« Garçon chiffon » de Nicolas Maury

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“Enfant gâté”   

Homme au bord de la crise de nerfs, Jérémie quitte Paris pour sa terre natale, le Limousin, afin de retrouver de la brillance auprès de sa chère mère.

Jérémie est en train de chiffonner sa vie. Jaloux maladif, il envenime sa relation avec son compagnon qui finit par le « jarter ». Comédien atypique, il peine à convaincre les réalisateurs ou tente d’échapper à leurs griffes. Déçu, il n’a pas assisté à l’enterrement de son père. Bénéficiant d’une des plus belles vues sur la capitale, le garçon mélancolique peine à y trouver sa place et son chemin. Droite ou gauche ? Un retour aux sources permettra-t-il à l’enfant gâté de grandir enfin ?

Sérieux égocentré ou autodérision totale. Ecorché vif ou diva excentrique. Chiot attendrissant ou tique importune. Le personnage est tout et son contraire. Il ne laisse guère indifférent, suscitant l’envie de lui expédier une bonne gifle ou de lui tendre un mouchoir pour essuyer ses nombreuses larmes. Jérémie est à « cent pour cent » le jumeau d’Hervé et le reflet de son tuteur Nicolas Maury. Rêvant d’un coin de Paradis, il quête la lumière et les applaudissements. Bien entouré, il choisit Nathalie Bye comme douce maman, réduit Isabelle Huppert à une passante figurante et offre à sa complice Laure Calamy le pétage de plomb de l’année. L’entreprise peut plaire par sa fantaisie, ses élans poétiques et son décalage comique. Mais sur la longueur, le freluquet fatigue, agace un peu et ennuierait presque. « Vous êtes ‘trop’ ! », lui dit-on. C’est tout lui.

(5.5/10)

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« Ammonite » de Francis Lee

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“Seule la mer”   

Sur la côte du comté de Dorset en 1840, Mary Anning est une paléontologiste renommée, mais déconsidérée par ses pairs. Ses journées, elle les passe en bord de mer, à la recherche de fossiles. Lorsqu’on lui demande de prendre à ses côtés Charlotte, épouse convalescente, sa routine se fissure.

Visage fermé et frustration rentrée. Le quotidien de Mary est morne, au chevet d’une mère malade, plus tendre avec ses chiots de porcelaine qu’avec sa propre fille. Les ammonites demeurent son échappatoire. Au diable les chapeautés patentés qui spolient ses découvertes sous prétexte qu’elle n’est qu’une femme. Face à elle, apparaît désormais la jeune Charlotte, fébrile et corsetée par un mari sévère. Au contact l’une de l’autre, leur carapace se fêle pour laisser éclater une passion libératrice.

Dans son film précédent – Seule la terre –, Francis Lee illustrait le corps à corps animal de deux gardiens de moutons. Les silences de la mère et de la mer ont pris la place d’un père immobilisé et des pâturages venteux ; deux héroïnes se sont substituées aux bergers. L’histoire est la même, mais l’approche plus lente, moins sauvage, due à la condition étriquée des personnages. Elle laisse planer quelques longueurs, malgré la brièveté des séquences. L’érotisme peine à pointer au travers d’un regard, d’un geste délicat et discret, avant que l’étreinte ne lui donne enfin le temps d’exister. Kate Winslet fait battre le cœur de l’océan en enlaçant sans rougir sa partenaire Saoirse Ronan, et s’autorise cet amusant clin d’œil. Cette fois, c’est elle qui prend le fusain pour croquer la silhouette de sa Rose en train d’éclore avant que ne chavire le navire de leurs sentiments.

(6.5/10)

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« Master Cheng » (Mestari Cheng) de Mika Kaurismäki

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“Dessert sucré” 

Cheng et son fils entrent dans le restaurant du bord de route de la blonde Sirkka. L’homme est à la recherche d’un certain Monsieur Fongtron. Plus tard, lorsqu’un groupe de touristes chinois en rade débarque, il propose ses services en tant que cuisinier professionnel. Ses plats raffinés émoustilleront ce petit coin de Laponie.

On imagine sans peine le décalage culturel démarquant la saucisse-purée flasque finlandaise des nouilles sautées asiatiques appétissantes. A l’écran, l’opposition manque pourtant de goût et de piquant, préférant nous servir un beignet bien mielleux. Le « top chef » est très vite adopté par les pères Noël bourrus du village. Sauna et tai-chi-chuan semblent si bien aller ensemble. Quant à la belle tenancière solitaire, elle est évidemment sous le charme de ce papa perdu. Tout coule sans anicroches ici, comme l’eau silencieuse d’un lac serein sous le soleil de minuit. Et si la police met son grain de sel, c’est uniquement pour faire de la figuration. Loin de la saveur aigre-douce des sushis de son petit frère Aki – L’autre côté de l’espoir – Mika chante une douce sérénade, trop sucrée pour les papilles.

(5.5/10)

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« Milla » (Babyteeth) de Shannon Murphy

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“This is a love story”

Quand la lycéenne Milla rencontre le farouche Moses, elle ne peut être attirée que par son énergie et sa vitalité. De quoi lui faire oublier un temps le mal qui la ronge.

Sur un quai de métro, la jeune fille hésite. A l’approche de la rame, sa cadence respiratoire accélère. Il suffirait juste d’un mouvement, d’un petit pas pour… Mais en lieu et place, c’est lui qui la bouscule et frôle avec audace les wagons qui circulent. Un choc pour un coup de foudre entre ce garçon sauvage et une cancéreuse au bout de sa vie.

Une romance adolescente qui, sur le papier, fait craindre le pire. Mais l’approche choisie évite autant que possible les clichés liés au genre. Bal de fin d’année, chimiothérapie, perruque, infidélités et faux espoirs sont certes évoqués, mais laissés en suspens, camouflés dans les ellipses. L’intérêt est ailleurs et notamment dans les personnages gravitant autour. Un petit monde nuancé qui, en quelques scènes allusives, gagne en épaisseur. Les parents de Milla ressemblent à ceux de Juno. Aimants, discrets et maladroits, ils acceptent comme ils le peuvent le Roméo dépendant de leur fille. Quitte à lui refiler leur propre Xanax et morphine pour qu’il ne disparaisse pas. Saynètes potentiellement scabreuses mais traitées avec humour et une certaine légèreté. Rappelant fortement l’élan poétique du sensible This is not a love story d’Alfonso Gomez-Rejon, Milla s’étiole néanmoins sur la longueur. Rattrapée par son sujet, le film perd, à l’image de son héroïne, force et fraîcheur.

(6.5/10)

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« Palm Springs » de Max Barbakow

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“Un mariage sans fin”

Coincé dans une boucle temporelle, Nyles revit sans cesse le jour du mariage de l’amie de son amie. Quand Sarah, la sœur de l’épousée, l’y rejoint par accident, il trouve en elle une compagne d’infortune.

Il y a pire que Palm Springs pour y consumer l’éternité. Hôtel de luxe, plongeons dans la piscine, cocktails à foison et petits fours. Le purgatoire a un goût de paradis. Mais les mêmes discours et vœux échangés deviennent des litanies. Et les flèches décochées ne sont pas uniquement celles de Cupidon. On se saoule pour oublier, baise qui l’on peut en attendant et tue le temps en se tuant. Que faire d’autre ? Mais à deux, c’est déjà mieux. Sans Sarah, rien ne va !

Un jour sans fin auquel on ne peut ne pas penser. Plus régressif, plus vulgaire, plus alcoolisé, et beaucoup moins romantique. Il n’y a pas de fumée sans joint. Cette comédie marrante ne deviendra certainement pas un classique comme le film de Harold Ramis qu’elle n’ose jamais nommer. Elle parvient néanmoins à souffler un petit vent frais dans le désert californien.

(6/10)

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« Malcolm & Marie » de Sam Levinson

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(Film Netflix) Tête-à-tête

Au retour de la première de son film, Malcolm est euphorique. La soirée fut un succès. Mais Marie, sa compagne, est contrariée. Il ne l’a jamais citée dans son discours de remerciement, alors que c’est son histoire qu’il a traduite à l’écran.

Scène de la vie conjugale. Bonheur et désir riment avec rancœur et souffrance. Une fois les mots acérés comme des flèches, le tango peut débuter. On s’étreint pour mieux s’éloigner. On se bouscule pour vite se basculer. Le tête-à-tête est oppressant, épuisant, presque lassant. Une pause cigarette pour souffler.

La nuit noire donne aux arbres une allure gothique. Qui a peur de la louve ? En ce « jeux t’M, moi non plus », chacun griffe et mord à son tour. Elle, grande liane à l’âme en peine, fragilisée par son passé. Lui, l’artiste autosuffisant moins sûr qu’il n’y paraît. Qui manipule qui ? Entre gris clair et gris foncé, le couple Zendaya-Washington magnifié séduit. Cadencé par un jazz et une mise en scène élégants, leur affrontement très bavard offre somme toute de belles étincelles et une réflexion sur le cinéma même. Quel rôle attribué à la muse ? A quel point le sexe, le genre et la couleur influencent notre regard ? Émotion ou vérité, laquelle doit dominer ? Et cette tirade amusante sur l’inanité des… critiques.

(7.5/10)

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« Les plus belles années d’une vie » de Claude Lelouch

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Elle et lui”

Un homme, Jean-Louis, et une femme, Anne. Ils se sont tant aimés, quittés, puis perdus de vue. Cinquante ans plus tard, ils se retrouvent.  

Après toutes ces années, Claude Lelouch réussit l’exploit de réunir sa distribution d’antan. Nicole Croisille chante encore les amours passées d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant. Leurs enfants de fiction, devenus adultes, sont également conviés. Les souvenirs se ramassent à la pelle et se lisent sur ces visages encore beaux, mais marqués. Les images d’hier se mêlent aux nouvelles dans ces élans impressionnistes chers au réalisateur. Deauville, la romantique, n’a pas changé. Quelques allusions séniles et excès digressifs étiolent la poésie de l’instant. Mais si la mémoire flanche dans ces lieux où l’on attend la mort, les regards tendres ne mentent pas et embuent nos yeux : « Je me souviens d’elle comme si c’était hier, alors que d’hier je ne me souviens plus de rien. » Le temps est assassin, surtout pour ceux qui s’aiment. Au revoir ? A bientôt ? « Adieu », chante-t-on tout bas dans un ultime chabadabada.

(7/10)

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« Ondine » (Undine) de Christian Petzold

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“Le forme de l’eau”  

Autour d’un simple café, le compagnon d’Ondine lui annonce qu’il la quitte. Bouleversée, la jeune fille rencontre le même jour Christoph, un scaphandrier, et plonge avec lui dans une nouvelle histoire d’amour.

Une larme qui coule. Un robinet fuyant. Un aquarium qui se brise et emporte les nouveaux amants. L’effet aquatique décuple les passions. Mais la sentence est sans appel : « Si tu me quittes, il faudra que je te tue ».

Christian Petzold revisite le mythe d’Ondine et fait de son héroïne une naïade éprise et dangereuse qui ne peut vivre sur terre qu’en aimant l’autre. Une sirène, docteure en histoire, qui raconte l’évolution urbanistique de Berlin, cité bâtie sur un marais asséché. Malgré les multiples reconstructions, on n’efface pas le passé ni n’enterre les sentiments. Si l’on accepte volontiers la modernité de la relecture, le mélange des genres et la comparaison allemande, le symbolisme ambiant, de plus en plus lourd, finit par nous noyer. Même le divin concerto en ré mineur de Bach en devient lancinant.

6/10

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« Goodbye » (Hope Gap) de William Nicholson

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“Une séparation”                                                        

Grace et Edward vont bientôt célébrer leurs 29 années de mariage. Mais Edward, malheureux dans son couple, a décidé de partir.

Elle prépare une anthologie de poèmes et laisse inlassablement refroidir son thé au fond de la tasse, par crainte de ce qui se termine. Il est passionné par les conquêtes napoléoniennes et marche de l’avant, laissant les plus faibles mourir derrière, c’est une question de survie. Au milieu de ce couple en décalage et rupture, leur fils Jamie, rare lien qui les unit encore. Autour d’eux, les majestueuses falaises d’Hope Gap, si familières et menaçantes, engloutissent tout espoir.

Les histoires d’amour finissent mal… en général. Celle-ci ne se distingue guère, mais y apporte une touche d’élégance anglaise. Bill Nighy, dont c’est l’une des dernières apparitions, se démarque par sa discrétion quasi lâche, opposé à une Annette Bening, tragédienne. Leurs échanges se théâtralisent, mais manquent d’impact et d’originalité pour véritablement nous heurter.

6/10

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« Eté 85 » de François Ozon

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“J’irai danser sur ta tombe”                                      

Lors d’un naufrage en mer, Alex, 16 ans, rencontre David, 18 ans, qui fait chavirer son cœur. Mais un drame aura bientôt raison de leur rayonnement. Le rescapé nous conte cette histoire, menottes aux poignets.

Soudain l’été dernier. Était-ce un amour de vacances, un amour sans lendemain ? Ou le conte de fées fantasmé de celui sauvé des eaux par un chevalier blanc sur son fidèle destrier aquatique. En cette saison des passions, rôde la mort. Aujourd’hui, le plein soleil d’hier a disparu. Éteint, Alex ne trouve pas les mots. Peut-être qu’en les écrivant…

François Ozon replonge dans sa jeunesse et nous entraîne avec lui. Vêtements, coiffures de l’époque, musiques d’ambiance et gros grain de la pellicule se teintent d’une nostalgie palpable. Il s’en va citer la Boum pour marquer le décalage intrinsèque entre ses deux héros. L’un danse sa vie à la vitesse d’un cheval libre au galop ; « Pourquoi attendre ? Nous sommes tous mortels ». L’autre ondule sur la romance d’un slow. Leur mère respective marque aussi la différence, entre excès malsains pour l’une et discrétion délicate pour l’autre. La fragilité de ce couple Rimbaud-Verlaine émeut plus que l’intrigue tragique, quelque peu surfaite, qui les étreint. Au final, n’avons-nous pas tendance à inventer ceux qu’on aime ?

7/10

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