« Ammonite » de Francis Lee

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“Seule la mer”   

Sur la côte du comté de Dorset en 1840, Mary Anning est une paléontologiste renommée, mais déconsidérée par ses pairs. Ses journées, elle les passe en bord de mer, à la recherche de fossiles. Lorsqu’on lui demande de prendre à ses côtés Charlotte, épouse convalescente, sa routine se fissure.

Visage fermé et frustration rentrée. Le quotidien de Mary est morne, au chevet d’une mère malade, plus tendre avec ses chiots de porcelaine qu’avec sa propre fille. Les ammonites demeurent son échappatoire. Au diable les chapeautés patentés qui spolient ses découvertes sous prétexte qu’elle n’est qu’une femme. Face à elle, apparaît désormais la jeune Charlotte, fébrile et corsetée par un mari sévère. Au contact l’une de l’autre, leur carapace se fêle pour laisser éclater une passion libératrice.

Dans son film précédent – Seule la terre –, Francis Lee illustrait le corps à corps animal de deux gardiens de moutons. Les silences de la mère et de la mer ont pris la place d’un père immobilisé et des pâturages venteux ; deux héroïnes se sont substituées aux bergers. L’histoire est la même, mais l’approche plus lente, moins sauvage, due à la condition étriquée des personnages. Elle laisse planer quelques longueurs, malgré la brièveté des séquences. L’érotisme peine à pointer au travers d’un regard, d’un geste délicat et discret, avant que l’étreinte ne lui donne enfin le temps d’exister. Kate Winslet fait battre le cœur de l’océan en enlaçant sans rougir sa partenaire Saoirse Ronan, et s’autorise cet amusant clin d’œil. Cette fois, c’est elle qui prend le fusain pour croquer la silhouette de sa Rose en train d’éclore avant que ne chavire le navire de leurs sentiments.

(6.5/10)

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« The nest » de Sean Durkin

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“L’économie du couple”

Homme d’affaires trop ambitieux, Rory annonce à son épouse Allison sa volonté de quitter New York pour retourner à Londres. Une opportunité unique, prétend-il. Là-bas, parents et enfants prennent leurs aises dans un majestueux manoir victorien. Un lieu imposant, mais pas le nid douillet espéré.

« Dis-moi, combien tu m’aimes ? » semble questionner celui qui fait semblant d’être riche. Je t’offrirai un vison, nous construirons des écuries, achèterons un bateau, un loft dans la City et pourquoi ne pas investir le Portugal, la Riviera étant dépassée ? Mais le reflet dans ce miroir aux alouettes est trop beau pour être honnête. Le vernis du portrait de ces pauvres riches se craquelle. Alors qu’elle s’enfonce dans la terre, lui se brûle les ailes à force de vouloir voler au plus près du soleil.

L’amour et l’argent font-ils bon ménage ? Pourquoi ce retour dans les années 80 pour poser la question, si ce n’est permettre à l’héroïne, jasmin bleu qui se fane, de griller cigarette sur cigarette ? La problématique est-elle si différente aujourd’hui où tout se gagne et se perd plus vite encore ? Si le film ne va pas aussi loin dans la noirceur qu’attendu, il maintient bien la tension et impressionne par quelques scènes chocs : Allison oblige son mendiant de mari à quitter la chambre pour qu’il ne découvre pas la cachette où sont dissimulées ses quelques économies. Puis ce cadavre animal que l’on transporte par pelleteuse, symbole de ses illusions perdues. On achève bien les chevaux. Il convient de revenir alors à l’essentiel… un petit-déjeuner en famille.

(7.5/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« The dig » de Simon Stone

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(Film Netflix) “Un trésor dans la maison”

Dans l’Angleterre de 1939, la veuve Edith Pretty engage l’archéologue amateur Basil Brown pour fouiller les tumuli de son terrain. Elle a le sentiment qu’un trésor de grande importance s’y cache.

La chasse est lancée. Mais sans la jungle, le temple maudit, les serpents et le fouet. L’aventure est plus statique, le cheminement limité. Les obstacles seront un glissement de terrain, les pluies torrentielles, ainsi que le manque de moyens. Sans négliger les vautours de la concurrence vite appâtés. Et cette guerre imminente qui menace de tout détruire.   

Cette histoire vraie captive tant qu’elle se concentre sur la quête et les fouilles. Que va-t-on y trouver et surtout qu’en faire, comment le partager ? Elle se perd hélas dans des digressions romantisées et pas toujours subtiles. Néanmoins, mise en scène élégante et belle image à la Malick offrent un écrin au duo principal qui s’apprête à réécrire l’histoire britannique.

(6.5/10)

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« The singing club » (Military wives) de Peter Cattaneo

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“On connaît la chanson”  

Alors que leurs conjoints partent au combat en Afghanistan, les femmes restées à la base de Flitcroft cherchent une activité pour taire leur angoisse. Et si elles chantaient ?

Avoir épousé un ou une militaire n’a rien d’une sinécure. Ce sont des déménagements réguliers, des semaines d’éloignement et de solitude, puis cette crainte permanente que chaque sonnerie de téléphone ou coup à la porte soit annonciateur d’une douloureuse nouvelle. Avec l’expérience, Kate l’appliquée et la spontanée Lisa le savent bien. Elles tentent d’occuper les esprits en montant une chorale. Mais l’une a pour référence Mozart, alors que l’autre en appelle aux Beatles. De quoi érailler la mélodie.    

Le refrain est plus que connu. Les rivales qui se tomberont dans les bras, les timides qui étincellent sur scène, les blessures entrouvertes, la défaite avant le triomphe… Peter Cattaneo reprend la formule à succès de son Full Monty, tout en lorgnant du côté de Sister Act et de Brassed off. Mais sans le « divin » ni virtuosité, son film, réglé comme du papier à musique, ne transcende guère. Reste un duo d’actrices à l’unisson dans leur différence – Kristin Scott Thomas face à Sharon Horgan – et d’aimables parties chantées.    

6/10

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« The personal history of David Copperfield » de Armando Iannucci

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“L’illusionniste”  

La vie tumultueuse d’un petit orphelin qui deviendra le héros de son propre roman. Mesdames et messieurs, applaudissez David Copperfield !

Le rideau se lève et laisse apparaître sur scène David, jeune adulte. Celui-ci entraîne son public attentif sur le lieu de son enfance pour assister à sa naissance. S’ensuivront les chapitres importants d’une épopée rocambolesque qui permettront au héros d’imposer enfin son nom.

Hélas à l’écran, le tour de magie littéraire de Charles Dickens ne prend pas. Malgré un casting britannique flamboyant, permettant notamment aux docteurs House et Who d’échanger quelques lignes, le tourbillon imagé a très vite fait de nous noyer. Si l’époque victorienne gagne en modernité et fantaisie grâce à sa distribution multiethnique menée par le sympathique millionnaire des bidonvilles de Juhu, Dev Patel, les trop nombreux personnages, caricatures crédules ou franchement idiotes, fatiguent et agacent. Quant aux inquiétants, figures plus intéressantes, ils s’évanouissent aussi vite qu’apparus. L’ennui guette rapidement devant cette adaptation généreuse mais ratée qui choisit de diluer la noirceur de Dickens dans un océan de légèreté vaine, compilant de plus ses meilleurs gags dans la bande annonce.

5/10

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« Goodbye » (Hope Gap) de William Nicholson

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“Une séparation”                                                        

Grace et Edward vont bientôt célébrer leurs 29 années de mariage. Mais Edward, malheureux dans son couple, a décidé de partir.

Elle prépare une anthologie de poèmes et laisse inlassablement refroidir son thé au fond de la tasse, par crainte de ce qui se termine. Il est passionné par les conquêtes napoléoniennes et marche de l’avant, laissant les plus faibles mourir derrière, c’est une question de survie. Au milieu de ce couple en décalage et rupture, leur fils Jamie, rare lien qui les unit encore. Autour d’eux, les majestueuses falaises d’Hope Gap, si familières et menaçantes, engloutissent tout espoir.

Les histoires d’amour finissent mal… en général. Celle-ci ne se distingue guère, mais y apporte une touche d’élégance anglaise. Bill Nighy, dont c’est l’une des dernières apparitions, se démarque par sa discrétion quasi lâche, opposé à une Annette Bening, tragédienne. Leurs échanges se théâtralisent, mais manquent d’impact et d’originalité pour véritablement nous heurter.

6/10

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« 1917 » de Sam Mendes

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“Bienvenue en enfer”                                                 

6 avril 1917. Sur le front franco-allemand, les lignes de communication sont coupées. On charge alors les soldats Blake et Schofield de livrer un message au-delà des lignes ennemies afin d’empêcher le massacre de 1600 soldats britanniques. Mission impossible ?

Bienvenue dans les cercles de l’enfer ! Les tranchées asphyxiantes, les barbelés incisifs, les souterrains piégés où les rats deviennent des bombes à retardement, ce désert putréfié par la chair humaine et animale, les cerisiers coupés, l’avion descendu, la lame de l’adversaire, le village en flammes et les cadavres flottants du Styx. La guerre est traîtresse assassinant même la jeunesse survivante.

Construit à partir d’un seul plan-séquence illusoire, le film nous entraîne au plus près de ces messagers, héros malgré eux. Gadget pour certains, esbrouffe pour d’autres, l’effet immersif qui découle de ce procédé n’en est pas moins saisissant. La caméra, d’une fluidité rare, accompagne les nouvelles recrues MacKay et Chapman dans leur pensum, parfois devant, souvent derrière ou à leurs côtés. En jouant sur les décors, l’éclairage et le son, l’homme de théâtre Sam Mendes varie le formel et rapproche le tout de l’horreur et du fantastique. Tel un cauchemar éveillé, il nous propose une expérience éprouvante à l’intensité rare qui ne peut laisser indemne.

9/10

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« Sorry we missed you » de Ken Loach

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“Les Misérables”

Usé par les emplois fragiles et mal payés dans le bâtiment, Ricky décide de se mettre à son compte. Il acquiert la franchise d’une entreprise de livraison à domicile et devient chauffeur indépendant. Une liberté bien illusoire.

Dès les premières minutes, on ressent le piège se refermer sur le personnage et le spectateur. Il faut s’endetter pour gagner plus. Aucun salaire versé évidemment, mais un paiement effectué à la course. Pour être rapide, la location d’une camionnette en bon état s’avère nécessaire. La voiture de l’épouse Abby, infirmière à domicile, en fera les frais. Elle prendra le bus. La pression est constante pour honorer les contrats et servir un client toujours plus exigeant. Pas le temps de manger ni de pisser ailleurs que dans une bouteille. Les heures s’accumulent au détriment de la vie de famille, île ultime qui se noie. Adultes et enfants n’ont plus de rêves et perdent pied.

La démonstration est implacable et dénonce une société ubérisée où la performance a remplacé l’humain. Les chiffres sont les chaînes invisibles de cet esclavage moderne. Mais est-il nécessaire de chuter dans le misérabilisme pour réveiller les consciences ? Dans le cinéma militant de Ken Loach, même les chiens n’ont que trois pattes…

6/10

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« Pour les soldats tombés » (They shall not grow old) de Peter Jackson

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“Les seigneurs de la guerre”

A partir d’archives inédites, Peter Jackson fait revivre la Première Guerre mondiale, de l’engagement des troupes britanniques jusqu’au retour au pays, quatre années plus tard.

Cadençant l’écran carré noir et blanc animé, les témoignages d’anciens combattants qu’on ne verra jamais se succèdent à un rythme soutenu. Ils rappellent l’enthousiasme de ces gamins volontaires mentant sur leur âge pour être enrôlés. La guerre n’est qu’un jeu lointain qui galvanise un patriotisme fier, proche de l’arrogance. Austère, trop longue et volubile, cette entrée en matière épuiserait presque.

Une fois débarquées sur le continent, les recrues malhabiles découvrent la réalité. L’image s’élargit, se colorise et commence à parler. L’immersion est totale, troublante, dérangeante. Vermines, puces, rats, inondations, donnent aux tranchées un avant-goût des Marais Morts. La gangrène force à fermer les yeux. Avant que le gaz, les bombes et les baïonnettes ne parachèvent l’horreur qui gobe cette jeunesse. Rien qu’une tasse de thé pour avoir l’illusion d’être encore humain.

Vient l’Armistice de 1918. Le temps de découvrir que l’ennemi d’en face n’est autre qu’un reflet dans le miroir déformant de la politique. La Grande Guerre était-elle vraiment utile ? Les combattants encore en vie rentrent groggy. Face à eux, une administration et des civils incapables de comprendre. Débute une autre lutte.

Le travail de sélection, de restauration et de montage accompli par Peter Jackson et par ses équipes, est colossal. Il redonne une aura à près de 600 heures d’archives restées muettes jusqu’ici. S’il ne convainc pas toujours, le documentaire s’avère d’importance et devient d’emblée source historique.

7/10

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