« The dig » de Simon Stone

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(Film Netflix) “Un trésor dans la maison”

Dans l’Angleterre de 1939, la veuve Edith Pretty engage l’archéologue amateur Basil Brown pour fouiller les tumuli de son terrain. Elle a le sentiment qu’un trésor de grande importance s’y cache.

La chasse est lancée. Mais sans la jungle, le temple maudit, les serpents et le fouet. L’aventure est plus statique, le cheminement limité. Les obstacles seront un glissement de terrain, les pluies torrentielles, ainsi que le manque de moyens. Sans négliger les vautours de la concurrence vite appâtés. Et cette guerre imminente qui menace de tout détruire.   

Cette histoire vraie captive tant qu’elle se concentre sur la quête et les fouilles. Que va-t-on y trouver et surtout qu’en faire, comment le partager ? Elle se perd hélas dans des digressions romantisées et pas toujours subtiles. Néanmoins, mise en scène élégante et belle image à la Malick offrent un écrin au duo principal qui s’apprête à réécrire l’histoire britannique.

(6.5/10)

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CinéKritiK : « Les sept de Chicago » (The trial of the Chicago 7) de Aaron Sorkin

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(Film Netflix) “Toujours le poing levé”

Suite aux émeutes qui déchirèrent Chicago en 1968, sept activistes sont arrêtés. Considérés comme les organisateurs des manifestations, ils sont accusés à tort de conspiration. Bobby Seale, cofondateur du Black Panther Party est également jugé à leurs côtés, « pour l’exemple ». Affublée de différents costumes, c’est la « gauche radicale » qui est appelée à la barre.

Le procès qui débute a tout d’une farce : un juge acariâtre qui porte le même nom que l’un des prévenus, dont certains se travestissent en magistrat ; un avocat aux abonnés absents ; des policiers espions qui ravissent le cœur des militants fleur bleue… Faites l’amour, pas la guerre au Viêt Nam ! Les objections fusent tout comme les dialogues acérés du génial Aaron Sorkin. Pas le temps de s’ennuyer devant ce plaisant plaidoyer. Mais au fil des nombreux jours qui s’enchaînent, l’espièglerie laisse place à la gravité. Les images d’archives se mêlent à la reconstitution. Oppression, mensonges, partialité crasse, corruption, violences policières, racisme… L’Amérique divisée d’hier de Nixon ressemble furieusement à celle d’aujourd’hui. L’écho « Je ne peux pas respirer » se fait entendre dans la douleur. Et quand sous ce barnum, en dépit du spectacle, le pays finit par compter ses morts, on se prend à lever un poing imaginaire, plein d’amertume.

(8/10)

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« De Gaulle » de Gabriel Le Bomin

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“Charge héroïque”                                                      

Mai 1940. L’armée française est en déroute. Faut-il continuer le combat ou pactiser avec l’ennemi ? De Gaulle lui refuse de capituler.

Le film débute par une scène de lit. Dans les draps clairs, le grand Charles serre affectueusement sa fidèle Yvonne. Puis, il étreint de ses larges bras Anne, sa fillette handicapée. Avant de revêtir l’uniforme, de Gaulle est dépeint comme un homme tendre, époux et père aimant. Cette approche intimiste a de quoi étonner, tant la figure héroïque qui a forgé l’histoire est celle retenue aujourd’hui.

La suite, beaucoup plus conventionnelle, égrène de manière chronologique les quelques jours qui précèdent l’appel du 18 Juin, discours qui fit de ce général inconnu exilé à Londres, un mythe en devenir. Le montage parallèle entre la résistance du personnage et la fuite en avant de sa famille tourne alors au mélodrame classique, ampoulé par une musique envahissante. Malgré un Lambert Wilson sobre qui a su éviter le plus souvent l’imitation, le film bien didactique perd au fur et à mesure de sa saveur pour ne laisser qu’un arrière-goût de poussière.

5.5/10

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« 1917 » de Sam Mendes

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“Bienvenue en enfer”                                                 

6 avril 1917. Sur le front franco-allemand, les lignes de communication sont coupées. On charge alors les soldats Blake et Schofield de livrer un message au-delà des lignes ennemies afin d’empêcher le massacre de 1600 soldats britanniques. Mission impossible ?

Bienvenue dans les cercles de l’enfer ! Les tranchées asphyxiantes, les barbelés incisifs, les souterrains piégés où les rats deviennent des bombes à retardement, ce désert putréfié par la chair humaine et animale, les cerisiers coupés, l’avion descendu, la lame de l’adversaire, le village en flammes et les cadavres flottants du Styx. La guerre est traîtresse assassinant même la jeunesse survivante.

Construit à partir d’un seul plan-séquence illusoire, le film nous entraîne au plus près de ces messagers, héros malgré eux. Gadget pour certains, esbrouffe pour d’autres, l’effet immersif qui découle de ce procédé n’en est pas moins saisissant. La caméra, d’une fluidité rare, accompagne les nouvelles recrues MacKay et Chapman dans leur pensum, parfois devant, souvent derrière ou à leurs côtés. En jouant sur les décors, l’éclairage et le son, l’homme de théâtre Sam Mendes varie le formel et rapproche le tout de l’horreur et du fantastique. Tel un cauchemar éveillé, il nous propose une expérience éprouvante à l’intensité rare qui ne peut laisser indemne.

9/10

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« J’accuse » de Roman Polanski

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“Le procès du siècle”

Le 5 janvier 1895, lors d’une cérémonie de destitution solennelle et publique, le capitaine Dreyfus humilié est condamné au bagne pour haute trahison. Le colonel Picquart, son ancien responsable, est alors nommé chef du service de renseignement. Il découvre bientôt une preuve qui innocenterait celui dont le seul tort est d’être Juif.

La reconstitution historique allie le solide à l’élégance. Pas un bouton doré ne manque sur l’uniforme des militaires. Droit dans ses bottes, Jean Dujardin campe un Picquart digne qui, contrairement à tous ceux qui l’entourent, laisse éclater sa soif de vérité et de justice avant son antisémitisme. Didactique, le film enseigne plus qu’il émeut. Après une première partie prenante qui le rapproche du roman d’espionnage, il aligne les scènes de procès plus ternes et s’incline dans une romance quelque peu hors-sujet. Si l’on s’amuse à reconnaître sous les perruques et fausses moustaches parmi les acteurs les plus renommés du cinéma français, on rate au passage l’apparition hitchcockienne de Roman Polanski lui-même. De quoi oublier, le temps de la séance, les nouvelles accusations portées et une comparaison maladroite entre l’auteur et son personnage victime.

6.5/10

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« Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma

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“Tout feu tout femme”

Marianne débarque sur les côtes bretonnes. Il lui a été demandé de faire le portrait d’Héloïse qu’on enverra en Italie, à son futur époux. Mais celle-ci refuse de poser. Elle ne veut pas se marier.

« Regardez bien les traits, la silhouette… Prenez le temps ! Ne vous précipitez pas… ». Héloïse se fait attendre. Lorsqu’elle apparaît pour la première fois, elle est filmée de dos, dissimulée sous un habit noir. Enfin à l’air libre, elle se précipite vers la falaise, délivrant sa blondeur de la sombre capuche, avant de se retourner vers celle qui l’observe déjà : « J’avais si hâte de faire ça !— Mourir ? lui demande Marianne.— Non, courir. »  Pulsion de vie et de mort dans un monde où les femmes demeurent corsetées par l’ombre des hommes absents qui plane sur elles. Couvent, mariage arrangé, grossesse non désirée, célibat. La liberté a un prix.

Sous le regard de l’artiste, le sujet du tableau devient objet de désir. Echo d’une cinéaste qui a aimé son actrice. La peinture prend forme avec soin avant qu’elle ne soit volontairement effacée pour que l’étreinte ne se brise pas encore. La mise en scène de Céline Sciamma est délicate, pensée, magnifique : sabbat chanté autour du feu, reflet dans le sexe de l’autre et ce bébé qui console celle qui ne veut pas être mère. Il faut néanmoins attendre le grand final pour que les flammes estivales de Vivaldi embrasent tel un orgasme les cœurs et emportent les larmes. Un dernier regard sur Eurydice, avant qu’elle ne disparaisse pour toujours. Ne restera que l’image, que le souvenir.

7.5/10

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« Pour les soldats tombés » (They shall not grow old) de Peter Jackson

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“Les seigneurs de la guerre”

A partir d’archives inédites, Peter Jackson fait revivre la Première Guerre mondiale, de l’engagement des troupes britanniques jusqu’au retour au pays, quatre années plus tard.

Cadençant l’écran carré noir et blanc animé, les témoignages d’anciens combattants qu’on ne verra jamais se succèdent à un rythme soutenu. Ils rappellent l’enthousiasme de ces gamins volontaires mentant sur leur âge pour être enrôlés. La guerre n’est qu’un jeu lointain qui galvanise un patriotisme fier, proche de l’arrogance. Austère, trop longue et volubile, cette entrée en matière épuiserait presque.

Une fois débarquées sur le continent, les recrues malhabiles découvrent la réalité. L’image s’élargit, se colorise et commence à parler. L’immersion est totale, troublante, dérangeante. Vermines, puces, rats, inondations, donnent aux tranchées un avant-goût des Marais Morts. La gangrène force à fermer les yeux. Avant que le gaz, les bombes et les baïonnettes ne parachèvent l’horreur qui gobe cette jeunesse. Rien qu’une tasse de thé pour avoir l’illusion d’être encore humain.

Vient l’Armistice de 1918. Le temps de découvrir que l’ennemi d’en face n’est autre qu’un reflet dans le miroir déformant de la politique. La Grande Guerre était-elle vraiment utile ? Les combattants encore en vie rentrent groggy. Face à eux, une administration et des civils incapables de comprendre. Débute une autre lutte.

Le travail de sélection, de restauration et de montage accompli par Peter Jackson et par ses équipes, est colossal. Il redonne une aura à près de 600 heures d’archives restées muettes jusqu’ici. S’il ne convainc pas toujours, le documentaire s’avère d’importance et devient d’emblée source historique.

7/10

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« Rojo » de Benjamin Naishtat

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“Sang froid”

Attablé seul dans un restaurant de quartier bondé, Claudio attend sa femme qui est en retard. Un individu impatient et perturbé exige sa place. L’avocat respecté finit par accepter avant de l’humilier verbalement devant les autres clients. Sur le parking, le couple, prêt à partir, est agressé par le rancunier. Une altercation s’ensuit entre les deux hommes. Un coup de feu retentit.

Le fond de l’air est rouge et intoxique les âmes. Il coule sur les murs, souille les visages et les mains. On explique comment épuiser une mouche pour la tuer plus facilement. Sur le plateau d’un jeu de guerre, il n’y a rien à faire contre l’annexion de la Pologne. L’enlèvement devient une danse. Des corps disparaissent dans le désert. Et quand le soleil se cache le temps d’une éclipse, c’est le ciel argentin de 1975 qui saigne.

Polar métaphorique ou conte macabre teinté d’absurde, le jeune réalisateur mélange les genres pour aborder la chute du pays dans la dictature. On s’écarte des lois, ferme les yeux et finit par courber l’échine. La violence quitte les mots pour envenimer les actes. Le coup d’Etat est annoncé.

La démonstration est claire, mais bien lourde. La reconstitution soignée est plombée par des effets de style. A force d’user de plans fixes inutilement prolongés, de ralentis ou de digressions, le discours devient pompeux, épuisant, inefficace.

5/10

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« Le réformateur » (Zwingli) de Stefan Haupt

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“Une histoire suisse”

En 1519, le protestant Ulrich Zwingli arrive à Zurich. Principal artisan de la Réforme, il va savoir imposer ses idées nouvelles, au risque de ne pas faire l’unanimité.

Humaniste avant tout, le prêtre revendique une Eglise à hauteur de ses fidèles : que l’on traduise la Bible en allemand pour que le peuple puisse enfin la comprendre ! Cédons à la ville les ors du décorum religieux afin qu’elle prenne en charge les miséreux affamés ! D’ailleurs, rien d’écrit n’interdit de manger de la viande en plein Carême, alors qu’ailleurs on brûle pour de la viande avalée un Vendredi saint ! Autorisons enfin le mariage des prêtres afin d’éviter les enfants illégitimes… Des principes révolutionnaires à l’époque, dont certains feraient encore aujourd’hui débat, 500 ans plus tard.

Ce film sage et appliqué donne une figure moins austère au penseur helvétique et modernise son discours. Manque de moyens ou choix délibéré, la mort violente du héros sur le champ de bataille n’est pas montrée. Elle aurait pu rendre hommage une dernière fois à la parole de l’homme et son importance sur ceux qui l’ont entendue.

6/10

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« Marie Stuart, reine D’Écosse » (Mary Queen of Scots) de Josie Rourke

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“Combat de reines”                                                    

En 1561, Marie Stuart, veuve de 19 ans, quitte la France pour rejoindre ses terres natales et réclamer le trône d’Ecosse. Sa cousine Elisabeth Ire, reine d’Angleterre, le lui refuse.

Si loin, si proches. Elisabeth et Marie se ressemblent. Même teint de porcelaine, même chevelure flamboyante. La fragilité mêlée à l’incandescence. Sur les portraits qu’elles s’échangent, les souveraines exacerbent leur beauté, pour attiser la jalousie. Armes féminines en ce combat de reines. Mais dans ce jeu du trône, ce sont encore les mâles qui se maintiennent au pouvoir, par la manigance et la trahison. Marie se marie et enfante, signant ainsi sa perte. Sans époux ni descendant, la virginale Elisabeth devient un « homme », pour sa survie. Elle règnera 44 ans.

Reconstitution soignée, paysages grandioses et têtes couronnées à la hauteur. Il manque cependant à ce bel ouvrage, la fièvre ou un éclat original pour véritablement se distinguer. Dans la course au pouvoir d’Angleterre, Anne, la folle échappée de Yórgos Lánthimos, demeure la favorite.

6/10

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