« Respect » de Liesl Tommy

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“La chance aux chansons”  

Fille d’un pasteur baptiste, la jeune Aretha impressionne par ses talents vocaux qui enchantent réceptions, églises et ouailles. Elle deviendra avec le temps Aretha Franklin.

Une enfance marquée par un père autoritaire et une mère trop tôt disparue. Un cousin incestueux, des grossesses précoces, un mari jaloux et violent, l’alcool. La gloire, les échecs et les peines d’une diva américaine. Le refrain est connu, Judy et Billie nous ont conté il y a peu une même histoire. Sans idées, la mise en scène scolaire et parfois maladroite n’illumine aucunement ce biopic illustratif qui égrène les années d’une vie. L’ennui guette vite.

Mais il suffit que les notes de ces hits indémodables retentissent pour que les paupières s’élèvent et que pieds et doigts s’animent enfin comme à Broadway. Comme le succès, le plaisir s’est fait attendre. Avant d’être reine, Queen A a longtemps cherché sa voix. Mal conseillée, enracinée dans le gospel et saisie par le jazz, c’est en préférant la soul, entourée de musiciens blancs d’Alabama, que la porte-parole noire gagnera enfin le « respect ». Supreme oscarisée pour Dreamgirls, Jennifer Hudson reprend le micro, interprétant avec cœur et chansons cette artiste majeure.

(5.5/10)

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« Billie Holiday, une affaire d’Etat » (The United States vs. Billie Holiday) de Lee Daniels

Critiques

“Fruit défendu”  

Billie Holiday raconte son histoire. La gloire, ses amours variées, la drogue et cette vindicte fédérale, prête à tout pour la faire tomber.

On peine à croire qu’une simple chanson ait pu faire trembler les hautes sphères du pouvoir en place. Mais dans une Amérique aux racines ségrégationnistes, dont la reconnaissance du lynchage comme crime fait aujourd’hui encore débat, les fruits étranges suspendus aux arbres que chante Billie dégagent une odeur de soufre. Un militantisme poétique mais subversif selon certains qui se doit d’être réduit au silence.

Rien ne fut facile pour Lady Day : un bordel comme lieu d’éducation, des addictions multiples, de mauvais amants, une surexploitation, plusieurs procès, la prison et des pulsions autodestructrices. Sous les projecteurs et les paillettes du succès, des trahisons, des peines. Et cette haine suprématiste pour cette femme qui avait l’insolence d’être forte, belle et noire.

Lee Daniels rend hommage à cette figure précieuse du blues et du jazz. Sa caméra virevolte et capte vite l’intérêt en enchaînant les scènes. Il évite l’apitoiement et la sacralisation du mythe. Son propos politisé intrigue en illustrant notamment les entraves dressées par les frères de couleur de l’héroïne. Mais le biopic s’éternise et se perd dans les redites, les incompréhensions ou des détails peu utiles. Il permet néanmoins l’émergence d’une novice à la voix d’or, Andra Day, plus que remarquable dans son jeu et sa musique. 

(6/10)

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« Annette » de Leos Carax

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“Big Bazar”  

Ils ont tout pour être heureux, Ann et Henry. Elle est une cantatrice adulée et lui un humoriste à succès. Annette, fillette unique, va bientôt naître et couronner leur amour. Mais le ver est dans le fruit.

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer. Si vous voulez rire, pleurer, vibrer, bâiller ou péter, faites-le de manière discrète… Retenez votre souffle et plongez dans un univers à la folie des grandeurs. Le chef d’orchestre Carax est aux commandes et se met en scène pour nous accueillir : « So, may we start? »

Cette entrée en matière méta réjouit. A la partition, au micro et à l’initiative du projet, les Sparks entonnent un opéra glam rock qui tiendra 139 minutes, sauvant le film d’un possible naufrage. En un plan-séquence, les comédiens principaux les accompagnent avec simplicité dans les rues d’un « La La Land » proche d’Hollywood et de Broadway. Mais le couple star se sépare, moto contre limousine, et part dans une direction opposée. Adam Driver a pour mission de nous faire mourir de rire par ses bons mots ou des chatouilles. Impossible pour l’excellent acteur. Plombé par l’échec, il remet son masque de Dark Vador pour qu’Angèle lui balance son quoi en quelques notes. A l’opposé, Eve Cotillard croque la pomme en agonisant tous les soirs sur scène et sous les applaudissements. Ne pouvant être la hauteur, la Française appliquée est doublée pour les parties lyriques. Le décalage déçoit et maintient à distance. Opposition entre art élitiste et populaire, affres de la célébrité, besoin de reconnaissance, violences faites aux femmes, baby blues et exploitation des enfants marionnettes…, le roi Leos varie les thèmes, mais ne fait que les survoler. Mélange des genres entre tragédie musicale, romance appuyée, Titanic, le fantôme de l’opéra, concert pop assombri de meurtres et d’un procès. Ce big bazar conceptuel et visuel jongle avec la beauté et le grotesque. Quand cette scène touchante apparaît enfin, le temps pour une fillette de faire la leçon à son père vaincu. « Stop watching me », implore-t-il alors. Le rideau se referme, le spectacle est terminé, bonne nuit !

(6.5/10)

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« Le blues de Ma Rainey » (Ma Rainey’s black bottom) de George C. Wolfe

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(Film Netflix) “Bleu noir”

Un groupe de musiciens entre en studio dans le Chicago suant de 1927. Il s’apprête à enregistrer le nouvel album de la « Mère du Blues », Ma Rainey. Mais la star se fait attendre, tout comme Levee, le trompettiste qui rêve de succès et d’indépendance.

Dans l’ombre inquiétante d’une forêt courent essoufflées deux silhouettes. Des chiens aboient au loin. Des torches enflammées jalonnent leur chemin. La Géorgie de l’époque ne laisse guère de chance aux personnes de couleur. Mais si les jeunes fuyards accélèrent la cadence, c’est pour arriver à temps au concert donné par l’artiste.  

Au nord, ce petit monde se retrouve dans une pièce cloisonnée. Sous l’œil de Blancs avides de s’approprier leurs talents, les Noirs jouent, échangent et s’opposent. Discriminations, oppression, frustrations, ambitions sont évoquées dans un flux rapide et théâtral, pas toujours saisissable. Alors que Ma Rainey joue les divas pour garder un tant soit peu la mainmise sur sa voix très convoitée, Levee lui tient tête en voulant imposer ses chansons. Mais quelle autre issue pour lui qu’une porte ouverte sur une impasse ? Un duo porté par deux acteurs de choix : Viola Davis, grimée en ogresse prête à avaler tous les obstacles qui oseraient entraver sa route, mais surtout Chadwick Boseman, très amaigri, dans un dernier rôle annonciateur. Son personnage ayant perdu toute raison de croire tente le diable et le blasphème : « Dieu n’est rien pour moi. Qu’il me frappe, je suis là ». L’héroïque panthère noire a été entendue malheureusement.

(7/10)

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« The singing club » (Military wives) de Peter Cattaneo

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“On connaît la chanson”  

Alors que leurs conjoints partent au combat en Afghanistan, les femmes restées à la base de Flitcroft cherchent une activité pour taire leur angoisse. Et si elles chantaient ?

Avoir épousé un ou une militaire n’a rien d’une sinécure. Ce sont des déménagements réguliers, des semaines d’éloignement et de solitude, puis cette crainte permanente que chaque sonnerie de téléphone ou coup à la porte soit annonciateur d’une douloureuse nouvelle. Avec l’expérience, Kate l’appliquée et la spontanée Lisa le savent bien. Elles tentent d’occuper les esprits en montant une chorale. Mais l’une a pour référence Mozart, alors que l’autre en appelle aux Beatles. De quoi érailler la mélodie.    

Le refrain est plus que connu. Les rivales qui se tomberont dans les bras, les timides qui étincellent sur scène, les blessures entrouvertes, la défaite avant le triomphe… Peter Cattaneo reprend la formule à succès de son Full Monty, tout en lorgnant du côté de Sister Act et de Brassed off. Mais sans le « divin » ni virtuosité, son film, réglé comme du papier à musique, ne transcende guère. Reste un duo d’actrices à l’unisson dans leur différence – Kristin Scott Thomas face à Sharon Horgan – et d’aimables parties chantées.    

6/10

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« Judy » de Rupert Goold

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“L’étoile filante”                                                          

En 1968, l’aura de Judy Garland s’est pratiquement éteinte aux États-Unis. Acculée, la star hollywoodienne finit par accepter de quitter sa famille pour une série de concerts donnés à Londres.

Au-delà de l’arc-en-ciel se dissimule une sombre réalité. Sur scène depuis l’âge de 2 ans, la petite fiancée de l’Amérique n’est plus qu’une ombre triste, un pantin désarticulé de 47 ans. Endettée, alcoolique et accroc aux médicaments qu’on lui a fait avaler depuis toujours, sa voix d’or s’est éraillée. Et c’est aujourd’hui pour la garde de ses deux plus jeunes enfants qu’elle se tient encore debout sous les projecteurs. Mais à quel prix ?

Le film raconte sans grand génie la tragédie de cette étoile filante à l’enfance volée. Il repose essentiellement sur la performance de Renée Zellweger, saluée à maintes reprises. L’actrice s’efface et semble retranscrire avec exactitude les mimiques excessives de la diva. Un travail virtuose, mais qui ne gagne en émotion que quand elle prend le micro pour chanter ou lorsque, en manque d’affection, elle s’invite chez deux de ses plus fidèles admirateurs. Loin des strass et des paillettes, l’icône malmenée redevient alors une femme simple et tendre.

6/10

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« La bonne épouse » de Martin Provost

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“Femmes libérées”                                                     

« Tu seras bonne épouse et bonne mère, ma fille ». Voilà ce qu’on enseigne principalement à l’école ménagère Van Der Beck ; cuisine, ménage, repassage, couchage… en sont les maîtres-mots. Mais quand Madame la Directrice Paulette perd Monsieur, c’est tous ses principes éculés à la veille de Mai 68 qui vacillent.

Il se dégage malgré tout un charme désuet de cette comédie enjouée et musicale dont le propos sérieux fait encore bien écho aujourd’hui. Ses ficelles ne sont pas toujours très fines et manipulent un trio de drôles de dames très proches de la caricature. Quant aux étudiantes archétypiques, elles paraissent bien ternes en comparaison. Néanmoins, sous un brushing impec’, Binoche passe de la boniche à la veuve joyeuse avec une certaine grâce. Et l’on retiendra cette savoureuse déclaration d’amour d’un Roméo à sa Juliette alsacienne déclamant la recette du strudel aux pommes.

6.5/10

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« La Reine des neiges II » de Chris Buck et Jennifer Lee   

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“L’appel de la forêt”

Alors que tout semble s’être apaisé à Arendelle, la reine Elsa est perturbée par une voix lointaine qui l’appelle à elle. Escortée par ses fidèles compagnons, elle s’en va à sa rencontre, explorant une forêt magique en lien avec le passé de ses parents décédés.

Face au milliard rapporté par le premier film, l’idée d’une suite ne pouvait que satisfaire la soif mercantile de l’oncle Picsou. Libérés et délivrés d’une mise en place toujours laborieuse, bénéficiant de personnages déjà connus et d’un peu de temps devant eux, les créateurs avaient tout pour réussir le doublé. Las, ils nous servent une histoire sans génie mêlant découverte des origines et d’un cinquième élément. Une quête où l’on se sépare pour mieux se retrouver. Sans oublier cette peur intrinsèque du célibat, propre à l’Amérique Disneyenne. Quant aux décors, baignant dans le kitsch et le new age, ils n’impressionnent guère, malgré le déluge équin final qui rappelle furieusement celui du Seigneur des anneaux. Mais le pire demeure l’avalanche vocale de fausses notes où chanter signifie hurler plus haut, plus fort et plus longtemps. Heureusement, aucune mélodie obsédante n’est à déclarer cette année.

Malgré ces nombreux bémols, il reste à sauver toute la poésie décalée du bonhomme Olaf, plus existentialiste que jamais. Et quand Kristoff se prend pour Justin Bieber, on se dit que Mickey sait aussi faire preuve d’une autodérision bienvenue.

5.5/10

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« Le Roi lion » (The Lion King) de Jon Favreau

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“RRRrrrr!!!”

La savane entière s’incline devant le petit Simba, fils de Mufasa et futur roi lion. Dans l’ombre, l’oncle Scar lui prédit un autre destin.

La technologie inédite ne peut qu’impressionner. L’effet de réel est tel qu’un temps d’adaptation s’avère presque nécessaire. Entre le film d’animation et le documentaire animalier, la frontière disparaît. Ainsi, la gêne opère quelque peu quand l’animal devient clown ou se met à fredonner. Mais on rugit aussi d’un plaisir nostalgique qui nous ramène 25 ans plus tôt, quand le 43e long-métrage de Disney marque toute une génération. Afin de se rapprocher au plus près de l’original, toute envolée créative est évitée en faveur d’une fidélité plan par plan. Si la musique et les chansons ont été réenregistrées, avec l’ajout « spirituel » de Beyonce pour juste briguer l’Oscar, rythmes et paroles sont les mêmes. Pas de quoi bouleverser les fans qui auront l’impression de feuilleter le bel album photo d’un safari fastueux tiré sur du papier glacé.

6.5/10

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« Yesterday » de Danny Boyle

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“All he needs is love”

Victime d’un accident lors d’une panne d’électricité mondiale, Jack Malik se réveille dans un monde où les Beatles n’évoquent que des coléoptères. Pour ce musicien sans succès, c’est l’occasion rêvée d’atteindre la gloire.

On a tous quelque chose en nous de John, Ringo, Paul et George… Ou n’est-ce qu’une illusion ? Les Beatles auraient-ils le même succès qu’hier s’ils débutaient aujourd’hui ? Les chansons font-elles l’homme où l’homme les chansons ? L’imposteur ne serait-il pas un gardien élu de la mémoire ? Des questions insolubles qui découlent de cette comédie au charme très britannique.

Le scénario improbable ne tient qu’à un fil et se contente d’un postulat sans l’ombre d’une explication. On s’amuse pourtant à chaque disparition découverte par la nouvelle star. Validée par la présence d’Ed Sheeran, la description des requins de l’univers musical réjouit de même et semble à peine caricaturale. Quant à l’aimable romance, elle souligne avec évidence que tout ce dont on a besoin, c’est de l’amour. Mais quand c’est Wembley qui fredonne cette mélodie du bonheur, on ne peut que vibrer avec.

7/10

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