« The transfiguration » de Michael O’Shea

Critiques

“True blood”

Le jeune Milo, orphelin de père et de mère, vit seul avec son aîné dans un quartier délaissé du Queens, quand une voisine adolescente emménage. Une potentielle amie ou une future victime pour celui qui est un vampire ?

Il n’a ni la pâleur ni les canines archétypiques. Il ne redoute ni la lumière ni le crucifix qui plombe le mur de la chambre parentale. Abreuvé d’images de prédateurs, il chasse une fois le mois, tel un cycle menstruel. Loin du romantisme « craignos » des héros de Twilight, qu’il juge irréalistes, Milo – et à travers lui le réalisateur – se retrouve en les personnages de Morse de Tomas Alfredson, sa référence. Des enfants malmenés par la vie qui puisent un pouvoir de résistance dans un imaginaire mortifère. Un cinéma envoûtant, mais quelque peu léthargique, manquant de sève et de fièvre.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Alien : Covenant » de Ridley Scott

Critiques

“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Get out » de Jordan Peele

Critiques

“Dans la peau d’un noir”

« Savent-ils que je suis noir ? », demande Chris, la voix légèrement inquiète, à la jolie Rose à propos de ses parents qu’il va prochainement rencontrer. La réponse est négative mais ce détail ne risque en rien de les gêner, le rassure-t-elle. Bien au contraire…

Devine chez qui tu vas dîner ce soir ?! C’est dans la peau de Chris que l’on fait connaissance avec Monsieur et Madame Armitage, couple bourgeois, propre et net de prime abord. Il est chirurgien et fier de pouvoir confier à son possible futur gendre qu’il  a voté deux fois pour Obama et qu’il aurait continué à le faire s’il avait pu se représenter. Elle est psychothérapeute et soigne les traumas par l’hypnose en faisant tourner une cuillère dans le fond d’une tasse. Mais leur accueil bienveillant dissone. Les domestiques de couleur ont les gestes et le regard éteints. Les allusions intrusives et maladroites se multiplient. Des murs immaculés de la maison suinte le malaise. A l’occasion d’une « Tea party » bien blanche donnée par les hôtes adeptes en réalité de nouvelles théories eugéniques, les relents de l’esclavagisme transforment un jeu de bingo en une tacite vente aux enchères des plus effrayantes. L’atmosphère est étouffante pour le héros et le spectateur qui ne rêvent que de s’en sortir. Qu’il soit ordinaire, latent ou affiché, le racisme est une perfidie. Usant des codes du thriller et de l’horreur, ce film malin le démontre avec efficacité. Seul un final grotesque misant davantage sur l’humour que le funeste le plus sombre déçoit.

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Life – Origine inconnue » (Life) de Daniel Espinosa

Critiques

“Gravité”

Une équipe de six astronautes étudie à bord de la Station Spatiale Internationale quelques échantillons d’origine martienne avec l’espoir d’y trouver les signes d’une existence extra-terrestre. Ils y découvrent une cellule animée bientôt appelée affectueusement Calvin. Laissée inactive après un accident, l’organisme est réveillé par l’un des membres de l’équipage. Grosse erreur.

Quand Alien rencontre Gravity, ils engendrent un thriller pas inefficace en dépit de l’ombre projetée par ces solides références. Évitant le grandiloquent horrifique trop souvent lié au genre, le film se démarque par un fatalisme bien plus effrayant porteur de peu d’espoir. Alors qu’Américains, Anglais, Russe et Japonais sont à l’unisson dans l’habitacle aérospatial, leur esprit de résistance ne représente que peu face à la chose – créature hybride entre le poulpe visqueux et la plante carnivore – plus rapide, plus puissante, plus maligne. Vision très pessimiste d’une humanité d’aujourd’hui vouée à sa perte – la Syrie est évoquée. Mais que serait la vie sans la mort à ses côtés ?

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Dernier train pour Busan » (Boo-San-Haeng) de Sang-Ho Yeon

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Ceux qui craignent prendront le train”

A Séoul, trop occupé par son travail, Sok-woo accepte de raccompagner sa fille Soo-ahn auprès de sa mère. Tous deux embarquent dans un train à grande vitesse direction Busan. Mais juste avant la fermeture des portes, une jeune femme contaminée par un virus inconnu s’immisce dans le convoi.

Il n’est plus alors question que de survie dans ce film d’action horrifique coréen. Entre le chacun pour soi et le sens du sacrifice, la lâcheté égoïste ou un courage altruiste, le choix effectué laissera apparaître la vraie nature de chacun. Un zombie express efficace, mais moins puissant dans un genre proche que Le Transperceneige, locomotive de Bong Joon-ho.

(7 /10)

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

dernier-train-pour-busan

 

« Dans la forêt » de Gilles Marchand

Critiques

“Loup y es-tu ?” 

Tom et son grand frère Benjamin s’apprêtent à retrouver en Suède leur père qu’ils n’ont pas vu depuis un an pour cause de divorce. Des vacances qui inquiètent le plus jeune : « J’ai un pressentiment », confie le garçon à sa psychothérapeute.

Qui est ce père étrange, froid, dur, instable, qui ne dort jamais ? Qui est cet homme au visage écrasé qui semble hanter les esprits ? Qui est ce petit Tom, parent proche du Danny Lloyd de Shining, persuadé d’avoir aperçu le diable ? Égaré sur les chemins tortueux des forêts suédoises, belles et inquiétantes, l’on quête en vain une clairière et des réponses entre l’horreur, le conte et le fantastique. On se rassure un peu en identifiant l’ensemble comme une volonté affectée de confronter peurs enfantines avec le sentiment d’abandon et de solitude adulte.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« A cure for life » (A cure for wellness) de Gore Verbinski

Critiques

“Purification”

Lockhart est un affairiste très au clair sur ses ambitions. Vite remarqué, il est dépêché en Suisse afin de ramener aux États-Unis le directeur de l’entreprise pour laquelle il travaille en vue de la fusion à venir.  Celui-ci, en cure dans les Alpes, a envoyé au conseil d’administration une lettre des plus étranges marquée par le sceau de la folie. Le séjour du jeune homme sera plus long et plus douloureux qu’attendu.

La complainte grinçante qui écorche le générique initial et final cite sans complexe les pleurs du bébé de Rosemary. L’ombre du mal pèse sur les gratte-ciel de New York plus sinistres que jamais. De même que les montagnes de la blanche « Hellvétie » qui, très éloignées des clichés tenaces, abritent une faune inamicale. Le pirate Verbinski filme avec un sens aigu de l’esthétisme un sanatorium d’un autre âge dont les murs et les sols font suinter l’angoisse. Y aurait-il anguille sous roche ? Car au lieu de jouer la carte efficace de l’horreur pure, il préfère le conte fantastique peuplé d’un chevalier sauveur et de son Alice égarés dans un château hanté par un Barbe Bleu incestueux. Le grotesque est parfois frôlé. Reste le message anticapitaliste sous-jacent plutôt amusant considérant le manque de scrupules des entrepreneurs comme une maladie à traiter. Un remède purificateur pour l’éradiquer ?

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Personal shopper » de Olivier Assayas

Critiques

Pensée du jour : Esprit, es-tu là ?

Exilée à Paris en raison d’un travail qu’elle exècre de plus en plus – la gestion vestimentaire d’une célébrité du Web –, Maureen est surtout en quête d’un signe de la part de son jumeau récemment décédé et doué comme elle de facultés psychiques extra-sensorielles. Dans la maison qu’il habitait, l’Américaine ressent une présence indéfinissable. Lewis, est-ce toi ?

Il y a des idées et de l’ambition chez Olivier Assayas qui avait su nous mettre en confiance grâce au serpent de son Sils Maria. Apporter du spirituel dans la superficialité du luxe et de la mode, jouant ainsi sur les mots « apparence » et « apparition » amuse. Épicer le tout d’un peu de fantastique, d’horreur, de policier et de thriller s’avère prometteur. Sans négliger la psychologie qui rappelle que le plus souvent l’ennemi premier est celui qui nous fait face dans la glace. Pourtant rien n’emporte ni ne convainc vraiment. On aurait aimé frémir, sursauter, s’émouvoir.  Mais les effets de la mise-en-scène, honorée à Cannes, sont plus subtils qu’efficaces. Quant à Kristen Stewart, qui disparaissait avec culot et magie dans le précédent film du réalisateur, mine boudeuse – c’est sa signature –, cheveux gras et pull-overs informes – à porter uniquement pour descendre les poubelles –, impossible de reconnaître en elle la reine de shopping courtisée qu’elle est censée incarner. Davantage d’extravagance aurait été appréciée dans cette œuvre de taille « médium ».

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Dans le noir » (Lights out) de David F. Sandberg

Critiques

Pensée du jour : Monster in the dark

Alors qu’elle a quitté la maison familiale, Rebecca se doit de recueillir son petit frère Martin qui n’arrive plus à dormir. Ses nuits sont perturbées par l’attitude inquiétante de leur mère, Sophie. Enfermée dans sa chambre, celle-ci dialogue seule à haute voix. A moins qu’une présence dissimulée dans l’ombre ne se tienne à ses côtés.

Qui n’a jamais redouté l’obscurité, cette absence de lumière propice au mystère et qu’une imagination trop fertile a tôt fait de transformer en terrain hostile ? Après un court-métrage remarquable et remarqué – visible ici, si votre résistance cardiaque le permet –, David Sandberg reprend l’idée valable, mais peu nouvelle, de jouer avec cette peur enfantine en la distillant sur la durée. Si la qualité de sa mise en scène demeure, le tout perd en efficacité, s’égarant notamment dans des données explicatives limitatives et pas toujours convaincantes. Restent les sursauts attendus et espérés qu’impose le genre. Ils sont au rendez-vous. De là à laisser une veilleuse allumée la nuit prochaine…

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« The witch » de Robert Eggers

Séances rattrapage

(Rattrapage) Ma sorcière mal-aimée

Dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, une famille très croyante est rejetée par sa communauté. Livrée à elle-même, elle s’établit  à l’orée d’une forêt. Les temps sont durs et les récoltes mauvaises. Quand le dernier-né, alors sous la garde de Thomassin, la fille aînée, disparaît mystérieusement, doute et suspicion gangrènent les esprits qui craignent là un acte de sorcellerie.

S’appuyant sur des écrits et témoignages de l’époque, le film retranscrit avec fidélité cette atmosphère pesante, gorgée de puritanisme religieux, dévotion exacerbée et superstition démoniaque. Le soin porté à l’image et au son, ainsi que la qualité du jeu d’acteur – les enfants impressionnent – participent à intensifier l’angoisse. Quelques effets superflus lestent le final, mais l’ensemble résiste pour nous offrir un conte horrifique et troublant.

(8/10)

The witch