« La mort et la vie d’Otto Bloom » (The death and life of Otto Bloom) de Cris Jones

Critiques

“Déjà-vu”                                                                             

Un jeune homme orphelin et amnésique est confié à une psychologue. Au fil de ses entretiens avec lui, elle remarque ses facultés à prévoir le futur tout en oubliant le passé. Est-ce un manipulateur ? Un magicien ? Un fou ? Un messie ?

L’étrange histoire d’Otto Bloom n’est pas sans rappeler celle de Benjamin Button, personnage de cinéma né vieillard, mort en tant que nourrisson. Le corps de l’Australien est censé évoluer normalement, mais sa conscience régresse. S’il se souvient des belles choses à venir, hier a disparu de sa mémoire. De quoi s’interroger sur la relativité du temps et l’importance que l’on accorde à l’instant.

Le conte aurait pu être fabuleux, son propos, vertigineux. Mais le message véhiculé n’est pas nouveau, plombé par les approximations et les poncifs. Quant au choix formel du faux documentaire, il refroidit le potentiel émotif de cette histoire d’amour éternel.

5/10

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« L’échappée belle » (The leisure seeker) de Paolo Virzì

Critiques

“Vertiges de l’amour”                                                     

Quand ils pénètrent dans la maison, Will et Jane ont la mauvaise surprise de la trouver vide. Leurs parents âgés s’en sont allés, sans un mot laissé. Ils se sont envolés, dans leur vieux mobile-home, pour une ultime échappée.

Et nous voilà partis sur les routes américaines, imbriqués pendant quelques milliers de kilomètres entre une mégère peu apprivoisée que le cancer ronge, et son époux fatigué, dont le confident se nomme Aloïs. De quoi vouloir vite faire marche arrière, puisque de l’incontinence aux désaccords, des secrets inavoués aux affres de la maladie, peu nous est épargné. Et pourtant, surgissent de cette variation de l’Amour selon Haneke, quelques étincelles qui réchauffent le cœur : de vieilles photos lumineuses, un dernier « Je suis fier de toi » et deux mains jointes à jamais.

5.5/10

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« Battle of the sexes » de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Critiques

“La balle et le bêta”                                                         

En 1972, Billie Jean King est la reine des courts. Mais, outrée par les primes 8 fois inférieures offertes aux femmes, elle revendique une reconsidération pécuniaire que la Fédération lui refuse. C’est alors qu’intervient le vétéran Bobby Riggs, ancien numéro un mondial, qui la met au défi de l’affronter dans un match rebaptisé la « bataille des sexes ».

Le tennis a le vent en poupe en ce moment sur le grand écran. Après la finale de Wimbledon de 1980 entre Borg et McEnroe, c’est cette rencontre insolite qui a droit au tableau d’honneur. Un match plus que symbolique entre une joueuse en pleine gloire qui se cherche amoureusement et un parieur compulsif quêtant désespérément sa renommée d’antan. Métamorphosé en un show à l’américaine aussi gigantesque que grotesque, l’événement dépasse ses deux protagonistes en opposant de chaque côté du filet, féministes et machos. Une entrée en fanfare pour elle, portée par des « esclaves » bodybuildés, alors que des pom-pom girls tirent le char de son adversaire. Il lui offre une sucette géante avant de commencer, elle lui balance son porc. Public et médias raffolent de ce mauvais goût affiché qui semble ne pas avoir de prix. Mains sur le manche, le combat genré du siècle débute enfin sur le terrain, le suspens en moins. L’issue est connue, permettant au tennis d’être aujourd’hui l’un des rares sports ayant officialisé l’égalité « salariale » entre femmes et hommes. Sans remettre en cause l’intérêt de cette histoire et la qualité de ses interprètes, il manque au film du punch et des rebonds pour véritablement convaincre. Trop souvent dilué dans une romance doucereuse, il peine à remporter le point décisif face à l’impact qu’un documentaire aurait pu smasher.

5.5/10

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« 120 battements par minute » de Robin Campillo

Critiques

De battre son cœur s’est arrêté

Ils s’appellent Sean, Nathan, Thibaud, Sophie, Marco… Unis dans leur jeunesse et leur esprit de révolte. Solidaires et impliqués, ils militent pour faire reconnaître leurs droits, au cœur des années sida.

« Moi, dans ma vie ? Je suis séropo… c’est tout ». Peu d’espoir, pas d’avenir, mais un présent scandé par des séances de lutte. Contre les atermoiements des politiques, les tergiversations des laboratoires, le mercantilisme des assureurs, l’indifférence de tous les autres, il n’y a plus de temps à perdre. Au sein de l’association Act Up-Paris, se multiplient les coups de sang afin d’alerter, sensibiliser, réveiller, quitte à choquer. Le fond de l’air est rose.

Mu par l’énergie du souvenir, Campillo retranscrit la fièvre de l’époque avec art. D’une maîtrise rare, il offre une œuvre complète mêlant l’histoire, le documentaire, l’esthétique, le drame, l’amour, parvenant même à alléger le plomb par quelques éclats d’humour. On saisit sans peine la main qu’il tend pour nous entraîner avec fluidité parmi cette génération sacrifiée. Portraits bien dessinés qui naviguent entre Eros et Thanatos. Pulsions de survie noyées dans un fleuve rouge de mort. « Alors on sort pour oublier tous les problèmes… Alors on danse. »

8.5/10

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« Aurore » de Blandine Lenoir

Critiques

“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

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“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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CinéKritiK : « Song to song » de Terrence Malick

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“Les chansons d’amour”

Le cœur de Faye vacille entre BV, chanteur en devenir, et Cook, producteur important de la scène musicale. Séduction, sentiments croisés, brûlures et culpabilité.

Elle désire vivre sa partition, portée par un vent de liberté, chanson après chanson, baiser après baiser. Mais le sexe, la drogue et le rock’n’roll ne sont que des jouissances furtives, des bonheurs illusoires. Le trio en apesanteur finira par atterrir. Devenu quatuor, il perd l’instabilité intrinsèque à son équilibre fragile. Les élans impressionnistes de Malick sont magnifiques. Son casting quatre étoiles, orné de caméos prestigieux, a tout d’une suite luxueuse. La beauté imagée enlace, délasse et lasse hélas. De cette histoire fragmentée, intemporelle, il ne reste que quelques notes. Telles ces perles tombées du collier porté par Cate Blanchett qui se casse et se délite pour laisser un écrin vide.

6/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

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“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Paris pieds nus » (Lost in Paris) de Dominique Abel et Fiona Gordon

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“Pas de deux”

Dans son petit village enneigé du Canada, Fiona reçoit une lettre de sa vieille tante lui quémandant son aide. Menacée par la sénilité, Martha ne souhaite aucunement finir sa vie dans une maison de retraite. Le débarquement a lieu à Paris, cadre d’un chassé-croisé ubuesque entre les deux femmes, suivi avec insistance par Dom, un sans domicile fixe vite amoureux.

Quand la Statue de la liberté descend de son piédestal pour éclairer la tour Eiffel, cela donne une comédie hybride, typique de ce couple d’acteurs-réalisateurs dégingandés.  Un mélange de poésie surréaliste, de maladresse clownesque et de cinéma muet. Ils évoquent Chaplin, Tati et Wes Anderson, le perfectionnisme en moins. Cela peut charmer ou lasser selon les sensibilités. On retiendra surtout Emmanuelle Riva, mon amour, dans un de ses derniers rôles tristement prémonitoire.

6/10

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« Your name » (Kimi no na wa) de Makoto Shinkai

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“Je nous aime”                                                                                                               

A 17 ans, Mitsuha s’est lassée du village lacustre d’Itomori dans lequel l’ennui l’enferme. De même, les traditions shintoïstes familiales passent aujourd’hui  à ses yeux pour un carcan étouffant. Elle rêve d’évasion dans la grande ville. La chute d’une comète exauce son vœu. Un matin, la jeune fille se réveille dans le corps de Taki, un lycéen de Tokyo, qui lui a pris sa place.

Donne-moi ton nom et je te dirai qui nous sommes. Féminin et masculin. Nature et urbain. Humain et divin. Moderne et ancien. A l’opposé, mais liés éternellement par les fils du temps. Ce qui débute comme une amusante comédie romantique entraînant les quiproquos liés au(x) genre(s) – « Pourquoi touches-tu toujours tes seins ? » ou « Quelques conseils pour parler aux femmes et les séduire… » – prend une profondeur inattendue. Dans leur différence, Mitsuha et Taki incarnent le double visage d’un Japon à jamais marqué par ses antagonistes, sa culture millénaire, ses croyances fondatrices et ses traumatismes ineffaçables. Leurs traits enfantins s’inscrivent dans les détails de décors touchant au somptueux. Si la magie de Miyazaki n’est pas encore atteinte, l’imaginaire animé de Shinkai nous transporte en s’en approchant.

8/10

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