« Villa Caprice » de Bernard Stora

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“Avocat et associé”   

Entrepreneur puissant, Gilles Fontaine est menacé de prison en raison de l’achat suspect de sa villa luxueuse sur la Côte d’Azur. Pour sa défense, il engage Luc Germon, un avocat parisien réputé pour être le meilleur.

La confrontation entre les deux hommes de pouvoir est donc annoncée. A savoir qui aura la plus grosse et saura prendre l’ascendant en manipulant l’autre à sa guise. Las, les espoirs d’assister à un jeu malin entre stratèges professionnels disparaissent vite. Pas si mauvais, Bruel dégaine le premier des phrases toutes faites croyant atteindre sa cible : « On ne vous paie pas, on vous achète ». Niels Arestrup réplique comme il le peut, mais son physique churchillien ne fait pas de lui un grand tacticien, baissant la tête face aux injures d’un père exécrable – pauvre Michel Bouquet – qui regarde Fort Boyard. Figurant des personnages peu aimables, toujours prêts à rabaisser les plus petits que soi, les deux acteurs n’ont pas grand-chose à sauver dans cette histoire. L’affaire n’a aucun intérêt au point que l’on imagine des indices pour des crimes non commis. Le scénario d’un téléfilm aurait été plus inspiré. Objet de tous les caprices, la maison du bord de mer n’est guère mise en valeur comme elle le devrait. Quant au nom du voilier, le Belmore, il est d’une subtilité grotesque. Le plongeon final, peu crédible, fait également plouf. De quoi nous confirmer que l’argent n’achète ni l’amour ni l’amitié et ne garantit aucunement la qualité d’un film.

(4/10)

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« Petite maman » de Céline Sciamma

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“Fille-mère” 

Nelly, 8 ans, vient de perdre sa chère grand-mère et retourne avec ses parents dans sa maison pour la vider. Dans la forêt environnante, elle rencontre une autre fille de son âge. Elle comprend qu’il s’agit de sa maman Marion, enfant.

Comment passer des au revoir aux adieux ? Comment garder pied quand le lien et ses racines sont définitivement coupés ? Céline Sciamma aborde le deuil et la transition avec délicatesse. Sans vraiment y toucher, elle choisit le fantastique. Entre les murs de ses premières années, Marion adulte préfère la fuite à la confrontation. Son double rajeuni se substitue à elle, ce qui permettra à Nelly de faire face à la disparition, de l’accepter et la comprendre. Pas de fantômes effrayants, ni de retour vers le futur au moyen d’une machine, tout se passe naturellement. Et c’est sur ce point que le film déçoit. Comment croire au merveilleux quand l’émerveillement n’atteint pas les personnages ? Adultes et enfants ne s’étonnent de rien : ni de la gémellité des petites héroïnes – les sœurs Sanz, parfois mécaniques dans leurs intonations – ni du caractère identique des maisons visitées. Pourtant trouble il y a quand mère et fille se confondent et se posent des questions difficiles : T’ai-je désirée ? Crains-tu que je sois partie à cause de toi ? Vais-je revenir ?

Céline Sciamma explique qu’elle a pensé au cinéma de Hayao Miyazaki qu’elle frôle lorsque le vent se lève et que l’orage menace au loin. Mais la crainte, l’hébétude et l’enthousiasme imprègnent les figures du Japonais quand Totoro émerge ! Tout paraît figé ici, sauf lorsqu’une pyramide lacustre décroche enfin les mâchoires des deux fillettes.

On retiendra toutefois ces très beaux moments : Nelly nourrissant sa mère adulte lorsqu’elle conduit ou aidant à raser la barbe de son père qui redevient d’un coup le jeune homme qu’il était. Et ce dialogue si simple, si perçant entre une enfant et sa maman : « Je suis contente de t’avoir rencontrée ».

(6.5/10)

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« Envole-moi » de Christophe Barratier

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“Intouchables”   

Noceur invétéré, Thomas finit par garer la décapotable dans la piscine de la villa. De quoi décevoir une fois de plus son père, chirurgien. Afin qu’il se responsabilise un peu et sous menace de lui couper les vivres, celui-ci demande à son fils de passer du temps auprès de Marcus, 12 ans, l’un de ses patients gravement atteints.

L’amitié accidentelle entre un valide et un malade, le riche et le pauvre, un noir et un blanc… cela ne vous rappelle rien ? Le cinéaste joue les choristes et chante la même mélodie qu’un certain duo à succès. Adaptée de faits réels qui ont déjà inspiré un roman et un film en Allemagne, cette histoire d’intouchables ne respire guère l’originalité. Armé de bons sentiments, l’on se contente juste de rajeunir les personnages et d’en inverser les rôles. Entre deux rendez-vous lacrymaux à l’hôpital, sorties au théâtre de guignol, livre de coloriage, shopping sur les Champs, cours de conduite de luxe et match au Parc se succèdent pour égayer les journées de ces deux gamins. Aucun problème, puisque c’est Papa qui paie.

Grand frère hors normes, Victor Belmondo, petit-fils de son illustre patriarche, joue la gamme sans trop de fausses notes. Il conviendra néanmoins de le voir dans un autre contexte pour véritablement juger de son charisme. Car, alignant les poncifs liés au genre dans une mise en scène sans idées et sur une musique bien lénifiante, le cinéma de Christophe Barratier n’atteint jamais l’humour et l’approche plus subtile d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Lui aussi devrait s’efforcer de grandir un peu.

(4/10)

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« Mandibules » de Quentin Dupieux

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“Tsé-tsé” 

Manu a pour mission simple d’aller chercher une valise sans l’ouvrir et de la remettre au destinataire. Il enrôle Jean-Gab, son ami de toujours, pour l’accompagner. Mais dans le coffre du véhicule qu’il a « emprunté » se trouve une très grosse mouche qui bouleverse ses plans.

Après le pneu tueur, le crime frappé et la veste en daim chasseresse, j’appelle l’œstre géante. Pas d’ambiance à la Cronenberg cependant, mais juste de quoi permettre à Quentin Dupieux de poursuivre sa quête d’absurde. Ne pas s’étonner donc de voir une licorne tirer une voiture aux plaques vaudoises avec pour passagère un insecte hors normes. Pas de logique ni d’explication dans cet univers où tout paraît possible : dresser une mouche, manger un chien, diamanter un dentier.

Dans le rôle de Ducon et Ducon, le Palmashow n’a nul besoin d’en faire des caisses pour convaincre. Mais la léthargie de leurs personnages semble influer sur le rythme du film qui peine au démarrage. Il faut qu’Adèle Exarchopoulos leur hurle dessus pour que l’ensemble se réveille un peu. L’effet ne dure pas véritablement, car on cherche en vain un sens, un message et une chute à la blague. Si ce n’est peut-être la maxime affirmant haut et fort que seuls les imbéciles sont heureux.

(5.5/10)

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« Oxygène » de Alexandre Aja

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(Film Netflix) “Respire”   

Une femme se réveille momifiée dans un sarcophage de verre. Qui est-elle ? Où est-elle ? Son seul contact est Milo, un agent de liaison informatique. Pourra-t-il l’aider à se souvenir et à s’en sortir avant que l’oxygène ne vienne à lui manquer ?

Eclore de sa chrysalide pour prendre son essor. Déchirer l’hymen dans une lumière couleur sang. Renaissance annoncée ou mise à mort de l’éphémère ? La première scène est réussie, attirante, intrigante. D’autres visuels imprègnent par la suite le regard. Mais si la forme peut séduire, l’intérêt pour le contenu s’assèche vite. La situation rappelle Gravity, Buried, The Guilty ou Searching, autres films à concept sur la claustrophobie ou l’enquête solitaire et à distance. Soupapes régulières, les flashback donnant vie à l’héroïne empêchent le sentiment total d’asphyxie. Quant à Mélanie Laurent, malgré toute la bonne volonté qu’elle importe en son confinement, elle fait preuve de moins de charisme que l’unique voix de Mathieu Amalric. Ignore-t-elle que dans l’espace, personne ne vous entend jurer ?

(5/10)

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« Garçon chiffon » de Nicolas Maury

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“Enfant gâté”   

Homme au bord de la crise de nerfs, Jérémie quitte Paris pour sa terre natale, le Limousin, afin de retrouver de la brillance auprès de sa chère mère.

Jérémie est en train de chiffonner sa vie. Jaloux maladif, il envenime sa relation avec son compagnon qui finit par le « jarter ». Comédien atypique, il peine à convaincre les réalisateurs ou tente d’échapper à leurs griffes. Déçu, il n’a pas assisté à l’enterrement de son père. Bénéficiant d’une des plus belles vues sur la capitale, le garçon mélancolique peine à y trouver sa place et son chemin. Droite ou gauche ? Un retour aux sources permettra-t-il à l’enfant gâté de grandir enfin ?

Sérieux égocentré ou autodérision totale. Ecorché vif ou diva excentrique. Chiot attendrissant ou tique importune. Le personnage est tout et son contraire. Il ne laisse guère indifférent, suscitant l’envie de lui expédier une bonne gifle ou de lui tendre un mouchoir pour essuyer ses nombreuses larmes. Jérémie est à « cent pour cent » le jumeau d’Hervé et le reflet de son tuteur Nicolas Maury. Rêvant d’un coin de Paradis, il quête la lumière et les applaudissements. Bien entouré, il choisit Nathalie Bye comme douce maman, réduit Isabelle Huppert à une passante figurante et offre à sa complice Laure Calamy le pétage de plomb de l’année. L’entreprise peut plaire par sa fantaisie, ses élans poétiques et son décalage comique. Mais sur la longueur, le freluquet fatigue, agace un peu et ennuierait presque. « Vous êtes ‘trop’ ! », lui dit-on. C’est tout lui.

(5.5/10)

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« Madame Claude » de Sylvie Verheyde

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(Film Netflix) “Femme fatale”

A la fin des années soixante, Madame Claude rançonne les nuits parisiennes. Pendant que ses filles de luxe embrassent les puissants, la proxénète prend trente pour cent… et le risque de tout perdre.

« Si la plupart des hommes traitent les femmes comme des putes, autant en devenir la reine ». Fernande Grudet, née pauvre et malheureuse, s’empare d’un prénom épicène pour mieux dominer ce monde patriarcal. En dix ans, elle redessine les contours de la prostitution et réécrit son passé. Dans ses salons feutrés, à la lueur des chandelles, la maison Claude accueille bourgeois, politiques et vedettes, pour mieux les faire crier, voire chanter. Entre la pègre et la police, la maquerelle de Pigalle devient celle de la République.

Visage double pour cette assoiffée de pouvoir et de revanche sur la vie, elle qui ne veut plus jamais subir : mère protectrice de ses butineuses, sa seule et vraie famille, ou matrone vénale exploitant le miel et le corps de ses travailleuses pour des liasses de billets Pascal. Le personnage ambigu interpelle et aurait pu devenir l’héroïne d’une série de plusieurs épisodes. Compressé, précipité, son récit, au fil des années, oscille entre le vrai et le fantasmé sans forcément convaincre. La voix off classique raconte ce que l’écran n’a le temps de montrer ni faire ressentir. L’image léchée reconstituant l’époque reste néanmoins élégante et la distribution variée bien élevée. Figures plus ou moins connues défilent et éclairent la fatalité de cette femme fatale.

(6/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« Les blagues de Toto » de Pascal Bourdiaux

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais pas ci, fais pas ça”

A l’école ou à la maison, l’espiègle Toto s’illustre dans les maladresses calculées. De quoi plaire à ses camarades, mais décourager les professeurs et ses parents divorcés. Et quand un incident anéantit le vernissage organisé par le patron de son père, le coupable désigné est tout trouvé.

Si l’idée de mettre en scène l’esprit potache du célèbre garçonnet paraît bien délicate, la bande annonce du film n’effraie pas immédiatement. Plutôt enlevée et portée par des comédiens appréciés – Guillaume de Tonquédec notamment entre ci et ça –, elle suscite la curiosité. Pas de zéro de conduite au final, mais une œuvre sans inventivité ni réelle ambition qui lassera très vite au-delà de huit ans. Ne dit-on pas que les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures ?

(4/10)

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« Les plus belles années d’une vie » de Claude Lelouch

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Elle et lui”

Un homme, Jean-Louis, et une femme, Anne. Ils se sont tant aimés, quittés, puis perdus de vue. Cinquante ans plus tard, ils se retrouvent.  

Après toutes ces années, Claude Lelouch réussit l’exploit de réunir sa distribution d’antan. Nicole Croisille chante encore les amours passées d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant. Leurs enfants de fiction, devenus adultes, sont également conviés. Les souvenirs se ramassent à la pelle et se lisent sur ces visages encore beaux, mais marqués. Les images d’hier se mêlent aux nouvelles dans ces élans impressionnistes chers au réalisateur. Deauville, la romantique, n’a pas changé. Quelques allusions séniles et excès digressifs étiolent la poésie de l’instant. Mais si la mémoire flanche dans ces lieux où l’on attend la mort, les regards tendres ne mentent pas et embuent nos yeux : « Je me souviens d’elle comme si c’était hier, alors que d’hier je ne me souviens plus de rien. » Le temps est assassin, surtout pour ceux qui s’aiment. Au revoir ? A bientôt ? « Adieu », chante-t-on tout bas dans un ultime chabadabada.

(7/10)

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