« Blade runner 2049 » de Denis Villeneuve

Critiques

“Retour vers un futur”

En 2049, l’officier K est un blade runner chargé de retrouver et d’éliminer les anciens modèles de réplicants considérés comme dangereux. Lui-même androïde, il va, lors d’une de ses missions, faire une découverte qui pourrait changer la face du monde et menacer l’humanité.

Donner suite, 35 ans après, au film de Ridley Scott, référence désormais culte dans le genre, était un pari plus que risqué. L’attente a depuis longtemps fait place à l’impatience. Quant à l’armée des adorateurs sur le qui-vive prêts à bondir sur l’opportunisme de tout pilleur de tombeaux, elle n’a cessé de grandir. Le preux Denis Villeneuve relève le défi avec intelligence et respect. Loin de tuer le père, le digne héritier adopte son approche et poursuit l’histoire tout en la magnifiant. Les techniques d’aujourd’hui soulignent la beauté volontairement terne de cet univers dystopique : les arbres sont morts, le soleil voilé par une poussière certainement polluée, les villes en marge sont les décharges des mégalopoles voisines et Las Vegas est redevenue un désert. Les discriminations sociales dominent et l’on quête désespérément de l’amour virtuel. Une meilleure exploitation de la 3D aurait permis une immersion plus grande encore. La musique de Hans Zimmer fait écho aux gammes électroniques de Vangelis à l’époque et participe à l’envoûtement mélancolique de l’ensemble. L’action limitée est posée. La révolution à venir est premièrement intérieure. On cherche à comprendre avant de tirer. Le rythme est lent, mais fluide, et ne lasse guère malgré une durée de près de 3 heures. Quant à l’intrigue, elle cite et se rattache à la première. Sans être révolutionnaires, les questions qu’elle impose sur un monde en déliquescence demeurent très actuelles : qu’adviendra-t-il de l’humain, le jour où l’intelligence artificielle surpassera la sienne au point de le déposséder de son plus grand pouvoir, la procréation ?

8.5/10

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« Mother! » de Darren Aronofsky

Critiques

“Pourquoi j’ai mangé ma mère”

Au commencement était cette maison décimée par le feu et qu’elle a, par amour pour lui, reconstruit de ses propres mains. Aujourd’hui, tous deux y vivent seuls au milieu d’une nature accueillante. Une nuit, un importun toque à la porte. Il le fait entrer et le laisse s’installer, malgré elle, en leur demeure.

Que vaut le film le plus décrié de l’année, rejeté en masse par la critique et le public ? Il faut le voir pour le croire. Sur un mode soi-disant inquiétant, glanant avec mollesse les codes de l’horreur psychologique et du fantastique, l’évangéliste Darren Aronofsky réécrit un Tout Nouveau Testament, de la Genèse à l’Apocalypse. Lui, Dieu créateur, est un écrivain en panne d’inspiration. Elle, Terre-Mère, cherche à protéger leur univers. Mais quand débarquent un vieil Adam, fumeur asthmatique, son alcoolique et frivole de femme, puis leurs fils mal élevés, c’est le crime au Paradis. Ils cassent, polluent, gaspillent et tuent les ressources offertes. Les pécheurs entraînent l’idolâtrie, les guerres de religions et le fanatisme terroriste. Y a-t-il un Christ Rédempteur dans la salle pour sauver l’humanité et le film simultanément ? Il est né le divin Enfant qui offrira corps et sang aux plus anthropophages des fervents. Aucun pardon possible alors, l’Enfer s’ouvre sous leurs pieds. Mais ne craignez pas, car la vie n’est qu’un éternel recommencement. Si grossière est la parabole que le message en devient risible au point de nous infliger une solide crise de foi en le bon sens du gourou réalisateur et de ses disciples acteurs.

3.5/10

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« The Circle » de James Ponsoldt

Critiques

“Loft story”

Mae peine à y croire. Elle vient de décrocher un poste au sein de « The Circle », empire informatique surpuissant de la Silicon Valley. Son idéal devient réalité, mais le rêve a ses revers.

Big brother vous regarde. Le savoir est un droit fondamental. La transparence, une valeur nécessaire. Le privé devient public, car tout secret apparaît comme un mensonge. Ne pas partager sa vie, c’est faire preuve d’asociabilité et d’égoïsme. L’individu s’efface en faveur de la communauté. Vous hésitez ? Le choix ne sera bientôt plus permis. Ce monde dystopique rappelle dangereusement le nôtre dans lequel l’hyperconnectivité est devenue essentielle. Certaines questions posées interpellent comme l’étroitesse entre autocratie et démocratie absolue. D’autres, telles la manipulation des données et l’intégrité de la personne, sont vite oubliées. Les références orwelliennes et au Truman show sont manifestes. Mais l’ensemble fait preuve d’une grande naïveté dans son contenu et sa tenue trop légère. Quand elle devient l’objet d’un filmage en continu, la jeune et jolie Hermione n’a rien de plus intime à montrer qu’un brossage de dents. Ses parents répondent alors malgré eux aux attentes évidentes du plus grand nombre. Même Loana et Kim Kardashian ont saisi plus vite la perversité intrinsèque du système. Le jour possible où une puce sera greffée dans son cerveau afin de contrôler ses pensées les plus confidentielles, l’humain aura cessé de penser.

5.5/10

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« K. O. » de Fabrice Gobert

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“Chaotique”

Antoine Leconte est un requin. Impitoyable et puissant directeur des programmes, il fait peu de cas de ses proches et de ses employés. La haine et l’envie qu’il suscite autour de lui pousse l’un d’eux à prendre une arme et à tirer. Coma. A son réveil, en dépit des apparences, tout a changé, rien n’est plus pareil.

Une première partie laborieuse portraiturant l’archétype du parfait salaud. Monsieur ignore et malmène fille, femme, maîtresses et assistantes. Les clichés se succèdent sans une once créative. Le monde de la télévision française ne serait qu’un concentré d’arrogance capitaliste et de rivalités venimeuses et de sexisme ambiant. Dans les hauts clapiers de verre sévissent de chauds lapins blancs aux griffes acérées. Au secours ! L’autre côté du miroir apparaît plus intéressant. Les rapports de force se renversent, les premiers deviennent les derniers et les rôles se dédoublent. On quête le mystère et mise sur l’étrangeté, le décalage. Las, les faiblesses envahissent vite l’écran. Le revenant Laurent Lafitte, OK en Vincent Bolloré, ne passe pas le casting météo. La déception est totale lorsqu’un message plus qu’usé de rédemption devient le dernier mot de cette histoire. Quand Gobert se prend pour David face aux Goliath américains Lynch et Fincher, c’est le frondeur qui finit KO.

4/10

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« La momie » (The mummy) de Alex Kurtzman

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“Mommy!”

En son temps, la cruelle princesse Ahmanet, assoiffée de pouvoir, fut momifiée vivante. Nick Morton, soldat d’élite en Irak et pilleur de sites archéologiques à ses heures perdues, découvre aujourd’hui son tombeau. Ainsi, réveille-t-il l’âme damnée de l’Égyptienne.

Quelque peu lassé par le monopole super-héroïque, Hollywood incante ses monstres classiques de l’au-delà. La momie montre la voie, suivie de très près par Dr. Jekyll, opportunément présent sous les traits de Mr. Crowe. Sont annoncés Frankenstein, Dracula, le loup-garou, l’homme invisible… L’idée peut séduire les plus nostalgiques, mais le sortilège ne prend pas. Sans personnalité propre, le film en appelle à Indiana Jones, Hitchcock – brune et blonde rivales et séductrices, oiseaux menaçants –, The walking dead et Mission impossible, série dans laquelle on préfère voir Tom Cruise s’ébattre. Cette avalanche successive de tons et de références fragilisent la pyramide qui finit par s’écrouler. Oubliez monstres et super-héros, seule une intelligence créatrice sauvera le cinéma américain.

5.5/10

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« The transfiguration » de Michael O’Shea

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“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

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“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Ghost in the shell » de Rupert Sanders

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“ROBOsCOPie”                                                                                                                 

Mira a perdu corps et parents lors d’une attaque terroriste. Mais son cerveau a pu être sauvé. Grâce aux moyens de la société Hanka Robotics, le docteur Ouelet a réussi à l’implanter dans une enveloppe androïde. Dotée de pouvoirs supérieurs, Mira est devenue le Major, arme puissante au service d’une cyberpolice. Défendant la justice, elle doit affronter un mystérieux pirate menaçant de détruire le système tout entier.

Il a fallu plus de 20 ans pour que le cinéma s’empare du film d’animation de Mamoru Oshii qui marqua son genre et son temps d’une empreinte indélébile. L’adaptation respectueuse s’éloigne quelque peu du scénario originel sans oser la révolution. Elle supprime l’aspect sociopolitisé de la carte mère, pour une intrigue moins sophistiquée où les aphorismes bien-pensants ponctuent les scènes d’action : « On peut réparer un corps, mais pas une âme. » « Ce ne sont pas nos souvenirs qui nous définissent, mais nos actes. » « Lorsque l’unicité sera considérée comme une vertu, la paix s’imposera. » Dans la peau de l’héroïne, Scarlett Johansson s’éclate comme elle peut en combinaison couleur chair mais semble de plus en plus cadenassée dans des rôles robotiques – Avengers, Under the skin, Lucy – si bien qu’elle suscitait davantage de sentiment dans Her, où seule sa voix nous parvenait. Le plus réussi reste les décors qui mettent en mouvement un Tokyo gobé par Hong Kong et envahi par la réalité augmentée. La 3D moins inutile qu’à l’accoutumé aurait pu mieux jouer sur cet effet immersif aujourd’hui à portée de main. Si le manga demeure visionnaire, le film, peu novateur, s’accroche à son époque dans laquelle la cybersécurité n’est plus un fantasme ni un fantôme.

6/10

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« Dernier train pour Busan » (Boo-San-Haeng) de Sang-Ho Yeon

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Ceux qui craignent prendront le train”

A Séoul, trop occupé par son travail, Sok-woo accepte de raccompagner sa fille Soo-ahn auprès de sa mère. Tous deux embarquent dans un train à grande vitesse direction Busan. Mais juste avant la fermeture des portes, une jeune femme contaminée par un virus inconnu s’immisce dans le convoi.

Il n’est plus alors question que de survie dans ce film d’action horrifique coréen. Entre le chacun pour soi et le sens du sacrifice, la lâcheté égoïste ou un courage altruiste, le choix effectué laissera apparaître la vraie nature de chacun. Un zombie express efficace, mais moins puissant dans un genre proche que Le Transperceneige, locomotive de Bong Joon-ho.

(7 /10)

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dernier-train-pour-busan

 

« Split » de M. Night Shyamalan

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“Mastermind”

Claire n’avait pas l’intention d’inviter Casey à son anniversaire, cette fille atypique de l’école. Une erreur de son père qui, par gentillesse, décide de la ramener après la fête avec Marcia, une amie. Mais c’est un inconnu qui prend sa place dans la voiture, drogue et enlève les trois adolescentes. Elles se réveillent dans une même chambre sans fenêtre et comprennent avec effroi que l’homme qui les séquestre possède de multiples personnalités.

Night Shyamalan est de retour aux affaires, après un long passage à vide et une Visit de courtoisie, il y a deux ans. Toujours aussi talentueux pour poser une situation inquiétante, il construit un thriller plus tendu qu’horrifique à partir des points du vue du criminel, de la psychiatre qui tente de le soigner et de la victime. On s’efforce alors de dénouer l’esprit alambiqué de Mister Twist, deux doigts coupe fin, au point d’oublier de frémir. Le film intéresse quand il interroge sur la potentielle supériorité de ceux que l’on qualifie pour se rassurer peut-être de malades mentaux ou sur la résistance inespérée des enfants molestés. Mais ce huis-clos oppressant nous laisse quelque peu sur notre faim en prenant la clé d’un conte fantastique confrontant méchant loup et chaperon noir. Demeure dans le rôle de l’ogre, l’impressionnant James McAvoy, capable de passer pour un maniaque de l’hygiène, une femme psychorigide, un couturier homosexuel ou un enfant de 9 ans, rien qu’en fronçant les sourcils ou en montrant les crocs.

7/10

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