« Normandie nue » de Philippe Le Guay

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“Les naturistes”                                                                 

C’est dans la colère et le désarroi que pataugent les agriculteurs du village de Le Mêle-sur-Sarthe. Étranglés par la crise, ils exigent d’être écoutés et entendus par des politiques sourds. Quand le hasard mène le célèbre photographe Blake Newman à trouver en un de leurs champs le paysage idéal, l’Américain demande aux Normands de poser nus pour l’art. Un événement à la portée médiatique inespérée.

Il y eut les « ladies » de Calendar girls, les chômeurs du Full monty. Au tour des paysans français de tomber la chemise pour réveiller les consciences. Sans atteindre l’élégance comique de ses cousins britanniques, le film de Philippe Le Guay se démarque par sa gentillesse. Que ne ferait pas le maire, François Cluzet, pour soigner les maux de sa campagne ? Dommage que les historiettes qui s’enchaînent manquent autant d’écriture et que l’interprétation soit imprécise. Le mélange humour-drame peine à prendre empêchant Normandie nue de quitter le plateau des vaches, les pieds bien ancrés au sol de l’anecdotique.

5.5/10

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« Santa & Cie » de Alain Chabat

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“Ho ho ho”                                                                           

A quelques jours de Noël, c’est la panique dans le ciel ! Les 92’000 lutins en charge des cadeaux sont tous tombés malades. Il leur faut au plus vite des vitamines. Seule solution, descendre sur terre pour en trouver. Et c’est Santa en personne qui doit s’y coller.

Après Astérix et le Marsupilami, Alain Chabat investit corps et âme dans un nouveau personnage. Comme insatisfait de n’être que derrière la caméra, il s’adjuge le premier rôle. Barbe touffue, longs cheveux gris et manteau vert pré-Coca-Cola – « Red is dead » –, le voilà méconnaissable dans la peau d’un père Noël qui n’a rien d’une ordure. Naïf et décalé, comme son humour.

Si le plaisir est là à l’écoute de ses gags « Nuls » – Santa Barbara, Ralf le renne et l’ours bipolaire –, il se délaie dans l’emballage féerique et enfantin,  pâle copie de l’original américain. Un peu de « ha ha ha » donc, mais beaucoup de « ho ho ho ».

6/10

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« Le brio » de Yvan Attal

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“Peut mieux faire”                                                           

Alors qu’elle entre avec retard dans l’immense auditoire de Paris 2, Neïla est publiquement prise à partie par le professeur Mazard. Provocation ciblée ou dérapage aux relents racistes ? Pour éviter un scandale fâcheux, le président d’université exhorte l’enseignant à préparer la jeune fille au prochain concours d’éloquence.

Il aurait été plaisant que le film soit à la hauteur de son titre présomptueux. De guerre lasse, il est admis sans mention. Le discours, certes honnête, subit une mise en place maladroite qui sent l’artifice. Peu subtile, l’opposition de style entre l’érudit et la fleur de banlieue fait vite place à une affection réciproque. Les comédiens débattent et se débattent dans des chassés-croisés linguistiques trop écrits pour réellement convaincre. Si la comparaison n’est pas raison, elle approche, quoi qu’on en dise, de la vérité. Ainsi, sur un même sujet, le documentaire « A haute voix » trouvait les mots justes pour toucher, surpassant sans coup férir la fiction.

5.5/10

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« 12 jours » de Raymond Depardon

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“Nid de coucous”                       

En France, il est stipulé qu’un juge doit vous recevoir dans un délai de 12 jours en cas d’hospitalisation forcée en psychiatrie. A lui de décider de la prolongation ou non de ce séjour contraint.

La caméra s’avance lentement dans les couloirs laissés vides. Bruits sourds et litanies plaintives percent le silence régnant. L’atmosphère y est pesante, glaciale, anxiogène. Des lieux hantés par des âmes errantes, en quête d’une liberté espérée. Des êtres cabossés par leur vie – toxicomanes, schizophrènes, dépressifs, suicidaires, criminels, victimes ou bourreaux – qui n’ont que peu de mots pour exprimer les maux. Assisté d’un avocat, ils font face à la loi et à son vocabulaire. Des juges plutôt bienveillants qui, sur la base du dossier médical, ont la charge de décider de ce qu’il convient pour la sécurité de chacun.

Raymond Depardon vole au-dessus de ce nid inaccessible. En entrouvrant la porte, il esquisse des portraits intimes et édifiants, photographies de la société actuelle. On s’autorise à sourire face à ce patient qui se présente comme une Trinité à lui tout seul. L’émotion pointe quand le même prie la magistrate de rassurer son père resté seul. On frémit en apprenant qu’il l’a tué dix ans plus tôt. Pas un monstre, mais un mélange de démence, de violence et de mal-être. Un autre, l’air désespéré, rappelle alors cette réalité : « Je suis fou, j’ai la folie d’un être humain ».

7/10

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« Paddington 2 » de Paul King

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“Gummy bear”                                                                   

Aujourd’hui, Paddington fait partie intégrante de la famille Brown et est devenu un membre incontournable de son quartier. Lorsqu’il découvre chez l’antiquaire un livre rare qui enchanterait sa vieille tante aimée, il économise penny après penny pour pouvoir le lui offrir. Mais quand l’ouvrage précieux est volé une nuit, c’est l’ours innocent que l’on accuse.

Quel plaisir de retrouver la peluche péruvienne dans de nouvelles aventures. Le premier épisode charmait par sa  fantaisie toute britannique. Mêmes ingrédients ici sans que la recette ne s’altère. Le scénario s’éparpille certes en mêlant film de prison et chasse au trésor dans Londres, mais il tient bon, évitant les temps morts et digressions inutiles. Chaque élément prend sens dans l’action finale.

Par sa candeur, Paddington a le don de révéler le meilleur en l’autre. Il faut le voir transformer un pénitencier en maison du bonheur pour oser y croire. Même le vice, incarné, après Nicole Kidman, par Hugh Grant, ne peut que fondre face à lui. Dans le rôle d’un comédien raté sur le retour, l’acteur plein d’autodérision retrouve enfin le bonheur de jouer.

Une tartine de marmelade qui sustentera l’appétit des petits et des plus grands ayant gardé leur âme enfantine.

8/10

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« Jeune femme » de Léonor Serraille

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“L’âge de la déraison”                                                     

Après s’être défoncée la tête sur la porte laissée close de son amant très cher, Paula la rousse se retrouve dans la nuit parisienne, sans toit ni épaule sur laquelle pleurer. Abasourdie, mais résistante, la jeune femme va tout essayer pour rebondir.

Chacun cherche son chat, son métier, ses amours, sa raison d’être. Exception faite de Paula qui vit au jour le jour, quitte à tout perdre en un instant. Mais que désire-t-elle au juste ? Reprendre des études, renouer avec sa mère qui ne veut plus la voir, porter un enfant ? Celle que l’on prend pour une autre court après un passé à jamais perdu.

Il en faut de l’énergie pour incarner cette Bridget Jones « attachiante ». Boule à facettes, Laetitia Dosch se révèle en relevant le défi. Elle se montre comique, flamboyante, hystérique, horripilante et presque émouvante.

6.5/10

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« Les gardiennes » de Xavier Beauvois

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“Belles des champs”                                                        

En 1915, la guerre ravage l’Europe et le monde. Alors que les hommes combattent au front, Hortense et sa fille Solange prennent la ferme en main. Le travail est dur et ne manque pas. Francine, une jeune orpheline, est engagée pour les aider.

Les années passent au fil des saisons. Semences, labourage et moissons rythment le quotidien des paysannes. Elles espèrent le retour de leurs maris, fils et frères. Elles redoutent l’apparition du messager noir qui leur annoncera leur perte.

L’image est belle. Dans la lumière fragile de l’aube ou du crépuscule, elle rappelle la peinture de Millet et d’Anker. La romance faite d’amours avortées, de jalousie et de mensonges, passionne moins et ralentit l’histoire. Après avoir côtoyé le masculin dans Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois dédie ce film de guerre « hors-champ » aux sacrifiées du genre, les femmes.

6.5/10

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« La villa » de Robert Guédiguian

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“Maison de famille”                                                        

Près de Marseille, frères et sœur se rassemblent auprès de leur père âgé, victime d’une attaque. Bonheurs et douleurs passés refont surface.

Un balcon sur la mer, au bord d’une falaise. La villa demeure modeste, digne du milieu ouvrier dans lequel sont nés ses hôtes, mais la vue qui s’ouvre à elle la révèle. Fragile point d’ancrage d’un clan que le temps, la vie et le deuil ont tenu séparé durant longtemps. « Tant pis » dira le père désabusé avant de s’effondrer. Mais n’est-il jamais trop tard ?

Robert Guédiguian feuillette son album de famille entouré de ses fidèles qu’il couple, facétieux, aux visages plus jeunes d’Anaïs Démoustier, Robinson Stévenin et Yann Tregouët. Un passage de témoin peut-être nostalgique à ceux qu’ils furent hier. On assiste à cette réunion théâtralisée sur laquelle planent l’ombre de Tchekhov et les souvenirs du cinéaste, en prenant soin de rester à l’écart, craignant presque de déranger. Mais, quand notre présent s’impose à l’écran par l’évocation du drame des migrants, c’est l’émotion qui nous submerge… enfin.

7/10

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« Maryline » de Guillaume Gallienne

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“Une étoile est née”                                                       

Issue d’un milieu modeste et campagnard, Maryline, 20 ans, se rend à Paris pour devenir actrice. Mais le monde du cinéma n’a rien de tendre pour les filles comme elle.

Lors d’un premier casting, il est demandé à la débutante intimidée de tenir une table, comme si celle-ci était un objet d’importance. Secouée de droite à gauche avec brutalité, la jeune femme s’accroche sans rien lâcher. Une métaphore de ce qui l’attend. Maryline a du talent. Un diamant brut qui non taillé ne parvient à briller de ses feux. Grands yeux mouillés, bouche serrée, elle n’a ni les armes ni les mots pour se défendre face aux humiliations. L’alcool sera son île illusoire. Mais, si elle ressemble à un moineau blessé, tombé du nid, il ne lui manque qu’une âme charitable pour prendre son envol. Jeanne, l’oiseau de Paradis, sera cette aile tendue.

L’étincelante Adeline d’Hermy donne espoir à cette Cosette émouvante et mystérieuse. Quelques bribes seulement d’une enfance douloureuse. Une remise de prix pour bonne conduite qui expliquerait sa passion pour les projecteurs. A force d’ellipses, de ruptures rythmiques, d’insistance et de faux-semblants, Gallienne préfère à la simplicité bouleversante la carte de l’artifice, au risque de perdre non pas son héroïne, mais son spectateur.

6.5/10

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« Marvin ou la belle éducation » de Anne Fontaine

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“L’envol”                                                                              

A Paris, Martin, né Marvin, s’apprête à monter sur scène. Dans la loge, devant le miroir, il se remémore les douleurs de son passé qui ont fait ce qu’il est aujourd’hui.

« Mes chers parents, je pars… Vous n’aurez plus d’enfant, ce soir… » aurait pu fredonner le jeune Marvin Bijou. Souffre-douleur à l’école, malaimé au sein de sa famille, il ne rêve que d’un ailleurs. Marvin est homosexuel. Une maladie propre aux dégénérés dans son milieu. Une différence qui suscite le mépris, la haine et la violence autour de lui. Le théâtre et une principale attentive vont le sauver. Toute l’importance de l’art ici signifiée. Dans la capitale, d’autres bonnes fées se penchent sur son berceau. Vincent Macaigne, Charles Berling et Isabelle Huppert, dans son propre rôle, prennent l’oisillon sous leur aile. Marvin s’envole alors et renaît en tant que Martin. Le bijou apprend enfin la clémence envers lui-même. Le paradoxe de devenir un autre pour pouvoir juste être soi. Dans le rôle, Jules Porier, puis Finnegan Oldfield, offre leur figure lisse ou cernée. Deux beaux visages pour un seul homme sur lesquels glissent nos émotions. Même si le contraste entre mondes prolétaire et bourgeois bohème paraît parfois surligné, la réalisatrice ne condamne pas ses personnages et parvient à les sauver de la caricature au moyen de scènes plus tendres et réussies. « Mes chers parents, je pars… Je vous aime, mais je pars ».

7.5/10

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