« Aurore » de Blandine Lenoir

Critiques

“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

Critiques

“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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CinéKritiK : « Song to song » de Terrence Malick

Critiques

“Les chansons d’amour”

Le cœur de Faye vacille entre BV, chanteur en devenir, et Cook, producteur important de la scène musicale. Séduction, sentiments croisés, brûlures et culpabilité.

Elle désire vivre sa partition, portée par un vent de liberté, chanson après chanson, baiser après baiser. Mais le sexe, la drogue et le rock’n’roll ne sont que des jouissances furtives, des bonheurs illusoires. Le trio en apesanteur finira par atterrir. Devenu quatuor, il perd l’instabilité intrinsèque à son équilibre fragile. Les élans impressionnistes de Malick sont magnifiques. Son casting quatre étoiles, orné de caméos prestigieux, a tout d’une suite luxueuse. La beauté imagée enlace, délasse et lasse hélas. De cette histoire fragmentée, intemporelle, il ne reste que quelques notes. Telles ces perles tombées du collier porté par Cate Blanchett qui se casse et se délite pour laisser un écrin vide.

6/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

Critiques

“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Paris pieds nus » (Lost in Paris) de Dominique Abel et Fiona Gordon

Critiques

“Pas de deux”

Dans son petit village enneigé du Canada, Fiona reçoit une lettre de sa vieille tante lui quémandant son aide. Menacée par la sénilité, Martha ne souhaite aucunement finir sa vie dans une maison de retraite. Le débarquement a lieu à Paris, cadre d’un chassé-croisé ubuesque entre les deux femmes, suivi avec insistance par Dom, un sans domicile fixe vite amoureux.

Quand la Statue de la liberté descend de son piédestal pour éclairer la tour Eiffel, cela donne une comédie hybride, typique de ce couple d’acteurs-réalisateurs dégingandés.  Un mélange de poésie surréaliste, de maladresse clownesque et de cinéma muet. Ils évoquent Chaplin, Tati et Wes Anderson, le perfectionnisme en moins. Cela peut charmer ou lasser selon les sensibilités. On retiendra surtout Emmanuelle Riva, mon amour, dans un de ses derniers rôles tristement prémonitoire.

6/10

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« Your name » (Kimi no na wa) de Makoto Shinkai

Critiques

“Je nous aime”                                                                                                               

A 17 ans, Mitsuha s’est lassée du village lacustre d’Itomori dans lequel l’ennui l’enferme. De même, les traditions shintoïstes familiales passent aujourd’hui  à ses yeux pour un carcan étouffant. Elle rêve d’évasion dans la grande ville. La chute d’une comète exauce son vœu. Un matin, la jeune fille se réveille dans le corps de Taki, un lycéen de Tokyo, qui lui a pris sa place.

Donne-moi ton nom et je te dirai qui nous sommes. Féminin et masculin. Nature et urbain. Humain et divin. Moderne et ancien. A l’opposé, mais liés éternellement par les fils du temps. Ce qui débute comme une amusante comédie romantique entraînant les quiproquos liés au(x) genre(s) – « Pourquoi touches-tu toujours tes seins ? » ou « Quelques conseils pour parler aux femmes et les séduire… » – prend une profondeur inattendue. Dans leur différence, Mitsuha et Taki incarnent le double visage d’un Japon à jamais marqué par ses antagonistes, sa culture millénaire, ses croyances fondatrices et ses traumatismes ineffaçables. Leurs traits enfantins s’inscrivent dans les détails de décors touchant au somptueux. Si la magie de Miyazaki n’est pas encore atteinte, l’imaginaire animé de Shinkai nous transporte en s’en approchant.

8/10

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« Moonlight » de Barry Jenkins

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“Boyhood”

Issu d’un quartier pauvre de Miami, Chiron cherche à savoir qui il est et qui il pourra devenir dans une société qui ne lui permet pas de s’épanouir.

L’enfance, l’adolescence et la jeunesse adulte. Trois stades fondateurs pour symboliser une existence. Little, Chiron et Black. Trois prénoms pour  un seul homme. Trois acteurs pour lui donner un corps, un visage, une âme. Ceux d’un noir, gay, pauvre, orphelin de père et fils d’une toxicomane. D’un pesant mélodramatique pourrait être ce portrait oscarisé, mais sensible en est l’approche, fluide est la temporalité. L’image est travaillée en dépit d’une caméra parfois virevoltante. La musique éclectique ouvre des horizons poétiques d’une beauté insoupçonnée. Si la mère noie, la mer porte… Bleue comme les peaux noires qui se caressent et se rassemblent sous un rayon de lune.

7.5/10

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« Monsieur & Madame Adelman » de Nicolas Bedos

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“La plume et le masque”

Le glas résonne sur les accords du Requiem de Mozart. Victor Adelman, le grand écrivain, est mort. Approchée par un journaliste lors de l’enterrement, son épouse Sarah accepte de lui conter leur histoire, sa vérité.

Des années 70 à aujourd’hui, l’amour dure 50 ans. Un amour irréversible entre une plume aiguisée et sa muse amusée, pour le meilleur et pour le pire. Le coup de foudre raté, la séduction enjouée, le bonheur évident, l’ennui, le doute, la déchirure et l’envie marquent les chapitres de ce roman photographié. Il y a du drôle, du tendre, du cru et beaucoup d’elle. Doria Tillier, belle plante serpentant à travers les âges, sème son mordant et son piquant. Elle arrose son compagnon de travail et de vie, Nicolas Bedos, plus caricatural quand il est à la limite d’imiter son père. N’en déplaise à certains, il a le talent d’un auteur signant de sa poésie acide ce premier film (trop ?) bien écrit.

7/10

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« Loving » de Jeff Nichols

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“Mariage blanc… et noir”

Mildred annonce à Richard qu’elle est enceinte. Il lui sourit, heureux, et lui demande sa main. Mais en 1958, dans l’État de Virginie, épouser une femme noire quand on est un homme blanc est considéré comme un crime.

Le visage fermé, l’air renfrogné, Richard Loving est un maçon épris de mécanique. Les murs qu’il bâtit inlassablement sont ceux du foyer qu’on lui refuse. Les moteurs des voitures qu’il répare et améliore rappellent la déficience d’un système. Cette Amérique ségrégationniste lui donne le choix entre la prison ou l’exil, alors qu’il n’aspire qu’à aimer en paix. Derrière ses yeux de biche, Mildred est plus encline à s’affirmer. En acceptant la médiatisation de son couple, elle pressent que la loi peut être réécrite et que la grande histoire s’inclinera : « Nous pouvons perdre les petites batailles, mais nous sommes dans une grande guerre », argue-t-elle d’une voix douce. Sans pathos ni spectaculaire, le film se dote d’une langueur méditative à l’émotion limitée. Il touche néanmoins par sa délicatesse et prouve que Jeff Nichols, qui s’est démarqué dans le fantastique, sait également conter une belle histoire d’amour sur fond de révolte. Ainsi marche-t-il davantage encore dans les pas de son père spirituel, Steven Spielberg.

7/10

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« Mademoiselle » (Agassi) de Park Chan-Wook

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Pensée du jour : L’emprise des sens

Dans la Corée occupée des années 30, Sook-hee est engagée au service d’un riche Japonais et de sa nièce, l’ensorcelante Hideko. Mais la jeune femme n’est pas celle qu’elle prétend être. Voleuse et complice de Fujiwara, escroc charmeur qui se fait passer pour noble, elle lorgne sur la fortune de l’héritière. Gare aux apparences et à ce qui se cache en sous-sol…

Il était une fois une pièce en trois actes impliquant maîtresse, domestique et prince brigand. Il était une fois les trois chapitres d’un beau livre d’images aux pages coupantes et à la reliure dorée. Il était une fois une fable érotique laissant aux blanches agnelles le soin de dévorer les loups. Il était une fois un triptyque aussi majestueux qu’une estampe. Deux femmes, un homme,  trois possibilités. L’art de raconter et l’art de montrer afin de susciter l’émoi. A l’écoute des langues qui se délient – confrontation entre coréen et japonais –, on voyage dans ce récit « saphostiqué » aux mille-et-un tiroirs, les sens en alerte, tels ces vieux pervers accrochés aux lèvres d’une Shéhérazade en kimono leur lisant des textes aux accents sadiens. Si tout est affaire de domination, qui a le pouvoir sur le despote ? Qui manipule l’intrigant ? Qui trompe le menteur ? Qui épie le voyeur ? Qui est la clé ? Pour quelle serrure ? En pleine maîtrise, Park Chan-Wook s’amuse et nous avec en opérant un renversement des classes et des sexes. Mesdemoiselles Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri déchantent, chantent leur blues et enchantent. Dans une esthétique fétichisée, le réalisateur étouffe toute pornographie sous le velours d’un érotisme aérien faisant de la beauté une arme de séduction massive auquel il fait bon de succomber. Car derrière les « S » alambiqués de l’histoire se susurrent les « M » de l’amour. Si bien qu’en dépit d’un « ouille » final, clin d’œil à Oshima, c’est le polissage au dé d’une dent tranchante qui devient la scène la plus sensuelle de l’année cinéma.

9/10

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