« Villa Caprice » de Bernard Stora

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“Avocat et associé”   

Entrepreneur puissant, Gilles Fontaine est menacé de prison en raison de l’achat suspect de sa villa luxueuse sur la Côte d’Azur. Pour sa défense, il engage Luc Germon, un avocat parisien réputé pour être le meilleur.

La confrontation entre les deux hommes de pouvoir est donc annoncée. A savoir qui aura la plus grosse et saura prendre l’ascendant en manipulant l’autre à sa guise. Las, les espoirs d’assister à un jeu malin entre stratèges professionnels disparaissent vite. Pas si mauvais, Bruel dégaine le premier des phrases toutes faites croyant atteindre sa cible : « On ne vous paie pas, on vous achète ». Niels Arestrup réplique comme il le peut, mais son physique churchillien ne fait pas de lui un grand tacticien, baissant la tête face aux injures d’un père exécrable – pauvre Michel Bouquet – qui regarde Fort Boyard. Figurant des personnages peu aimables, toujours prêts à rabaisser les plus petits que soi, les deux acteurs n’ont pas grand-chose à sauver dans cette histoire. L’affaire n’a aucun intérêt au point que l’on imagine des indices pour des crimes non commis. Le scénario d’un téléfilm aurait été plus inspiré. Objet de tous les caprices, la maison du bord de mer n’est guère mise en valeur comme elle le devrait. Quant au nom du voilier, le Belmore, il est d’une subtilité grotesque. Le plongeon final, peu crédible, fait également plouf. De quoi nous confirmer que l’argent n’achète ni l’amour ni l’amitié et ne garantit aucunement la qualité d’un film.

(4/10)

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CinéKritiK : « Les sept de Chicago » (The trial of the Chicago 7) de Aaron Sorkin

Critiques

(Film Netflix) “Toujours le poing levé”

Suite aux émeutes qui déchirèrent Chicago en 1968, sept activistes sont arrêtés. Considérés comme les organisateurs des manifestations, ils sont accusés à tort de conspiration. Bobby Seale, cofondateur du Black Panther Party est également jugé à leurs côtés, « pour l’exemple ». Affublée de différents costumes, c’est la « gauche radicale » qui est appelée à la barre.

Le procès qui débute a tout d’une farce : un juge acariâtre qui porte le même nom que l’un des prévenus, dont certains se travestissent en magistrat ; un avocat aux abonnés absents ; des policiers espions qui ravissent le cœur des militants fleur bleue… Faites l’amour, pas la guerre au Viêt Nam ! Les objections fusent tout comme les dialogues acérés du génial Aaron Sorkin. Pas le temps de s’ennuyer devant ce plaisant plaidoyer. Mais au fil des nombreux jours qui s’enchaînent, l’espièglerie laisse place à la gravité. Les images d’archives se mêlent à la reconstitution. Oppression, mensonges, partialité crasse, corruption, violences policières, racisme… L’Amérique divisée d’hier de Nixon ressemble furieusement à celle d’aujourd’hui. L’écho « Je ne peux pas respirer » se fait entendre dans la douleur. Et quand sous ce barnum, en dépit du spectacle, le pays finit par compter ses morts, on se prend à lever un poing imaginaire, plein d’amertume.

(8/10)

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« La fille au bracelet » de Stéphane Demoustier 

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Une intime conviction”

Sur la plage, devant ses parents, Lise, 16 ans, est emmenée par la police pour être interrogée. Deux ans plus tard, on assiste au procès qui déterminera si la jeune fille a assassiné ou non sa meilleure amie.

Connaît-on véritablement ses enfants ? Sait-on réellement ce qui se joue dans leur tête ? Ce film tendu pose la question et laisse planer le doute. Dans le rôle de l’accusée, la nouvelle venue, Melissa Guers, impressionne. Mutique, impassible, rien ne transparaît sur son visage. Face à elle, ses parents effondrés demeurent droits et dignes. Quant aux joutes oratoires des différents avocats, elles quêtent en vain leur vérité. A chacun alors de se forger une intime conviction apte à différencier justice et jugement.

(7/10)

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La fille au bracelet

« Dark waters » de Todd Haynes

Critiques

“Toxic affair”                                                                

Robert Bilott est un avocat d’affaires qui a pour habitude de défendre les grandes entreprises. Mais quand un paysan lui signale haut et fort que la société DuPont empoisonne depuis des années la région de son enfance, il l’écoute et décide de lutter pour les plus faibles.

De nuit, trois jeunes gens enivrés escaladent un grillage et plongent dans un lac interdit. La caméra sous-marine les surprend et les menace tel un monstre surgi de l’océan hollywoodien. Mais le mal est ailleurs et beaucoup plus sournois que n’importe quel squale.

Plus habitué aux couleurs du mélodrame, Todd Haynes soutient Mark Ruffalo, acteur et producteur, dans son combat basé sur une histoire vraie. Choisissant une tonalité grisée, son « watergate » joue avec les codes de l’horreur et du thriller. Ce long procès de David contre Goliath, envenimant carrière et vie de famille de son héros malgré lui, en devient captivant. On ne peut que se sentir concerné, le téflon incriminé se retrouvant dans nos poêles, moquettes et autres biens du quotidien. Selon un encart final, 99 % de l’humanité est déjà contaminée. Bien plus effrayant qu’une créature aquatique, avais-je annoncé.

7.5/10

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« La voie de la justice » (Just mercy) de Destin Daniel Cretton

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“A l’ombre de la haine”                                             

Avocat idéaliste et talentueux, Bryan Stevenson renonce à une carrière lucrative pour aider les plus démunis. En Alabama, il reprend à son compte l’affaire Walter McMillian, Noir trop vite condamné pour le meurtre d’une jeune fille blanche.

Certes, le film ne possède pas la force émotionnelle de la Dernière marche de Tim Robbins ou le spectaculaire de la Ligne verte de Frank Darabont. A l’image de son héros du quotidien, campé avec sérieux par Michael B. Jordan, il avance son propos loin du sensationnel, préférant le hors champ pour la scène la plus violente – une exécution à la chaise électrique. Basé sur des faits réels et des figures existantes, il dénonce avec dignité l’iniquité de certains tribunaux américains aveuglés par un racisme encore ambiant. Enquêtes négligées, faux témoignages et malversations broient l’innocence des plus faibles, les envoyant hanter les couloirs de la mort. A l’ombre de la haine, ce réquisitoire en ressort grandi.

7/10

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« J’accuse » de Roman Polanski

Critiques

“Le procès du siècle”

Le 5 janvier 1895, lors d’une cérémonie de destitution solennelle et publique, le capitaine Dreyfus humilié est condamné au bagne pour haute trahison. Le colonel Picquart, son ancien responsable, est alors nommé chef du service de renseignement. Il découvre bientôt une preuve qui innocenterait celui dont le seul tort est d’être Juif.

La reconstitution historique allie le solide à l’élégance. Pas un bouton doré ne manque sur l’uniforme des militaires. Droit dans ses bottes, Jean Dujardin campe un Picquart digne qui, contrairement à tous ceux qui l’entourent, laisse éclater sa soif de vérité et de justice avant son antisémitisme. Didactique, le film enseigne plus qu’il émeut. Après une première partie prenante qui le rapproche du roman d’espionnage, il aligne les scènes de procès plus ternes et s’incline dans une romance quelque peu hors-sujet. Si l’on s’amuse à reconnaître sous les perruques et fausses moustaches parmi les acteurs les plus renommés du cinéma français, on rate au passage l’apparition hitchcockienne de Roman Polanski lui-même. De quoi oublier, le temps de la séance, les nouvelles accusations portées et une comparaison maladroite entre l’auteur et son personnage victime.

6.5/10

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« Une intime conviction » de Antoine Raimbault

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“Le procès”                                                                   

Jacques Viguier, soupçonné d’avoir fait disparaître son épouse, est acquitté. Mais un procès en appel le ramène devant le juge, 10 ans après. Persuadée de son innocence, Nora prie le ténor du barreau Éric Dupond-Moretti de bien vouloir le défendre.

Faites entrer l’accusé. Un homme mutique, effacé, impénétrable – le troublant Laurent Lucas. Père de famille brisé par la rumeur ou mari pervers et criminel ? La vérité est ailleurs. Elle repose sur cette mère célibataire, Nora, dont l’intime conviction tourne à l’obsession, au sacrifice. Ne remplace-t-elle pas, sur le mur, les photos de son fils par des post-it indiquant les protagonistes impliqués ? Seul personnage fictif de cette affaire, elle ne pouvait s’imposer que par l’interprétation engagée de Marina Foïs. Symbole d’une quête impossible, elle aurait presque gagné à n’être qu’une allégorie, sans aucun ancrage dans le réel. Associée à l’avocat Gourmet, elle apparaît telle sa conscience. L’acteur belge ne se fait guère prier pour revêtir la robe et retrouve toute l’éloquence du Cyrano qu’il offrit, il y a peu, à Alexis Michalik. Son ultime plaidoirie est une renversante tirade. Le doute n’autorise pas à mettre un innocent en prison, quitte à laisser un coupable en liberté.

Audace et réussite caractérisent ce premier film casse-gueule d’une étonnante maîtrise. Les craintes de longueurs et artifices sont effacées par une tension croissante et des acteurs à la hauteur.

7.5/10

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« Une femme d’exception » (On the basis of sex) de Mimi Leder

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“Femme de loi”                                                            

Jeune mère de famille et épouse d’un mari malade, Ruth Bader Ginsburg réussit, en dépit de sa situation difficile, de brillantes études de droit. Ne trouvant aucun cabinet d’avocat disposé à l’engager, elle devient professeur, focalisant son enseignement sur le rapport entre loi et discrimination sexuelle.

Dans une marée de pantalons noirs, costumes sombres et cravates s’écoulant fièrement sur un chant martial vers les portes de la prestigieuse université, une robe bleue ondoyant sur une paire d’escarpins surnage telle une bouée au milieu de l’océan. Lors du dîner inaugural organisé en leur honneur, le doyen de la faculté de droit demande à chacune des 9 femmes reçues à Harvard en cette année 1956 de justifier le fait d’occuper une place dévolue à un homme. La lutte pour la reconnaissance sera longue, pavée de bonnes et mauvaises intentions. Malgré un principe d’égalité fondamental, certaines lois marquent une différence sur la base du sexe. Et c’est en défendant un homme que Ruth, épaulée par son mari, plaidera afin de dénoncer ce caractère discriminatoire.

Biopic un brin trop lisse et film de procès quelque peu verbeux, ce portrait de femme instructif vaut avant tout pour la super-héroïne qu’il a le grand mérite de mettre en lumière. Aujourd’hui juge de la Cour Suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, âgée de 85 ans, représente l’un des derniers remparts progressistes s’élevant contre les déferlantes ultraconservatrices de Donald Trump.

6/10

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« The third murder » (Sandome no satsujin) de Hirokazu Koreeda

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“Le jeu de la vérité”                                

Un homme en assomme un autre, asperge son cadavre d’essence et le brûle. Récidiviste au lourd passé, Misumi avoue le crime. Mais son principal avocat doute et reprend l’enquête pour éviter à son client, la peine de mort.

Le Japonais Koreeda a su séduire par ses chroniques familiales, bouleversantes de sensibilité. En s’attaquant au thriller, il désamorce les codes du genre en imposant sa touche et ses batailles : des parents absents ou trop présents qui aiment mal leurs enfants ; une délicatesse qui retient la violence la plus brute en hors-champ ; et ce suspens construit uniquement sur la parole. De quoi surprendre, déstabiliser et plaire.

Témoignages, plaidoiries et scènes essentielles de parloir dictent le film et en limitent l’action. L’accusé, ses défendeurs, la procureure et les juges nous entraînent dans un jeu de manipulations. Qui croire ? L’image peut mentir autant que les discours. Au centre de ce labyrinthe trouble, le spectateur doit choisir un chemin au bout duquel il espère trouver sa vérité.

7/10

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« L’insulte » (The insult) de Ziad Doueiri

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“Le procès du siècle”                                                  

« Sale con » assène Yasser, le contremaître palestinien, à Toni, le chrétien. Un accrochage qui aurait dû rester sans lendemain, mais qui à Beyrouth entraîne les deux hommes dans un procès qui les dépasse.

C’est de l’eau qui asperge l’autre. Une gouttière non conforme qu’on refuse de mettre aux normes. Des mots que l’on ne parvient à digérer. Des excuses qui ne sortent pas et se changent en coups de poing dans le ventre. C’est un baril de poudre qui explose à la moindre étincelle, symbole d’un pays aux plaies encore béantes.

Cet engrenage qui étouffe les protagonistes afin d’évoquer la société dans laquelle ils se démènent n’est pas sans rappeler la mécanique de l’Iranien Asghar Farhadi. Le procès dépasse vite l’intime pour toucher au politique et à l’histoire du Liban. Il illustre la cohabitation conflictuelle entre chrétiens de souche et réfugiés palestiniens, veillant justement à ne pas prendre parti. Le propos est plutôt clair et bien tenu. Quelques effets démonstratifs – rebondissements superficiels, envolées dramatiques et musicales – lui font perdre en subtilité.

6.5/10

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