réalisateur anglais McDonagh est un as de la gâchette qui prend un malin plaisir à faire danser son spectateur. Du drame à la comédie, du thriller au western, il tire dans le mille ses balles dialoguées. Ainsi disparaissent les larmes dans un rire franc, avant qu’un regard, un geste délicat, nous transperce le cœur. Devant ce truand, cette brute et ce très bon, on ne peut que s’incliner.

Assurément, l’un des grands films de l’année.

9/10

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« Les heures sombres » (Darkest hour) de Joe Wright

Critiques

“La guerre est déclarée”                                                

Mai 1940. L’Angleterre est inquiète. Hitler avance au pas de l’oie, écrasant l’Europe occidentale sur son passage. Jugé faible, le Premier Ministre Chamberlain démissionne, remplacé en urgence par l’expérimenté Churchill. A lui de prendre les décisions graves et de convaincre par les mots.

« On ne raisonne pas un tigre, quand il tient notre tête dans sa gueule ». La position de l’homme est claire. Elle semble définitive. Mais le doute l’envenime, sachant les sacrifices engendrés. C’est dans le métro londonien, au contact du petit peuple, que le politicien trouvera la force de ne pas plier face à l’ennemi, marquant à tout jamais l’histoire. Scène idéale. Scène improbable.

Sous le poids du costume et du maquillage, Gary Oldman s’efface entièrement pour laisser revivre le mythe. L’imitation impressionne. Parfaite, mais sans surprise. A l’image de ce film qui, surpassant celui de Jonathan Teplitzky, n’ose toutefois sortir du cadre d’une reconstitution appliquée sous forme d’hommage. A l’opposé, sur cette même période, Christopher Nolan abandonnait les coulisses du pouvoir pour survoler Dunkerque. Un grand rendez-vous émotionnel, héroïque et de lyrique.

6/10

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« Paddington 2 » de Paul King

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“Gummy bear”                                                                   

Aujourd’hui, Paddington fait partie intégrante de la famille Brown et est devenu un membre incontournable de son quartier. Lorsqu’il découvre chez l’antiquaire un livre rare qui enchanterait sa vieille tante aimée, il économise penny après penny pour pouvoir le lui offrir. Mais quand l’ouvrage précieux est volé une nuit, c’est l’ours innocent que l’on accuse.

Quel plaisir de retrouver la peluche péruvienne dans de nouvelles aventures. Le premier épisode charmait par sa  fantaisie toute britannique. Mêmes ingrédients ici sans que la recette ne s’altère. Le scénario s’éparpille certes en mêlant film de prison et chasse au trésor dans Londres, mais il tient bon, évitant les temps morts et digressions inutiles. Chaque élément prend sens dans l’action finale.

Par sa candeur, Paddington a le don de révéler le meilleur en l’autre. Il faut le voir transformer un pénitencier en maison du bonheur pour oser y croire. Même le vice, incarné, après Nicole Kidman, par Hugh Grant, ne peut que fondre face à lui. Dans le rôle d’un comédien raté sur le retour, l’acteur plein d’autodérision retrouve enfin le bonheur de jouer.

Une tartine de marmelade qui sustentera l’appétit des petits et des plus grands ayant gardé leur âme enfantine.

8/10

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« A beautiful day » (You were never really here) de Lynne Ramsay

Critiques

“Le marteau et l’enclume”

Joe, dont la force physique n’a d’égale que sa fragilité psychique, est engagé pour retrouver la fille d’un sénateur, laissée aux mains d’un réseau pédophile. Ainsi s’engouffre-t-il dans une spirale impitoyable et sanguinaire.

Capuche sur la tête et barbe au vent, Joe prend les allures d’un Guillaume Tell moderne. Le justicier est dans la ville. Armé d’un marteau et mu par la vengeance, il frappe au cœur de ses ennemis. Puis, cheveux défaits et yeux hagards, l’homme devient Christ. Mais un sauveur suicidaire qui, traumatisé par son enfance, la guerre et le drame des migrants, ne croit plus à la rédemption. Autant de plaies à l’âme et au corps qui ne cicatrisent pas. Il faut bien les ailes puissantes du phœnix Joaquin pour porter un personnage aussi lourd. Mais, lesté par un scénario émacié et lacunaire sur la transmission de la violence, ainsi que par une mise en scène oscillant entre le génial et les excès, le voilà cloué au sol. Il s’envole néanmoins dans la plus belle scène du film, quand le tueur et le tué, couchés dans le sang, murmurent ensemble une chanson, main dans la main. Un soupçon d’humanité retrouvée en attendant la mort.

6/10

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« Seven sisters » (What happened to Monday?) de Tommy Wirkola

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“Hunger game”

Il était une fois des septuplées nées d’une mère morte en couche. Leur grand-père les recueille et prénomme chacune d’un jour de la semaine. Mais dans ce monde gangrené par la surpopulation, la politique de l’enfant unique fait loi. Aux yeux des autres, elles ne devront être qu’une. Ainsi, va leur vie secrète jusqu’à l’âge adulte. Un lundi soir, quand l’une ne revient pas. Et c’est l’existence de ses sœurs qui est menacée…

Il y a Monday, l’aînée modèle, Saturday, la fêtarde aguicheuse, et Sunday, l’idéaliste. Fragile, Garçonne, G.I. Jane et Geek complètent le tableau. Des caractères surlignés pour distinguer plus facilement les sept figures d’une même actrice, Noomi Rapace. La caricature est acceptable tant qu’on reste dans le conte noir comme l’ombre sur la neige. Quand la jeune Thursday se blesse au doigt, c’est six index en plus que l’on coupe pour saigner la différence. Insister sur la souffrance de la négation de soi et de ses dangers schizophrènes aurait permis au film de gagner en profondeur. Car l’univers dystopique proposé, mal dessiné, reste superficiel. Le scénario manque d’endurance et transforme l’intrigue en un « shoot’em up » dans lequel l’héroïne n’a que sept vies pour éviter le « Game over ».

6/10

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« Final portrait » de Stanley Tucci

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“L’homme qui peint”

Quand Alberto Giacometti lui demande de poser pour lui, James Lord ne peut être qu’honoré par la demande. L’occasion pour ce critique d’art américain d’observer un géant à l’œuvre. Mais les quelques heures promises initialement deviennent des jours, puis des semaines interminables.

Rodin, Van Gogh, Gauguin… Les artistes majuscules sont à l’honneur dans les salles de cinéma cette année. Giacometti, l’un des sculpteurs les plus prisés des ventes aux enchères aujourd’hui, valait bien un film. L’acteur Stanley Tucci esquisse son portrait par petites touches, préférant l’humilité à la grandiloquence. Témoin privilégié, le modèle délaisse sa fonction d’homme objet pour considérer à son tour celui qui le dévisage et l’envisage. Il remarque le doute constant du peintre face à la toile et au succès, son goût prononcé pour les fleurs de trottoirs au détriment de son épouse, ainsi que son désintérêt flagrant pour l’argent et les banques, fait étonnant pour un génie helvétique. L’interprétation globale est bonne même si l’artifice du mélange des langues se fragilise sous le poids excessif de l’anglais. Mais le temps passe, s’égrenant au fil des jours de pose, sans que cet hommage, certes digne, ne surpasse l’anecdotique.

6.5/10

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« Mise à mort du cerf sacré » (The killing of a sacred deer) de Yorgos Lanthimos

Critiques

“Théâtre sans animaux”

Cardiologue émérite, époux et père attentionné, Steven paraît comblé d’un bonheur irréprochable. Pourtant, depuis quelques mois, c’est en cachette qu’il rencontre Martin, jeune orphelin d’un de ses patients décédé lors d’une opération. Un rapprochement étrange qui pourrait lui brûler les ailes.

Que peut inspirer à l’homme de science cet adolescent au visage marqué ? Un second fils à la recherche d’un substitut paternel ? Un oisillon malmené qui mériterait qu’on le protège ? La figure pitoyable de sa propre culpabilité ? La proie potentielle d’une perversité malsaine ? La relation est tendancieuse et n’augure rien de sain. Comme l’ensemble des personnages qui hantent cet univers glacial telles des âmes errantes manquant de chair. On se parle sans rien se dire. On se jauge et se dissèque. On s’aime sous anesthésie générale. Quand survient la foudre fantastique de la tragédie grecque, ces âmes déjà grises se noircissent. L’absurde devient sombre et inquiétant. La violence éclate. Œil pour œil, canine pour canine, la justice est une vengeance qui se mange froide. L’homme loup réclame le sacrifice du cerf. L’approche clinique et provocante de Lanthimos trouble, mais ne convainc pas autant qu’elle le devrait. Il lui manque du sens et du contenu, ainsi que ce cœur battant filmé en ouverture.

6.5/10

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« Kingsman :  le Cercle d’or » (Kingsman: the Golden Circle) de Matthew Vaughn

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“Le King est mort, vive le King”

L’efficace agent Galahad – Eggsy pour les intimes – est l’un des rares survivants d’un attentat ciblé qui annihile l’ensemble des forces d’élite du Kingsman. Son issue de secours, afin de se confronter à l’ennemi incarné par la vénéneuse Poppy et son cartel, le Kentucky.

On espérait une suite royale digne du premier palace, il faudra se contenter des quelques étoiles d’un film dans la mouvance, l’éclat de la surprise en moins. La Grande-Bretagne s’attaque une nouvelle fois aux Etats-Unis d’Amérique en opposant ses chapeaux melons, parapluies noirs et tailleurs cintrés aux stetsons, lassos et blue jeans délavés. Même si seules les manières font l’homme, la « Firth class » des gentlemen domine largement le style cow-boy. Le contraste amuse un temps, mais l’humour irrévérencieux glisse parfois – hamburgers à la chair humaine, puce d’espionnage vaginale et Elton John dans un comique grotesque. L’ensemble tourne à une farce ambiguë quant à l’apologie des drogues. Trop long et superficiel pour empêcher un rapide regard sur le cadran, le cocktail à base de scotch ou de bourbon selon les goûts, demeure néanmoins digeste et se déguste accompagné d’un paquet de pop-corn arrosé d’Earl Grey. L’auriculaire en l’air, évidemment.

6.5/10

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« La passion Van Gogh » (Loving Vincent) de Dorota Kobiela et Hugh Welchman

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“Qui a tué Vincent ?”

Voilà un an que l’artiste décrié s’est donné la mort. Son ami, le facteur Roulin, confie à son fils Armand le soin de remettre au frère du peintre, Théo, une lettre oubliée. Acceptant la demande à contrecœur, le jeune homme finira par se passionner pour le mystère Van Gogh.

Fruit d’un travail titanesque long de plusieurs années, cette œuvre collective anime l’art du Hollandais volant de manière originale. Les scènes illustrées dans les tableaux du maître sont rejouées par des acteurs. Chaque image obtenue est ensuite repeinte à la main dans un style impressionniste. Mises bout à bout, elles donnent vie à ces paysages et personnages fameux habituellement figés. Quelques efforts sont nécessaires pour se laisser toucher par la beauté de l’objet aux mouvements parfois saccadés. Les couleurs se teintent de noir quand le passé évoqué envahit l’écran. L’histoire vire à l’enquête, façon Citizen Kane, au rythme des témoignages recueillis. Malgré ces artifices, l’intrigue intéresse au point de se laisser émouvoir à nouveau par le destin tragique du roi maudit.

7/10

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« The Party » de Sally Potter

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“Petits meurtres entre amis”

L’ambitieuse Janet va enfin devenir ministre de la santé. Pour célébrer cette nomination acquise de haute lutte, elle a convié quelques amis autour de flûtes de champagne et plateaux de vol-au-vent. Mais le menu prévu va rapidement tourner au vinaigre.

Dans la famille au bord de la crise de nerf, j’appelle Bill, le mari de l’héroïne du jour, amorphe dans l’ombre de son épouse. Ourdirait-il une intrigue, l’air de rien ? April, la meilleure amie, dont la salive s’apparente au venin d’un crotale. Son ex, Gottfried, venu d’une autre planète qui pourrait être l’Allemagne. Martha et Jinny, couple de lesbiennes angoissées par l’attente non pas d’un, mais de trois bébés ! Tom, financier et pécheur à la ligne, qui sniffe ses remontants en cachette dans les toilettes. Et l’absente et capricieuse Marianne qui ne vient pas tout en aiguisant les appétits. Ce jeu de dupes devenant celui de la vérité risque de finir en un massacre qui fait « bang bang ». Si l’ensemble tourne quelque peu en rond malgré son format ramassé de 71 minutes, l’acidité mêlée à l’élégance ambiante « so british » fait la différence.

7/10

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