« The transfiguration » de Michael O’Shea

Critiques

“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Les fantômes d’Ismaël » de Arnaud Desplechin

Critiques

“Sueurs froides”

En bord de mer, le cinéaste Ismaël travaille avec passion à l’écriture d’un film d’espionnage. Dans sa tâche, Sylvia, sa bien-aimée, l’accompagne et le rassure. C’est alors que réapparaît Carlotta, son épouse disparue il y a plus de 20 ans et qu’il croyait morte.

Dans une scène clé du film, Ismaël, en quête de perspective(s), tire des fils entre L’Annonciation de Cortone et Les époux Arnolfini de Van Eyck. Symbole appuyé d’un auteur à la poursuite du sens depuis sa naissance jusqu’à son accouchement. Quelques scènes plus loin, une toile de Jackson Pollock honore un mur. Agent double et révélateur. Fidèle à son cinéma égocentré, Desplechin trouve le plus souvent un équilibre réjouissant entre son talent, ses doutes et les souvenirs de sa jeunesse. Il s’emmêle ici les pinceaux et tisse une toile enchevêtrée qui achève d’étrangler son spectateur. Les circonvolutions de son cerveau sont un dédale dans lequel on erre jusqu’à l’issue salvatrice. Celle-ci ne viendra ni des références shakespeariennes via le syndrome fantomatique d’Elseneur. Ni de son hommage à Hitchcock suscitant de froides sueurs plutôt que les « vertigos » de l’amour. Que de promesses non tenues hélas. Cette impression alors d’être à un repas de famille à laquelle nous n’appartenons pas. Honoré d’être convié à la table de l’hôte, on observe et écoute avec respect. Mais, au fil du temps, lassé d’être tenu à l’écart des conversations, la seule hâte qui résiste est celle de quitter la pièce.

5/10

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« Noces » de Stephan Streker

Critiques

“La mariée était en rouge”

A dix-huit ans, Zahira doit faire un choix. Garder ou non l’enfant qui grandit en elle. Dans l’absolu, elle serait prête à en épouser le père, musulman comme elle. Mais sa famille pakistanaise aujourd’hui en Belgique refuse, car la coutume n’accepte que le mariage arrangé.

Rouge est le fil qui tisse le voile que porte la jeune fille autour de son cou ou sur ses cheveux. Rouge comme cette cage d’escalier oppressante qui suscite vertiges et sueurs froides. Rouges comme les tuyaux lors d’un avortement éprouvant. Rouge comme le papier d’une lettre d’amour ultime. Rouge comme le sang qui jaillit du cœur. Les noces pour Zahira seront rebelles et funèbres. Éprise de liberté, elle ne se résigne pas à l’iniquité de sa situation. « La vie est injuste pour tout le monde », lui répond sa sœur aînée pour qui lutte et résistance ne seraient qu’une vaine souffrance. Soit elle accepte un fiancé inconnu resté au pays, soit c’est sa famille qu’elle abandonne dans la honte. « Vous ne pouvez pas comprendre » répètent souvent les personnages autour d’eux, tant les traditions qui guident chaque génération sont ancestrales. Même s’il faut bien « vivre avec son temps », puisque l’ironie des rencontres et des mariages s’effectuent aujourd’hui via Skype. Sans juger, le réalisateur expose les faits avérés d’une réalité difficilement saisissable et tragique – on joue Antigone en classe – avec tact et sensibilité, bien secondé par de jeunes acteurs aux tons justes.

7/10

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« High-Rise » de Ben Wheatley

Séances rattrapage

(Rattrapage“La tour infernale”

Robert Laing, séduisant chirurgien, emménage au 25ème  étage d’un gratte-ciel londonien révolutionnaire pour son époque, les années 70. L’immeuble est l’œuvre de l’architecte Anthony Royal qui séjourne au plus haut, alors que les appartements les plus modestes se terrent dans la pénombre de la base. Trois mois plus tard, l’idéalisme affiché de la tour a laissé place à l’Apocalypse.

Cette adaptation d’un roman dystopique rappelle L’ange exterminateur de Luis Buñuel qui prenait un plaisir malin à enfermer jusqu’à la déliquescence dans un salon ouvert des bourgeois incapables de mouvement. Le discours est proche, symbolisant la lutte des classes par les degrés plus ou moins élevés du bâtiment. Il suffit d’une panne d’électricité prolongée pour que le sentiment d’injustice et le mépris ambiant transforment l’humain en animal sauvage. La métaphore n’est pas nouvelle mais demeure digne d’intérêt. Néanmoins, la laideur jaunasse de l’ancrage seventies tient à distance tout comme les errances vaporeuses de la narration.

(6/10)

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High Rise

« Planétarium » de Rebecca Zlotowski

Séances rattrapage

(Rattrapage“Medium”

Laura et sa cadette Kate débarquent dans le Paris de la fin des années 30. Réputées pour leurs séances de spiritisme, elles se produisent dans des cabarets et attirent l’attention du producteur André Korben. Fasciné, il souhaite filmer les deux sœurs américaines.

Croire à ce que l’on ne peut voir et ne pas considérer ce qui se trame sous ses yeux. Soit l’extralucidité présumée d’un côté, mêlée à l’illusion cinématographique, et, de l’autre, l’antisémitisme rampant annonciateur de l’extermination prochaine. Quand le paranormal côtoie la réalité la plus sinistre. On remarque le charme du français encore hésitant de Natalie Portman. On s’intéresse avec curiosité à l’éclosion de Lily-Rose Depp. Mais on regrette le manque de magie de l’ensemble.

(6/10)

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Planétarium.jpg

« Corporate » de Nicolas Silhol

Critiques

“Ressources inhumaines”                                                                                                                 

DRH du secteur financier de la grande société Esen, Émilie Tesson-Hansen passe pour redoutablement efficace aux yeux de sa hiérarchie. Mais quand l’un de ses employés se suicide sur le lieu de travail, ce sont toutes ses convictions qui s’écrasent avec lui.

Si les personnages sont fictifs, les méthodes de management décrites sont réelles, annonce le film. Il est convenu de pousser l’employé à démissionner en lui faisant comprendre que c’est sa décision plutôt que de le licencier de manière franche. Analyser plus particulièrement le sournois de cette conduite et son pourquoi aurait été digne d’intérêt. On se satisfait ici de ses conséquences tout en faisant de la victime première un élément secondaire. Le réalisateur préfère mettre en avant la prise de conscience abrupte et tardive de la « responsable ». Dans ce rôle complexe qui ne suscite pas de sympathie évidente, Céline Sallette joue les rocs fragilisés. Contrainte dans ce monde d’hommes de gommer sa féminité, elle adopte une androgynie soulignée par des cheveux mi-longs, chemises masculines et sudation récurrente.  La caricature est frôlée. Son personnage gagne heureusement en profondeur dans les scènes sises hors de l’entreprise, les plus réussies. Au contact d’une inspectrice assidue ou en famille, contextes dans lesquels l’humain est encore considéré.

6.5/10

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« L’autre côté de l’espoir » (Toivon tuolla puolen) de Aki Kaurismäki

Critiques

“Les lumières de la vie”                                                                                                      

A Helsinki, Wikhström quitte sa femme alcoolique et son métier de représentant en chemises pour ouvrir un restaurant. Khaled a fui Alep en guerre pour une terre d’asile avec l’espoir d’y reconstruire sa vie. Deux chemins parallèles que le destin décide de croiser sur un coup de poing.

Le cinéma d’Aki Kaurismäki pourrait se définir comme l’enfant illégitime des frères Dardenne et de Chaplin, égaré dans un espace-temps indéfinissable marqué par l’esprit scandinave et les années 70. D’un côté, un sujet social lourd, ancré dans la contemporanéité de l’immigration, le rejet et l’élan solidaire qu’elle suscite. De l’autre, une légèreté dégageant de son mutisme un humour et une poésie désuets, mais rassurants. Un mélange hétéroclite qui peut déconcerter, tenir à distance. Entrecoupées d’intermèdes rock’n roll diégétiques, les saynètes font avancer l’histoire à leur rythme en jouant une partition douce-amère. Ombres et lumière, sourires et émotion marquent ce tempo adagio, dont le point d’orgue restera les sushis à la finlandaise.

7/10

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« Citoyen d’honneur » (El ciudadano ilustre) de Gastón Duprat et Mariano Cohn

Critiques

“Affreux, sales et pas gentils”

Daniel Montovani devient le premier écrivain argentin à remporter le Prix Nobel de littérature. Cet honneur, il le reçoit dans un discours faisant rimer reconnaissance et impudence. Quelques temps plus tard, il est invité à devenir citoyen d’honneur de Salas, patelin de son enfance sis au cœur de ses romans. Après hésitation, il accepte de retrouver celles et ceux qu’il a quittés en faveur de l’Europe, il y a quarante années.

La bande annonce suggérait une comédie fine et mordante dans la lignée des Nouveaux sauvages de Damián Szifrón, où apparaissait déjà l’acteur Oscar Martínez. Si les crocs se laissent entrevoir à travers les babines, l’humour vinaigré ne fait pas longtemps saliver. Rat des villes contre rats des champs, la confrontation entre le cynisme de l’intellectuel exilé et la candeur arriérée de ses anciens concitoyens est bien présente. En tant que fable caustique et cruelle, elle laisserait même supposer un contre-point intéressant à La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt. En vain, le déséquilibre est tel que le contraste en devient gênant et ne réserve pas le renversement espéré. Derrière ses lunettes, Montovani dégage une vanité plutôt subtile qui ne suscite cependant guère de sympathie. Sa maîtrise du verbe lui permet néanmoins de garder l’ascendant sur les ploucs d’en face qui ne s’expriment que par la bêtise, la convoitise et une violence exacerbées. Le prétexte final de la fiction satirique est certes esquissé sans parvenir à excuser l’ensemble.

5/10

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« Divines » de Houda Benyamina

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Bande de filles”

Dounia et sa meilleure amie Maimouna rêvent d’une vie faite de luxe et d’argent facile qui les éloignera au plus vite des horizons bouchés de leurs banlieue et bidonville. Seule solution à leurs yeux, se lancer dans le trafic de drogue, au risque de se brûler les ailes.

Elles ont la tchatche, la haine et du « clito » à revendre. Le duo improbable fonctionne sans peine et nous emporte dans sa fougue comique et ses excès dramatiques. La réalisatrice temporise heureusement le chaos par l’art salvateur de la danse et de la musique classique. Un premier film énergique et plein de promesses, justement remarqué, justement récompensé.

(7.5/10)

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Divines

« Sage femme » de Martin Provost

Critiques

“Les reines Catherine”

Très appliquée et impliquée dans son métier de sage-femme, Claire apprécie son existence solitaire, mais bien rangée. Un matin, de retour d’une nuit de labeur, elle découvre un appel en absence sur son répondeur. Béatrice, l’ancienne amante de son père, souhaite la revoir après trois décennies d’absence. Avec elle, un pan douloureux de son passé ressurgit alors.

Terrienne, travailleuse dévouée et posée, Claire est une fourmi qui a su se satisfaire de ce qu’elle obtient de ses propres mains. Mettre au monde les enfants des autres. Cultiver son jardin avec un bonheur fier. Cigale aérienne et volage, Béatrice a profité de la vie qu’elle s’est choisie au risque de blesser les siens et de se brûler les ailes. Elle joue, fume, boit, mange avec voracité. En serait-elle moins sage ? L’opposition attendue ne réserve que peu de surprises et se démarque avant tout par la première rencontre à l’écran entre les reines Catherine Frot et Deneuve, bien à leur place. Complémentaires et complices, toutes deux élèvent cette histoire quelque peu désuète, mais pleine de délicatesse qui, entre deux baisers volés, fait valser Éros et Thanatos. Un film hommage aussi de la part du réalisateur dédié à une profession magnifique et malmenée qui lui donna la vie et la sauva.

6.5/10

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