« Escape game 2 : le monde est un piège » (Escape room: tournament of champions) de Adam Robitel

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“Ready Player Two”  

Seuls candidats élus encore en vie, Zoey et Ben demeurent traumatisés par leur premier « Escape game ». En quête de preuves, ils se rendent néanmoins à Manhattan où se dissimulerait le siège de la société Minos, conceptrice de ce divertissement mortel. Mauvaise idée bien sûr, car les voilà à nouveau piégés avec quatre anciens survivants pour partenaires.

Depuis la nuit des temps et l’Antiquité romaine, le peuple réclame du pain et des jeux. Plus ceux-ci sont spectaculaires et sanglants, plus ils sont applaudis. Les idées fusent ici pour transformer un wagon en cage de Faraday, une banque en échiquier fatal, une plage en sables mouvants ou baigner une rue new-yorkaise de pluie acide. Mais ce n’est pas tant la cruauté des épreuves qui récrée que l’échauffement des esprits logiques et l’intelligence collective nécessaire pour s’en sortir. La mise en scène permet même au spectateur de tenter sa chance en décelant quelques clés avant les personnages eux-mêmes. La règle du jeu est simple et connue : tout élément du décor peut révéler un indice quand les quidams croisés sont des ennemis potentiels.

Certes, la machination générale perd vite en crédibilité laissant des incohérences sur le chemin de la surenchère. Et l’on devine par avance que l’annonce du « Game over » n’est pas encore pour aujourd’hui. Néanmoins, cette suite ludique et sans fin surpasse le premier épisode. Ce cinéma popcorn demeure une honnête échappatoire.

(6/10)

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« Titane » de Julia Ducournau

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“Holy motors”  

Victime d’un grave accident de la route enfant, Alexia se réveille une plaque de titane greffée à son crâne. Aujourd’hui adulte, elle exhibe son pare-chocs en dansant lascivement sur de rutilantes carrosseries. En parallèle, l’Amazone tue celles et ceux qui s’attachent.

Au commencement, il y a une fillette cherchant à attirer l’attention de son papa qui lui tourne le dos, en conduisant, et préfère, pour ne plus l’entendre, monter le son de la radio. Faut-il passer par la rébellion, la séduction ou le sacrifice pour seulement lui plaire ?   

Julia Ducournau enrobe ce besoin d’amour et de reconnaissance dans une mythologie horrifique, fantastique et biblique. Complexe œdipien où il convient de tuer le père pour l’embrasser ensuite. Texte sacré dans lequel il est écrit que Dieu ne pourra reconnaître que son fils prodigue, n’en déplaise au frère aîné. Dans les bras d’Éros et de Thanatos, Alexia se métamorphose en Tirésias pour rejouer l’Immaculée Conception. Ceci est son corps meurtri, métallisé, scarifié qui se consume dans les flammes de l’enfer. Un Sauveur va bientôt naître pour le salut de la « transhumanité » ou sera-ce l’Antichrist ?

Dans ces cercles infernaux, la réalisatrice grave entraîne Agathe Roussel, une jeune femme pleine de promesses, qui lui offre sa chair et son sang. Face à elle, Vincent Lindon, mâle alpha se révèle si fragile parfois. La mise en scène haut de gamme fait rimer crash et trash évoquant à la fois Cronenberg, Carpenter, Bonello, Noé, Almodovar et Scott. Malaisant, stupéfiant, pompier, le film désarçonne son public au risque de l’égarer. Le jury de Cannes a choisi de l’adouber en le couvrant d’or.

(7/10)

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« Sans un bruit 2 » (A quiet place: part II) de John Krasinski

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 “Larsen”  

Voilà 474 jours que des extraterrestres avides du moindre bruit ont envahi les États-Unis. Marquée par la mort et une naissance, la famille Abbott quitte sa ferme incendiée dans l’espoir de retrouver d’autres survivants.

Silence on y retourne. Récompensé par le succès, il convenait de donner suite au premier volet sorti en 2018. Nous n’en saurons pas plus sur le pourquoi de cette invasion, assistant néanmoins à son débarquement destructeur en cette bourgade typique américaine. Evelyn, seule désormais avec ses trois enfants, dont un nourrisson, s’enfuit pieds nus sur les sentes forestiers et le long des voies ferrées. Est-ce bien raisonnable ?

Ne pouvant plus jouer sur l’effet de surprise, le film en devient presque classique, laissant davantage de place aux créatures féroces. Les sursauts interviennent cependant quand un hurlement déchire d’un coup le mutisme et le calme apparent. Afin d’accroître le suspens, le groupe est séparé et évolue dans un montage parallèle plutôt habile. Les motifs se multiplient, mais le temps manque pour les exploiter pleinement. Alors que dans l’épisode 1, la métaphore exprimait la crainte des parents de ne pouvoir préserver leurs petits, ils sont encouragés dorénavant à les laisser grandir et prendre leur envol. Et ce sont eux peut-être qui les protégeront.

(6.5/10)

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« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

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« Run » de Aneesh Chaganty

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(Film Hulu) “Ma mère, moi et ma mère”

Née prématurément, Chloé endure encore à 17 ans de graves séquelles : arythmie, hémochromatoses, asthme, diabète et paralysie des jambes. Vivant seule avec sa mère surprotectrice, elle est prise d’un sérieux doute lorsque celle-ci lui impose un nouveau médicament.

Dans un tel contexte, on ne peut que rapidement penser au syndrome de Munchausen aujourd’hui bien connu à l’écran. Le réalisateur alourdit le décor en imposant la maison isolée à la connexion limitée, ce qui ne facilite aucunement l’émancipation de Chloé. De l’artifice pas toujours utile et teinté d’incohérences. On apprécie néanmoins la performance de Sarah Paulson, grande habituée de l’horreur américaine. Dans l’ombre ou dans la lumière, sa présence accélère le rythme cardiaque. « Lève-toi et… cours ! ».

(5.5/10)

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« Peninsula » (Bando) de Yeon Sang-ho

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“Virus”  

La Corée du Sud n’est plus qu’un immense champ de ruines occupé par les zombies. Jung-seok et son beau-frère y ont échappé quatre ans plus tôt. Réfugiés méprisés à Hong Kong, ils sont engagés par une triade pour retourner au pays. Car dans la ville dévastée de Séoul se trouve un camion rempli de billets qu’il convient de récupérer. Au risque de ne pas revenir.

La lutte divertissante entre morts-vivants et vivants déjà morts peut commencer. La nuit, tous les zombies sont gris. Aveuglés, ceux-ci ne sont attirés que par la lumière et le bruit. De quoi donner quelque répit aux missionnés et des images crépusculaires de belle facture. Le reste ne respire guère l’inspiration. Outre dans les classiques du genre, le film pêche du côté de la folie de Max et de ses routes enragées. Les thématiques abordées – traumatisme héroïque, sacrifice maternel et monstruosité humaine – ne sont pas nouvelles. Et le final larmoyant en devient presque gênant. Reste qu’un monde emporté par un virus est un écho terrible à la période actuelle. La comparaison fortuite trouble et fait monter l’angoisse.

5.5/10

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« Antebellum » de Christopher Renz et Gerard Bush

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“Black lives matter”  

Dans une plantation du sud des États-Unis, une femme au milieu d’autres est réduite en esclavage. Après avoir tenté de s’échapper, Eden, comme on l’appelle, est marquée au fer rouge par son maître. Mauvais rêve ou cauchemar éveillé ?  

« Le passé ne meurt jamais. Ce n’est même pas le passé. » A la lueur de ces mots de William Faulkner, doublement cité dans le film, s’éclaire rapidement le discours tenu. Le racisme aujourd’hui est aussi palpable qu’hier. Ordinaire ou déclaré, il envenime les esprits nostalgiques de ce temps pas si ancien où la couleur noire n’était bonne qu’à recueillir le coton clair. Autant en emporte un vent qui n’a jamais cessé de souffler, attisé dernièrement par les mots de la blanche Maison. 

La démonstration est limpide, mais souffre de quelques longueurs et d’un style proche du pompier. Il n’empêche que le constat suscite le malaise. Après Get out et Us, nul besoin de faire appel au fantastique pour aborder l’horrifique. La réalité de l’histoire, qu’elle soit antérieure ou contemporaine, suffit.

6.5/10

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« The vigil » de Keith Thomas

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“Unorthodox”                                                              

Alors qu’il a quitté la communauté il y a peu, Yakov est rappelé afin de veiller un mort. En manque d’argent, il accepte malgré lui ce travail d’un soir. La nuit sera plus que funèbre.

Dans la tradition juive, le shomer a pour mission de demeurer auprès du défunt et de l’accompagner de prières jusqu’à l’aube. Un contexte inédit et idéal pour instaurer un climat cauchemardesque. D’ailleurs, il suffit de pas grand-chose pour faire monter l’angoisse : un cafard fuyant, une ampoule qui saute, une ombre mouvante dans l’obscurité, un drap blanc qui respire encore… L’imaginaire du spectateur se chargera de décupler l’effet escompté. Mais la mise en scène ne s’en contente pas et croit bon de rajouter une musique et des effets sonores éreintants.

Victime d’un stress post-traumatique, Yakov est hanté par des souvenirs qui le mordent encore. Chandelle à la main, phylactères à son front et enroulé autour du bras, le jeune homme, tel Rambo, s’en va affronter courageusement le démon. La référence est amusante, mais le combat se termine aussi vite qu’il a commencé, emportant avec lui notre peur.

6/10

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« The hunt » de Craig Zobel

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“Battle Royale”                                                            

Au milieu d’une prairie, un groupe d’inconnus se réveillent doucement. Ils sont bâillonnés. Dans une caisse abandonnée à leur intention, ils trouvent des armes. La chasse est désormais ouverte. Prédateurs ou gibiers, il faudra vite choisir son camp !

Ainsi peut commencer un jeu de massacre plus malin qu’il n’en a l’air. Le concept, aussi grinçant qu’amusant, est d’opposer une élite progressiste très sûre d’elle à des « déplorables » – comme les qualifiait avant sa défaite une certaine Hillary – triés sur le volet : bouseux rétrogrades, racistes, misogynes, homophobes, climatosceptiques et théoriciens du complot, adeptes de l’infox. Un propos politisé qui reflète l’Amérique divisée d’aujourd’hui, si bien que Trump, se sentant directement visé, a voulu interdire le film qu’il n’avait certainement pas vu. Car, au-delà de la satire aux références orwelliennes, on peine à choisir son camp, tant ces militants se caractérisent chacun par un extrémisme bien crasse. Seule une mystérieuse amazone semble être capable de faire la différence. Il lui faudra affronter la déesse de la guerre stratégique en grand manque de sagesse. Aussi, seules les lames d’un hachoir électrique pourront les réunir enfin.

6.5/10

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« The grudge » de Nicolas Pesce

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“Bouh !”                                                                        

Affolée, l’infirmière à domicile Fiona Landers quitte Tokyo plus vite que prévu afin de retrouver sa famille en Pennsylvanie. Elle ne mettra pas longtemps pour tuer époux et enfant avant de se suicider. Deux ans plus tard, le détective Muldoon, nouvelle venue dans la région, va reprendre l’enquête suite à la découverte d’un autre cadavre.

Il est dit que lorsqu’on meurt la rage au ventre, cette colère imprègne le lieu du décès. Si l’on y pénètre ensuite, la rancune nous poursuivra à jamais. Fidèle à ce principe, le film efface tout suspens en annonçant d’emblée la condamnation de chaque intrus à une lente agonie. Afin de combler ce manque, il mise sur la surenchère. Le scénario entremêle les temporalités pour introduire des personnages déjà fragilisés – couple attendant un enfant malade, personnes âgées, jeune veuve. Les sursauts horrifiques se multiplient artificiellement avec un goût prononcé pour la putréfaction. Renonçant à l’ambiance japonisante de ses origines, la franchise tombe ainsi dans le déjà-vu et l’insipide. Que fait-on quand on a peur ? On ferme les yeux et compte jusqu’à 5… au risque de s’endormir.

5/10

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