« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

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« Run » de Aneesh Chaganty

Critiques

(Film Hulu) “Ma mère, moi et ma mère”

Née prématurément, Chloé endure encore à 17 ans de graves séquelles : arythmie, hémochromatoses, asthme, diabète et paralysie des jambes. Vivant seule avec sa mère surprotectrice, elle est prise d’un sérieux doute lorsque celle-ci lui impose un nouveau médicament.

Dans un tel contexte, on ne peut que rapidement penser au syndrome de Munchausen aujourd’hui bien connu à l’écran. Le réalisateur alourdit le décor en imposant la maison isolée à la connexion limitée, ce qui ne facilite aucunement l’émancipation de Chloé. De l’artifice pas toujours utile et teinté d’incohérences. On apprécie néanmoins la performance de Sarah Paulson, grande habituée de l’horreur américaine. Dans l’ombre ou dans la lumière, sa présence accélère le rythme cardiaque. « Lève-toi et… cours ! ».

(5.5/10)

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« Peninsula » (Bando) de Yeon Sang-ho

Critiques

“Virus”  

La Corée du Sud n’est plus qu’un immense champ de ruines occupé par les zombies. Jung-seok et son beau-frère y ont échappé quatre ans plus tôt. Réfugiés méprisés à Hong Kong, ils sont engagés par une triade pour retourner au pays. Car dans la ville dévastée de Séoul se trouve un camion rempli de billets qu’il convient de récupérer. Au risque de ne pas revenir.

La lutte divertissante entre morts-vivants et vivants déjà morts peut commencer. La nuit, tous les zombies sont gris. Aveuglés, ceux-ci ne sont attirés que par la lumière et le bruit. De quoi donner quelque répit aux missionnés et des images crépusculaires de belle facture. Le reste ne respire guère l’inspiration. Outre dans les classiques du genre, le film pêche du côté de la folie de Max et de ses routes enragées. Les thématiques abordées – traumatisme héroïque, sacrifice maternel et monstruosité humaine – ne sont pas nouvelles. Et le final larmoyant en devient presque gênant. Reste qu’un monde emporté par un virus est un écho terrible à la période actuelle. La comparaison fortuite trouble et fait monter l’angoisse.

5.5/10

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« Antebellum » de Christopher Renz et Gerard Bush

Critiques

“Black lives matter”  

Dans une plantation du sud des États-Unis, une femme au milieu d’autres est réduite en esclavage. Après avoir tenté de s’échapper, Eden, comme on l’appelle, est marquée au fer rouge par son maître. Mauvais rêve ou cauchemar éveillé ?  

« Le passé ne meurt jamais. Ce n’est même pas le passé. » A la lueur de ces mots de William Faulkner, doublement cité dans le film, s’éclaire rapidement le discours tenu. Le racisme aujourd’hui est aussi palpable qu’hier. Ordinaire ou déclaré, il envenime les esprits nostalgiques de ce temps pas si ancien où la couleur noire n’était bonne qu’à recueillir le coton clair. Autant en emporte un vent qui n’a jamais cessé de souffler, attisé dernièrement par les mots de la blanche Maison. 

La démonstration est limpide, mais souffre de quelques longueurs et d’un style proche du pompier. Il n’empêche que le constat suscite le malaise. Après Get out et Us, nul besoin de faire appel au fantastique pour aborder l’horrifique. La réalité de l’histoire, qu’elle soit antérieure ou contemporaine, suffit.

6.5/10

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« The vigil » de Keith Thomas

Critiques

“Unorthodox”                                                              

Alors qu’il a quitté la communauté il y a peu, Yakov est rappelé afin de veiller un mort. En manque d’argent, il accepte malgré lui ce travail d’un soir. La nuit sera plus que funèbre.

Dans la tradition juive, le shomer a pour mission de demeurer auprès du défunt et de l’accompagner de prières jusqu’à l’aube. Un contexte inédit et idéal pour instaurer un climat cauchemardesque. D’ailleurs, il suffit de pas grand-chose pour faire monter l’angoisse : un cafard fuyant, une ampoule qui saute, une ombre mouvante dans l’obscurité, un drap blanc qui respire encore… L’imaginaire du spectateur se chargera de décupler l’effet escompté. Mais la mise en scène ne s’en contente pas et croit bon de rajouter une musique et des effets sonores éreintants.

Victime d’un stress post-traumatique, Yakov est hanté par des souvenirs qui le mordent encore. Chandelle à la main, phylactères à son front et enroulé autour du bras, le jeune homme, tel Rambo, s’en va affronter courageusement le démon. La référence est amusante, mais le combat se termine aussi vite qu’il a commencé, emportant avec lui notre peur.

6/10

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« The hunt » de Craig Zobel

Critiques

“Battle Royale”                                                            

Au milieu d’une prairie, un groupe d’inconnus se réveillent doucement. Ils sont bâillonnés. Dans une caisse abandonnée à leur intention, ils trouvent des armes. La chasse est désormais ouverte. Prédateurs ou gibiers, il faudra vite choisir son camp !

Ainsi peut commencer un jeu de massacre plus malin qu’il n’en a l’air. Le concept, aussi grinçant qu’amusant, est d’opposer une élite progressiste très sûre d’elle à des « déplorables » – comme les qualifiait avant sa défaite une certaine Hillary – triés sur le volet : bouseux rétrogrades, racistes, misogynes, homophobes, climatosceptiques et théoriciens du complot, adeptes de l’infox. Un propos politisé qui reflète l’Amérique divisée d’aujourd’hui, si bien que Trump, se sentant directement visé, a voulu interdire le film qu’il n’avait certainement pas vu. Car, au-delà de la satire aux références orwelliennes, on peine à choisir son camp, tant ces militants se caractérisent chacun par un extrémisme bien crasse. Seule une mystérieuse amazone semble être capable de faire la différence. Il lui faudra affronter la déesse de la guerre stratégique en grand manque de sagesse. Aussi, seules les lames d’un hachoir électrique pourront les réunir enfin.

6.5/10

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« The grudge » de Nicolas Pesce

Critiques

“Bouh !”                                                                        

Affolée, l’infirmière à domicile Fiona Landers quitte Tokyo plus vite que prévu afin de retrouver sa famille en Pennsylvanie. Elle ne mettra pas longtemps pour tuer époux et enfant avant de se suicider. Deux ans plus tard, le détective Muldoon, nouvelle venue dans la région, va reprendre l’enquête suite à la découverte d’un autre cadavre.

Il est dit que lorsqu’on meurt la rage au ventre, cette colère imprègne le lieu du décès. Si l’on y pénètre ensuite, la rancune nous poursuivra à jamais. Fidèle à ce principe, le film efface tout suspens en annonçant d’emblée la condamnation de chaque intrus à une lente agonie. Afin de combler ce manque, il mise sur la surenchère. Le scénario entremêle les temporalités pour introduire des personnages déjà fragilisés – couple attendant un enfant malade, personnes âgées, jeune veuve. Les sursauts horrifiques se multiplient artificiellement avec un goût prononcé pour la putréfaction. Renonçant à l’ambiance japonisante de ses origines, la franchise tombe ainsi dans le déjà-vu et l’insipide. Que fait-on quand on a peur ? On ferme les yeux et compte jusqu’à 5… au risque de s’endormir.

5/10

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« The lighthouse » de Robert Eggers   

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“Avis de tempête”

Dans les années 1890, le jeune Ephraim devient gardien de phare. Pendant 4 semaines, il devra faire équipe avec Thomas, un vieux loup de mer qui pourrait cacher quelques secrets.

On avait aimé The Witch, le premier film de Robert Eggers, qui jouait subtilement sur la paranoïa ambiante du 17e siècle et les accusations de sorcellerie. Un phare perdu au milieu de l’océan semblait figurer le cadre idéal pour une nouvelle expérience horrifique : le huis-clos, la tempête, la hantise des légendes et autres monstres marins. Hélas, le réalisateur n’en fait pas grand-chose, laissant ses deux personnages gesticuler entre les quelques lignes de scénario abandonnées. Cadre atrophié, noir et blanc, musique dissonante plombent le tout. L’hommage à l’expressionnisme allemand aurait pu séduire, mais au lieu d’accentuer l’angoisse et la peur, il mène à l’ennui. La tempête annoncée se meurt dans un verre d’eau.

5/10

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« Scary stories to tell in the dark » de André Øvredal

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“A livre ouvert”

En 1968, le soir d’Halloween, Stella et ses amis se rendent dans une maison abandonnée. La jeune fille trouve dans une salle secrète un livre caché depuis des décennies. Les contes morbides écrits en lettres de sang deviennent réalité.

Les histoires soignent ou blessent. Elles forgent le caractère et permettent de grandir. Sauf si elles nous tuent avant. Epouvantail, croque-mitaine, araignées et clinique psychiatrique, le film joue astucieusement sur les peurs primaires. Quoi de pire pour une adolescente coquette qu’un bouton de fièvre ? On ferme les yeux, se cache sous le lit ou dans une armoire pour se persuader que tout n’est qu’un cauchemar. Alors qu’au-dehors, l’élection de Richard Nixon signifie l’envoi au front de toute une jeunesse.

Malgré quelques passages déjà lus – merci Monsieur King –, l’intrigue se maintient bien. Les acteurs inconnus et appliqués convainquent, comme les monstres soignés par Guillermo del Toro. Il y a de quoi frémir de plaisir à chacune des pages tournées. Ouvre un livre et c’est le livre qui t’ouvrira !

7/10

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« Midsommar » de Ari Aster

Critiques

“Plein soleil”

Dani vient de perdre sa sœur et ses parents dans de tragiques circonstances. Ebranlée, la jeune fille accepte d’accompagner son ami Christian en Suède. Etudiant en anthropologie, il souhaite expérimenter les coutumes ancestrales d’une communauté locale isolée, lors du solstice d’été.

Le soleil brille haut dans le ciel et jamais ne se couche. Mais à force de l’admirer, on ne peut que s’y brûler. Rassurants d’habitude, la lumière éclatante, la blancheur des sourires et la blondeur scandinave se font menaçantes. Si la nature est belle, elle se montre aussi cruelle.

Soignant le deuil et les peines héréditaires par l’ésotérisme, Ari Aster s’amuse des clichés liés au genre. Ses joyeux hippies, tuniques blanches et couronnes de fleurs, prennent un plaisir malin à torturer l’étranger idiot venu les ausculter. Leurs tisanes hallucinogènes bouleversent les sens et la raison, au risque de rendre leurs rituels grotesques. Les plans sont posés et durent. On observe à distance ces danses, ces chants et ces saignements, sans jamais entrer dans la transe. Ni ennui, ni surprise, ni frémissement.

6/10

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