« Un vent de liberté » (Varoonegi) de Behnam Behzadi

Critiques

“Sous un ciel voilé”

La mère de Niloofar est malade. La pollution qui surplombe quotidiennement Téhéran pourrait même la tuer. Il lui faut quitter la capitale sans attendre et vivre en campagne. La cadette est alors désignée pour l’accompagner. Adieu l’urbain, son atelier de couture et ce doux prétendant auquel elle voudrait s’attacher. Niloofar, qui ne veut pas abandonner sa vie, refuse.

L’ombre d’Asghar Farhadi plane sur le cinéma iranien. Une source d’inspiration prestigieuse, certes, mais un haut poids de référence à la comparaison délicate. Les thématiques sont très proches. Un imbroglio familial dans lequel les ni très bons ni mauvais quêtent une issue, campés sur leurs légitimes positions. La pression imposée aux générations qui suivent et qui suivront. Le rôle des femmes, moteur brimé et rugissant de toute une société oppressante. Manque la sophistication à l’extrême du maître adoubé dans l’écriture et la réalisation qui éloigne des hauteurs vertigineuses cette histoire digne d’intérêt.

6.5/10

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« L’heure d’été » de Olivier Assayas

Séances rattrapage

(Rattrapage“Se souvenir des belles choses”

Sous un soleil généreux, Hélène fête ses 75 ans dans la maison familiale entourée de ses enfants et petits-enfants. Depuis toujours, elle est la gardienne d’une collection hommage à son oncle, peintre célèbre et coté. Qu’adviendra-t-il de tout cela lorsqu’elle s’en ira ?

La valeur artistique d’un objet est-elle plus importante que son utilité ou le souvenir affectif qu’on lui porte ? Sans esclandre ni conflit inutile autour de la notion même d’héritage, Olivier Assayas s’interroge sur la mémoire liée aux jolies choses avec une douceur infinie. A l’image d’une nuit d’été.

(7.5/10)

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« Dunkerque » (Dunkirk) de Christopher Nolan

Critiques

“Il faut sauver les soldats Ryan”

Mai 1940, près de 400’000 soldats des troupes alliées se retrouvent encerclés par les forces allemandes sur la côte dunkerquoise en France. Ils attendent et espèrent une délivrance, un miracle.

L’ennemi est partout. Qu’il soit sur terre, navigue en mer ou vienne du ciel, il transforme le bouclier d’un cockpit ou d’une cale de bateau en un piège fatal. L’eau devient feu et consume les naufragés. La mort rôde et s’empare des moins résistants, des moins chanceux. Le chevalier noir Nolan, sur les rythmes d’un Hans Zimmer inspiré, compose un requiem aux paroles rares et dans lequel les balles jouent les percussions. Usant du montage alterné et parallèle, il permet à la tension de monter pour ne plus nous lâcher. Et, en dépit de quelques fausses notes – discours orienté et parfois confus –, l’émotion se déverse quand riment ensemble héroïsme et humanisme. « Nous ne sommes que des survivants » déploreront pourtant certains rescapés de retour au bercail. « C’est déjà bien » leur fait-on comprendre. Car vivre en temps de guerre requiert du courage.

8.5/10

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« Eté 93 » (Estiu 93) de Carla Simón

Critiques

“La fin de l’innocence”

Devenue orpheline, Frida, 6 ans, est accueillie dans la campagne catalane par son oncle, sa femme et leur petite Anna. Une famille recomposée malgré elle, en quête d’un nouvel équilibre.

Boucles noirs, pieds nus, sourire espiègle, Frida ressemble à une Heidi espagnole. Sa mère est morte dans des circonstances qu’on préfère lui taire, par crainte et par honte. Comment comprendre dès lors et faire son deuil ? La fillette se tait, boude, provoque, mais ne pleure pas. Comme si ce drame la contraignait de grandir trop vite. La fin de l’innocence et de l’insouciance pour ainsi dire symbolisée aussi par l’apparition de la maladie. Tournée à hauteur d’enfant, l’œuvre repose sur ses deux jeunes comédiennes étonnantes. Leurs échanges et jeux tournés en plans-séquences sont des bulles de fraîcheur dans la langueur estivale. Avec retenue, la réalisatrice reconstitue une histoire et une époque qui lui sont très personnelles. Malgré la mort en arrière-plan, elle nous offre une régression nostalgique en pente douce, comme à la vue d’un vieux film de vacances retrouvé.

7/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

Critiques

“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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CinéKritiK : « Song to song » de Terrence Malick

Critiques

“Les chansons d’amour”

Le cœur de Faye vacille entre BV, chanteur en devenir, et Cook, producteur important de la scène musicale. Séduction, sentiments croisés, brûlures et culpabilité.

Elle désire vivre sa partition, portée par un vent de liberté, chanson après chanson, baiser après baiser. Mais le sexe, la drogue et le rock’n’roll ne sont que des jouissances furtives, des bonheurs illusoires. Le trio en apesanteur finira par atterrir. Devenu quatuor, il perd l’instabilité intrinsèque à son équilibre fragile. Les élans impressionnistes de Malick sont magnifiques. Son casting quatre étoiles, orné de caméos prestigieux, a tout d’une suite luxueuse. La beauté imagée enlace, délasse et lasse hélas. De cette histoire fragmentée, intemporelle, il ne reste que quelques notes. Telles ces perles tombées du collier porté par Cate Blanchett qui se casse et se délite pour laisser un écrin vide.

6/10

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« Une femme fantastique » (Una mujer fantástica) de Sebastián Lelio

Critiques

“Talon aiguille”

Malgré leurs différences, Marina et Orlando s’aiment entre sincérité et discrétion. Une nuit, l’homme plus âgé meurt d’une rupture d’anévrisme. Une disparition brutale et des écueils engendrés auxquels devra faire face dans la dignité celle que ses papiers appellent encore Daniel.

Ses yeux méfiants, sa fine bouche, son visage carré, sa poitrine naissante, sa voix de castra quand elle devient lyrique. L’héroïne provoque autour d’elle fascination et rejet. Déesse pour son amant amoureux, monstre et chimère pour ses rivaux, corps à décortiquer pour la brigade des mœurs,  juste humaine pour d’autres. Ce film chilien joue sur la confusion des genres passant de la romance au drame psychologique, teinté de fantastique et de faux thriller policier. Dans une scène étonnante, l’hermaphrodisme de cette femme en devenir lui permet d’enquêter dans des espaces réservés à l’un et l’autre sexe. L’idée interpelle mais débouche sur un cul-de-sac. Manque ici peut-être la flamboyance qu’aurait eue Almodovar, influence évidente du réalisateur.

7/10

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« Les hommes du feu » de Pierre Jolivet

Critiques

“C’est beau… de loin”

Bénédicte est engagée en tant qu’adjudant-chef au sein d’une caserne dans le Sud de la France. Un quotidien professionnel et personnel toujours en alerte, rythmé par les incendies et les urgences.

Dans une première séquence cocasse et symbolique, une partie de l’équipe se jette sur deux petits escrocs se faisant passer pour eux. Elle finit par les laisser repartir en chaussettes et en caleçon. « C’est nous les vrais ! » confirment-ils haut et fort à un témoin quelque peu sceptique. L’approche du métier par Pierre Jolivet se veut donc réaliste et documentée. Etre pompier aujourd’hui a tout du sacerdoce et du sacrifice. Ces hommes et ces femmes sont contraints de savoir maîtriser le feu, les accidents, les suicides, les accouchements, la haine de l’uniforme, le machisme ambiant pour elles, les horaires irréguliers, tout en maintenant le plus souvent une vie de famille. L’hommage du cinéaste et de ses acteurs à ces héros très humains paraît sincère. Dommage qu’une trop grande succession de scènes touchant à l’artifice – la lettre de démission après deux jours, la leçon donnée au jeune pyromane en manque de (re)pères, la colère publique d’une épouse trompée… – l’éloigne de la flamboyance.

6/10

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« Le dernier vice-roi des Indes » (Viceroy’s house) de Gurinder Chadha

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“Independence Day”

En 1947, l’Anglais Louis Mountbatten est nommé vice-roi et gouverneur général des Indes. Sa mission d’importance et périlleuse est de permettre au pays de gagner son indépendance.

L’histoire serait écrite par les vainqueurs. Qu’en est-il quand il n’y en a pas ? A Delhi, les centaines de domestiques du palais royal, bientôt gouvernemental, s’affairent pour accueillir dans l’or et l’opulence, le Lord et sa famille. Un occupant britannique en partance, affaibli par des années de guerre et de rationnement au point de saliver devant un poulet apprêté pour un chien. Cette inversion étonnante du rapport de force n’est qu’une illusion et la réalité indienne plus complexe et douloureuse. La liberté a un prix pour ce pays aussi vaste et peuplé qu’un continent, gangrené par les conflits religieux, l’illettrisme et la mortalité enfantine. Unicité ou répartition ? Hindous, Sikhs et Musulmans opposent leur point de vue. En coulisse, Churchill préconise la création de deux États, à l’image de l’Irlande et de la Palestine. En conséquence, le plus grand exode de l’humanité – 14 millions de migrants sur les routes dont 1 million n’atteindra jamais la destination choisie. Le film met en lumière ce pan de l’histoire peu connu des non-initiés. La réalisatrice d’origine indienne le raconte avec efficacité. S’inspirant peut-être du procédé utilisé par Robert Altman dans Gosford Park et repris dans la série à succès Downton Abbey – à qui elle emprunte son acteur principal Hugh Bonneville – elle fait se refléter sur les serviteurs les enjeux des délibérations dirigeantes. On lui pardonnera ses élans romantiques qui digressent pour retenir la qualité soignée de l’ensemble.

7.5/10

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« Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Critiques

“Lignes de vigne”

Après avoir parcouru le monde et construit une vie en Australie, Jean revient dans le domaine viticole de sa famille. Il y retrouve sa sœur et son frère au chevet de leur père malade. Que deviendra l’exploitation après lui ?

Fait-il bon vivre en région bourguignonne ? Les saisons défilent, le temps passe et lasse. Liens du sang et lignes de vigne. On serre les rangs et les coudes face à une adversité peu marquée et guère marquante : un héritage, un voisin, une épouse et des beaux-parents. On a connu et aimé un Klapisch plus inspiré, plus créatif, plus subtil. Il nous offre un millésime aimable, mais peu charnu. Pas de quoi susciter raisins de la colère ni fruits de la passion.

6/10

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