« Baby driver » de Edgar Wright

Critiques

“Bla Blague Car”

Acculé par une ancienne dette, le jeune orphelin Baby n’a d’autre choix que de travailler pour Doc. Lors de braquages organisés, il met au service du mafieux, ses talents exceptionnels de pilote, mu par la vitesse et par la musique. Gare à la casse !

Visage poupin, lunettes noires et écouteurs greffés aux oreilles, Baby se tait le plus souvent. « On attend toujours ses premiers mots… D’où son surnom ! », ironise l’un de ses compagnons de route. Quitte à choisir, cautionnons davantage ce mutisme que les quelques dialogues à plat de ce film mêlant action pétaradante, romance naïve et semblant de comédie musicale, l’idée principale étant de synchroniser les assourdissants vroum, boum et bang attendus avec la playlist de l’as du volant. Mais le La La Land automobile espéré d’Edgar Wright n’est qu’un Bla Blague Car prépubère qui prend vite le mur. Les chansons choisies n’accrochent que le bitume des spécialistes. Quant aux caricatures qui servent de personnages, elles n’ont pas plus d’épaisseur qu’un pare-brise simple vitrage. Mais que fait la police ? C’est à se demander ce que viennent faire les télégéni(qu)es Frank Underwood et Don Draper dans cet accident ? Peut-être s’imaginaient-ils circuler sous la caméra de Nicolas Winding Refn qui avait su faire de Ryan Gosling, sur une chanson du groupe College, un véritable héros.

4.5/10

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« K. O. » de Fabrice Gobert

Critiques

“Chaotique”

Antoine Leconte est un requin. Impitoyable et puissant directeur des programmes, il fait peu de cas de ses proches et de ses employés. La haine et l’envie qu’il suscite autour de lui pousse l’un d’eux à prendre une arme et à tirer. Coma. A son réveil, en dépit des apparences, tout a changé, rien n’est plus pareil.

Une première partie laborieuse portraiturant l’archétype du parfait salaud. Monsieur ignore et malmène fille, femme, maîtresses et assistantes. Les clichés se succèdent sans une once créative. Le monde de la télévision française ne serait qu’un concentré d’arrogance capitaliste et de rivalités venimeuses et de sexisme ambiant. Dans les hauts clapiers de verre sévissent de chauds lapins blancs aux griffes acérées. Au secours ! L’autre côté du miroir apparaît plus intéressant. Les rapports de force se renversent, les premiers deviennent les derniers et les rôles se dédoublent. On quête le mystère et mise sur l’étrangeté, le décalage. Las, les faiblesses envahissent vite l’écran. Le revenant Laurent Lafitte, OK en Vincent Bolloré, ne passe pas le casting météo. La déception est totale lorsqu’un message plus qu’usé de rédemption devient le dernier mot de cette histoire. Quand Gobert se prend pour David face aux Goliath américains Lynch et Fincher, c’est le frondeur qui finit KO.

4/10

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« Churchill » de Jonathan Teplitzky

Critiques

“Quand la victoire devient défaite”

En juin 1944, alors que les forces alliées patientent en Grande-Bretagne avant de débarquer en France, le Premier ministre anglais doute. Il craint que ne se répète le massacre de Gallipoli qui le marqua profondément lors de la Première Guerre mondiale. Tant bien que mal, il s’efforce de dissuader le Général Eisenhower et le Maréchal Montgomery d’agir.

Winston Churchill. Peut-être le personnage le plus important de l’histoire britannique comme affiché lors du générique final. Le film pourtant n’en fait qu’une pâle figure au bord de l’asphyxie. Un lion épuisé auquel dents et griffes auraient été arrachées. Un  boulet bien lourd qui freine l’avancée des armées. En privé, le blason ne gagne guère en dorure. Les scènes de la vie conjugale s’enchaînent en défaveur du « héros ». Et c’est sur une jeune secrétaire impressionnable que le bouledogue aboie encore avant qu’elle ne finisse par le dresser à son tour. Un hommage vraisemblablement raté donc qui s’efforce de reprendre grossièrement les ficelles du Discours d’un roi de Tom Hooper – apparitions bégayées ici de George VI. Mais contrairement à la réussite de son aîné, victime d’un suspens nul et d’effets visuels inutiles, cet instantané sans saveur et sans émotion laisse une victoire totale à l’ennui.

4.5/10

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Les Navets 2016

Navets

Des ratés en 2016 ? Peu, mais de bien gros au point d’en avoir mal aux yeux :

5) « Independence Day : resurgence » de Roland Emmerich
Mars attacks ! Encore ?
4) « Suicide Squad » de David Ayer
Vite, une corde pour me pendre !
3) « Alliés » (Allied) de Robert Zemeckis
Nos pires ennemis
2) « Encore heureux » de Benoît Graffin
… que cela ne dure qu’1 heure 33

Et le pire du pire…

1) «Les Visiteurs : la Révolution » de Jean-Marie Poiré
Deux c’est assez, trois c’est trop, trop, trop !

« Alliés » (Allied) de Robert Zemeckis

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Pensée du jour : Mrs. & Mr. Smith

Alors que la Seconde guerre mondiale fait rage, l’agent canadien Max Vatan atterrit dans le désert marocain. Sa mission, retrouver la Française Marianne Beausejour qui l’attend à Casablanca. Mari et femme aux yeux de tous, ils ont pour objectif d’assassiner l’ambassadeur de l’Allemagne nazie. L’amour va érailler leur assurance d’espions tout en laissant le doute s’immiscer : véritables alliés ou ennemis cachés ?

Retour vers le passé pour Robert Zemeckis qui reprend quelques notes de Casablanca – non négligeable est le motif du piano. L’hommage au classique de Michael Curtiz aurait pu être vibrant s’il ne donnait si vite l’impression d’un incroyable pastiche sur un scénario se rapprochant étrangement du Mr. & Mrs. Smith de Doug Liman – quand le conjoint devient l’adversaire à abattre. Dès les premiers plans, l’artifice saute aux yeux. Le désert jaune d’or et cette étreinte emportée par le sable d’une tempête. Les décors datés en carton-pâte et les effets grossiers. Cet accouchement en plein Blitzkrieg où la Môme Cotillard s’efforce de crier plus fort que les bombes. Tout sonne aussi faux que le français de Brad Pitt, contraint de passer pour un citoyen de la Belle Province afin de justifier le bilinguisme ambiant. Même dans Inglourious Basterds, son italien se révélait plus crédible. Rarement l’Américain n’aura été si mauvais à l’écran, « benjaminbuttonisé » pour l’occasion afin de masquer un tant soit peu les onze années qui le séparent de sa partenaire légèrement plus à l’aise. Néanmoins, rien ne viendra sauver leur couple d’un glamour de pacotille – « Adieu mon Québécois ! ». Même dans les moments les plus mélodramatiques, quand les gouttes de pluie se mêlent aux larmes, un rire salvateur nous étreint. Et si tout cela se prévalait du comique troupier ? Le ridicule ne tue pas, certes, mais il ne rend pas plus fort.

5/10

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« La fille du train » (The girl on the train) de Tate Taylor

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Pensée du jour : Gone girls

De la fenêtre du train qui l’emmène chaque matin à Manhattan, Rachel observe avec envie un jeune couple passionné. Ils sont les voisins de son ex-mari qui a gardé la maison pour y installer sa nouvelle épouse et leur bébé. Mais un jour, la disparition de la femme idéalisée est signalée. Et la police soupçonne Rachel d’y être mêlée.

En 2014, David Fincher usait de tout son art pour adapter Gone girl, un roman particulièrement retors sur les faux-semblants. Succès esthétique, populaire et critique. Même ligne ici avec la portée à l’écran du livre phénomène de Paula Hawkins, vendu à plus de 10 millions d’exemplaires à travers le monde ces dernières années. Mais le talent est inné et ne s’apprend guère. Tate Taylor s’en éloigne et se contente d’une mise en scène plutôt laide, incapable de rendre l’atmosphère ferroviaire si particulière qui a su tant inspirer les plus grands, d’Agatha Christie à Alfred Hitchcock. Suspens et rebondissements attendus marquent cette histoire pleine de promesses et plus maligne que ses propres héroïnes, mais dont le terminus menant à une voie de garage décevante ne saurait contenter.

5.5/10

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« Suicide Squad » de David Ayer

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Pensée du jour : Inglourious basterds 

Superman a été déclaré mort et le gouvernement américain craint qu’une force surpuissante moins conciliante ne prenne sa place et le pouvoir. Anticipant la menace, l’agente fédérale Amanda Waller propose de créer une unité d’élite hors norme comprenant les plus dangereux des criminels emprisonnés. Vous pensez vraiment que c’est une bonne idée ?

Sur le papier, il y avait de quoi se réjouir en imaginant les très vilains de l’univers DC Comics réunis à l’écran afin de sauver le monde au nom du pire. Finalement, seule la déception s’en sort vainqueur. Car les méchants déclarés s’avèrent trop gentils, conservant tous une miette d’amour et d’humanité qui les rend plus respectables que leurs supérieurs imposés. Seule la piquante Harley Quinn – Margot Robbie, la blonde louve de Wall Street – épice un peu l’équipe. Quant à leurs adversaires du jour, on attendait beaucoup de la nouvelle figure prometteuse du Joker – Jared Leto, plus allumé encore dans le rôle que l’immortel Heath Ledger –, hélas complétement sacrifiée pour mieux annoncer l’épisode prochain de Batman. Il faut alors supporter un ratage complet entre une enchanteresse désarticulée et son frangin bodybuildé. Et l’on prétend que le ridicule ne tue pas… Avec un scénario et une réalisation mal maîtrisés, DC perd encore une vie dans son combat filmique à distance face à son meilleur ennemi Marvel. A ce niveau, le « Game over » semble proche.

5/10

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«Les Visiteurs : la Révolution » de Jean-Marie Poiré

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Pensée du jour : Qu’on leur coupe la tête !

Erreur d’aiguillage pour le comte Godefroy de Montmirail et son acolyte Jacquouille. Dans leur voyage temporel et maudit, ils se retrouvent parachutés en plein cœur de la Terreur révolutionnaire. Entre l’autorité de Robespierre, l’outrecuidance des aristos en fuite et la fougue vindicative des sans-culottes, il leur faudra se frayer un chemin pour retrouver l’Enchanteur, seul capable de les renvoyer à la maison… ou pas.

« Deux c’est assez, trois c’est trop ! ». L’expression qui ne prend pas en compte le désastre américain de la série parle d’elle-même. Les Visiteurs, chapitre premier, avait marqué en son temps, par un humour de contraste plutôt malin et des expressions vite devenues cultes. Qu’en reste-t-il vingt-trois longues années après ? Un Reno fatigué, écrasé par un lourdingue Clavier jouant sa partition si fort qu’il provoque une hystérie collective. Les nouveaux venus, porteurs d’espoirs vite déçus, semblent dans l’obligation de surjouer afin de se faire entendre dans cette cacophonie assommante et insensée. Karin Viard, Alex Lutz – la reine Catherine du Petit Journal –, Sylvie Testud et tous les autres se noient dans un scénario informe et sans saveur si ce n’est celle d’une scatologie répugnante – heureusement que le cinéma olfactif n’est encore qu’une lointaine utopie. Pipi, caca, pu… Voilà donc la « franchouille » indigeste qu’on nous jette à la figure ! Coincé dans les couloirs de la perte de temps, le spectateur de plus de sept ans ne peut que s’effondrer devant un spectacle aussi navrant. D’autant plus que l’opportunisme commercial de l’entreprise fait augurer un prochain épisode sis dans le monde des grands blonds aux yeux bleus affublés d’une petite moustache. Afin d’éviter de faire pire que le pire, qu’on leur coupe la tête à ces Visiteurs et qu’ils se taisent à jamais !

2/10

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« Encore heureux » de Benoît Graffin

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Pensée du jour : La crise… de nerfs

Sam, cadre supérieur, vient de perdre son travail. « Rien de grave ! » le rassure Marie, son épouse. Pourtant, deux ans plus tard, toujours chômeur, il n’est plus qu’une loque crasse. Contrainte avec ses deux enfants de voler pour se sustenter, Marie, à bout de souffle, se sent prête à tout plaquer et à changer de vie. La mort de la riche et acariâtre voisine du dessous sera peut-être le coup de main du destin tant attendu.

Le flop 10 2016 vient de trouver un prétendant plus que sérieux à la palme du navet de l’année ! Le scénario cumule inepties et facilités, préférant l’incohérence comportementale de ses personnages, vite antipathiques, à une sensibilité plus réaliste. Quitte à jouer la carte de l’immoralité, autant y aller franchement dans le côté « affreux, sales et méchants » – reposez en paix Monsieur Scola – et ne pas jouer petit bras en dissolvant le tout dans un sentimentalisme sans goût. En ce marasme, les comédiens font ce qu’ils peuvent mais ne sauvent rien : les enfants jouent mal, Bulle Ogier, contrainte de débiter des obscénités, dépite, Edouard Baer cabotine encore en clodo lunaire, quant à la lumineuse Sandrine Kiberlain, en dépit de quelques éclairs de lucidité, elle ne peut briller seule. Sur la crise actuelle, il y avait pourtant de quoi faire une comédie sociale mordante, subtile et intelligente. Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter tant d’insignifiance ?

3/10

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« Lolo » de Julie Delpy

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Il y a des films qui peuvent se réduire à une bande annonce s’efforçant de concentrer de manière percutante sur quelques minutes ce qu’ils ont de meilleur. Une fois dilués en un format long, ils perdent toute saveur. Bienvenue au club, très cher « Lolo » ! En pleine crise de la quarantaine, Violette, la Parisienne, tombe sous le charme gentil de Jean-René, le Biarrot, qui ne tarde pas à la rejoindre dans la capitale. Mais la présence de ce nouvel intrus dans l’existence de sa « mamounette » ne va guère ravir Eloi, dit « Lolo », prêt à tous les coups bas pour pervertir le couple. Julie Delpy avait su nous amuser grâce au côté foutraque de l’autofiction dans son diptyque interculturel Two days in… Elle séduisait également par sa grâce et sa spontanéité dans la trilogie américaine des Before de Richard Linklater. Hélas, trois fois hélas, il ne reste ici plus grand-chose à se mettre sous la dent. Sa confrontation grinçante entre parents et enfants, Paris et province, bobo et popu, manque cruellement de sel et d’inventivité. Les situations au goût de déjà-vu se succèdent et alternent entre gags insipides et dialogues vite grossiers. Quitte à nous proposer une nouvelle déclinaison de Tanguy, autant y aller franchement dans la méchanceté. Les comédiens plutôt bons n’évitent cependant pas l’embourbement. On soupire et s’impatiente. Seul l’ultime renversement laisse quelques espoirs, vite refroidis par le générique final. Raté, encore raté.

Pensée du jour : Tanguy est de retour à la maison et il n’est pas content.

5/10
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