« Le blues de Ma Rainey » (Ma Rainey’s black bottom) de George C. Wolfe

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(Film Netflix) “Bleu noir”

Un groupe de musiciens entre en studio dans le Chicago suant de 1927. Il s’apprête à enregistrer le nouvel album de la « Mère du Blues », Ma Rainey. Mais la star se fait attendre, tout comme Levee, le trompettiste qui rêve de succès et d’indépendance.

Dans l’ombre inquiétante d’une forêt courent essoufflées deux silhouettes. Des chiens aboient au loin. Des torches enflammées jalonnent leur chemin. La Géorgie de l’époque ne laisse guère de chance aux personnes de couleur. Mais si les jeunes fuyards accélèrent la cadence, c’est pour arriver à temps au concert donné par l’artiste.  

Au nord, ce petit monde se retrouve dans une pièce cloisonnée. Sous l’œil de Blancs avides de s’approprier leurs talents, les Noirs jouent, échangent et s’opposent. Discriminations, oppression, frustrations, ambitions sont évoquées dans un flux rapide et théâtral, pas toujours saisissable. Alors que Ma Rainey joue les divas pour garder un tant soit peu la mainmise sur sa voix très convoitée, Levee lui tient tête en voulant imposer ses chansons. Mais quelle autre issue pour lui qu’une porte ouverte sur une impasse ? Un duo porté par deux acteurs de choix : Viola Davis, grimée en ogresse prête à avaler tous les obstacles qui oseraient entraver sa route, mais surtout Chadwick Boseman, très amaigri, dans un dernier rôle annonciateur. Son personnage ayant perdu toute raison de croire tente le diable et le blasphème : « Dieu n’est rien pour moi. Qu’il me frappe, je suis là ». L’héroïque panthère noire a été entendue malheureusement.

(7/10)

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« The singing club » (Military wives) de Peter Cattaneo

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“On connaît la chanson”  

Alors que leurs conjoints partent au combat en Afghanistan, les femmes restées à la base de Flitcroft cherchent une activité pour taire leur angoisse. Et si elles chantaient ?

Avoir épousé un ou une militaire n’a rien d’une sinécure. Ce sont des déménagements réguliers, des semaines d’éloignement et de solitude, puis cette crainte permanente que chaque sonnerie de téléphone ou coup à la porte soit annonciateur d’une douloureuse nouvelle. Avec l’expérience, Kate l’appliquée et la spontanée Lisa le savent bien. Elles tentent d’occuper les esprits en montant une chorale. Mais l’une a pour référence Mozart, alors que l’autre en appelle aux Beatles. De quoi érailler la mélodie.    

Le refrain est plus que connu. Les rivales qui se tomberont dans les bras, les timides qui étincellent sur scène, les blessures entrouvertes, la défaite avant le triomphe… Peter Cattaneo reprend la formule à succès de son Full Monty, tout en lorgnant du côté de Sister Act et de Brassed off. Mais sans le « divin » ni virtuosité, son film, réglé comme du papier à musique, ne transcende guère. Reste un duo d’actrices à l’unisson dans leur différence – Kristin Scott Thomas face à Sharon Horgan – et d’aimables parties chantées.    

6/10

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« Judy » de Rupert Goold

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“L’étoile filante”                                                          

En 1968, l’aura de Judy Garland s’est pratiquement éteinte aux États-Unis. Acculée, la star hollywoodienne finit par accepter de quitter sa famille pour une série de concerts donnés à Londres.

Au-delà de l’arc-en-ciel se dissimule une sombre réalité. Sur scène depuis l’âge de 2 ans, la petite fiancée de l’Amérique n’est plus qu’une ombre triste, un pantin désarticulé de 47 ans. Endettée, alcoolique et accroc aux médicaments qu’on lui a fait avaler depuis toujours, sa voix d’or s’est éraillée. Et c’est aujourd’hui pour la garde de ses deux plus jeunes enfants qu’elle se tient encore debout sous les projecteurs. Mais à quel prix ?

Le film raconte sans grand génie la tragédie de cette étoile filante à l’enfance volée. Il repose essentiellement sur la performance de Renée Zellweger, saluée à maintes reprises. L’actrice s’efface et semble retranscrire avec exactitude les mimiques excessives de la diva. Un travail virtuose, mais qui ne gagne en émotion que quand elle prend le micro pour chanter ou lorsque, en manque d’affection, elle s’invite chez deux de ses plus fidèles admirateurs. Loin des strass et des paillettes, l’icône malmenée redevient alors une femme simple et tendre.

6/10

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« La bonne épouse » de Martin Provost

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“Femmes libérées”                                                     

« Tu seras bonne épouse et bonne mère, ma fille ». Voilà ce qu’on enseigne principalement à l’école ménagère Van Der Beck ; cuisine, ménage, repassage, couchage… en sont les maîtres-mots. Mais quand Madame la Directrice Paulette perd Monsieur, c’est tous ses principes éculés à la veille de Mai 68 qui vacillent.

Il se dégage malgré tout un charme désuet de cette comédie enjouée et musicale dont le propos sérieux fait encore bien écho aujourd’hui. Ses ficelles ne sont pas toujours très fines et manipulent un trio de drôles de dames très proches de la caricature. Quant aux étudiantes archétypiques, elles paraissent bien ternes en comparaison. Néanmoins, sous un brushing impec’, Binoche passe de la boniche à la veuve joyeuse avec une certaine grâce. Et l’on retiendra cette savoureuse déclaration d’amour d’un Roméo à sa Juliette alsacienne déclamant la recette du strudel aux pommes.

6.5/10

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« La Reine des neiges II » de Chris Buck et Jennifer Lee   

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“L’appel de la forêt”

Alors que tout semble s’être apaisé à Arendelle, la reine Elsa est perturbée par une voix lointaine qui l’appelle à elle. Escortée par ses fidèles compagnons, elle s’en va à sa rencontre, explorant une forêt magique en lien avec le passé de ses parents décédés.

Face au milliard rapporté par le premier film, l’idée d’une suite ne pouvait que satisfaire la soif mercantile de l’oncle Picsou. Libérés et délivrés d’une mise en place toujours laborieuse, bénéficiant de personnages déjà connus et d’un peu de temps devant eux, les créateurs avaient tout pour réussir le doublé. Las, ils nous servent une histoire sans génie mêlant découverte des origines et d’un cinquième élément. Une quête où l’on se sépare pour mieux se retrouver. Sans oublier cette peur intrinsèque du célibat, propre à l’Amérique Disneyenne. Quant aux décors, baignant dans le kitsch et le new age, ils n’impressionnent guère, malgré le déluge équin final qui rappelle furieusement celui du Seigneur des anneaux. Mais le pire demeure l’avalanche vocale de fausses notes où chanter signifie hurler plus haut, plus fort et plus longtemps. Heureusement, aucune mélodie obsédante n’est à déclarer cette année.

Malgré ces nombreux bémols, il reste à sauver toute la poésie décalée du bonhomme Olaf, plus existentialiste que jamais. Et quand Kristoff se prend pour Justin Bieber, on se dit que Mickey sait aussi faire preuve d’une autodérision bienvenue.

5.5/10

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« Le Roi lion » (The Lion King) de Jon Favreau

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“RRRrrrr!!!”

La savane entière s’incline devant le petit Simba, fils de Mufasa et futur roi lion. Dans l’ombre, l’oncle Scar lui prédit un autre destin.

La technologie inédite ne peut qu’impressionner. L’effet de réel est tel qu’un temps d’adaptation s’avère presque nécessaire. Entre le film d’animation et le documentaire animalier, la frontière disparaît. Ainsi, la gêne opère quelque peu quand l’animal devient clown ou se met à fredonner. Mais on rugit aussi d’un plaisir nostalgique qui nous ramène 25 ans plus tôt, quand le 43e long-métrage de Disney marque toute une génération. Afin de se rapprocher au plus près de l’original, toute envolée créative est évitée en faveur d’une fidélité plan par plan. Si la musique et les chansons ont été réenregistrées, avec l’ajout « spirituel » de Beyonce pour juste briguer l’Oscar, rythmes et paroles sont les mêmes. Pas de quoi bouleverser les fans qui auront l’impression de feuilleter le bel album photo d’un safari fastueux tiré sur du papier glacé.

6.5/10

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« Yesterday » de Danny Boyle

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“All he needs is love”

Victime d’un accident lors d’une panne d’électricité mondiale, Jack Malik se réveille dans un monde où les Beatles n’évoquent que des coléoptères. Pour ce musicien sans succès, c’est l’occasion rêvée d’atteindre la gloire.

On a tous quelque chose en nous de John, Ringo, Paul et George… Ou n’est-ce qu’une illusion ? Les Beatles auraient-ils le même succès qu’hier s’ils débutaient aujourd’hui ? Les chansons font-elles l’homme où l’homme les chansons ? L’imposteur ne serait-il pas un gardien élu de la mémoire ? Des questions insolubles qui découlent de cette comédie au charme très britannique.

Le scénario improbable ne tient qu’à un fil et se contente d’un postulat sans l’ombre d’une explication. On s’amuse pourtant à chaque disparition découverte par la nouvelle star. Validée par la présence d’Ed Sheeran, la description des requins de l’univers musical réjouit de même et semble à peine caricaturale. Quant à l’aimable romance, elle souligne avec évidence que tout ce dont on a besoin, c’est de l’amour. Mais quand c’est Wembley qui fredonne cette mélodie du bonheur, on ne peut que vibrer avec.

7/10

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« Rocketman » de Dexter Fletcher

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“Rhapsodie bohémienne”

La vie d’Elton John se distille en une comédie musicale rythmée par ses plus grands succès et ses désillusions personnelles.

« Je suis Elton Hercules John ! Je suis un alcoolique, accroc à l’héroïne et au sexe. Je suis un boulimique et un acheteur compulsif, incapable de gérer ses élans de colère ! », éructe le diable rouge aux plumes de feu qui vient enflammer une réunion de dépendants anonymes. Sommes-nous dans un purgatoire où siège le dernier jury en quête d’une confession ? L’homme aux lunettes en cœur ouvre les portes de son passé, le temps de chanter une enfance marquée par la musique et le désamour. La mère déçue et décevante affronte le père incapable de les prendre dans ses bras. « I want love » crie le gamin à l’oreille prodigieuse, capable de jouer parfaitement toute mélodie qu’il vient d’entendre. Dans cette nuit affective, une étoile est née.

Digne de Broadway, cette entrée en matière réjouissante rappelle qu’avant Elton John, il y avait Reginald Kenneth Dwight. Premiers bars, premières rencontres, changement de nom, premiers succès et du chagrin plein les yeux, la suite s’avère plus convenue. La destinée de la star évoque furieusement celle de Freddy Mercury, mise en scène à l’arrache l’an dernier par le même réalisateur. Malgré leur gloire internationale, les héros fatigués se retrouvent le plus souvent seuls au sommet d’une tour d’ivoire. La différence entre ces deux rhapsodies bohémiennes est que celle d’Elton se joue encore. « I am still standing » chante avec conviction l’acteur Egerton dans un final trop attendu et bien-pensant pour tout emporter.

6.5/10

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« Aladdin » de Guy Ritchie

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“Ce rêve creux”

Voleur au cœur pur, Aladdin sauve du pétrin la belle Jasmine, princesse incognito. Pour la séduire, il aura néanmoins besoin des lumières d’une lampe.

L’histoire est connue, énième épisode de la transposition mercantile d’un classique Disney en prises de vues réelles. Si Tim Burton parvenait dans son Dumbo à desserrer un tant soit peu le carcan solide de la firme en imposant sa patte gothique, Guy Ritchie demeure engoncé dans le modèle d’origine. Ses rares ajouts musicaux et écarts bollywoodiens ne convainquent pas non plus.

Il y avait pourtant quelque espoir en découvrant la caverne à tête de lion plus effrayante que dans le dessin animé. Rajah le tigre et le tapis volant réussissent également leur métamorphose. Le reste de la distribution ne fait que perdre en magie. Dans des décors kitsch et numériques, les héros sont fades, malgré les élans féministes plus marqués de Jasmine. Quant à leurs fidèles compagnons, singe et perroquet ont perdu tout leur humour. Quid enfin de Will Smith ? Plus très « fresh », le prince déçoit par une performance sage et terne. Pas de quoi faire oublier le génie Robin Williams. Les rêves bleus ont aussi une fin.

5/10

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« Guy » de Alex Lutz

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Quand j’étais chanteur”

Sous prétexte d’une série de portraits intimes, Gauthier prend la caméra pour filmer Guy Jamet, chanteur à succès dans les années 60. L’homme aux cheveux blancs serait en réalité son père.

Radio Nostalgie. Alex Lutz délaisse un instant son personnage de Catherine, pour revêtir la perruque et les rides d’une compilation entre Claude François et Michel Sardou. Surprise, le ton est juste et l’acteur-réalisateur, profondément sincère. Derrière le masque, l’effet est saisissant. Plus amusant que drôle, plus tendre qu’ironique, ce film touchant est un véritable hommage à toutes ces vedettes oubliées et aux amours filiales.

(7.5/10)

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Guy