« Beckett » de Ferdinando Cito Filomarino

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(Film Netflix) “Le touriste”   

Beckett et April passent quelques jours de vacances en Grèce. Un accident de voiture emporte tragiquement la jeune femme. Se sentant responsable, son compagnon effondré revient sur les lieux du drame. C’est alors qu’il est pris pour cible.

Que la traque commence ! Endeuillé, le touriste américain se retrouve malgré lui en plein milieu d’un imbroglio qu’il ne maîtrise aucunement. Policiers corrompus, complot politique, kidnapping, passants armés, et s’il était plus qu’une proie innocente ?

Confronté aux dialogues non traduits entre locaux, le spectateur se retrouve dans la même incompréhension que le personnage. Tout regard insistant et main tendue deviennent suspects. De quoi faire monter la tension. Bien loin de la carte postale attendue, la belle hellène devient une terre d’accueil piégée, exsangue en raison des sanctions économiques européennes et des rivalités internes. Dommage que la démonstration tourne à l’exagération avec ce simple vacancier super-héroïque cherchant à travers tout un pays à se sauver lui-même.  

(6.5/10)

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« Benedetta » de Paul Verhoeven

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“La religieuse”  

Dans l’Italie du XVIIe siècle, la jeune Benedetta entre dans les ordres. Affirmant être élue de Dieu, elle deviendra une mystique vénérée par certaines et abhorrée par d’autres.

Dissimulée dans l’ombre d’IsabElle Huppert, Virginie Efira jouait sous l’œil de Paul Verhoeven une bigote cruche qui, en une phrase finale, s’illuminait d’une ambiguïté perverse. Le Hollandais violent sous le charme choisit de béatifier l’actrice belge cinq ans plus tard.

Bible, sexe et sang, de quoi alimenter sans peine un cocktail batave explosif et placer Benedetta au panthéon des femmes fatales qu’affectionne tant le réalisateur. Mais, en dépit d’un personnage historique sulfureux et de comédiennes investies, l’hérésie annoncée ne renverse guère. Oscillant entre le baroque et le gothique, elle suscite davantage le rire que le malaise. Sainte vierge éblouie ou putain manipulatrice, l’héroïne se dévergonde dans un univers kitsch aux allures parfois grotesques. Son époux spirituel, le preux chevalier Jésus, ressemble à un fidèle de Kaamelott. Les crises de foi de la possédée ne font aucunement craindre l’apparition de l’exorciste. Quant aux étreintes charnelles entre les murs du couvent, elles rappellent quelques clichés érotiques liés au genre laissant les nonnes s’émoustiller gaiement. La relation entre la blonde virginale et son double inversé Bartolomea, brunette provocante, aurait mérité davantage de trouble et de mystère. Si l’humour et l’ironie caractérisent également le cinéma de Verhoeven, on l’avait connu plus subtil dans sa quête du sacrilège et les questions qu’il nous infligeait. Une déception donc qui n’engage pas à la crucifixion de l’homme ni à sa canonisation.

(5.5/10)

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« Annette » de Leos Carax

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“Big Bazar”  

Ils ont tout pour être heureux, Ann et Henry. Elle est une cantatrice adulée et lui un humoriste à succès. Annette, fillette unique, va bientôt naître et couronner leur amour. Mais le ver est dans le fruit.

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer. Si vous voulez rire, pleurer, vibrer, bâiller ou péter, faites-le de manière discrète… Retenez votre souffle et plongez dans un univers à la folie des grandeurs. Le chef d’orchestre Carax est aux commandes et se met en scène pour nous accueillir : « So, may we start? »

Cette entrée en matière méta réjouit. A la partition, au micro et à l’initiative du projet, les Sparks entonnent un opéra glam rock qui tiendra 139 minutes, sauvant le film d’un possible naufrage. En un plan-séquence, les comédiens principaux les accompagnent avec simplicité dans les rues d’un « La La Land » proche d’Hollywood et de Broadway. Mais le couple star se sépare, moto contre limousine, et part dans une direction opposée. Adam Driver a pour mission de nous faire mourir de rire par ses bons mots ou des chatouilles. Impossible pour l’excellent acteur. Plombé par l’échec, il remet son masque de Dark Vador pour qu’Angèle lui balance son quoi en quelques notes. A l’opposé, Eve Cotillard croque la pomme en agonisant tous les soirs sur scène et sous les applaudissements. Ne pouvant être la hauteur, la Française appliquée est doublée pour les parties lyriques. Le décalage déçoit et maintient à distance. Opposition entre art élitiste et populaire, affres de la célébrité, besoin de reconnaissance, violences faites aux femmes, baby blues et exploitation des enfants marionnettes…, le roi Leos varie les thèmes, mais ne fait que les survoler. Mélange des genres entre tragédie musicale, romance appuyée, Titanic, le fantôme de l’opéra, concert pop assombri de meurtres et d’un procès. Ce big bazar conceptuel et visuel jongle avec la beauté et le grotesque. Quand cette scène touchante apparaît enfin, le temps pour une fillette de faire la leçon à son père vaincu. « Stop watching me », implore-t-il alors. Le rideau se referme, le spectacle est terminé, bonne nuit !

(6.5/10)

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« Master Cheng » (Mestari Cheng) de Mika Kaurismäki

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“Dessert sucré” 

Cheng et son fils entrent dans le restaurant du bord de route de la blonde Sirkka. L’homme est à la recherche d’un certain Monsieur Fongtron. Plus tard, lorsqu’un groupe de touristes chinois en rade débarque, il propose ses services en tant que cuisinier professionnel. Ses plats raffinés émoustilleront ce petit coin de Laponie.

On imagine sans peine le décalage culturel démarquant la saucisse-purée flasque finlandaise des nouilles sautées asiatiques appétissantes. A l’écran, l’opposition manque pourtant de goût et de piquant, préférant nous servir un beignet bien mielleux. Le « top chef » est très vite adopté par les pères Noël bourrus du village. Sauna et tai-chi-chuan semblent si bien aller ensemble. Quant à la belle tenancière solitaire, elle est évidemment sous le charme de ce papa perdu. Tout coule sans anicroches ici, comme l’eau silencieuse d’un lac serein sous le soleil de minuit. Et si la police met son grain de sel, c’est uniquement pour faire de la figuration. Loin de la saveur aigre-douce des sushis de son petit frère Aki – L’autre côté de l’espoir – Mika chante une douce sérénade, trop sucrée pour les papilles.

(5.5/10)

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« Drunk » (Druk) de Thomas Vinterberg

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“L’ivresse de pouvoir”  

Selon un obscur psychologue norvégien, l’homme serait né avec un déficit de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang. Combler ce manque lui permettrait de gagner en confiance et joie de vivre. Martin et ses collègues enseignants décident d’appliquer cette théorie à leur quotidien monotone.

« Boire un petit coup c’est agréable, boire un petit coup c’est doux, mais il ne faut pas rouler dessous la table… ». Les 4 compères le découvrent sur le tard et noient leur quarantaine en crise sous les décilitres. En étanchant leur soif, ils deviennent d’un coup des professeurs, entraîneurs, époux et amants performants. Mais comment éviter de perdre le contrôle ?

En 1998, l’œil effronté de Lars von Trier fixait une bande d’amis qui tentaient de se libérer de leurs inhibitions sociales en cherchant leur « idiot intérieur ». Aujourd’hui, son complice dogmatique Thomas Vinterberg, rongé par le deuil, sèche son chagrin en filmant de grands enfants découvrant qu’avec l’alcool, la festen est plus folle. Si le propos paraît provocant, le film l’est moins que Les Idiots ou La grande bouffe de Ferreri. Pas de scènes chocs qui insuffleraient un véritable malaise, mais une ambiance, dans l’ensemble, plus légère et comique que gravissime. Voir le taux d’alcoolémie de ces joyeux drilles augmenter au fil de l’expérience s’avère amusant. Tout comme le surgissement de ces images de politiciens soi-disant bourrés. L’ancien Chiffre, Mads Mikkelsen, nous propose un numéro aérien. Quant à la caméra, au lieu des dérapages incontrôlés que l’on pouvait attendre pour simuler la beuverie, elle choisit une certaine élégance plutôt que la nausée. Chants et musiques participent à la bringue scandinave. Mais après tout, est-il raisonnable d’être sage ? « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même », écrivit le plus célèbre des philosophes danois. Plus d’audace aurait permis à la noce de nous emporter par son ivresse de pouvoir. Il n’empêche que l’instant se savoure comme un bon cru. Alors on sort pour oublier tous les problèmes, alors on danse et on boit… avec modération bien entendu.

(8/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« La communion » (Boże Ciało) de Jan Komasa

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Grâce à Dieu”

Sortant d’un centre de détention éducatif, le jeune Daniel est contraint de travailler dans une menuiserie pour se réinsérer. Peu motivé par les lieux et stimulé par une foi nouvelle, il se fait passer pour un prêtre en visite dans le village voisin. Les habitants, traumatisés par un accident tragique, l’accueillent avec ferveur.

L’habit ne fait pas le moine et pourtant, il suffit d’un col romain pour camoufler l’image du délinquant et gagner le respect de l’autre. Dans la fosse aux lions, Daniel se confronte à la confession, au baptême, et au sermon. Internet accélère sa formation. Nouvelle peau et nouvelle vie pour le garçon aux yeux gris ? Le père de substitution crée l’illusion. Mais dans la Pologne catholique, les pécheurs n’ont guère le droit à la rédemption.

Basé sur des faits réels, le film oscille entre le drame, l’enquête et la violence, se délestant par quelques élans comiques. Dans le rôle principal, l’halluciné Bartosz Bielenia semble touché par la grâce. Messager diabolique ou démon angélique ? 

(7.5/10)

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« Ondine » (Undine) de Christian Petzold

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“Le forme de l’eau”  

Autour d’un simple café, le compagnon d’Ondine lui annonce qu’il la quitte. Bouleversée, la jeune fille rencontre le même jour Christoph, un scaphandrier, et plonge avec lui dans une nouvelle histoire d’amour.

Une larme qui coule. Un robinet fuyant. Un aquarium qui se brise et emporte les nouveaux amants. L’effet aquatique décuple les passions. Mais la sentence est sans appel : « Si tu me quittes, il faudra que je te tue ».

Christian Petzold revisite le mythe d’Ondine et fait de son héroïne une naïade éprise et dangereuse qui ne peut vivre sur terre qu’en aimant l’autre. Une sirène, docteure en histoire, qui raconte l’évolution urbanistique de Berlin, cité bâtie sur un marais asséché. Malgré les multiples reconstructions, on n’efface pas le passé ni n’enterre les sentiments. Si l’on accepte volontiers la modernité de la relecture, le mélange des genres et la comparaison allemande, le symbolisme ambiant, de plus en plus lourd, finit par nous noyer. Même le divin concerto en ré mineur de Bach en devient lancinant.

6/10

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« Pinocchio » de Matteo Garrone

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“Gueule de bois”                                                         

Gepetto, menuisier sans argent, fasciné par les marionnettes, dégote un morceau de bois magique. Il y sculpte Pinocchio, pantin articulé au cœur d’enfant.

Signor Gomorra nous conte ce classique connu de tous en restant le plus fidèle possible au récit originel de Collodi. Un conte moralisateur qui rassurera les parents en malmenant tout enfant désobéissant et un peu menteur. Ainsi, le petit héros naïf n’est-il jamais épargné par la cruauté adulte : brûlé, kidnappé, volé, pendu, fouetté, noyé, avant d’être gobé tout rond. Ses rencontres successives se transforment en une monstrueuse parade où les animaux anthropomorphiques risquent de traumatiser les plus jeunes. Dans cet univers aux couleurs si ternes et tristes, la magie a disparu. Demeure une laideur ambiante, insistant sur la misère de l’époque, qui n’incite guère au rêve. Seul le faciès doux de Pinocchio, mélange réussi de réel et de virtuel, a de quoi réconforter.

5/10

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« Benni » (Systemsprenger) de Nora Fingscheidt

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“Mommy”                                                                     

Les accès de violence de Benni, 9 ans, l’ont éloignée de sa mère. De famille d’accueil en foyer, elle est incapable de trouver sa place, malgré les bonnes volontés qui la soutiennent au quotidien.

Vêtue de rose, licornes pour socquettes et dragon en peluche serré contre elle, la blondinette aux yeux bleus passerait pour un ange d’innocence. Mais à la moindre contrariété, c’est une bombe à retardement qui explose : elle frappe, casse, insulte, vole… Les assistants sociaux, éducateurs et accompagnants s’investissent corps et âme pour soulager sa colère et ses traumatismes lointains. Mais la fillette intenable ne rêve que d’une chose : une étreinte franche et durable de sa maman.

Dans le rôle-titre, l’énergique Helena Zengel est plus que convaincante. A la fois tête à claques et émouvante. Ses accès de rage bousculent la caméra et brisent le cadre. Quant au propos, il interpelle et se rapproche du Mommy de Xavier Dolan. Que faire de ces enfants « incasables » qui en viennent à terroriser leur entourage ? Dommage que les multiples drames et quelques longueurs de ce film percutant finissent par assommer son monde.

7/10

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