« Valérian et la Cité des mille planètes » (Valerian and the City of a Thousand Planets) de Luc Besson

Critiques

“L’élément manquant”

Le Major Valérian reçoit un signal étrange d’une origine inconnue qu’il n’a le temps d’analyser. Accompagné de Laureline, sa complice bien-aimée, il est mandaté par le ministre de la Défense pour récupérer au marché noir une rareté. Le dernier spécimen d’une espèce disparue sur lequel repose l’avenir des habitants de la planète qui l’ont contacté à l’origine.

Que ceux qui n’ont pas été bercés par l’univers scénaristique et graphique de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières soient avertis. Adoubés par les auteurs de la bande dessinée pour son esprit fidèle, Luc Besson s’en va prêcher les convertis et en oublie les néophytes. Après un prologue au didactisme enjoué sur le Life on Mars de David Bowie, il se refuse de présenter son couple d’agents spatio-temporels, au stade déjà de la demande en mariage. Pas sûr d’être convié à l’événement futur… La suite est un enchaînement de scènes cumulant les courses-poursuites genre jeux vidéo, un comique peu drôle et des personnages sans épaisseur. Le pauvre grand méchant désigné est si insignifiant qu’il finit par gesticuler au bout d’une liane en quête sûrement de lignes de dialogue supplémentaires. Visuellement, l’aspect androgynique des Pearls, avatars réussis des Na’vi, séduit. Dommage que leur planète ne dépasse pas le créatif d’un catalogue pour les Maldives. Le film le plus cher du cinéma français ne lui fera pas honte par son élan régressif, mais que de manques pour qu’il atteigne l’inoubliable.

5.5/10

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« L’heure d’été » de Olivier Assayas

Séances rattrapage

(Rattrapage“Se souvenir des belles choses”

Sous un soleil généreux, Hélène fête ses 75 ans dans la maison familiale entourée de ses enfants et petits-enfants. Depuis toujours, elle est la gardienne d’une collection hommage à son oncle, peintre célèbre et coté. Qu’adviendra-t-il de tout cela lorsqu’elle s’en ira ?

La valeur artistique d’un objet est-elle plus importante que son utilité ou le souvenir affectif qu’on lui porte ? Sans esclandre ni conflit inutile autour de la notion même d’héritage, Olivier Assayas s’interroge sur la mémoire liée aux jolies choses avec une douceur infinie. A l’image d’une nuit d’été.

(7.5/10)

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L'heure d'été.jpg

« Dunkerque » (Dunkirk) de Christopher Nolan

Critiques

“Il faut sauver les soldats Ryan”

Mai 1940, près de 400’000 soldats des troupes alliées se retrouvent encerclés par les forces allemandes sur la côte dunkerquoise en France. Ils attendent et espèrent une délivrance, un miracle.

L’ennemi est partout. Qu’il soit sur terre, navigue en mer ou vienne du ciel, il transforme le bouclier d’un cockpit ou d’une cale de bateau en un piège fatal. L’eau devient feu et consume les naufragés. La mort rôde et s’empare des moins résistants, des moins chanceux. Le chevalier noir Nolan, sur les rythmes d’un Hans Zimmer inspiré, compose un requiem aux paroles rares et dans lequel les balles jouent les percussions. Usant du montage alterné et parallèle, il permet à la tension de monter pour ne plus nous lâcher. Et, en dépit de quelques fausses notes – discours orienté et parfois confus –, l’émotion se déverse quand riment ensemble héroïsme et humanisme. « Nous ne sommes que des survivants » déploreront pourtant certains rescapés de retour au bercail. « C’est déjà bien » leur fait-on comprendre. Car vivre en temps de guerre requiert du courage.

8.5/10

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« Aurore » de Blandine Lenoir

Critiques

“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« K. O. » de Fabrice Gobert

Critiques

“Chaotique”

Antoine Leconte est un requin. Impitoyable et puissant directeur des programmes, il fait peu de cas de ses proches et de ses employés. La haine et l’envie qu’il suscite autour de lui pousse l’un d’eux à prendre une arme et à tirer. Coma. A son réveil, en dépit des apparences, tout a changé, rien n’est plus pareil.

Une première partie laborieuse portraiturant l’archétype du parfait salaud. Monsieur ignore et malmène fille, femme, maîtresses et assistantes. Les clichés se succèdent sans une once créative. Le monde de la télévision française ne serait qu’un concentré d’arrogance capitaliste et de rivalités venimeuses et de sexisme ambiant. Dans les hauts clapiers de verre sévissent de chauds lapins blancs aux griffes acérées. Au secours ! L’autre côté du miroir apparaît plus intéressant. Les rapports de force se renversent, les premiers deviennent les derniers et les rôles se dédoublent. On quête le mystère et mise sur l’étrangeté, le décalage. Las, les faiblesses envahissent vite l’écran. Le revenant Laurent Lafitte, OK en Vincent Bolloré, ne passe pas le casting météo. La déception est totale lorsqu’un message plus qu’usé de rédemption devient le dernier mot de cette histoire. Quand Gobert se prend pour David face aux Goliath américains Lynch et Fincher, c’est le frondeur qui finit KO.

4/10

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« Le Grand Méchant Renard et autres contes » de Patrick Imbert et Benjamin Renner

Critiques

“La ferme des animaux”

Au théâtre ce soir : un cochon qui expédie un bébé par poste, un lapin qui parle chinois, un renard pris pour une poule et un canard Père Noël.

Maître Renard sur une scène perché, nous tint à peu près ce langage : « Que le spectacle commence ! ». Les animaux de la ferme jouent les comédiens professionnels dans une folie joyeuse. Trois « fabulettes » pour préconiser un lâcher-prise et un laisser-grandir bien ciblés. La créativité et la tenue des deux premières compensent l’affaiblissement d’un final estampillé « Fêtes de fin d’année ». Plus vrais que nature demeurent les entractes drôlissimes. Une alternative franco-belge digne et bienvenue à la production américaine qui ravira petits et grands.

7/10

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« Les hommes du feu » de Pierre Jolivet

Critiques

“C’est beau… de loin”

Bénédicte est engagée en tant qu’adjudant-chef au sein d’une caserne dans le Sud de la France. Un quotidien professionnel et personnel toujours en alerte, rythmé par les incendies et les urgences.

Dans une première séquence cocasse et symbolique, une partie de l’équipe se jette sur deux petits escrocs se faisant passer pour eux. Elle finit par les laisser repartir en chaussettes et en caleçon. « C’est nous les vrais ! » confirment-ils haut et fort à un témoin quelque peu sceptique. L’approche du métier par Pierre Jolivet se veut donc réaliste et documentée. Etre pompier aujourd’hui a tout du sacerdoce et du sacrifice. Ces hommes et ces femmes sont contraints de savoir maîtriser le feu, les accidents, les suicides, les accouchements, la haine de l’uniforme, le machisme ambiant pour elles, les horaires irréguliers, tout en maintenant le plus souvent une vie de famille. L’hommage du cinéaste et de ses acteurs à ces héros très humains paraît sincère. Dommage qu’une trop grande succession de scènes touchant à l’artifice – la lettre de démission après deux jours, la leçon donnée au jeune pyromane en manque de (re)pères, la colère publique d’une épouse trompée… – l’éloigne de la flamboyance.

6/10

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« Visages villages » de Agnès Varda et JR

Critiques

“Photomontage”

La cinéaste Agnès Varda et le plasticien JR parcourent les villages de France à bord d’une camionnette transformée en photomaton mobile. Au fil de leurs rencontres, ils tirent le portrait géant d’illustres inconnus qu’ils collent sur d’improbables façades.

Chaque visage est une histoire. Chaque histoire dépend du regard qu’on lui porte. 55 années séparent la petite dame à la vue évanescente du jeune homme aux lunettes noires. Mais un rapport identique à l’image, sa force, son pouvoir et sa beauté, les relie. En quête de témoins, ils prennent le temps d’écouter une fille de mineur, une vendeuse, un agriculteur, des ouvriers, trois épouses de dockers… et leur rendent hommage en les affichant fièrement sur les murs. La mise en abyme est vertigineuse quand d’autres passants s’immortalisent à travers un selfie devant ces fresques impressionnantes sous l’œil de la caméra. Ces instantanés de vie, fixations éphémères du temps qui coule, convainquent davantage que les saynètes surjouées entre elle et lui. Les deux artistes se cherchent, se questionnent, s’associent et se démasquent enfin… un peu. Mais quand les yeux de Madame Agnès se mouillent face à une porte fameuse restée close, c’est notre cœur ému qui s’ouvre à son affable visage.

7/10

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« Cherchez la femme » de Sou Abadi

Critiques

“Nous deux ou rien”

Futurs diplômés de Sciences-Po, Armand et Leila s’aiment. Ils désirent effectuer ensemble leur stage de fin d’études au siège des Nations Unies à New-York. Mais le retour de Mahmoud, frère aîné et protecteur de Leila depuis la mort de leurs parents, vient perturber le rêve américain du couple. Revenu changé du Yémen, le voilà radicalisé.

Dans le désert créatif ou l’océan de vulgarité symboliques de la comédie française d’aujourd’hui, ce premier film survole le genre en jouant la carte de l’audace. N’est-ce pas sacrément culotté que de tenter de faire rire en emmêlant intégrisme, Coran et travestissement et en opposant les vers aux versets ? La réalisatrice d’origine iranienne relève en partie le défi. Le ton du début est plus grave que prévu quand les gestes et les mots de l’aîné se font brutaux. Sous le voile des apparences, l’étau se desserre et laisse place à un imbroglio pas toujours subtil. Les multiples références littéraires, théâtrales et cinématographiques se succèdent dans une bonne humeur appuyée. Proche, la bonne surprise de Kheiron, Nous trois ou rien, presque citée ici à travers le vécu des parents d’Armand, révolutionnaires et résistants ayant fui en son temps le régime Khomeini, était elle mieux maîtrisée, plus touchante. A retenir néanmoins cette belle idée visuelle transformant le niqâb et son aspect préservatif en un espace discret suffisamment vaste pour accueillir l’étreinte de deux amants.

6.5/10

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« Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Critiques

“Lignes de vigne”

Après avoir parcouru le monde et construit une vie en Australie, Jean revient dans le domaine viticole de sa famille. Il y retrouve sa sœur et son frère au chevet de leur père malade. Que deviendra l’exploitation après lui ?

Fait-il bon vivre en région bourguignonne ? Les saisons défilent, le temps passe et lasse. Liens du sang et lignes de vigne. On serre les rangs et les coudes face à une adversité peu marquée et guère marquante : un héritage, un voisin, une épouse et des beaux-parents. On a connu et aimé un Klapisch plus inspiré, plus créatif, plus subtil. Il nous offre un millésime aimable, mais peu charnu. Pas de quoi susciter raisins de la colère ni fruits de la passion.

6/10

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