« Wonder woman » de Patty Jenkins

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“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Paris pieds nus » (Lost in Paris) de Dominique Abel et Fiona Gordon

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“Pas de deux”

Dans son petit village enneigé du Canada, Fiona reçoit une lettre de sa vieille tante lui quémandant son aide. Menacée par la sénilité, Martha ne souhaite aucunement finir sa vie dans une maison de retraite. Le débarquement a lieu à Paris, cadre d’un chassé-croisé ubuesque entre les deux femmes, suivi avec insistance par Dom, un sans domicile fixe vite amoureux.

Quand la Statue de la liberté descend de son piédestal pour éclairer la tour Eiffel, cela donne une comédie hybride, typique de ce couple d’acteurs-réalisateurs dégingandés.  Un mélange de poésie surréaliste, de maladresse clownesque et de cinéma muet. Ils évoquent Chaplin, Tati et Wes Anderson, le perfectionnisme en moins. Cela peut charmer ou lasser selon les sensibilités. On retiendra surtout Emmanuelle Riva, mon amour, dans un de ses derniers rôles tristement prémonitoire.

6/10

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« Your name » (Kimi no na wa) de Makoto Shinkai

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“Je nous aime”                                                                                                               

A 17 ans, Mitsuha s’est lassée du village lacustre d’Itomori dans lequel l’ennui l’enferme. De même, les traditions shintoïstes familiales passent aujourd’hui  à ses yeux pour un carcan étouffant. Elle rêve d’évasion dans la grande ville. La chute d’une comète exauce son vœu. Un matin, la jeune fille se réveille dans le corps de Taki, un lycéen de Tokyo, qui lui a pris sa place.

Donne-moi ton nom et je te dirai qui nous sommes. Féminin et masculin. Nature et urbain. Humain et divin. Moderne et ancien. A l’opposé, mais liés éternellement par les fils du temps. Ce qui débute comme une amusante comédie romantique entraînant les quiproquos liés au(x) genre(s) – « Pourquoi touches-tu toujours tes seins ? » ou « Quelques conseils pour parler aux femmes et les séduire… » – prend une profondeur inattendue. Dans leur différence, Mitsuha et Taki incarnent le double visage d’un Japon à jamais marqué par ses antagonistes, sa culture millénaire, ses croyances fondatrices et ses traumatismes ineffaçables. Leurs traits enfantins s’inscrivent dans les détails de décors touchant au somptueux. Si la magie de Miyazaki n’est pas encore atteinte, l’imaginaire animé de Shinkai nous transporte en s’en approchant.

8/10

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« Moonlight » de Barry Jenkins

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“Boyhood”

Issu d’un quartier pauvre de Miami, Chiron cherche à savoir qui il est et qui il pourra devenir dans une société qui ne lui permet pas de s’épanouir.

L’enfance, l’adolescence et la jeunesse adulte. Trois stades fondateurs pour symboliser une existence. Little, Chiron et Black. Trois prénoms pour  un seul homme. Trois acteurs pour lui donner un corps, un visage, une âme. Ceux d’un noir, gay, pauvre, orphelin de père et fils d’une toxicomane. D’un pesant mélodramatique pourrait être ce portrait oscarisé, mais sensible en est l’approche, fluide est la temporalité. L’image est travaillée en dépit d’une caméra parfois virevoltante. La musique éclectique ouvre des horizons poétiques d’une beauté insoupçonnée. Si la mère noie, la mer porte… Bleue comme les peaux noires qui se caressent et se rassemblent sous un rayon de lune.

7.5/10

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« Monsieur & Madame Adelman » de Nicolas Bedos

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“La plume et le masque”

Le glas résonne sur les accords du Requiem de Mozart. Victor Adelman, le grand écrivain, est mort. Approchée par un journaliste lors de l’enterrement, son épouse Sarah accepte de lui conter leur histoire, sa vérité.

Des années 70 à aujourd’hui, l’amour dure 50 ans. Un amour irréversible entre une plume aiguisée et sa muse amusée, pour le meilleur et pour le pire. Le coup de foudre raté, la séduction enjouée, le bonheur évident, l’ennui, le doute, la déchirure et l’envie marquent les chapitres de ce roman photographié. Il y a du drôle, du tendre, du cru et beaucoup d’elle. Doria Tillier, belle plante serpentant à travers les âges, sème son mordant et son piquant. Elle arrose son compagnon de travail et de vie, Nicolas Bedos, plus caricatural quand il est à la limite d’imiter son père. N’en déplaise à certains, il a le talent d’un auteur signant de sa poésie acide ce premier film (trop ?) bien écrit.

7/10

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« Loving » de Jeff Nichols

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“Mariage blanc… et noir”

Mildred annonce à Richard qu’elle est enceinte. Il lui sourit, heureux, et lui demande sa main. Mais en 1958, dans l’État de Virginie, épouser une femme noire quand on est un homme blanc est considéré comme un crime.

Le visage fermé, l’air renfrogné, Richard Loving est un maçon épris de mécanique. Les murs qu’il bâtit inlassablement sont ceux du foyer qu’on lui refuse. Les moteurs des voitures qu’il répare et améliore rappellent la déficience d’un système. Cette Amérique ségrégationniste lui donne le choix entre la prison ou l’exil, alors qu’il n’aspire qu’à aimer en paix. Derrière ses yeux de biche, Mildred est plus encline à s’affirmer. En acceptant la médiatisation de son couple, elle pressent que la loi peut être réécrite et que la grande histoire s’inclinera : « Nous pouvons perdre les petites batailles, mais nous sommes dans une grande guerre », argue-t-elle d’une voix douce. Sans pathos ni spectaculaire, le film se dote d’une langueur méditative à l’émotion limitée. Il touche néanmoins par sa délicatesse et prouve que Jeff Nichols, qui s’est démarqué dans le fantastique, sait également conter une belle histoire d’amour sur fond de révolte. Ainsi marche-t-il davantage encore dans les pas de son père spirituel, Steven Spielberg.

7/10

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« Mademoiselle » (Agassi) de Park Chan-Wook

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Pensée du jour : L’emprise des sens

Dans la Corée occupée des années 30, Sook-hee est engagée au service d’un riche Japonais et de sa nièce, l’ensorcelante Hideko. Mais la jeune femme n’est pas celle qu’elle prétend être. Voleuse et complice de Fujiwara, escroc charmeur qui se fait passer pour noble, elle lorgne sur la fortune de l’héritière. Gare aux apparences et à ce qui se cache en sous-sol…

Il était une fois une pièce en trois actes impliquant maîtresse, domestique et prince brigand. Il était une fois les trois chapitres d’un beau livre d’images aux pages coupantes et à la reliure dorée. Il était une fois une fable érotique laissant aux blanches agnelles le soin de dévorer les loups. Il était une fois un triptyque aussi majestueux qu’une estampe. Deux femmes, un homme,  trois possibilités. L’art de raconter et l’art de montrer afin de susciter l’émoi. A l’écoute des langues qui se délient – confrontation entre coréen et japonais –, on voyage dans ce récit « saphostiqué » aux mille-et-un tiroirs, les sens en alerte, tels ces vieux pervers accrochés aux lèvres d’une Shéhérazade en kimono leur lisant des textes aux accents sadiens. Si tout est affaire de domination, qui a le pouvoir sur le despote ? Qui manipule l’intrigant ? Qui trompe le menteur ? Qui épie le voyeur ? Qui est la clé ? Pour quelle serrure ? En pleine maîtrise, Park Chan-Wook s’amuse et nous avec en opérant un renversement des classes et des sexes. Mesdemoiselles Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri déchantent, chantent leur blues et enchantent. Dans une esthétique fétichisée, le réalisateur étouffe toute pornographie sous le velours d’un érotisme aérien faisant de la beauté une arme de séduction massive auquel il fait bon de succomber. Car derrière les « S » alambiqués de l’histoire se susurrent les « M » de l’amour. Si bien qu’en dépit d’un « ouille » final, clin d’œil à Oshima, c’est le polissage au dé d’une dent tranchante qui devient la scène la plus sensuelle de l’année cinéma.

9/10

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« Victoria » de Justine Triet

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Pensée du jour : L’état de Virginie

Victoria, avocate pénaliste, maman séparée et en thérapie, peine de plus en plus à recoller les morceaux de son puzzle quotidien. Et quand son ex et ami Vincent la supplie de le défendre dans une étrange histoire d’agression, les ennuis de la belle ne vont que s’amplifier.

« J’aimerais comprendre là où ça a commencé à merder chimiquement dans ma vie » se demande l’héroïne en ouverture. Peut-être le jour où elle a quitté le père de ses deux fillettes, aujourd’hui blogueur invétéré exposant, sous le couvert de l’autofiction, fiel et rancœur intimes aux yeux de tous ? Ou serait-ce cette nuit quand elle s’est sentie suffisamment seule pour goûter aux tentations des sites de rencontres et du sexe facile ? A moins que ce ne soit lors du mariage de son meilleur ami, écourté par le sang, qui l’obligera à appeler à la barre un dalmatien et un chimpanzé en tant que témoins. Aujourd’hui, cigarettes au bec, Xanax dans le sac et bouteille de whisky à la main, Victoria se noie dans une mer dépressive, quêtant en vain une bouée à laquelle s’accrocher. Et si c’était, après son psy et Madame Irma, cet ancien dealer qu’elle a fini par engager comme stagiaire et baby-sitter ? Encore faut-il prendre le temps de le voir, mais « c’est si rare que j’ai deux secondes de calme intérieur » confesse-t-elle. La légèreté tutoie le grave dans cette comédie bancale et loufoque qui souffle néanmoins une brise des plus rafraîchissantes sur le cinéma français actuel. Dans le rôle de cette femme non parfaite, peu aimable, mais vite attachante, Virginie Efira apporte aplomb, différence et un débit de mitraillette à rendre mutique Vincent Lacoste, son premier admirateur. Elle plaît et démontre une fois de plus qu’elle est une comédienne… à la hauteur.

7.5/10

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« Nerve » de Henry Joost, Ariel Schulman

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Pensée du jour : Du PIN et des jeux

Venus, dit Vee, est une lycéenne un peu trop sage et réservée selon son entourage. Quand sa meilleure amie, l’exubérante Sydney, l’encourage à s’inscrire à Nerve, le jeu en ligne le plus « hype » du moment, la blonde timide n’imagine pas encore qu’il lui faudra prouver là qu’elle a des nerfs d’acier.

Non, le dernier divertissement à la mode dans New York n’est apparemment pas la chasse aux Pikachu, mais un Cap ou pas cap, version 2.0. Deux catégories de participants seulement : ceux qui s’activent et subissent pour remplir leur bourse et ceux qui incitent et paient pour regarder. Le spectateur de cinéma n’a donc guère le choix et est instantanément catalogué « voyeur ». Que le spectacle commence ! Par une romance aux teintes comiques plutôt réussie, d’abord, portée par la nièce de Julia et le frangin de James, trop âgés tout de même pour simuler des premiers émois. L’action enclenche ensuite le mode thriller, au rythme de défis de plus en plus périlleux que s’évertue à relever le duo, pour s’achever au cœur d’une arène plus Hunger games que Pokemon… Mais que fait la police de la grosse pomme, se demande-t-on ? Le scénario précipité finit par perdre de son souffle ne résistant plus à la haute qualité pulsative de la mise en scène et de la musique.  Dommage, car avec des thématiques aussi parlantes qu’actuelles, telles que l’exhibition adolescente sur les médias sociaux, l’exploitation des mégadonnées et l’aliénation des masses, le message apporté était espéré plus percutant.

7/10

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« L’effet aquatique » de Sólveig Anspach

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Pensée du jour : D’amour et d’eau fraîche

Samir, le grutier de Montreuil, est immédiatement attiré par la virulente Agathe, maître nageuse à la piscine municipale. Afin de s’approcher d’elle et tenter de la séduire, il se fait passer pour un débutant  et prend des leçons sous sa direction. Semée d’embûches et de péripéties, sa quête amoureuse l’incitera alors à traverser l’Atlantique.

Elle ne coule pas de source cette histoire d’eau ficelant ce grand escogriffe peu dégourdi – il faut le voir en slip de bain moulant d’un orange tape-à-l’œil, ridicule palmier vert sur l’arrière-train – à sa petite sirène, bulle de nerfs constamment près de l’éclatement. Tous deux nous entraînent dans un tourbillon rafraîchissant de vagues absurdes et amusantes. Il faut croire qu’une piscine, miroir de l’âme, précipite les sentiments. On s’y envisage et se dévisage, le corps à moitié nu. On se frôle et se touche, partageant un même fluide. « L’effet aquatique » comme l’énonce dans de belles scènes de séduction sous-marine cette réalisatrice franco-islandaise malheureusement disparue l’an passé.  Mais pas d’éclaboussures romantiques ici. Il faut dire que la faune – collègues ploucs, machos ou nymphomanes, ministres scandinaves à deux têtes – et la flore environnantes – douches froides, vestiaires délabrés et paysages nordiques – n’encouragent guère le glamour chic. Dommage qu’au fil des traversées, le charme s’épuise et se dilue pour s’achever un peu trop vite en queue de poisson dans une source chaude.

7/10
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