« Milla » (Babyteeth) de Shannon Murphy

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“This is a love story”

Quand la lycéenne Milla rencontre le farouche Moses, elle ne peut être attirée que par son énergie et sa vitalité. De quoi lui faire oublier un temps le mal qui la ronge.

Sur un quai de métro, la jeune fille hésite. A l’approche de la rame, sa cadence respiratoire accélère. Il suffirait juste d’un mouvement, d’un petit pas pour… Mais en lieu et place, c’est lui qui la bouscule et frôle avec audace les wagons qui circulent. Un choc pour un coup de foudre entre ce garçon sauvage et une cancéreuse au bout de sa vie.

Une romance adolescente qui, sur le papier, fait craindre le pire. Mais l’approche choisie évite autant que possible les clichés liés au genre. Bal de fin d’année, chimiothérapie, perruque, infidélités et faux espoirs sont certes évoqués, mais laissés en suspens, camouflés dans les ellipses. L’intérêt est ailleurs et notamment dans les personnages gravitant autour. Un petit monde nuancé qui, en quelques scènes allusives, gagne en épaisseur. Les parents de Milla ressemblent à ceux de Juno. Aimants, discrets et maladroits, ils acceptent comme ils le peuvent le Roméo dépendant de leur fille. Quitte à lui refiler leur propre Xanax et morphine pour qu’il ne disparaisse pas. Saynètes potentiellement scabreuses mais traitées avec humour et une certaine légèreté. Rappelant fortement l’élan poétique du sensible This is not a love story d’Alfonso Gomez-Rejon, Milla s’étiole néanmoins sur la longueur. Rattrapée par son sujet, le film perd, à l’image de son héroïne, force et fraîcheur.

(6.5/10)

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« Pour les soldats tombés » (They shall not grow old) de Peter Jackson

Critiques

“Les seigneurs de la guerre”

A partir d’archives inédites, Peter Jackson fait revivre la Première Guerre mondiale, de l’engagement des troupes britanniques jusqu’au retour au pays, quatre années plus tard.

Cadençant l’écran carré noir et blanc animé, les témoignages d’anciens combattants qu’on ne verra jamais se succèdent à un rythme soutenu. Ils rappellent l’enthousiasme de ces gamins volontaires mentant sur leur âge pour être enrôlés. La guerre n’est qu’un jeu lointain qui galvanise un patriotisme fier, proche de l’arrogance. Austère, trop longue et volubile, cette entrée en matière épuiserait presque.

Une fois débarquées sur le continent, les recrues malhabiles découvrent la réalité. L’image s’élargit, se colorise et commence à parler. L’immersion est totale, troublante, dérangeante. Vermines, puces, rats, inondations, donnent aux tranchées un avant-goût des Marais Morts. La gangrène force à fermer les yeux. Avant que le gaz, les bombes et les baïonnettes ne parachèvent l’horreur qui gobe cette jeunesse. Rien qu’une tasse de thé pour avoir l’illusion d’être encore humain.

Vient l’Armistice de 1918. Le temps de découvrir que l’ennemi d’en face n’est autre qu’un reflet dans le miroir déformant de la politique. La Grande Guerre était-elle vraiment utile ? Les combattants encore en vie rentrent groggy. Face à eux, une administration et des civils incapables de comprendre. Débute une autre lutte.

Le travail de sélection, de restauration et de montage accompli par Peter Jackson et par ses équipes, est colossal. Il redonne une aura à près de 600 heures d’archives restées muettes jusqu’ici. S’il ne convainc pas toujours, le documentaire s’avère d’importance et devient d’emblée source historique.

7/10

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« Mortal engines » de Christian Rivers

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« Mégalo… pole »                                

Une guerre atomique a dévasté en un rien de temps les continents, aujourd’hui d’immenses terrains stériles. Afin de survivre, les villes sont devenues des amalgames mécaniques et mobiles, les plus grandes gobant les petites pour s’approprier leurs rares ressources. Dans Londres la puissante, complote le fourbe Valentine. Mais Hester, jeune et rebelle, est bien décidée à se venger de lui.

Mettez sur le grand écran, un zeste de Mad Max: Fury Road, trois pincées de Star Wars et un soupçon de Game of thrones ; mélangez le tout dans une sauce déjà prête aux saveurs manga. Pas totalement indigeste, cette recette sans véritable caractère laisse sur sa faim. On aime le début prometteur quand l’ancienne capitale anglaise, dominée par Saint-Paul, pourchasse une bourgade minière bavaroise, relique d’une Europe anéantie, dans l’optique symbolique et amusante d’un Brexit inversé. Mais, une fois les personnages esquissés – des archétypes sans profondeur –, le récit piétine dans un marasme de déjà-vu et d’attendu. Si mortelles sont les machines, l’ennui le devient aussi.

5/10

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« La mort et la vie d’Otto Bloom » (The death and life of Otto Bloom) de Cris Jones

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“Déjà-vu”                                                                             

Un jeune homme orphelin et amnésique est confié à une psychologue. Au fil de ses entretiens avec lui, elle remarque ses facultés à prévoir le futur tout en oubliant le passé. Est-ce un manipulateur ? Un magicien ? Un fou ? Un messie ?

L’étrange histoire d’Otto Bloom n’est pas sans rappeler celle de Benjamin Button, personnage de cinéma né vieillard, mort en tant que nourrisson. Le corps de l’Australien est censé évoluer normalement, mais sa conscience régresse. S’il se souvient des belles choses à venir, hier a disparu de sa mémoire. De quoi s’interroger sur la relativité du temps et l’importance que l’on accorde à l’instant.

Le conte aurait pu être fabuleux, son propos, vertigineux. Mais le message véhiculé n’est pas nouveau, plombé par les approximations et les poncifs. Quant au choix formel du faux documentaire, il refroidit le potentiel émotif de cette histoire d’amour éternel.

5/10

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« Lion » de Garth Davis

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“Little India”

Un soir, le petit Saroo supplie son frère aîné de l’emmener quêter nourriture et objets utilitaires. Mais, pris de fatigue durant la nuit, il s’endort sur le banc d’une gare. Esseulé à son réveil, il s’égare et se retrouve prisonnier d’un train vide qui l’entraîne dans l’immensité indienne. Vingt-cinq années plus tard, après avoir été recueilli par un couple australien, Saroo l’adulte éprouve le besoin oppressant de retrouver ses racines. Grâce aux nouvelles technologies, il emprunte le long chemin qui le guidera vers les siens.

Grands yeux noirs, crinière au vent, gestes et esprits vifs, l’acteur Sunny Pawar a tout d’un lionceau sur le qui-vive. A travers son personnage et une histoire vraie que la fiction n’aurait osé écrire, l’on découvre ou redécouvre un pays, ses couleurs, ses sourires et ses plaies. 80’000 enfants disparus, oubliés ou perdus en Inde chaque année. Un regard également sur l’adoption, ses bonheurs et ses douleurs, marqués par le sentiment indélébile de l’abandon. On remercie le film de respecter les langues locales sans les sacrifier sur l’autel de l’anglais. On rougit d’émotion à la rencontre des protagonistes réels sur le générique final. Mais on rugit aussi face aux longueurs et déséquilibres narratifs, digressions sentimentales et une musique par moments trop insistante.

6.5/10

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