« La mort de Staline » (The death of Stalin) de Armando Iannucci

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“Marx attaque”                                                           

Lorsque Staline meurt en 1953, victime d’une attaque cérébrale, la panique s’empare de sa garde rapprochée. Qui gagnera la guerre de succession sans perdre la vie ?

Et si l’on prenait le parti de rire de la terreur exercée sur son monde par le Petit père des peuples ? Survolant son cadavre encore chaud, ses vautours de ministres luttent becs et serres acérées pour s’emparer du pouvoir. Les balles fusent autant que les bons mots (en anglais hélas). Derrière leurs moustaches ou lunettes, et malgré le sang qui dégouline sur chacune de leurs mains, les ambitieux Malenkov, Beria, Molotov et Khrouchtchev passeraient presque pour les frères Marx.

Cette farce, adaptée de la bande dessinée documentée du même nom, mêle l’absurde au noir le plus dense. La caricature suscite dès lors un semblant de malaise en apparaissant plus fidèle à la vérité historique qu’un manuel scolaire russe. Peu enclin à voir ses mythes égratignés, le Kremlin de Poutine a d’ailleurs interdit le film sur son sol.

6.5/10

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« Pentagon Papers » (The Post) de Steven Spielberg

Critiques

“Liberté, j’écris ton nom”                                          

A la tête du Washington Post, suite à la disparition de son mari, Katharine Graham doit prendre une décision lourde de conséquences : publier ou non des rapports confidentiels noircissant la position de la Maison-Blanche et de son résident Nixon sur la situation du conflit au Viet Nam.

Dans un monde où le numérique a remplacé la feuille, où le fait alternatif est un élément moteur du discours présidentiel, où les caractères d’un tweet sont davantage considérés qu’un article de fond, Steven Spielberg rend hommage : à une profession aujourd’hui malmenée. A des techniques d’imprimerie désormais oubliées. A la femme qui s’affirme dans un monde d’hommes. Aux films du genre qui l’ont inspiré. Il rappelle que la presse libre est avant tout au service des gouvernés et non des gouvernants. Et que ses écrits apparaîtront comme les brouillons de l’histoire.

Le plaidoyer convainc sans être trop appuyé. La reconstitution s’avère plus que soignée, comme la mise en scène. Quant aux acteurs, ils font la révérence à une Meryl Streep plus Reine mère que jamais. Néanmoins, il manque au bon élève l’effet du scoop et de la nouveauté qui permettrait au canard de s’envoler.

6.5/10

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« Les heures sombres » (Darkest hour) de Joe Wright

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“La guerre est déclarée”                                                

Mai 1940. L’Angleterre est inquiète. Hitler avance au pas de l’oie, écrasant l’Europe occidentale sur son passage. Jugé faible, le Premier Ministre Chamberlain démissionne, remplacé en urgence par l’expérimenté Churchill. A lui de prendre les décisions graves et de convaincre par les mots.

« On ne raisonne pas un tigre, quand il tient notre tête dans sa gueule ». La position de l’homme est claire. Elle semble définitive. Mais le doute l’envenime, sachant les sacrifices engendrés. C’est dans le métro londonien, au contact du petit peuple, que le politicien trouvera la force de ne pas plier face à l’ennemi, marquant à tout jamais l’histoire. Scène idéale. Scène improbable.

Sous le poids du costume et du maquillage, Gary Oldman s’efface entièrement pour laisser revivre le mythe. L’imitation impressionne. Parfaite, mais sans surprise. A l’image de ce film qui, surpassant celui de Jonathan Teplitzky, n’ose toutefois sortir du cadre d’une reconstitution appliquée sous forme d’hommage. A l’opposé, sur cette même période, Christopher Nolan abandonnait les coulisses du pouvoir pour survoler Dunkerque. Un grand rendez-vous émotionnel, héroïque et de lyrique.

6/10

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« Détroit » (Detroit) de Kathryn Bigelow

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“Entre gris clair et gris foncé”

Eté 1967. La guerre du Viêt Nam et les discriminations raciales échauffent les esprits, attisent les rancœurs. Détroit s’enflamme. Pour échapper aux émeutes, Fred et Larry se réfugient dans l’« Algiers Motel ». Des tirs s’y laissent entendre autorisant la police à l’annexer.

L’état de guerre est déclaré. Les chars sont entrés dans la ville. Dans la chaleur de la nuit, toutes les âmes sont grises mêlant tireurs potentiels et cibles mouvantes. Une étincelle et c’est l’explosion. Au milieu du chaos, le motel choisi évoque la possibilité d’une île. On y danse, chante, plonge et séduit dans une insouciance illusoire. Un acte provocateur transforme l’éden en véritable enfer. Le film de guerre touche à l’horreur. Les bourreaux aiguisent leur haine, exacerbée par le mélange des peaux. Alignées, les victimes expiatoires subissent l’humiliation et les coups, la mort aux trousses. « Qui sera le prochain ? » cadence un jeu pervers et brutal. Aucune échappatoire offerte aux protagonistes ni au spectateur, témoin privilégié et impuissant devant cette violence, cruauté, bêtise, lâcheté complice et peur. S’ensuivent les grandes lignes d’un procès qui fera croître le sentiment d’injustice et creuser le fossé miné depuis des décennies.

Entre images d’archives et reconstitution hyperréaliste, le film est une épreuve captivante. Son approche nuancée évite intelligemment le manichéisme attendu. « Etre noir, c’est vivre avec le sentiment d’avoir en permanence un pistolet pointé sur la tempe ». Dès lors, Kathryn Bigelow, une blanche, était-elle légitime pour s’arroger un événement intimement lié à la ségrégation raciale ? Sans aucun doute, puisque son engagement participe au travail de mémoire d’une nation confrontée à son passé trouble. Dans l’Amérique d’aujourd’hui, ce film s’avère plus qu’important.

9/10

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« Le dernier vice-roi des Indes » (Viceroy’s house) de Gurinder Chadha

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“Independence Day”

En 1947, l’Anglais Louis Mountbatten est nommé vice-roi et gouverneur général des Indes. Sa mission d’importance et périlleuse est de permettre au pays de gagner son indépendance.

L’histoire serait écrite par les vainqueurs. Qu’en est-il quand il n’y en a pas ? A Delhi, les centaines de domestiques du palais royal, bientôt gouvernemental, s’affairent pour accueillir dans l’or et l’opulence, le Lord et sa famille. Un occupant britannique en partance, affaibli par des années de guerre et de rationnement au point de saliver devant un poulet apprêté pour un chien. Cette inversion étonnante du rapport de force n’est qu’une illusion et la réalité indienne plus complexe et douloureuse. La liberté a un prix pour ce pays aussi vaste et peuplé qu’un continent, gangrené par les conflits religieux, l’illettrisme et la mortalité enfantine. Unicité ou répartition ? Hindous, Sikhs et Musulmans opposent leur point de vue. En coulisse, Churchill préconise la création de deux États, à l’image de l’Irlande et de la Palestine. En conséquence, le plus grand exode de l’humanité – 14 millions de migrants sur les routes dont 1 million n’atteindra jamais la destination choisie. Le film met en lumière ce pan de l’histoire peu connu des non-initiés. La réalisatrice d’origine indienne le raconte avec efficacité. S’inspirant peut-être du procédé utilisé par Robert Altman dans Gosford Park et repris dans la série à succès Downton Abbey – à qui elle emprunte son acteur principal Hugh Bonneville – elle fait se refléter sur les serviteurs les enjeux des délibérations dirigeantes. On lui pardonnera ses élans romantiques qui digressent pour retenir la qualité soignée de l’ensemble.

7.5/10

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« L’ordre divin » (Die Götliche Ordnung) de Petra Volpe

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“Femmes des années septante”

Un petit village helvétique est sur le point de décider d’accorder ou non le droit de vote à la gent féminine. Nora, épouse, mère et bru dévouée, s’interroge pour la première fois sur sa place dans cette société. Nous sommes en… 1971.

Alors que le monde est en effervescence, que l’Amérique empêtrée dans la guerre du Viêt Nam est secouée par la vague hippie et les panthères noires, un bourg minuscule du canton d’Appenzell semble figé sous la neige. Y règne un ordre patriarcal millénaire où chacun occupe un rôle prédéfini : les hommes au charbon, les femmes à la maison, pour le meilleur et pour le pire. Et quand une petite troupe de ménagères désespérées osent enfin déployer leurs « elles », une vindicte masculine et étonnamment féminine menace de les clouer au pilori. Concentrée sur quelques jours, la lutte n’en sera pas moins âpre et décisive. A l’image des comédies engagées américano-anglaises – We want sex equality, Pride ou Les figures de l’ombre –, ce petit film suisse mélange habilement le grave et l’amusant. Audacieux, il n’hésite pas à associer étroitement émancipation et révolution sexuelles en prônant haut et fort l’amour significatif du vagin. Une image jaunie et le soin apporté aux détails environnants facilitent le saut dans cette époque d’un autre âge et pourtant pas tout à fait révolue. D’une situation très locale, le résultat rafraîchit les mémoires et touche à l’universel.

7/10

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« Le procès du siècle » (Denial) de Mick Jackson

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“N’oubliez jamais”

En 1996, le professeur américain Deborah Lipstadt est attaquée pour diffamation par l’Anglais David Irving. Dans un de ses livres sur l’Holocauste, elle qualifie l’historien autodidacte d’extrémiste pro-nazi et de menteur, lui qui nie farouchement l’existence des fours crématoires à Auschwitz. Selon le droit britannique qui ne considère pas la présomption de l’innocence, c’est à elle de prouver que ces qualificatifs sont fondés.

Le duel juridique débute en 2000. Certaines voix s’élèvent pour y renoncer, préférant négocier que de faire écho au négationnisme. Et qu’en est-il de la liberté d’expression ? L’héroïne prend le risque du débat se sentant investie d’une mission qui la dépasse : donner la parole aux survivants et une voix à ceux qui ne sont plus là pour témoigner. Mais un procès n’est pas une thérapie. L’émotionnel est une arme tranchante qui peut se retourner contre la victime. Ses avocats la contraignent alors au silence et à la frustration optant pour une stratégie de déconstruction pièce par pièce des théories irrecevables d’Irving. La joute oratoire est passionnante. Et la victoire rigoureuse s’impose dans les détails afin que les chambres à gaz n’en deviennent pas un de l’histoire. En ces temps incertains où la montée des extrêmes est révélatrice, ce film qui pèche par quelques conventions académiques s’avère néanmoins essentiel.

7.5/10

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« La cité perdue de Z » (The lost city of Z) de James Gray

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“Jungle fever”

Dans l’Angleterre de 1906, le Major Percival Harrison Fawcett est engagé par la Société géographique royale pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie. Cette expédition est importante pour lui qui se doit de redorer le blason familial entaché par l’alcoolisme d’un père. Il en reviendra transformé avec l’obsession de repartir sur place pour retrouver la mythique cité de Z.

A travers la vie de ce personnage réel, James Gray nous offre une épopée dense et fascinante qu’il ancre à la fois dans l’histoire du monde et dans l’intimité d’un homme. Ainsi évoque-t-il la société conquérante de l’époque avide de découvertes, mais peu encline à prêter aux populations indigènes le nom de civilisation. Alors qu’éclate la Première Guerre mondiale, les tranchées éveillent une sauvagerie autre de celle de la forêt équatoriale. Évitant l’effet carte postale souvent dévolu au genre, Gray opte pour une image vaporeuse et à la lumière discrète qui resserre son propos autour de la figure héroïque de Fawcett, écartelée entre sa quête et les siens qu’il abandonne au pays. Sa femme Nina, soutien sacrifié de la première heure, et ses enfants qu’il n’aura pas vu naître finiront par épouser son rêve d’absolu. Un héritage existentiel qui se définit par cette maxime : « La portée d’un homme devrait dépasser son étreinte. Sinon, à quoi bon le ciel ? »

8.5/10

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« Les figures de l’ombre » (Hidden figures) de Theodore Melfi

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“Les blancs de l’histoire”

Katherine Goble, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, trois collègues et amies engagées à la NASA en pleine guerre froide. Mais dans la Virginie des années 60, plus que les formules mathématiques, ce sont les préjugés tenaces qui tamisent l’incandescence de ces femmes de couleur.

Si le cinéma dit populaire peut s’enorgueillir d’une vertu dépassant le divertissement, c’est en remémorant les oublis de l’histoire, en éclairant ses parts d’ombre qu’elles soient éblouissantes ou peu glorieuses. Sans surprise, ce film formaté remplit le contrat auquel il se soumet avec qualité. Elles sont mathématiciennes, femmes, filles, mères, épouses et noires dans une société ségrégationniste qui les contraint à leur seule place dédiée que ce soit sur leur lieu de travail, dans un bus, une bibliothèque ou aux commodités. Ces superhéroïnes en talons aiguille tissent un parallèle judicieux entre l’émancipation féminine, la conquête spatiale et celle des droits civiques. Elles nous rappellent que l’ouverture d’esprit, le courage et une abnégation sans bornes rendent atteignables les rêves si lointains qu’ils puissent paraître.

6.5/10

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« Silence » de Martin Scorsese

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“Chemin de croix”

En mission dans le Japon de 1633, le père Ferreira n’a plus donné signe de vie. Ses disciples, les prêtres Rodrigues et Garupe, se lancent à sa recherche. Ils quittent le Portugal pour s’engager dans un douloureux périple au sein d’une terre hostile au catholicisme.

La dernière tentation du pieux Martin Scorsese a tout d’un long chemin de croix physique et spirituel. Une relecture de la Passion du Christ mettant à l’épreuve Andrew Garfield, déjà bien malmené dans le Tu ne tueras point de Mel Gibson. Trahison, arrestation, jugement, humiliation, martyre et crucifixion. Faut-il abjurer sa foi pour sauver des vies ? Ne serait-ce pas le dû d’un orgueil démesuré que de s’y refuser ? Mais renoncer à ses croyances n’est-ce pas nier qui nous sommes ? Des questions, des appels au secours laissés sans réponse. Le doute s’installe et affecte les âmes. Les joutes verbales entre le prêcheur et l’apostat, l’Orient et l’Occident, captivent le plus. Évoquant la colonisation intéressée d’un territoire et des esprits, elles interviennent après une trop longue mise en place. On regrettera également quelques maladresses fâcheuses telles que le choix abusif de l’anglais en tant que langue commune, un tyran japonais proche de la caricature et la voix pénétrable d’un dieu qui finit par briser le silence.

7/10

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