« The transfiguration » de Michael O’Shea

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“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

Critiques

“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Ghost in the shell » de Rupert Sanders

Critiques

“ROBOsCOPie”                                                                                                                 

Mira a perdu corps et parents lors d’une attaque terroriste. Mais son cerveau a pu être sauvé. Grâce aux moyens de la société Hanka Robotics, le docteur Ouelet a réussi à l’implanter dans une enveloppe androïde. Dotée de pouvoirs supérieurs, Mira est devenue le Major, arme puissante au service d’une cyberpolice. Défendant la justice, elle doit affronter un mystérieux pirate menaçant de détruire le système tout entier.

Il a fallu plus de 20 ans pour que le cinéma s’empare du film d’animation de Mamoru Oshii qui marqua son genre et son temps d’une empreinte indélébile. L’adaptation respectueuse s’éloigne quelque peu du scénario originel sans oser la révolution. Elle supprime l’aspect sociopolitisé de la carte mère, pour une intrigue moins sophistiquée où les aphorismes bien-pensants ponctuent les scènes d’action : « On peut réparer un corps, mais pas une âme. » « Ce ne sont pas nos souvenirs qui nous définissent, mais nos actes. » « Lorsque l’unicité sera considérée comme une vertu, la paix s’imposera. » Dans la peau de l’héroïne, Scarlett Johansson s’éclate comme elle peut en combinaison couleur chair mais semble de plus en plus cadenassée dans des rôles robotiques – Avengers, Under the skin, Lucy – si bien qu’elle suscitait davantage de sentiment dans Her, où seule sa voix nous parvenait. Le plus réussi reste les décors qui mettent en mouvement un Tokyo gobé par Hong Kong et envahi par la réalité augmentée. La 3D moins inutile qu’à l’accoutumé aurait pu mieux jouer sur cet effet immersif aujourd’hui à portée de main. Si le manga demeure visionnaire, le film, peu novateur, s’accroche à son époque dans laquelle la cybersécurité n’est plus un fantasme ni un fantôme.

6/10

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« Dernier train pour Busan » (Boo-San-Haeng) de Sang-Ho Yeon

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Ceux qui craignent prendront le train”

A Séoul, trop occupé par son travail, Sok-woo accepte de raccompagner sa fille Soo-ahn auprès de sa mère. Tous deux embarquent dans un train à grande vitesse direction Busan. Mais juste avant la fermeture des portes, une jeune femme contaminée par un virus inconnu s’immisce dans le convoi.

Il n’est plus alors question que de survie dans ce film d’action horrifique coréen. Entre le chacun pour soi et le sens du sacrifice, la lâcheté égoïste ou un courage altruiste, le choix effectué laissera apparaître la vraie nature de chacun. Un zombie express efficace, mais moins puissant dans un genre proche que Le Transperceneige, locomotive de Bong Joon-ho.

(7 /10)

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dernier-train-pour-busan

 

« Split » de M. Night Shyamalan

Critiques

“Mastermind”

Claire n’avait pas l’intention d’inviter Casey à son anniversaire, cette fille atypique de l’école. Une erreur de son père qui, par gentillesse, décide de la ramener après la fête avec Marcia, une amie. Mais c’est un inconnu qui prend sa place dans la voiture, drogue et enlève les trois adolescentes. Elles se réveillent dans une même chambre sans fenêtre et comprennent avec effroi que l’homme qui les séquestre possède de multiples personnalités.

Night Shyamalan est de retour aux affaires, après un long passage à vide et une Visit de courtoisie, il y a deux ans. Toujours aussi talentueux pour poser une situation inquiétante, il construit un thriller plus tendu qu’horrifique à partir des points du vue du criminel, de la psychiatre qui tente de le soigner et de la victime. On s’efforce alors de dénouer l’esprit alambiqué de Mister Twist, deux doigts coupe fin, au point d’oublier de frémir. Le film intéresse quand il interroge sur la potentielle supériorité de ceux que l’on qualifie pour se rassurer peut-être de malades mentaux ou sur la résistance inespérée des enfants molestés. Mais ce huis-clos oppressant nous laisse quelque peu sur notre faim en prenant la clé d’un conte fantastique confrontant méchant loup et chaperon noir. Demeure dans le rôle de l’ogre, l’impressionnant James McAvoy, capable de passer pour un maniaque de l’hygiène, une femme psychorigide, un couturier homosexuel ou un enfant de 9 ans, rien qu’en fronçant les sourcils ou en montrant les crocs.

7/10

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« Dans la forêt » de Gilles Marchand

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“Loup y es-tu ?” 

Tom et son grand frère Benjamin s’apprêtent à retrouver en Suède leur père qu’ils n’ont pas vu depuis un an pour cause de divorce. Des vacances qui inquiètent le plus jeune : « J’ai un pressentiment », confie le garçon à sa psychothérapeute.

Qui est ce père étrange, froid, dur, instable, qui ne dort jamais ? Qui est cet homme au visage écrasé qui semble hanter les esprits ? Qui est ce petit Tom, parent proche du Danny Lloyd de Shining, persuadé d’avoir aperçu le diable ? Égaré sur les chemins tortueux des forêts suédoises, belles et inquiétantes, l’on quête en vain une clairière et des réponses entre l’horreur, le conte et le fantastique. On se rassure un peu en identifiant l’ensemble comme une volonté affectée de confronter peurs enfantines avec le sentiment d’abandon et de solitude adulte.

6.5/10

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« A cure for life » (A cure for wellness) de Gore Verbinski

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“Purification”

Lockhart est un affairiste très au clair sur ses ambitions. Vite remarqué, il est dépêché en Suisse afin de ramener aux États-Unis le directeur de l’entreprise pour laquelle il travaille en vue de la fusion à venir.  Celui-ci, en cure dans les Alpes, a envoyé au conseil d’administration une lettre des plus étranges marquée par le sceau de la folie. Le séjour du jeune homme sera plus long et plus douloureux qu’attendu.

La complainte grinçante qui écorche le générique initial et final cite sans complexe les pleurs du bébé de Rosemary. L’ombre du mal pèse sur les gratte-ciel de New York plus sinistres que jamais. De même que les montagnes de la blanche « Hellvétie » qui, très éloignées des clichés tenaces, abritent une faune inamicale. Le pirate Verbinski filme avec un sens aigu de l’esthétisme un sanatorium d’un autre âge dont les murs et les sols font suinter l’angoisse. Y aurait-il anguille sous roche ? Car au lieu de jouer la carte efficace de l’horreur pure, il préfère le conte fantastique peuplé d’un chevalier sauveur et de son Alice égarés dans un château hanté par un Barbe Bleu incestueux. Le grotesque est parfois frôlé. Reste le message anticapitaliste sous-jacent plutôt amusant considérant le manque de scrupules des entrepreneurs comme une maladie à traiter. Un remède purificateur pour l’éradiquer ?

6.5/10

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« Quelques minutes après minuit » (A monster calls) de Juan Antonio Bayona

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“Il était une foi”

La vie est amère pour le solitaire Conor. Malmené par les brutes de son école, il doit affronter, de retour à la maison, l’absence du père et le cancer de sa mère. Afin de contrer ses peines, il s’évade dans ses dessins et son imaginaire. Quand une nuit, l’arbre géant qu’il aperçoit depuis la fenêtre de sa chambre, se réveille et vient à lui. Au fil de leurs rencontres, celui-ci contera trois histoires. Puis, ce sera à Conor de lui révéler sa vérité.

Une belle mise en place pour cette approche à hauteur d’enfant de l’acceptation et du dépassement de la maladie. A travers les récits sanglants du grand if, le garçonnet apprendra que bien et mal ont des frontières brumeuses, qu’il est important de garder la foi et de faire preuve de courage face à l’adversité. Le visuel séduit aussi entre une esthétique gothique et l’aquarelle des parties animées.  Mais au bout « conte », le système répétitif s’enraie dans un art naïf teintant l’ensemble de couleurs mélodramatiques trop saturées.

6.5/10

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« Personal shopper » de Olivier Assayas

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Pensée du jour : Esprit, es-tu là ?

Exilée à Paris en raison d’un travail qu’elle exècre de plus en plus – la gestion vestimentaire d’une célébrité du Web –, Maureen est surtout en quête d’un signe de la part de son jumeau récemment décédé et doué comme elle de facultés psychiques extra-sensorielles. Dans la maison qu’il habitait, l’Américaine ressent une présence indéfinissable. Lewis, est-ce toi ?

Il y a des idées et de l’ambition chez Olivier Assayas qui avait su nous mettre en confiance grâce au serpent de son Sils Maria. Apporter du spirituel dans la superficialité du luxe et de la mode, jouant ainsi sur les mots « apparence » et « apparition » amuse. Épicer le tout d’un peu de fantastique, d’horreur, de policier et de thriller s’avère prometteur. Sans négliger la psychologie qui rappelle que le plus souvent l’ennemi premier est celui qui nous fait face dans la glace. Pourtant rien n’emporte ni ne convainc vraiment. On aurait aimé frémir, sursauter, s’émouvoir.  Mais les effets de la mise-en-scène, honorée à Cannes, sont plus subtils qu’efficaces. Quant à Kristen Stewart, qui disparaissait avec culot et magie dans le précédent film du réalisateur, mine boudeuse – c’est sa signature –, cheveux gras et pull-overs informes – à porter uniquement pour descendre les poubelles –, impossible de reconnaître en elle la reine de shopping courtisée qu’elle est censée incarner. Davantage d’extravagance aurait été appréciée dans cette œuvre de taille « médium ».

6/10

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« Miss Peregrine et les enfants particuliers » (Miss Peregrine’s home for peculiar children) de Tim Burton

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Pensée du jour : Les enfants perdus

Garçon rêveur et solitaire, Jacob est appelé en urgence par son bien-aimé grand-père souffrant de sénilité. Il le retrouve agonisant, les orbites noires à la place des yeux. Avant de mourir, celui-ci le met en garde contre un danger imminent et lui révèle le chemin qui l’entraînera vers la mystérieuse Miss Peregrine, seule apte à l’aider.

L’enfance, la différence, l’aventure et le fantastique, il y avait tous les ingrédients dans l’œuvre d’origine de Ransom Riggs, best-seller en 2011, pour satisfaire la magie noire de Tim Burton et ravir ses adeptes les plus fidèles. La formule pourtant ne prend jamais vraiment. Si l’on retrouve son gothique apprécié, incarné avec une grâce bienveillante par la troublante Eva Green, les nombreuses références visuelles que l’on devine ou que l’on imagine – de Freaks à Jason et les Argonautes, de L’orphelinat à Harry Potter, en passant par le Monde de Narnia et Titanic – finissent par noyer et confondre cet univers trop complexe peut-être pour un film unique. Ainsi sont sacrifiés les personnages secondaires des parents, de la psychiatre et le passé de tous ces « X-Kids » prisonniers d’une boucle temporelle lassante. Tous auraient sans doute donné plus de chair à cette histoire.  Pêchant par un manque d’action flagrant, un humour trop discret et une violence à ne pas infliger au regard des plus intimidés, l’émotion autrefois ressentie de par le merveilleux poétique de l’artiste n’est pas au rendez-vous. Aujourd’hui, Tim Burton ressemble à un garçon particulier égaré et en quête de lui-même. A moins que ce ne soit nous qui ayons perdu un peu de l’enfant qui était en nous.

6/10

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