« Le Caire confidentiel » (The Nile Hilton Incident) de Tarik Saleh

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(Rattrapage) “Les Cairotes sont cuits”

Alors qu’un avant-goût de révolte allume les ruelles du Caire, l’inspecteur Noureddine enquête sur la mort d’une chanteuse locale, retrouvée égorgée dans un palace. Un meurtre qui pourrait salir des hommes haut placés.

Cheveux gominés, regard sombre et cigarette du pharaon greffée à ses lèvres, il ne manque plus que le Borsalino à Noureddine pour parfaire sa silhouette de Bogart égyptien. Un film de genre pour aborder l’histoire d’une nation avide d’en finir avec la corruption étatisée qui putréfie toute bonne volonté. Un polar qui a la couleur du désespoir, sans atteindre la tension explosive espérée.

(7/10)

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Le Caire confidentiel

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« L’échappée belle » (The leisure seeker) de Paolo Virzì

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“Vertiges de l’amour”                                                     

Quand ils pénètrent dans la maison, Will et Jane ont la mauvaise surprise de la trouver vide. Leurs parents âgés s’en sont allés, sans un mot laissé. Ils se sont envolés, dans leur vieux mobile-home, pour une ultime échappée.

Et nous voilà partis sur les routes américaines, imbriqués pendant quelques milliers de kilomètres entre une mégère peu apprivoisée que le cancer ronge, et son époux fatigué, dont le confident se nomme Aloïs. De quoi vouloir vite faire marche arrière, puisque de l’incontinence aux désaccords, des secrets inavoués aux affres de la maladie, peu nous est épargné. Et pourtant, surgissent de cette variation de l’Amour selon Haneke, quelques étincelles qui réchauffent le cœur : de vieilles photos lumineuses, un dernier « Je suis fier de toi » et deux mains jointes à jamais.

5.5/10

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« Les gardiennes » de Xavier Beauvois

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“Belles des champs”                                                        

En 1915, la guerre ravage l’Europe et le monde. Alors que les hommes combattent au front, Hortense et sa fille Solange prennent la ferme en main. Le travail est dur et ne manque pas. Francine, une jeune orpheline, est engagée pour les aider.

Les années passent au fil des saisons. Semences, labourage et moissons rythment le quotidien des paysannes. Elles espèrent le retour de leurs maris, fils et frères. Elles redoutent l’apparition du messager noir qui leur annoncera leur perte.

L’image est belle. Dans la lumière fragile de l’aube ou du crépuscule, elle rappelle la peinture de Millet et d’Anker. La romance faite d’amours avortées, de jalousie et de mensonges, passionne moins et ralentit l’histoire. Après avoir côtoyé le masculin dans Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois dédie ce film de guerre « hors-champ » aux sacrifiées du genre, les femmes.

6.5/10

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« A beautiful day » (You were never really here) de Lynne Ramsay

Critiques

“Le marteau et l’enclume”

Joe, dont la force physique n’a d’égale que sa fragilité psychique, est engagé pour retrouver la fille d’un sénateur, laissée aux mains d’un réseau pédophile. Ainsi s’engouffre-t-il dans une spirale impitoyable et sanguinaire.

Capuche sur la tête et barbe au vent, Joe prend les allures d’un Guillaume Tell moderne. Le justicier est dans la ville. Armé d’un marteau et mu par la vengeance, il frappe au cœur de ses ennemis. Puis, cheveux défaits et yeux hagards, l’homme devient Christ. Mais un sauveur suicidaire qui, traumatisé par son enfance, la guerre et le drame des migrants, ne croit plus à la rédemption. Autant de plaies à l’âme et au corps qui ne cicatrisent pas. Il faut bien les ailes puissantes du phœnix Joaquin pour porter un personnage aussi lourd. Mais, lesté par un scénario émacié et lacunaire sur la transmission de la violence, ainsi que par une mise en scène oscillant entre le génial et les excès, le voilà cloué au sol. Il s’envole néanmoins dans la plus belle scène du film, quand le tueur et le tué, couchés dans le sang, murmurent ensemble une chanson, main dans la main. Un soupçon d’humanité retrouvée en attendant la mort.

6/10

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« Téhéran tabou » (Tehran taboo) de Ali Soozandeh

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“Sous le voile des apparences”

Dans les allées sombres de Téhéran, errent des âmes en peine. Corruption, trafic ou prostitution cadencent leur combat quotidien pour la survie.

Pari arbore un foulard rouge vif quand elle se prostitue dans les voitures, son fils muet à l’arrière. Depuis sa prison, son mari toxicomane lui refuse le divorce. Après une nuit de ferveur, la jeune Donya se doit de recoudre son hymen afin de rester pure aux yeux de son futur mari. Quant à Sara, enceinte, elle refuse son statut de mère au foyer. Sous le voile vertueux de la République islamique se dissimule une société gangrenée par l’hypocrisie, l’injustice et la frustration. La police des mœurs traquent les couples non mariés, mais laissent les vils se maintenir au pouvoir. La misère serait-elle moins pénible sous le soleil de l’ailleurs ? Oui, selon l’un des personnages, car « au moins là-bas, on ne se fait pas prendre pour un rien. » Premières victimes, les femmes, marionnettes aux mains du patriarcat, et les enfants, témoins silencieux. Un constat cru que la technique de l’animation désamorce quelque peu. Filmés sur fond vert, les attitudes des comédiens sont ensuite réinterprétées par le dessin. Malgré quelques saccades, l’esthétique choisie impressionne par son degré de vérisme.

7/10

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« Seven sisters » (What happened to Monday?) de Tommy Wirkola

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“Hunger game”

Il était une fois des septuplées nées d’une mère morte en couche. Leur grand-père les recueille et prénomme chacune d’un jour de la semaine. Mais dans ce monde gangrené par la surpopulation, la politique de l’enfant unique fait loi. Aux yeux des autres, elles ne devront être qu’une. Ainsi, va leur vie secrète jusqu’à l’âge adulte. Un lundi soir, quand l’une ne revient pas. Et c’est l’existence de ses sœurs qui est menacée…

Il y a Monday, l’aînée modèle, Saturday, la fêtarde aguicheuse, et Sunday, l’idéaliste. Fragile, Garçonne, G.I. Jane et Geek complètent le tableau. Des caractères surlignés pour distinguer plus facilement les sept figures d’une même actrice, Noomi Rapace. La caricature est acceptable tant qu’on reste dans le conte noir comme l’ombre sur la neige. Quand la jeune Thursday se blesse au doigt, c’est six index en plus que l’on coupe pour saigner la différence. Insister sur la souffrance de la négation de soi et de ses dangers schizophrènes aurait permis au film de gagner en profondeur. Car l’univers dystopique proposé, mal dessiné, reste superficiel. Le scénario manque d’endurance et transforme l’intrigue en un « shoot’em up » dans lequel l’héroïne n’a que sept vies pour éviter le « Game over ».

6/10

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« D’après une histoire vraie » de Roman Polanski

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“Misery”

Alors que son dernier livre racontant le suicide de sa mère est un phénomène littéraire, Delphine, épuisée, ne ressent plus que le vide. Sa rencontre avec une admiratrice, Elle, lui redonne quelques couleurs. Mais cette nouvelle amie se montre de plus en plus intrusive et carnassière.

Roman Polanski a sans doute entraperçu dans le roman à succès de Delphine de Vigan des thématiques qui lui étaient familières. L’angoisse de la page blanche, l’enfermement psychique, la paranoïa ambiante, le double envahissant. Ce qu’il parvenait, cependant, à transcender dans ses films précédents, s’en tient ici aux limites d’une adaptation certes fidèle, mais sans éclats. A l’image de son héroïne incarnée par son épouse, le réalisateur souffre d’une panne d’inspiration créatrice. Perdant la dimension captivante de l’autofiction, il ne parvient aucunement à élever l’intrigue dans les airs de l’angoisse et de la perversité, alors que, dans le rôle de la prédatrice, Eva Green, la « burtonienne », pour la première fois en langue de Molière, lui apportait une facette gothique intéressante, du moins sur le papier. Mal dirigées, les comédiennes, distantes, peinent à croire à ce qu’elles racontent. Elles ne convainquent pas. Lecteurs, spectateurs et adeptes du cinéaste ne pourront qu’être déçus.

5/10

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« Mise à mort du cerf sacré » (The killing of a sacred deer) de Yorgos Lanthimos

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“Théâtre sans animaux”

Cardiologue émérite, époux et père attentionné, Steven paraît comblé d’un bonheur irréprochable. Pourtant, depuis quelques mois, c’est en cachette qu’il rencontre Martin, jeune orphelin d’un de ses patients décédé lors d’une opération. Un rapprochement étrange qui pourrait lui brûler les ailes.

Que peut inspirer à l’homme de science cet adolescent au visage marqué ? Un second fils à la recherche d’un substitut paternel ? Un oisillon malmené qui mériterait qu’on le protège ? La figure pitoyable de sa propre culpabilité ? La proie potentielle d’une perversité malsaine ? La relation est tendancieuse et n’augure rien de sain. Comme l’ensemble des personnages qui hantent cet univers glacial telles des âmes errantes manquant de chair. On se parle sans rien se dire. On se jauge et se dissèque. On s’aime sous anesthésie générale. Quand survient la foudre fantastique de la tragédie grecque, ces âmes déjà grises se noircissent. L’absurde devient sombre et inquiétant. La violence éclate. Œil pour œil, canine pour canine, la justice est une vengeance qui se mange froide. L’homme loup réclame le sacrifice du cerf. L’approche clinique et provocante de Lanthimos trouble, mais ne convainc pas autant qu’elle le devrait. Il lui manque du sens et du contenu, ainsi que ce cœur battant filmé en ouverture.

6.5/10

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« La belle et la meute » (Aala Kaf Ifrit) de Kaouther Ben Hania

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“Le pacte des loups”

La fête promettait d’être belle, mais une déchirure va tout gâcher. Mariam troque sa sage robe noire au col Claudine contre un décolleté pigeonnant bleu apporté en urgence. Quelque peu gênée en ce vêtement trop serré pour ses formes, la jeune fille timide gagne néanmoins en assurance. Elle danse, charme et se laisse séduire. Puis, la voilà qui s’enfuit dans la nuit, terrorisée, le visage ravagé par les larmes.

Mariam a été violée. Il lui faut obtenir un certificat médical pour pouvoir porter plainte. Mais la loi exige de déclarer auparavant le crime à la police. Comment faire quand les agresseurs présumés sont des représentants de l’ordre ? Le parcours de la combattante débute dans les méandres infinis de l’administration tunisienne au rythme d’un décompte inversé des plus inquiétants. Le machisme ambiant, la mauvaise foi, la bêtise crasse et la corruption dominent. Les visages bienveillants se raréfient. Jugée sur son accoutrement, la victime culpabilise. On l’incite à abandonner la lutte. Mais le voile qu’elle a quémandé deviendra une cape de justicière. Au milieu des loups et des porcs, l’agnelle refuse d’abandonner ses droits. A la limite du conte noir, le film pêche parfois par un côté démonstratif aux figures caricaturales. Il relate une histoire vraie pourtant questionnant une société dans laquelle un baiser échangé est un outrage passible de prison, alors qu’un viol collectif serait plus tolérable. La prochaine révolution tunisienne devra passer par les femmes.

6.5/10

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« The Square » de Ruben Östlund

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“Art therapy”

Christian est le conservateur charismatique du musée royal d’art contemporain de Stockholm. L’exposition à venir s’intitule « The Square ». Elle est symbolisée par un carré lumineux incrusté dans le sol au sein duquel chacun est invité à se montrer juste, tolérant et solidaire. Mais un vol de portefeuille et de téléphone va ébranler les convictions du fier Christian et le faire choir de son piédestal.

Dans son œuvre précédente, Snow Therapy, une avalanche confrontait un père de famille à sa propre lâcheté. C’est via l’art que le réalisateur scandinave s’interroge ici sur l’absence de bienveillance, la responsabilité et le sentiment coupable des sociétés opulentes, si souvent hermétiques à la misère et à la détresse des plus faibles côtoyés au quotidien. Rester dans son cadre protège et rassure. Transgresser la limite est un risque assumé difficilement. Film à sketches inégaux, la Palme d’or 2017 s’avère plus conceptuelle qu’émotionnelle. Elle parvient néanmoins à susciter le rire, la gêne et la réflexion comme le résume cette séquence paroxysmique : lors du vernissage, un homme singe assure le spectacle. Dans un premier temps, le public sélect s’étonne et s’amuse du happening. Sur la durée, le malaise s’installe quand l’acteur se rapproche, touche et témoigne d’une agressivité non feinte. L’effroi et la peur s’imposent et finissent par faire exploser la violence. Qu’elle soit nue ou vêtue d’une queue-de-pie, l’humanité dans toute sa bestialité.

7.5/10

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