« Ghostland » de Pascal Laugier

Critiques

“Poupées de cire, poupées de sang”                       

Après la mort d’une tante âgée, Pauline et ses deux filles héritent de sa maison lointaine. Mais alors qu’elles emménagent de nuit, des intrus transforment leur rêve de vie nouvelle en véritable cauchemar.

N’importe quel individu sensé aurait fui au plus vite cette bâtisse délabrée, envahie par les poupées Chucky et Annabelle. Mais dans ce conte gothique, où le chaperon noir et Alice aux pays des horreurs tentent de survivre aux ogres et sorcières, seul l’imaginaire est une échappatoire.

Créature étrange au teint de porcelaine, Mylène Farmer fascine en maman tigre. L’hommage à Lovecraft, certes appuyé, apporte aussi de la profondeur à ce film de genre. Mais le train fantôme déraille sous les effets d’une perversion excessive. Plus malsain que ludique, le voyage prometteur finit par… désenchanter.

5.5/10

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« Thelma » de Joachim Trier

Critiques

“Délivre-nous du mâle”                                                

La chaste Thelma quitte sa campagne et ses dévots de parents pour étudier à Oslo. Seule et perdue dans la capitale, la jeune fille découvre des sensations inconnues jusqu’alors. Mais un mal étrange, aux conséquences surnaturelles, éclate en elle.

Le réalisateur norvégien, adoubé par la critique pour son cinéma d’auteur, s’essaie au fantastique. Si ses maîtres Bergman et Dreyer l’inspirent toujours, Stephen King et Dario Argento l’influencent dorénavant. La qualité de sa mise en scène reste plus que notable, mais il manque la peur pour que le malaise s’immisce en nous. Dans un genre proche, son voisin suédois Tomas Alfredson impressionnait davantage avec les dents acérées de son Morse.

Trier exprime de préférence un message d’amour et de tolérance. Thelma trouve en Anja, camarade d’université, plus qu’une Louise. L’objet obscur d’un désir qu’elle tente de réprimer en invoquant son éducation religieuse. Le serpent de l’Eden, les flammes de l’enfer et un « Lève-toi et marche » final marquent l’aspect biblique du film. Mais ce n’est qu’une fois délivrée de ce carcan et en acceptant sa vraie nature que cette Eve devenue femme avec une femme retrouvera la lumière.

6.5/10

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« Mise à mort du cerf sacré » (The killing of a sacred deer) de Yorgos Lanthimos

Critiques

“Théâtre sans animaux”

Cardiologue émérite, époux et père attentionné, Steven paraît comblé d’un bonheur irréprochable. Pourtant, depuis quelques mois, c’est en cachette qu’il rencontre Martin, jeune orphelin d’un de ses patients décédé lors d’une opération. Un rapprochement étrange qui pourrait lui brûler les ailes.

Que peut inspirer à l’homme de science cet adolescent au visage marqué ? Un second fils à la recherche d’un substitut paternel ? Un oisillon malmené qui mériterait qu’on le protège ? La figure pitoyable de sa propre culpabilité ? La proie potentielle d’une perversité malsaine ? La relation est tendancieuse et n’augure rien de sain. Comme l’ensemble des personnages qui hantent cet univers glacial telles des âmes errantes manquant de chair. On se parle sans rien se dire. On se jauge et se dissèque. On s’aime sous anesthésie générale. Quand survient la foudre fantastique de la tragédie grecque, ces âmes déjà grises se noircissent. L’absurde devient sombre et inquiétant. La violence éclate. Œil pour œil, canine pour canine, la justice est une vengeance qui se mange froide. L’homme loup réclame le sacrifice du cerf. L’approche clinique et provocante de Lanthimos trouble, mais ne convainc pas autant qu’elle le devrait. Il lui manque du sens et du contenu, ainsi que ce cœur battant filmé en ouverture.

6.5/10

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« Ça » (It) de Andrés Muschietti

Critiques

“Il est revenu”

Durant l’année 1989, une vague de disparitions d’enfants émeut la petite ville de Derry. Bill perd ainsi son petit frère Georgie, égaré dans les égouts. Soutenu par sa bande de copains, il garde l’espoir de le retrouver vivant et part à sa recherche.

Il y a 27 ans, le téléfilm Ça, adapté du roman de Stephen King, a su hanter les nuits adolescentes de cauchemars en couleurs. Glissant sur la vague opportuniste du remake, un nouveau film s’imposait aujourd’hui pour affecter la jeune génération de cette épidémie de coulrophobie notoire. Un sourire à la Joker, des incisives de lapin bien en vue et les yeux jaunes du crocodile, l’effet kiss clown 2017 n’est plus le même que dans les souvenirs. Manque de subtilité horrifique ici, étouffée par une avalanche de trucages sonores et visuels frôlant parfois le grotesque. En dépit de ces lourdeurs et facilités stylistiques, il reste le portrait touchant d’une enfance en perdition, meurtrie par les peurs et sévices inculqués le plus souvent par le monde adulte et ses résidents. De quoi frémir bien davantage qu’un excès de maquillage et quelques ballons rouges.

6/10

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« Mother! » de Darren Aronofsky

Critiques

“Pourquoi j’ai mangé ma mère”

Au commencement était cette maison décimée par le feu et qu’elle a, par amour pour lui, reconstruit de ses propres mains. Aujourd’hui, tous deux y vivent seuls au milieu d’une nature accueillante. Une nuit, un importun toque à la porte. Il le fait entrer et le laisse s’installer, malgré elle, en leur demeure.

Que vaut le film le plus décrié de l’année, rejeté en masse par la critique et le public ? Il faut le voir pour le croire. Sur un mode soi-disant inquiétant, glanant avec mollesse les codes de l’horreur psychologique et du fantastique, l’évangéliste Darren Aronofsky réécrit un Tout Nouveau Testament, de la Genèse à l’Apocalypse. Lui, Dieu créateur, est un écrivain en panne d’inspiration. Elle, Terre-Mère, cherche à protéger leur univers. Mais quand débarquent un vieil Adam, fumeur asthmatique, son alcoolique et frivole de femme, puis leurs fils mal élevés, c’est le crime au Paradis. Ils cassent, polluent, gaspillent et tuent les ressources offertes. Les pécheurs entraînent l’idolâtrie, les guerres de religions et le fanatisme terroriste. Y a-t-il un Christ Rédempteur dans la salle pour sauver l’humanité et le film simultanément ? Il est né le divin Enfant qui offrira corps et sang aux plus anthropophages des fervents. Aucun pardon possible alors, l’Enfer s’ouvre sous leurs pieds. Mais ne craignez pas, car la vie n’est qu’un éternel recommencement. Si grossière est la parabole que le message en devient risible au point de nous infliger une solide crise de foi en le bon sens du gourou réalisateur et de ses disciples acteurs.

3.5/10

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« Grave » de Julia Ducournau

Séances rattrapage

(Rattrapage) “L’école de la chair”

Justine, 16 ans, intègre l’école vétérinaire dans laquelle étudie sa sœur aînée. Lors du traditionnel bizutage, la jeune fille est contrainte d’avaler un rein de lapin cru. Une épreuve pour cette végétarienne qui finira pourtant par y prendre goût.

Quand l’errance adolescente en quête d’identité et de limites devient un cauchemar éveillé teinté d’horreur et de fantastique. Les sens en alerte, on se découvre, on se teste. La chrysalide se fait mante religieuse. L’agnelle devient louve. Toute l’audace provocante d’un premier film devant lequel on ose le rire – « finger food » au goût de curry – et, malaisé, détourne le regard.

(7.5/10)

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Grave

« La momie » (The mummy) de Alex Kurtzman

Critiques

“Mommy!”

En son temps, la cruelle princesse Ahmanet, assoiffée de pouvoir, fut momifiée vivante. Nick Morton, soldat d’élite en Irak et pilleur de sites archéologiques à ses heures perdues, découvre aujourd’hui son tombeau. Ainsi, réveille-t-il l’âme damnée de l’Égyptienne.

Quelque peu lassé par le monopole super-héroïque, Hollywood incante ses monstres classiques de l’au-delà. La momie montre la voie, suivie de très près par Dr. Jekyll, opportunément présent sous les traits de Mr. Crowe. Sont annoncés Frankenstein, Dracula, le loup-garou, l’homme invisible… L’idée peut séduire les plus nostalgiques, mais le sortilège ne prend pas. Sans personnalité propre, le film en appelle à Indiana Jones, Hitchcock – brune et blonde rivales et séductrices, oiseaux menaçants –, The walking dead et Mission impossible, série dans laquelle on préfère voir Tom Cruise s’ébattre. Cette avalanche successive de tons et de références fragilisent la pyramide qui finit par s’écrouler. Oubliez monstres et super-héros, seule une intelligence créatrice sauvera le cinéma américain.

5.5/10

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« The transfiguration » de Michael O’Shea

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“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

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« Alien : Covenant » de Ridley Scott

Critiques

“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

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« Get out » de Jordan Peele

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“Dans la peau d’un noir”

« Savent-ils que je suis noir ? », demande Chris, la voix légèrement inquiète, à la jolie Rose à propos de ses parents qu’il va prochainement rencontrer. La réponse est négative mais ce détail ne risque en rien de les gêner, le rassure-t-elle. Bien au contraire…

Devine chez qui tu vas dîner ce soir ?! C’est dans la peau de Chris que l’on fait connaissance avec Monsieur et Madame Armitage, couple bourgeois, propre et net de prime abord. Il est chirurgien et fier de pouvoir confier à son possible futur gendre qu’il  a voté deux fois pour Obama et qu’il aurait continué à le faire s’il avait pu se représenter. Elle est psychothérapeute et soigne les traumas par l’hypnose en faisant tourner une cuillère dans le fond d’une tasse. Mais leur accueil bienveillant dissone. Les domestiques de couleur ont les gestes et le regard éteints. Les allusions intrusives et maladroites se multiplient. Des murs immaculés de la maison suinte le malaise. A l’occasion d’une « Tea party » bien blanche donnée par les hôtes adeptes en réalité de nouvelles théories eugéniques, les relents de l’esclavagisme transforment un jeu de bingo en une tacite vente aux enchères des plus effrayantes. L’atmosphère est étouffante pour le héros et le spectateur qui ne rêvent que de s’en sortir. Qu’il soit ordinaire, latent ou affiché, le racisme est une perfidie. Usant des codes du thriller et de l’horreur, ce film malin le démontre avec efficacité. Seul un final grotesque misant davantage sur l’humour que le funeste le plus sombre déçoit.

7/10

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