« La route sauvage » (Lean on Pete) de Andrew Haigh

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“Lonesome cowboy”                                

Charley, quinze ans, s’attache vite à Lean on Pete, le cheval de course dont il s’occupe avec soin. Quand il apprend que l’animal, jugé trop vieux, va être bientôt abattu, il s’enfuit avec lui.

Il court, il court, le garçon, après la vie, qui n’a guère été tendre. Une mère partie, un père instable, peu d’éducation ni de quoi manger à sa faim. Le jeune homme s’échappe alors pour rejoindre sa tante dans le Wyoming, au souvenir de laquelle il se raccroche avec ferveur. Comme aux rênes qui le rattachent à son unique compagnon.

La conquête de l’Ouest n’est aujourd’hui plus qu’un vague fantasme. Le rêve américain a fait place à la désillusion. Les héros sont fatigués, tristes. Le chemin du retour, vers un refuge hypothétique, sera long et périlleux.

Moins fort et puissant que The rider de Chloé Zhao, western tout aussi désenchanté, le film de l’Anglais Haigh révèle surtout un nouveau talent : Charlie Plummer, pauvre cowboy solitaire.

6.5/10

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« Hostiles » de Scott Cooper

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“Les revenants”                                

Le capitaine Blocker accepte, à contrecœur, d’escorter le chef de guerre Faucon jaune, jusqu’au Montana. Après sept années de captivité, il est permis au vieux Cheyenne malade de retrouver sa contrée d’origine pour y mourir. Mais, en ces temps hostiles, le périple sera impitoyable.

Savoir faire alliance avec l’ennemi. Pardonner à ceux qui ont massacré les siens. Abandonner la haine et la vengeance, pour fumer le calumet. Qu’ils soient cowboys, Indiens, soldats, civils, hommes ou femmes, c’est ensemble que ces survivants pourront se reconstruire.

Ce beau western, frôlant parfois l’emphase, rappelle la violence sur laquelle se sont érigés les Etats-Unis. Son message est limpide : ne pas regarder en arrière, mais avancer dans la bonne direction, marcher au-delà des différences, pour espérer transformer cette terre de sang en terre promise.

6.5/10

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« The rider » de Chloé Zhao

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“On achève bien les chevaux”                                

Une chute brutale et un coup de sabot terrible. Brady se réveille, une plaque métallique greffée dans le crâne. S’il se remet en selle, le rodéo et l’équitation pourraient le tuer.

C’est un sport d’une rare violence, qui fait de l’homme, un mannequin désarticulé, agrippé au dos d’un cheval devenu fou. Quelques secondes suffisent alors pour emporter les rêves d’une gloire espérée. Le rodéo, c’est la vie, pas le paradis.

Le jeune Sioux Bradley est une flèche brisée. L’existence ne lui a fait aucun cadeau : une mère morte, un père joueur, une petite sœur handicapée et son meilleur ami, aujourd’hui paraplégique. Son seul bonheur, il le consume en murmurant à l’oreille des chevaux.

Le constat fait craindre le misérabilisme. D’autant plus que, des personnages à leurs histoires, tout est dit vrai dans ce western désenchanté. La réalisatrice évite le piège tendu en sublimant la beauté des paysages et l’amour qui demeure entre tous ces cabossés. Mais, c’est dans les scènes associant l’homme à l’animal qu’elle parvient à nous voler des larmes. On achève bien les chevaux.

7.5/10

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« The third murder » (Sandome no satsujin) de Hirokazu Koreeda

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“Le jeu de la vérité”                                

Un homme en assomme un autre, asperge son cadavre d’essence et le brûle. Récidiviste au lourd passé, Misumi avoue le crime. Mais son principal avocat doute et reprend l’enquête pour éviter à son client, la peine de mort.

Le Japonais Koreeda a su séduire par ses chroniques familiales, bouleversantes de sensibilité. En s’attaquant au thriller, il désamorce les codes du genre en imposant sa touche et ses batailles : des parents absents ou trop présents qui aiment mal leurs enfants ; une délicatesse qui retient la violence la plus brute en hors-champ ; et ce suspens construit uniquement sur la parole. De quoi surprendre, déstabiliser et plaire.

Témoignages, plaidoiries et scènes essentielles de parloir dictent le film et en limitent l’action. L’accusé, ses défendeurs, la procureure et les juges nous entraînent dans un jeu de manipulations. Qui croire ? L’image peut mentir autant que les discours. Au centre de ce labyrinthe trouble, le spectateur doit choisir un chemin au bout duquel il espère trouver sa vérité.

7/10

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« La mort de Staline » (The death of Stalin) de Armando Iannucci

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“Marx attaque”                                                           

Lorsque Staline meurt en 1953, victime d’une attaque cérébrale, la panique s’empare de sa garde rapprochée. Qui gagnera la guerre de succession sans perdre la vie ?

Et si l’on prenait le parti de rire de la terreur exercée sur son monde par le Petit père des peuples ? Survolant son cadavre encore chaud, ses vautours de ministres luttent becs et serres acérées pour s’emparer du pouvoir. Les balles fusent autant que les bons mots (en anglais hélas). Derrière leurs moustaches ou lunettes, et malgré le sang qui dégouline sur chacune de leurs mains, les ambitieux Malenkov, Beria, Molotov et Khrouchtchev passeraient presque pour les frères Marx.

Cette farce, adaptée de la bande dessinée documentée du même nom, mêle l’absurde au noir le plus dense. La caricature suscite dès lors un semblant de malaise en apparaissant plus fidèle à la vérité historique qu’un manuel scolaire russe. Peu enclin à voir ses mythes égratignés, le Kremlin de Poutine a d’ailleurs interdit le film sur son sol.

6.5/10

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« Dans la brume » de Daniel Roby

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“Sur les toits de Paris”                                                

Mathieu vient tout juste de retrouver Anna, son ex-femme, et Sarah, leur enfant-bulle, quand un tremblement de terre secoue Paris. Une brume menaçante envahit la capitale. Comment survivre ?

Colère vengeresse de Mère Nature, attaque terroriste symbolisée ou embouteillages monstrueux signés Anne Hidalgo ? Libre à chacun de donner sens à ce brouillard dévastateur avalant les grands boulevards et places connues. Seules échappatoires, Montmartre, les tours et les hauts étages haussmanniens.

Les effets spéciaux sont plaisants à découvrir, esthétiquement beaux. Les toits de Paris apparaissent telles des îles fragiles dans un océan de mort. Après une entrée en matière sans fioritures, l’histoire peine cependant à décoller. Les approximations scénaristiques et dans le jeu des acteurs maintiennent l’ensemble au sol. Il est difficile de croire qu’une fumée aussi toxique puisse épargner mains, visages et yeux laissés sans protection.

Quand la France s’essaie au film catastrophe, elle le fait avec une certaine grâce poétique, mais sans l’efficacité américaine.

5/10

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« Madame Hyde » de Serge Bozon

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“L’effet Huppert”                                                       

Professeure de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil peine à se faire entendre et respecter. Jusqu’au jour où un éclair – de génie ? – s’abat sur elle.

Il n’a l’air de rien ce petit bout de femme rabougri, écrasé par l’indiscipline de ses élèves et sa propre incompétence pédagogique. Pas de transformation foudroyante non plus après ce soir d’orage, mais un courant électrique qui incendie ses veines, la nuit venue. L’enseignante gagne en confiance au point d’en devenir dangereuse.

Dans ce rôle « hupperisé », Isabelle brille en dame blanche incandescente, enflammant élèves et chiens de son aura. A ses côtés, Romains Duris étincelle en proviseur à la mèche comique. Quant à José Garcia, il brûle d’émotion en époux discret, transi d’amour. Mais, le reste de la distribution, faible et peu à son aise, tient à distance par un effet de théâtralisation non convaincant.

Ce mélange hétéroclite d’humour absurde, fantasque fantastique et gravité, trouble le message. Conte farfelu ou cri d’alarme sur l’éducation nationale et une jeunesse en manque de repères, on ne sait sur quel pied maintenir un équilibre. Cette potion détonante finit par nuire à l’expérience.

5.5/10

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s

« Le teckel » (Wiener-dog) de Todd Solondz

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Chienne de vie”

Un teckel est adopté par un couple dont le petit garçon est en rémission. Après être passé entre les mains de différents maîtres, le chien accompagne une vieille femme malade.

Que l’Amérique de Todd Solondz semble usée, hantée par des tristes sires écrasés par l’existence. Le réalisateur dit « misanthrope » enchaîne les portraits tenus en laisse par une saucisse sur pattes. Un hot dog bien plus moutarde que ketchup, duquel se dégage néanmoins une grande humanité. Mais pas de quoi fouetter un chat !

(5.5/10)

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Le teckel

« Chien » de Samuel Benchetrit

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“Plein la gueule”                                                          

La femme de Jacques lui annonce qu’elle est allergique à lui. Il quitte alors la maison, perd le chihuahua qu’il vient d’acheter et son travail dans la foulée. Acculé, l’homme trouve un semblant de réconfort dans une animalerie.

La vie serait-elle plus belle dans la peau d’un chien ? Ne plus penser, obéir simplement, échanger quelques léchouilles contre de vraies caresses. Une échappatoire à cette société plus dure que de la pierre. Une fuite bien moins absurde qu’il n’y paraît.

Bretelles d’autoroute et centrale nucléaire pour seul horizon, zones industrielles et commerciales désertées, que la banlieue décrite par Benchetrit inspire la déprime. Mais son regard sur le monde reste acéré. Avec ses yeux tristes de basset battu, Vincent Macaigne incarne idéalement cet être soumis qui brade son humanité pour quelques instants d’attention. Longtemps incapable de montrer les crocs et mordre l’injustice de sa situation, il suscite de l’empathie et le malaise. Faussement rassurante, plus belle est la fin qui se « métamorphose » en fable poétique.

6.5/10

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« Moi, Tonya » (I, Tonya) de Craig Gillespie

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“Sport de combat”                                                      

Si les fées s’étaient penchées sur son berceau, elle aurait pu devenir la plus douée des patineuses de sa génération. Mais un destin forcé fit de cette fille modeste une personnalité haïe de tous les Etats-Unis. Voici l’histoire, à peine romancée, de Tonya Harding.

En 1994, année olympique, le monde entier se passionne pour ce fait divers qui monopolise la une des médias voraces durant de trop longues semaines. Les « Why me » désespérés de Nancy Kerrigan, le genou tuméfié suite à un coup de matraque, déchirent les écrans de télévision. Très vite, sa rivale sportive, Tonya Harding, est accusée d’avoir fomenté l’agression. Princesse des neiges contre reine de la glace, l’affiche en noir et blanc attise les esprits voyeurs.

Ce documentaire-fiction marqué par un humour sombre évite le duel annoncé en se concentrant à bon escient sur la personnalité de Tonya ; une pauvre gamine, violentée dès son plus jeune âge par sa sorcière de mère, à laquelle succède un époux brutal. Battue pour devenir une battante, justifie-t-on maladroitement. Dans un univers si cloisonné, Tonya, athlétique, grossière et misérable, n’a jamais eu les strass et paillettes nécessaires pour accomplir son rêve américain. Seul le rôle de la méchante lui était promis.

A l’aise dans ses patins, Margot Robbie lui redonne de la hauteur et quelques couleurs, évitant ainsi au film de chuter dans la farce trash ou tragique.

6.5/10

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