« Marie-Francine » de Valérie Lemercier

Critiques

“Papa ET maman”

A 50 ans, Marie-Francine a perdu son mari, son travail et son logement. Il ne lui reste alors plus qu’une solution : retourner vivre chez papa et maman.

Après l’échec douloureux de son précédent film sur l’adoption, 100 % cachemire, Dame Valérie opte pour un sujet moins périlleux et déjà traité par d’autres, la génération boomerang. La cohabitation contrainte entre parents vieillissants et enfants adultes engendre les situations de comédie efficaces, mais attendues. Le spectacle de la grande gigue infantilisée dès le réveil jusqu’à ses arrivées tardives amuse plutôt. Néanmoins, malgré une histoire d’amour avec un autre quinqua subissant une situation identique, le personnage de Marie-Francine paraît si peu mis en valeur au milieu des autres qu’il en devient presque insignifiant. Pas ou peu de répliques cinglantes, si ce n’est le « vieux cul » qu’elle jette à la figure paternelle, une révolte molle et tardive, aucune évolution charismatique… Une héroïne terne qui ne restera pas dans les annales.

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« L’amant double » de François Ozon

Critiques

“Faux-semblants”

Chloé souffre de douleurs ventrales depuis toujours. A 25 ans, elle se dit prête à entamer une thérapie afin de découvrir la source de son mal. Paul est le psychiatre qu’on lui conseille et qu’elle se choisit. Son charme ne tarde pas à faire effet.  L’attirance est réciproque.

François, le touche-à-tout, ose s’attaquer au fantasme féminin par le truchement du thriller érotique. Ses références, nombreuses, mélangent Hitchcock et Polanski avec une allusion quelque peu scabreuse à l’Alien de Ridley Scott. Son approche volontairement provocante est plus clinique qu’émotionnelle, multipliant les clichés attendus sur l’hystérie et la gémellité, quitte à frôler parfois le grotesque. Reste toute l’élégance de sa caméra et le visage iconique de sa muse aux lèvres desquelles on se raccroche. D’une beauté androgyne, la garçonne joue à la fois son double et son contraire. Dans son premier film avec Ozon, la jeune et jolie Marine Vacth vendait ses charmes à des amants plus âgés. Clin d’œil ironique, c’est elle ici qui paie des hommes pour entrer en elle.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Rodin » de Jacques Doillon

Critiques

“De la terre à la lune”

En 1880, Rodin a 49 ans quand il reçoit enfin sa première commande de l’État : La Porte de l’Enfer d’après Dante. Suivront au fil des ans les Bourgeois de Calais et le monument Balzac, malmenés par l’opinion public. Côté intime, l’artiste accompagné tombe sous le charme de son élève Camille Claudel.

Alors qu’il ne s’agissait au départ que d’un documentaire de commande rendant hommage au centenaire de la disparition de l’auguste sculpteur, Jacques Doillon en a fait une fiction intime. Son inspiration l’éloigne de l’académisme biographique pour aborder à la fois l’artiste et l’homme. Il en tire un récit fractionné, sans marquage temporel précis, qui s’appuie essentiellement sur les solides épaules d’un Vincent Lindon totalement investi dans le rôle-titre. L’acteur fascine quand il joue le génie au travail laissant l’art naître de ses mains. Arborant fièrement, comme son modèle, un dru collier à son menton, il en oublie fâcheusement de laisser les mots s’échapper, borborygmes inaudibles pour la plupart. Parler dans sa barbe est l’expression qui convient alors. De la terre à la lune, il n’y a qu’un pas. La nudité fessue de ses modèles, la folie dévorante de son élève forcent le désir de Rodin au détriment d’une concubine à la carrure étrange. Lui est un homme à femmes qu’il idolâtre et malmène : « J’aime Camille, mais je hais Claudel », lance-t-il, à bout. Mais trop sages, chair et beauté ne suscitent pas la passion. Plus sensuelle est la scène de caresse de l’écorce d’un arbre telle une peau infiniment douce. Malgré une matière fort prometteuse, Doillon ne transcende jamais son sujet et laisse de marbre le spectateur.

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Les fantômes d’Ismaël » de Arnaud Desplechin

Critiques

“Sueurs froides”

En bord de mer, le cinéaste Ismaël travaille avec passion à l’écriture d’un film d’espionnage. Dans sa tâche, Sylvia, sa bien-aimée, l’accompagne et le rassure. C’est alors que réapparaît Carlotta, son épouse disparue il y a plus de 20 ans et qu’il croyait morte.

Dans une scène clé du film, Ismaël, en quête de perspective(s), tire des fils entre L’Annonciation de Cortone et Les époux Arnolfini de Van Eyck. Symbole appuyé d’un auteur à la poursuite du sens depuis sa naissance jusqu’à son accouchement. Quelques scènes plus loin, une toile de Jackson Pollock honore un mur. Agent double et révélateur. Fidèle à son cinéma égocentré, Desplechin trouve le plus souvent un équilibre réjouissant entre son talent, ses doutes et les souvenirs de sa jeunesse. Il s’emmêle ici les pinceaux et tisse une toile enchevêtrée qui achève d’étrangler son spectateur. Les circonvolutions de son cerveau sont un dédale dans lequel on erre jusqu’à l’issue salvatrice. Celle-ci ne viendra ni des références shakespeariennes via le syndrome fantomatique d’Elseneur. Ni de son hommage à Hitchcock suscitant de froides sueurs plutôt que les « vertigos » de l’amour. Que de promesses non tenues hélas. Cette impression alors d’être à un repas de famille à laquelle nous n’appartenons pas. Honoré d’être convié à la table de l’hôte, on observe et écoute avec respect. Mais, au fil du temps, lassé d’être tenu à l’écart des conversations, la seule hâte qui résiste est celle de quitter la pièce.

5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Noces » de Stephan Streker

Critiques

“La mariée était en rouge”

A dix-huit ans, Zahira doit faire un choix. Garder ou non l’enfant qui grandit en elle. Dans l’absolu, elle serait prête à en épouser le père, musulman comme elle. Mais sa famille pakistanaise aujourd’hui en Belgique refuse, car la coutume n’accepte que le mariage arrangé.

Rouge est le fil qui tisse le voile que porte la jeune fille autour de son cou ou sur ses cheveux. Rouge comme cette cage d’escalier oppressante qui suscite vertiges et sueurs froides. Rouges comme les tuyaux lors d’un avortement éprouvant. Rouge comme le papier d’une lettre d’amour ultime. Rouge comme le sang qui jaillit du cœur. Les noces pour Zahira seront rebelles et funèbres. Éprise de liberté, elle ne se résigne pas à l’iniquité de sa situation. « La vie est injuste pour tout le monde », lui répond sa sœur aînée pour qui lutte et résistance ne seraient qu’une vaine souffrance. Soit elle accepte un fiancé inconnu resté au pays, soit c’est sa famille qu’elle abandonne dans la honte. « Vous ne pouvez pas comprendre » répètent souvent les personnages autour d’eux, tant les traditions qui guident chaque génération sont ancestrales. Même s’il faut bien « vivre avec son temps », puisque l’ironie des rencontres et des mariages s’effectuent aujourd’hui via Skype. Sans juger, le réalisateur expose les faits avérés d’une réalité difficilement saisissable et tragique – on joue Antigone en classe – avec tact et sensibilité, bien secondé par de jeunes acteurs aux tons justes.

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Paris pieds nus » (Lost in Paris) de Dominique Abel et Fiona Gordon

Critiques

“Pas de deux”

Dans son petit village enneigé du Canada, Fiona reçoit une lettre de sa vieille tante lui quémandant son aide. Menacée par la sénilité, Martha ne souhaite aucunement finir sa vie dans une maison de retraite. Le débarquement a lieu à Paris, cadre d’un chassé-croisé ubuesque entre les deux femmes, suivi avec insistance par Dom, un sans domicile fixe vite amoureux.

Quand la Statue de la liberté descend de son piédestal pour éclairer la tour Eiffel, cela donne une comédie hybride, typique de ce couple d’acteurs-réalisateurs dégingandés.  Un mélange de poésie surréaliste, de maladresse clownesque et de cinéma muet. Ils évoquent Chaplin, Tati et Wes Anderson, le perfectionnisme en moins. Cela peut charmer ou lasser selon les sensibilités. On retiendra surtout Emmanuelle Riva, mon amour, dans un de ses derniers rôles tristement prémonitoire.

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Planétarium » de Rebecca Zlotowski

Séances rattrapage

(Rattrapage“Medium”

Laura et sa cadette Kate débarquent dans le Paris de la fin des années 30. Réputées pour leurs séances de spiritisme, elles se produisent dans des cabarets et attirent l’attention du producteur André Korben. Fasciné, il souhaite filmer les deux sœurs américaines.

Croire à ce que l’on ne peut voir et ne pas considérer ce qui se trame sous ses yeux. Soit l’extralucidité présumée d’un côté, mêlée à l’illusion cinématographique, et, de l’autre, l’antisémitisme rampant annonciateur de l’extermination prochaine. Quand le paranormal côtoie la réalité la plus sinistre. On remarque le charme du français encore hésitant de Natalie Portman. On s’intéresse avec curiosité à l’éclosion de Lily-Rose Depp. Mais on regrette le manque de magie de l’ensemble.

(6/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

Planétarium.jpg

« Corporate » de Nicolas Silhol

Critiques

“Ressources inhumaines”                                                                                                                 

DRH du secteur financier de la grande société Esen, Émilie Tesson-Hansen passe pour redoutablement efficace aux yeux de sa hiérarchie. Mais quand l’un de ses employés se suicide sur le lieu de travail, ce sont toutes ses convictions qui s’écrasent avec lui.

Si les personnages sont fictifs, les méthodes de management décrites sont réelles, annonce le film. Il est convenu de pousser l’employé à démissionner en lui faisant comprendre que c’est sa décision plutôt que de le licencier de manière franche. Analyser plus particulièrement le sournois de cette conduite et son pourquoi aurait été digne d’intérêt. On se satisfait ici de ses conséquences tout en faisant de la victime première un élément secondaire. Le réalisateur préfère mettre en avant la prise de conscience abrupte et tardive de la « responsable ». Dans ce rôle complexe qui ne suscite pas de sympathie évidente, Céline Sallette joue les rocs fragilisés. Contrainte dans ce monde d’hommes de gommer sa féminité, elle adopte une androgynie soulignée par des cheveux mi-longs, chemises masculines et sudation récurrente.  La caricature est frôlée. Son personnage gagne heureusement en profondeur dans les scènes sises hors de l’entreprise, les plus réussies. Au contact d’une inspectrice assidue ou en famille, contextes dans lesquels l’humain est encore considéré.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Qui a tué Bambi ? » de Gilles Marchand

Séances rattrapage

(Rattrapage“Biche aux abois”

Infirmière stagiaire, la jeune Isabelle souffre de vertiges qui inquiètent ses collègues. Le docteur Philipp, aussi séduisant qu’inquiétant, lui conseille d’aller voir un spécialiste.

L’étrangeté suinte les murs et sols froids de cet hôpital, dans lequel des patients disparaissent ou se réveillent en pleine intervention. Sans atteindre le cauchemardesque d’un David Lynch ou le ludique horrifique d’un Lars von Trier, Gilles Marchand suscite, à son niveau, fascination et malaise dans un conte mêlant grand méchant loup et chaperon blanc.

(7/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

Qui a tué bambi

« Divines » de Houda Benyamina

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Bande de filles”

Dounia et sa meilleure amie Maimouna rêvent d’une vie faite de luxe et d’argent facile qui les éloignera au plus vite des horizons bouchés de leurs banlieue et bidonville. Seule solution à leurs yeux, se lancer dans le trafic de drogue, au risque de se brûler les ailes.

Elles ont la tchatche, la haine et du « clito » à revendre. Le duo improbable fonctionne sans peine et nous emporte dans sa fougue comique et ses excès dramatiques. La réalisatrice temporise heureusement le chaos par l’art salvateur de la danse et de la musique classique. Un premier film énergique et plein de promesses, justement remarqué, justement récompensé.

(7.5/10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

Divines