« Baby driver » de Edgar Wright

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“Bla Blague Car”

Acculé par une ancienne dette, le jeune orphelin Baby n’a d’autre choix que de travailler pour Doc. Lors de braquages organisés, il met au service du mafieux, ses talents exceptionnels de pilote, mu par la vitesse et par la musique. Gare à la casse !

Visage poupin, lunettes noires et écouteurs greffés aux oreilles, Baby se tait le plus souvent. « On attend toujours ses premiers mots… D’où son surnom ! », ironise l’un de ses compagnons de route. Quitte à choisir, cautionnons davantage ce mutisme que les quelques dialogues à plat de ce film mêlant action pétaradante, romance naïve et semblant de comédie musicale, l’idée principale étant de synchroniser les assourdissants vroum, boum et bang attendus avec la playlist de l’as du volant. Mais le La La Land automobile espéré d’Edgar Wright n’est qu’un Bla Blague Car prépubère qui prend vite le mur. Les chansons choisies n’accrochent que le bitume des spécialistes. Quant aux caricatures qui servent de personnages, elles n’ont pas plus d’épaisseur qu’un pare-brise simple vitrage. Mais que fait la police ? C’est à se demander ce que viennent faire les télégéni(qu)es Frank Underwood et Don Draper dans cet accident ? Peut-être s’imaginaient-ils circuler sous la caméra de Nicolas Winding Refn qui avait su faire de Ryan Gosling, sur une chanson du groupe College, un véritable héros.

4.5/10

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« La La Land » de Damien Chazelle

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“Tout le monde chante I love you”

Dans la Cité des Anges virevoltent Mia et Sebastian. Elle, serveuse  aux talents d’actrice, et lui, pianiste épris de jazz. En dépit des auditions humiliantes qu’elle rate et des clubs sans âme dans lesquels il croupit, tous deux s’accrochent à leur rêve de réussite. Une histoire d’amour programmée ? Sauf que la vie n’est pas une comédie musicale.

Tout commence par un embouteillage monstrueux sur l’autoroute sinueuse de L. A. De voiture en voiture, les autoradios délivrent leur propre musique. Une conductrice fredonne quelques paroles, reprises soudain en chœur. La scène se transforme en un gigantesque « lip dup ». Bienvenue dans le monde enchanteur de la comédie musicale ! Pourtant, la fantaisie grince. Une image pas tout à fait léchée. Des effets exagérément appuyés. Quelques voix fluettes et pas assez posées. Un téléphone portable, une alarme incendie, une pellicule brûlée qui frustrent les baisers. Et ce doigt d’honneur marquant une première rencontre auquel fera écho bientôt ce coup d’épaule plus brutal que foudroyant. L’hommage aux classiques que l’on n’a pas oubliés sans forcément les avoir vus est bien là, là, là. Il ne durera que deux saisons, laissant une tache d’humidité au plafond annoncer les nuages qui s’amoncellent dans ce ciel trop bleu pour être vrai. Et si, si, si deux Américains allaient s’aimer à Paris ? On mettrait alors la capitale en bouteille. Proche de la parodie, le ton laisse place à une interprétation plus actuelle du genre. Sans le révolutionner, il le teinte d’une mélancolie douce et amère qui pourrait décevoir les plus rêveurs. Pourtant le charme opère, do, do, domine et emporte. Pas très à l’aise en danse et surtout en chant, le duo séduit en tant qu’acteurs. Et la mélodie de leur bonheur trottera longtemps encore dans la tête, une fois le rideau rouge retombé.

8.5/10

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« Vaiana, la légende du bout du monde » (Moana) de Ron Clements et John Musker

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“Le cœur de l’océan”

Alors que son île se meurt, Vaiana, l’intrépide fille du chef du village, s’embarque en cachette pour une traversée en solitaire au-delà des récifs. Sa mission, retrouver Maui le bravache et le contraindre à rendre à la déesse nature le cœur émeraude qui lui déroba en son temps. Un périple semé d’embûches.

Après l’Amérique, l’Europe, l’Afrique et l’Asie, il manquait au colon Disney de conquérir le continent océanien. C’est désormais chose faite avec cette histoire ancrée au cœur du Pacifique. D’emblée, c’est le visuel qui séduit. Rarement le maritime et le végétal n’ont été aussi éclatants à l’écran dans un film d’animation, de même que la qualité des visages offerts. On apprécie aussi la veine écologique défendue, ainsi que l’esprit d’indépendance de l’héroïne qui refuse d’être qualifiée de princesse malgré la robe et ses petits compagnons d’aventure, parmi lesquels le poulet le plus crétin qu’on ait jamais pondu. Un trait de caractère qui rappelle celui de son aînée, l’Écossaise Rebelle. Aucun fiancé potentiel à l’horizon ! Et ce n’est pas Maui, trop narcissique pour séduire, qui saurait jouer les charmants. Le reste répond au classicisme de la maison-mère entre un (trop) long récit initiatique, des dangers à surpasser et  une fin heureuse garantie. Le tout sur des chansons calibrées et mal traduites, sauvées cependant par les chœurs et percussions polynésiens accrocheurs.

7/10

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« Tous en scène » (Sing) de Garth Jennings

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“The chow-chow must go on”

Les affaires du producteur Buster Moon ne sont guère au poil. Créanciers à sa poursuite, machinistes ayant les crocs et théâtre en décrépitude. Il lui faut vite dénicher la bonne idée qui lui permettra de reprendre patte. Et s’il organisait un concours de chant ouvert à tous ?

Zootopie, Comme des bêtes, Le monde de Dory et les trente millions d’autres, force est de constater que l’animal inspire toujours les grands studios d’animation. Et quitte à rajouter d’artificielles chansons pour espérer glaner un Oscar supplémentaire, autant y aller franchement en prenant le taureau par les cornes. Ce qui nous donne un bestiaire peu ordinaire : un Lady Gragras à paillettes, une ménagère de moins de 50 ans rêvant de danser sa vie loin de ses 25 pourceaux, une éléphante à la tessiture de porcelaine et un « Sinatrat » jouant au chat et à la souris avec des ours. Mention spéciale au girls band de chow-chows japonais complètement hystériques. Chacun cherche sa belle voix – celles entre autres de Matthew McConaughey, Reese Witherspoon et Scarlett Johansson en version originale – pour mieux se révéler à la lumière des projecteurs. Au final, une ribambelle de saynètes réussies comme ces peaux de koala et de mouton astiquant un pare-brise sur le Nessun Dorma de Puccini, mais un certain manque d’harmonie une fois la scène quittée et le rideau retombé.

7/10

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« Into the woods » de Rob Marshall

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Il était une fois une comédie musicale qui pensait trouver la parade en mélangeant les grands contes classiques. « Chic ! » se dit le spectateur intrigué, imaginant Meryl Streep et Johnny Depp dans un numéro empli d’humour et de fantaisie lorgnant pourquoi pas vers l’impolitesse de Shrek ou, encore mieux, l’absurde des Monty Python… Las, celui-ci avait oublié que le chaste roi Disney était au pouvoir… Adieu audace et irrévérence ! Bonjour gloubi-boulga peu digeste, intrigue mal ficelée, musiques insipides et moralité attendue. Le film vécut 2 heures et fut vite oublié.

5/10