« Petite maman » de Céline Sciamma

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“Fille-mère” 

Nelly, 8 ans, vient de perdre sa chère grand-mère et retourne avec ses parents dans sa maison pour la vider. Dans la forêt environnante, elle rencontre une autre fille de son âge. Elle comprend qu’il s’agit de sa maman Marion, enfant.

Comment passer des au revoir aux adieux ? Comment garder pied quand le lien et ses racines sont définitivement coupés ? Céline Sciamma aborde le deuil et la transition avec délicatesse. Sans vraiment y toucher, elle choisit le fantastique. Entre les murs de ses premières années, Marion adulte préfère la fuite à la confrontation. Son double rajeuni se substitue à elle, ce qui permettra à Nelly de faire face à la disparition, de l’accepter et la comprendre. Pas de fantômes effrayants, ni de retour vers le futur au moyen d’une machine, tout se passe naturellement. Et c’est sur ce point que le film déçoit. Comment croire au merveilleux quand l’émerveillement n’atteint pas les personnages ? Adultes et enfants ne s’étonnent de rien : ni de la gémellité des petites héroïnes – les sœurs Sanz, parfois mécaniques dans leurs intonations – ni du caractère identique des maisons visitées. Pourtant trouble il y a quand mère et fille se confondent et se posent des questions difficiles : T’ai-je désirée ? Crains-tu que je sois partie à cause de toi ? Vais-je revenir ?

Céline Sciamma explique qu’elle a pensé au cinéma de Hayao Miyazaki qu’elle frôle lorsque le vent se lève et que l’orage menace au loin. Mais la crainte, l’hébétude et l’enthousiasme imprègnent les figures du Japonais quand Totoro émerge ! Tout paraît figé ici, sauf lorsqu’une pyramide lacustre décroche enfin les mâchoires des deux fillettes.

On retiendra toutefois ces très beaux moments : Nelly nourrissant sa mère adulte lorsqu’elle conduit ou aidant à raser la barbe de son père qui redevient d’un coup le jeune homme qu’il était. Et ce dialogue si simple, si perçant entre une enfant et sa maman : « Je suis contente de t’avoir rencontrée ».

(6.5/10)

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« Mandibules » de Quentin Dupieux

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“Tsé-tsé” 

Manu a pour mission simple d’aller chercher une valise sans l’ouvrir et de la remettre au destinataire. Il enrôle Jean-Gab, son ami de toujours, pour l’accompagner. Mais dans le coffre du véhicule qu’il a « emprunté » se trouve une très grosse mouche qui bouleverse ses plans.

Après le pneu tueur, le crime frappé et la veste en daim chasseresse, j’appelle l’œstre géante. Pas d’ambiance à la Cronenberg cependant, mais juste de quoi permettre à Quentin Dupieux de poursuivre sa quête d’absurde. Ne pas s’étonner donc de voir une licorne tirer une voiture aux plaques vaudoises avec pour passagère un insecte hors normes. Pas de logique ni d’explication dans cet univers où tout paraît possible : dresser une mouche, manger un chien, diamanter un dentier.

Dans le rôle de Ducon et Ducon, le Palmashow n’a nul besoin d’en faire des caisses pour convaincre. Mais la léthargie de leurs personnages semble influer sur le rythme du film qui peine au démarrage. Il faut qu’Adèle Exarchopoulos leur hurle dessus pour que l’ensemble se réveille un peu. L’effet ne dure pas véritablement, car on cherche en vain un sens, un message et une chute à la blague. Si ce n’est peut-être la maxime affirmant haut et fort que seuls les imbéciles sont heureux.

(5.5/10)

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« Raya et le dernier dragon » (Raya and the last dragon) de Don Hall et Carlos López Estrada

Critiques

“Tigresse et dragonne”   

Il y a fort longtemps, dans une contrée appelée Kumandra, les dragons disparurent en sauvant l’humanité des Druuns, esprits malfaisants. Mais les rivalités entre clans demeurèrent et le pays fut divisé en 5 royaumes avides de posséder la gemme protectrice laissée par le sacrifice de ces êtres fabuleux. Suite à une trahison, la pierre précieuse fut brisée libérant les Druuns. Sur une terre désormais ravagée et plus que désunie, la jeune Raya s’engage à retrouver les morceaux éparpillés du joyau dans l’espoir de rassembler les peuples et recréer l’harmonie.

Plus besoin de se travestir en homme pour être dorénavant considérées, les femmes s’assument et prennent le pouvoir. Qu’elles soient reines, cheffes des armées, guerrières intrépides ou créatures légendaires, elles font tourner le monde. Mais pas de perspective virginale, les héroïnes étant aussi en proie au doute, à la méfiance et à la cupidité destructrice. Même les bébés sont des petites voleuses. Les sœurs cadettes de Mulan ne croient plus au prince charmant et osent déclarer : « Rappelle-moi de ne pas faire d’enfants ! ». Quant aux dragons, la voix rauque, ils prennent l’aspect très particulier et pas forcément réussi de licornes arc-en-ciel à longues queues.

Disney vit donc avec son temps estimant qu’une relecture inclusive du conte de fées pouvait lui faire gagner plus que perdre. Et c’est satisfaisant. Les personnages nuancés gagnent en épaisseur. Pincées de mythologie asiatique, atmosphère fantastique, quête initiatique, message écologique, kung-fu et humour ludiques épicent le potage équilibré. Même si le scénario s’en va glaner des motifs connus chez Vaiana, Tolkien, voire Game of Thrones, animation et réalisation convainquent, misant sur la qualité plutôt que l’originalité.  

(7/10)

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« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« Ondine » (Undine) de Christian Petzold

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“Le forme de l’eau”  

Autour d’un simple café, le compagnon d’Ondine lui annonce qu’il la quitte. Bouleversée, la jeune fille rencontre le même jour Christoph, un scaphandrier, et plonge avec lui dans une nouvelle histoire d’amour.

Une larme qui coule. Un robinet fuyant. Un aquarium qui se brise et emporte les nouveaux amants. L’effet aquatique décuple les passions. Mais la sentence est sans appel : « Si tu me quittes, il faudra que je te tue ».

Christian Petzold revisite le mythe d’Ondine et fait de son héroïne une naïade éprise et dangereuse qui ne peut vivre sur terre qu’en aimant l’autre. Une sirène, docteure en histoire, qui raconte l’évolution urbanistique de Berlin, cité bâtie sur un marais asséché. Malgré les multiples reconstructions, on n’efface pas le passé ni n’enterre les sentiments. Si l’on accepte volontiers la modernité de la relecture, le mélange des genres et la comparaison allemande, le symbolisme ambiant, de plus en plus lourd, finit par nous noyer. Même le divin concerto en ré mineur de Bach en devient lancinant.

6/10

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« Pinocchio » de Matteo Garrone

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“Gueule de bois”                                                         

Gepetto, menuisier sans argent, fasciné par les marionnettes, dégote un morceau de bois magique. Il y sculpte Pinocchio, pantin articulé au cœur d’enfant.

Signor Gomorra nous conte ce classique connu de tous en restant le plus fidèle possible au récit originel de Collodi. Un conte moralisateur qui rassurera les parents en malmenant tout enfant désobéissant et un peu menteur. Ainsi, le petit héros naïf n’est-il jamais épargné par la cruauté adulte : brûlé, kidnappé, volé, pendu, fouetté, noyé, avant d’être gobé tout rond. Ses rencontres successives se transforment en une monstrueuse parade où les animaux anthropomorphiques risquent de traumatiser les plus jeunes. Dans cet univers aux couleurs si ternes et tristes, la magie a disparu. Demeure une laideur ambiante, insistant sur la misère de l’époque, qui n’incite guère au rêve. Seul le faciès doux de Pinocchio, mélange réussi de réel et de virtuel, a de quoi réconforter.

5/10

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« The lighthouse » de Robert Eggers   

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“Avis de tempête”

Dans les années 1890, le jeune Ephraim devient gardien de phare. Pendant 4 semaines, il devra faire équipe avec Thomas, un vieux loup de mer qui pourrait cacher quelques secrets.

On avait aimé The Witch, le premier film de Robert Eggers, qui jouait subtilement sur la paranoïa ambiante du 17e siècle et les accusations de sorcellerie. Un phare perdu au milieu de l’océan semblait figurer le cadre idéal pour une nouvelle expérience horrifique : le huis-clos, la tempête, la hantise des légendes et autres monstres marins. Hélas, le réalisateur n’en fait pas grand-chose, laissant ses deux personnages gesticuler entre les quelques lignes de scénario abandonnées. Cadre atrophié, noir et blanc, musique dissonante plombent le tout. L’hommage à l’expressionnisme allemand aurait pu séduire, mais au lieu d’accentuer l’angoisse et la peur, il mène à l’ennui. La tempête annoncée se meurt dans un verre d’eau.

5/10

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« La Reine des neiges II » de Chris Buck et Jennifer Lee   

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“L’appel de la forêt”

Alors que tout semble s’être apaisé à Arendelle, la reine Elsa est perturbée par une voix lointaine qui l’appelle à elle. Escortée par ses fidèles compagnons, elle s’en va à sa rencontre, explorant une forêt magique en lien avec le passé de ses parents décédés.

Face au milliard rapporté par le premier film, l’idée d’une suite ne pouvait que satisfaire la soif mercantile de l’oncle Picsou. Libérés et délivrés d’une mise en place toujours laborieuse, bénéficiant de personnages déjà connus et d’un peu de temps devant eux, les créateurs avaient tout pour réussir le doublé. Las, ils nous servent une histoire sans génie mêlant découverte des origines et d’un cinquième élément. Une quête où l’on se sépare pour mieux se retrouver. Sans oublier cette peur intrinsèque du célibat, propre à l’Amérique Disneyenne. Quant aux décors, baignant dans le kitsch et le new age, ils n’impressionnent guère, malgré le déluge équin final qui rappelle furieusement celui du Seigneur des anneaux. Mais le pire demeure l’avalanche vocale de fausses notes où chanter signifie hurler plus haut, plus fort et plus longtemps. Heureusement, aucune mélodie obsédante n’est à déclarer cette année.

Malgré ces nombreux bémols, il reste à sauver toute la poésie décalée du bonhomme Olaf, plus existentialiste que jamais. Et quand Kristoff se prend pour Justin Bieber, on se dit que Mickey sait aussi faire preuve d’une autodérision bienvenue.

5.5/10

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« Toy Story 4 » de Josh Cooley

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“Le haut de la fourchette”

Woody et ses amis fidèles appartiennent aujourd’hui à la petite Bonnie. Lors de son premier jour à la maternelle, la fillette esseulée bricole Forky à partir d’une fourchette usagée. De retour à la maison, ce personnage saugrenu peine à croire en lui.

Toy Story remet le couvert, neuf ans après un troisième volet conclusif. On pouvait craindre le trop ou la redite inutile, mais la magie opère toujours. Après avoir évoqué les premiers chapitres de la série en une subtile séquence, les questions existentielles se succèdent. Fourchette en plastique issue d’une poubelle, Forky n’a de cesse de vouloir y replonger, se définissant comme un déchet. Ses élans quasi suicidaires interrogent l’intérêt d’un vécu quand on vient du tréfonds. Quant à la bergère Bo, elle est devenue une Amazone indépendante. Sa liberté vaut-elle plus qu’un enfant que l’on accompagne, protège et voit grandir ? Le reste de l’aventure est plus attendue, moins profonde, parsemée de péripéties et courses poursuites programmées. Mais l’humour, l’intelligence et l’émotion suscitée dominent le débat, permettant à la saga d’occuper une fois encore le haut du coffre aux jouets animés. Et quand un au revoir résonne comme un adieu, on se surprend d’avoir le coin de l’œil légèrement humide.

7.5/10

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