« Dans la brume » de Daniel Roby

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“Sur les toits de Paris”                                                

Mathieu vient tout juste de retrouver Anna, son ex-femme, et Sarah, leur enfant-bulle, quand un tremblement de terre secoue Paris. Une brume menaçante envahit la capitale. Comment survivre ?

Colère vengeresse de Mère Nature, attaque terroriste symbolisée ou embouteillages monstrueux signés Anne Hidalgo ? Libre à chacun de donner sens à ce brouillard dévastateur avalant les grands boulevards et places connues. Seules échappatoires, Montmartre, les tours et les hauts étages haussmanniens.

Les effets spéciaux sont plaisants à découvrir, esthétiquement beaux. Les toits de Paris apparaissent telles des îles fragiles dans un océan de mort. Après une entrée en matière sans fioritures, l’histoire peine cependant à décoller. Les approximations scénaristiques et dans le jeu des acteurs maintiennent l’ensemble au sol. Il est difficile de croire qu’une fumée aussi toxique puisse épargner mains, visages et yeux laissés sans protection.

Quand la France s’essaie au film catastrophe, elle le fait avec une certaine grâce poétique, mais sans l’efficacité américaine.

5/10

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« Madame Hyde » de Serge Bozon

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“L’effet Huppert”                                                       

Professeure de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil peine à se faire entendre et respecter. Jusqu’au jour où un éclair – de génie ? – s’abat sur elle.

Il n’a l’air de rien ce petit bout de femme rabougri, écrasé par l’indiscipline de ses élèves et sa propre incompétence pédagogique. Pas de transformation foudroyante non plus après ce soir d’orage, mais un courant électrique qui incendie ses veines, la nuit venue. L’enseignante gagne en confiance au point d’en devenir dangereuse.

Dans ce rôle « hupperisé », Isabelle brille en dame blanche incandescente, enflammant élèves et chiens de son aura. A ses côtés, Romains Duris étincelle en proviseur à la mèche comique. Quant à José Garcia, il brûle d’émotion en époux discret, transi d’amour. Mais, le reste de la distribution, faible et peu à son aise, tient à distance par un effet de théâtralisation non convaincant.

Ce mélange hétéroclite d’humour absurde, fantasque fantastique et gravité, trouble le message. Conte farfelu ou cri d’alarme sur l’éducation nationale et une jeunesse en manque de repères, on ne sait sur quel pied maintenir un équilibre. Cette potion détonante finit par nuire à l’expérience.

5.5/10

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s

« Thelma » de Joachim Trier

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“Délivre-nous du mâle”                                                

La chaste Thelma quitte sa campagne et ses dévots de parents pour étudier à Oslo. Seule et perdue dans la capitale, la jeune fille découvre des sensations inconnues jusqu’alors. Mais un mal étrange, aux conséquences surnaturelles, éclate en elle.

Le réalisateur norvégien, adoubé par la critique pour son cinéma d’auteur, s’essaie au fantastique. Si ses maîtres Bergman et Dreyer l’inspirent toujours, Stephen King et Dario Argento l’influencent dorénavant. La qualité de sa mise en scène reste plus que notable, mais il manque la peur pour que le malaise s’immisce en nous. Dans un genre proche, son voisin suédois Tomas Alfredson impressionnait davantage avec les dents acérées de son Morse.

Trier exprime de préférence un message d’amour et de tolérance. Thelma trouve en Anja, camarade d’université, plus qu’une Louise. L’objet obscur d’un désir qu’elle tente de réprimer en invoquant son éducation religieuse. Le serpent de l’Eden, les flammes de l’enfer et un « Lève-toi et marche » final marquent l’aspect biblique du film. Mais ce n’est qu’une fois délivrée de ce carcan et en acceptant sa vraie nature que cette Eve devenue femme avec une femme retrouvera la lumière.

6.5/10

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« La forme de l’eau » (The shape of water) de Guillermo del Toro

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“L’effet aquatique”                                                     

Femme de ménage, Elisa s’attelle chaque jour à récurer les infinis couloirs du centre aérospatial qui l’emploie. Un lieu stratégique dans la conquête de l’espace face à l’ennemi soviétique. Quand elle découvre, dans l’un des laboratoires secrets, une étrange créature amphibie retenue prisonnière, un sentiment inattendu d’empathie l’emporte.

Il était une fois une belle, seule et muette, qui ne pouvait imaginer être aimée. Il était une fois une bête, seule et muette, qui ne pouvait imaginer aimer. L’histoire résonne comme un conte connu, romance fantastique entre un triton et sa petite sirène. Une fable universelle qui s’incline devant les êtres différents et noie les véritables monstres puissants.

Effet aquatique aux vagues érotiques, déluge musical et flot de références cinématographiques pour un tsunami baroque qui séduit, malgré quelques débordements.

7/10

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« Mise à mort du cerf sacré » (The killing of a sacred deer) de Yorgos Lanthimos

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“Théâtre sans animaux”

Cardiologue émérite, époux et père attentionné, Steven paraît comblé d’un bonheur irréprochable. Pourtant, depuis quelques mois, c’est en cachette qu’il rencontre Martin, jeune orphelin d’un de ses patients décédé lors d’une opération. Un rapprochement étrange qui pourrait lui brûler les ailes.

Que peut inspirer à l’homme de science cet adolescent au visage marqué ? Un second fils à la recherche d’un substitut paternel ? Un oisillon malmené qui mériterait qu’on le protège ? La figure pitoyable de sa propre culpabilité ? La proie potentielle d’une perversité malsaine ? La relation est tendancieuse et n’augure rien de sain. Comme l’ensemble des personnages qui hantent cet univers glacial telles des âmes errantes manquant de chair. On se parle sans rien se dire. On se jauge et se dissèque. On s’aime sous anesthésie générale. Quand survient la foudre fantastique de la tragédie grecque, ces âmes déjà grises se noircissent. L’absurde devient sombre et inquiétant. La violence éclate. Œil pour œil, canine pour canine, la justice est une vengeance qui se mange froide. L’homme loup réclame le sacrifice du cerf. L’approche clinique et provocante de Lanthimos trouble, mais ne convainc pas autant qu’elle le devrait. Il lui manque du sens et du contenu, ainsi que ce cœur battant filmé en ouverture.

6.5/10

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« Blade runner 2049 » de Denis Villeneuve

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“Retour vers un futur”

En 2049, l’officier K est un blade runner chargé de retrouver et d’éliminer les anciens modèles de réplicants considérés comme dangereux. Lui-même androïde, il va, lors d’une de ses missions, faire une découverte qui pourrait changer la face du monde et menacer l’humanité.

Donner suite, 35 ans après, au film de Ridley Scott, référence désormais culte dans le genre, était un pari plus que risqué. L’attente a depuis longtemps fait place à l’impatience. Quant à l’armée des adorateurs sur le qui-vive prêts à bondir sur l’opportunisme de tout pilleur de tombeaux, elle n’a cessé de grandir. Le preux Denis Villeneuve relève le défi avec intelligence et respect. Loin de tuer le père, le digne héritier adopte son approche et poursuit l’histoire tout en la magnifiant. Les techniques d’aujourd’hui soulignent la beauté volontairement terne de cet univers dystopique : les arbres sont morts, le soleil voilé par une poussière certainement polluée, les villes en marge sont les décharges des mégalopoles voisines et Las Vegas est redevenue un désert. Les discriminations sociales dominent et l’on quête désespérément de l’amour virtuel. Une meilleure exploitation de la 3D aurait permis une immersion plus grande encore. La musique de Hans Zimmer fait écho aux gammes électroniques de Vangelis à l’époque et participe à l’envoûtement mélancolique de l’ensemble. L’action limitée est posée. La révolution à venir est premièrement intérieure. On cherche à comprendre avant de tirer. Le rythme est lent, mais fluide, et ne lasse guère malgré une durée de près de 3 heures. Quant à l’intrigue, elle cite et se rattache à la première. Sans être révolutionnaires, les questions qu’elle impose sur un monde en déliquescence demeurent très actuelles : qu’adviendra-t-il de l’humain, le jour où l’intelligence artificielle surpassera la sienne au point de le déposséder de son plus grand pouvoir, la procréation ?

8.5/10

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« Mother! » de Darren Aronofsky

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“Pourquoi j’ai mangé ma mère”

Au commencement était cette maison décimée par le feu et qu’elle a, par amour pour lui, reconstruit de ses propres mains. Aujourd’hui, tous deux y vivent seuls au milieu d’une nature accueillante. Une nuit, un importun toque à la porte. Il le fait entrer et le laisse s’installer, malgré elle, en leur demeure.

Que vaut le film le plus décrié de l’année, rejeté en masse par la critique et le public ? Il faut le voir pour le croire. Sur un mode soi-disant inquiétant, glanant avec mollesse les codes de l’horreur psychologique et du fantastique, l’évangéliste Darren Aronofsky réécrit un Tout Nouveau Testament, de la Genèse à l’Apocalypse. Lui, Dieu créateur, est un écrivain en panne d’inspiration. Elle, Terre-Mère, cherche à protéger leur univers. Mais quand débarquent un vieil Adam, fumeur asthmatique, son alcoolique et frivole de femme, puis leurs fils mal élevés, c’est le crime au Paradis. Ils cassent, polluent, gaspillent et tuent les ressources offertes. Les pécheurs entraînent l’idolâtrie, les guerres de religions et le fanatisme terroriste. Y a-t-il un Christ Rédempteur dans la salle pour sauver l’humanité et le film simultanément ? Il est né le divin Enfant qui offrira corps et sang aux plus anthropophages des fervents. Aucun pardon possible alors, l’Enfer s’ouvre sous leurs pieds. Mais ne craignez pas, car la vie n’est qu’un éternel recommencement. Si grossière est la parabole que le message en devient risible au point de nous infliger une solide crise de foi en le bon sens du gourou réalisateur et de ses disciples acteurs.

3.5/10

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« The Circle » de James Ponsoldt

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“Loft story”

Mae peine à y croire. Elle vient de décrocher un poste au sein de « The Circle », empire informatique surpuissant de la Silicon Valley. Son idéal devient réalité, mais le rêve a ses revers.

Big brother vous regarde. Le savoir est un droit fondamental. La transparence, une valeur nécessaire. Le privé devient public, car tout secret apparaît comme un mensonge. Ne pas partager sa vie, c’est faire preuve d’asociabilité et d’égoïsme. L’individu s’efface en faveur de la communauté. Vous hésitez ? Le choix ne sera bientôt plus permis. Ce monde dystopique rappelle dangereusement le nôtre dans lequel l’hyperconnectivité est devenue essentielle. Certaines questions posées interpellent comme l’étroitesse entre autocratie et démocratie absolue. D’autres, telles la manipulation des données et l’intégrité de la personne, sont vite oubliées. Les références orwelliennes et au Truman show sont manifestes. Mais l’ensemble fait preuve d’une grande naïveté dans son contenu et sa tenue trop légère. Quand elle devient l’objet d’un filmage en continu, la jeune et jolie Hermione n’a rien de plus intime à montrer qu’un brossage de dents. Ses parents répondent alors malgré eux aux attentes évidentes du plus grand nombre. Même Loana et Kim Kardashian ont saisi plus vite la perversité intrinsèque du système. Le jour possible où une puce sera greffée dans son cerveau afin de contrôler ses pensées les plus confidentielles, l’humain aura cessé de penser.

5.5/10

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« K. O. » de Fabrice Gobert

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“Chaotique”

Antoine Leconte est un requin. Impitoyable et puissant directeur des programmes, il fait peu de cas de ses proches et de ses employés. La haine et l’envie qu’il suscite autour de lui pousse l’un d’eux à prendre une arme et à tirer. Coma. A son réveil, en dépit des apparences, tout a changé, rien n’est plus pareil.

Une première partie laborieuse portraiturant l’archétype du parfait salaud. Monsieur ignore et malmène fille, femme, maîtresses et assistantes. Les clichés se succèdent sans une once créative. Le monde de la télévision française ne serait qu’un concentré d’arrogance capitaliste et de rivalités venimeuses et de sexisme ambiant. Dans les hauts clapiers de verre sévissent de chauds lapins blancs aux griffes acérées. Au secours ! L’autre côté du miroir apparaît plus intéressant. Les rapports de force se renversent, les premiers deviennent les derniers et les rôles se dédoublent. On quête le mystère et mise sur l’étrangeté, le décalage. Las, les faiblesses envahissent vite l’écran. Le revenant Laurent Lafitte, OK en Vincent Bolloré, ne passe pas le casting météo. La déception est totale lorsqu’un message plus qu’usé de rédemption devient le dernier mot de cette histoire. Quand Gobert se prend pour David face aux Goliath américains Lynch et Fincher, c’est le frondeur qui finit KO.

4/10

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« La momie » (The mummy) de Alex Kurtzman

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“Mommy!”

En son temps, la cruelle princesse Ahmanet, assoiffée de pouvoir, fut momifiée vivante. Nick Morton, soldat d’élite en Irak et pilleur de sites archéologiques à ses heures perdues, découvre aujourd’hui son tombeau. Ainsi, réveille-t-il l’âme damnée de l’Égyptienne.

Quelque peu lassé par le monopole super-héroïque, Hollywood incante ses monstres classiques de l’au-delà. La momie montre la voie, suivie de très près par Dr. Jekyll, opportunément présent sous les traits de Mr. Crowe. Sont annoncés Frankenstein, Dracula, le loup-garou, l’homme invisible… L’idée peut séduire les plus nostalgiques, mais le sortilège ne prend pas. Sans personnalité propre, le film en appelle à Indiana Jones, Hitchcock – brune et blonde rivales et séductrices, oiseaux menaçants –, The walking dead et Mission impossible, série dans laquelle on préfère voir Tom Cruise s’ébattre. Cette avalanche successive de tons et de références fragilisent la pyramide qui finit par s’écrouler. Oubliez monstres et super-héros, seule une intelligence créatrice sauvera le cinéma américain.

5.5/10

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