« French exit » de Azazel Jacobs

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“Voir Paris et mourir”  

Suite au décès de son mari, la prodigue Frances se retrouve ruinée. Une amie généreuse lui propose son appartement à Paris. Elle y débarque avec son grand garçon et son chat.

Au douanier qui lui demande la raison de son séjour en France, la veuve joyeuse répond : « Je suis venue voir la Tour Eiffel et mourir ». Romantisme malsain pour ce panier percé qui n’a jamais su travailler de sa vie. Escortée de son fils impassible, la belle piétine gaiement les cendres de son bûcher des vanités, dilapidant chacune des dernières liasses qui lui restent en pourboires et achats mirobolants.

Que la route est longue et ennuyeuse quand elle mène à une impasse. La bourgeoisie a un certain charme quand il demeure discret. Mais entre New York et Paris, l’on peine à éprouver de l’empathie envers ces pauvres riches inadaptés au quotidien du commun des mortels. Dans le rôle de la reine, Michelle Pfeiffer, mille cigarettes au bec, se montre plus diva que divine. Le film gagne en intérêt lorsqu’il réunit autour de Catwoman une cour des miracles dans laquelle chacun cherche son chat. Hélas, cette piste aux étoiles contraires, mal exploitée, n’est que poussière. Le réalisateur privilégie l’absurde et le surnaturel d’une séance de spiritisme à la bougie ou d’une réincarnation animale. Quant à la Tour Eiffel, cliché illusoire, elle n’aura les honneurs que d’une carte postale.

(5/10)

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« Un espion ordinaire » (The courier) de Dominic Cooke

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“La fin d’une liaison”  

Greville Wynne est un entrepreneur britannique comme les autres. Mais dans le monde politique glacial des années soixante, ses voyages réguliers à l’est en font un être signifiant pour les services secrets qui le recrutent. A lui d’entrer en contact avec l’espion soviétique Oleg Penkovsky.

Tous les motifs associés au genre sont à l’écran : rendez-vous secrets, micros cachés, traqueurs potentiels, mensonges et trahisons. Il s’en dégage un charme désuet dans un univers où le numérique n’existe pas encore. Mais l’on ne peut que s’étonner qu’une mission aussi périlleuse repose sur les épaules d’un quidam sans entraînement. L’histoire se base pourtant sur des faits réels.

Si l’on se prend de sympathie pour ces deux personnages très attachés l’un à l’autre, au point que l’épouse Wynne soupçonne une nouvelle liaison de son mari souvent absent, la mise en scène, cherchant à éviter toute esbroufe, ne parvient pas à faire monter la tension. Sans véritable action, on peine à craindre pour leur vie, malgré l’interprétation appliquée de Benedict Cumberbatch. Moins réussi que le Pont des espions de Spielberg, le film en devient très ordinaire sur deux hommes extraordinaires qui à eux seuls ont peut-être évité une guerre nucléaire.

(6/10)

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« The Father » de Florian Zeller

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“Memento… mori”

Avec l’âge, Anthony perd de plus en plus la mémoire, mais peine à accepter une aide à domicile. Anne, sa fille qui l’assiste au quotidien, lui annonce qu’elle va quitter Londres pour s’installer à Paris.

Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Quelle heure est-il ? Qui sont ces étrangers qui investissent mon espace ? Des envahisseurs qui me veulent du mal ou des gens de bien ? Dans cet appartement immense et labyrinthique, chaque porte ouvre sur le salon familier, un placard encombré, un cabinet médical ou une chambre d’hôpital. Les tableaux disparaissent, les visages changent et les scènes ont un air de déjà-vu. Pour un premier film, la réalisation de Florian Zeller allie l’astuce à l’élégance évitant avec soin l’aspect théâtral de la pièce d’origine. Anthony perd ses repères de même que le spectateur qui au-delà de l’aspect ludique de ce memento sent monter l’angoisse.

Car le constat est sans appel. Comme dans Amour de Michael Haneke, les affres de la sénilité et de la maladie s’imposent. On éprouve le malaise de celui qui ne peut plus se fier aux apparences. Dans le rôle, Anthony Hopkins trouble encore plus les frontières en prénommant son personnage comme lui. Le docteur Lecter aux paroles assassines quand la paranoïa l’enserre redevient l’enfant implorant dans les bras d’une infirmière. Quant à la reine Olivia Colman, ses yeux embués percent le cœur. Sur son visage éloquent s’imprègnent toute la peine, l’épuisement et le sentiment coupable des proches aidants. Entre tristesse et acceptation, l’humain ne peut que se souvenir… qu’il va mourir.

(8.5/10)

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« Ammonite » de Francis Lee

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“Seule la mer”   

Sur la côte du comté de Dorset en 1840, Mary Anning est une paléontologiste renommée, mais déconsidérée par ses pairs. Ses journées, elle les passe en bord de mer, à la recherche de fossiles. Lorsqu’on lui demande de prendre à ses côtés Charlotte, épouse convalescente, sa routine se fissure.

Visage fermé et frustration rentrée. Le quotidien de Mary est morne, au chevet d’une mère malade, plus tendre avec ses chiots de porcelaine qu’avec sa propre fille. Les ammonites demeurent son échappatoire. Au diable les chapeautés patentés qui spolient ses découvertes sous prétexte qu’elle n’est qu’une femme. Face à elle, apparaît désormais la jeune Charlotte, fébrile et corsetée par un mari sévère. Au contact l’une de l’autre, leur carapace se fêle pour laisser éclater une passion libératrice.

Dans son film précédent – Seule la terre –, Francis Lee illustrait le corps à corps animal de deux gardiens de moutons. Les silences de la mère et de la mer ont pris la place d’un père immobilisé et des pâturages venteux ; deux héroïnes se sont substituées aux bergers. L’histoire est la même, mais l’approche plus lente, moins sauvage, due à la condition étriquée des personnages. Elle laisse planer quelques longueurs, malgré la brièveté des séquences. L’érotisme peine à pointer au travers d’un regard, d’un geste délicat et discret, avant que l’étreinte ne lui donne enfin le temps d’exister. Kate Winslet fait battre le cœur de l’océan en enlaçant sans rougir sa partenaire Saoirse Ronan, et s’autorise cet amusant clin d’œil. Cette fois, c’est elle qui prend le fusain pour croquer la silhouette de sa Rose en train d’éclore avant que ne chavire le navire de leurs sentiments.

(6.5/10)

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« The nest » de Sean Durkin

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“L’économie du couple”

Homme d’affaires trop ambitieux, Rory annonce à son épouse Allison sa volonté de quitter New York pour retourner à Londres. Une opportunité unique, prétend-il. Là-bas, parents et enfants prennent leurs aises dans un majestueux manoir victorien. Un lieu imposant, mais pas le nid douillet espéré.

« Dis-moi, combien tu m’aimes ? » semble questionner celui qui fait semblant d’être riche. Je t’offrirai un vison, nous construirons des écuries, achèterons un bateau, un loft dans la City et pourquoi ne pas investir le Portugal, la Riviera étant dépassée ? Mais le reflet dans ce miroir aux alouettes est trop beau pour être honnête. Le vernis du portrait de ces pauvres riches se craquelle. Alors qu’elle s’enfonce dans la terre, lui se brûle les ailes à force de vouloir voler au plus près du soleil.

L’amour et l’argent font-ils bon ménage ? Pourquoi ce retour dans les années 80 pour poser la question, si ce n’est permettre à l’héroïne, jasmin bleu qui se fane, de griller cigarette sur cigarette ? La problématique est-elle si différente aujourd’hui où tout se gagne et se perd plus vite encore ? Si le film ne va pas aussi loin dans la noirceur qu’attendu, il maintient bien la tension et impressionne par quelques scènes chocs : Allison oblige son mendiant de mari à quitter la chambre pour qu’il ne découvre pas la cachette où sont dissimulées ses quelques économies. Puis ce cadavre animal que l’on transporte par pelleteuse, symbole de ses illusions perdues. On achève bien les chevaux. Il convient de revenir alors à l’essentiel… un petit-déjeuner en famille.

(7.5/10)

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« Le peuple loup » (Wolfwalkers) de Tom Moore et Ross Stewart

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(Film Apple TV+) “Le pacte des louves”

Dans l’Irlande de 1650, Robyn cherche à aider son père, chargé de chasser la meute de loups menaçante qui hante les bois proches de la ville. L’intrépide fillette y rencontre Mebh, lycanthrope aux pouvoirs guérisseurs. A ses côtés, elle comprendra que l’ennemi n’est pas celui tout désigné.

Il y a du Princesse Mononoké dans cette opposition entre humanité urbaine et esprits de la forêt. La chevelure flamboyante et la métamorphose maternelle rappellent aussi Rebelle. Si le film n’atteint ni la poésie de Miyazaki, ni l’animation parfaite de Pixar, il s’illustre par son ancrage dans la culture et l’histoire celtiques. Exterminer l’animal féroce symbolise la volonté anglaise de dompter cette terre sauvage qu’il colonise. Musique et graphique à la géométrie stylisée participent au voyage permettant à ce dessin animé de gagner en originalité. Marche et danse avec les loups.

(6.5/10)

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« The dig » de Simon Stone

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(Film Netflix) “Un trésor dans la maison”

Dans l’Angleterre de 1939, la veuve Edith Pretty engage l’archéologue amateur Basil Brown pour fouiller les tumuli de son terrain. Elle a le sentiment qu’un trésor de grande importance s’y cache.

La chasse est lancée. Mais sans la jungle, le temple maudit, les serpents et le fouet. L’aventure est plus statique, le cheminement limité. Les obstacles seront un glissement de terrain, les pluies torrentielles, ainsi que le manque de moyens. Sans négliger les vautours de la concurrence vite appâtés. Et cette guerre imminente qui menace de tout détruire.   

Cette histoire vraie captive tant qu’elle se concentre sur la quête et les fouilles. Que va-t-on y trouver et surtout qu’en faire, comment le partager ? Elle se perd hélas dans des digressions romantisées et pas toujours subtiles. Néanmoins, mise en scène élégante et belle image à la Malick offrent un écrin au duo principal qui s’apprête à réécrire l’histoire britannique.

(6.5/10)

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« The singing club » (Military wives) de Peter Cattaneo

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“On connaît la chanson”  

Alors que leurs conjoints partent au combat en Afghanistan, les femmes restées à la base de Flitcroft cherchent une activité pour taire leur angoisse. Et si elles chantaient ?

Avoir épousé un ou une militaire n’a rien d’une sinécure. Ce sont des déménagements réguliers, des semaines d’éloignement et de solitude, puis cette crainte permanente que chaque sonnerie de téléphone ou coup à la porte soit annonciateur d’une douloureuse nouvelle. Avec l’expérience, Kate l’appliquée et la spontanée Lisa le savent bien. Elles tentent d’occuper les esprits en montant une chorale. Mais l’une a pour référence Mozart, alors que l’autre en appelle aux Beatles. De quoi érailler la mélodie.    

Le refrain est plus que connu. Les rivales qui se tomberont dans les bras, les timides qui étincellent sur scène, les blessures entrouvertes, la défaite avant le triomphe… Peter Cattaneo reprend la formule à succès de son Full Monty, tout en lorgnant du côté de Sister Act et de Brassed off. Mais sans le « divin » ni virtuosité, son film, réglé comme du papier à musique, ne transcende guère. Reste un duo d’actrices à l’unisson dans leur différence – Kristin Scott Thomas face à Sharon Horgan – et d’aimables parties chantées.    

6/10

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« The personal history of David Copperfield » de Armando Iannucci

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“L’illusionniste”  

La vie tumultueuse d’un petit orphelin qui deviendra le héros de son propre roman. Mesdames et messieurs, applaudissez David Copperfield !

Le rideau se lève et laisse apparaître sur scène David, jeune adulte. Celui-ci entraîne son public attentif sur le lieu de son enfance pour assister à sa naissance. S’ensuivront les chapitres importants d’une épopée rocambolesque qui permettront au héros d’imposer enfin son nom.

Hélas à l’écran, le tour de magie littéraire de Charles Dickens ne prend pas. Malgré un casting britannique flamboyant, permettant notamment aux docteurs House et Who d’échanger quelques lignes, le tourbillon imagé a très vite fait de nous noyer. Si l’époque victorienne gagne en modernité et fantaisie grâce à sa distribution multiethnique menée par le sympathique millionnaire des bidonvilles de Juhu, Dev Patel, les trop nombreux personnages, caricatures crédules ou franchement idiotes, fatiguent et agacent. Quant aux inquiétants, figures plus intéressantes, ils s’évanouissent aussi vite qu’apparus. L’ennui guette rapidement devant cette adaptation généreuse mais ratée qui choisit de diluer la noirceur de Dickens dans un océan de légèreté vaine, compilant de plus ses meilleurs gags dans la bande annonce.

5/10

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« Goodbye » (Hope Gap) de William Nicholson

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“Une séparation”                                                        

Grace et Edward vont bientôt célébrer leurs 29 années de mariage. Mais Edward, malheureux dans son couple, a décidé de partir.

Elle prépare une anthologie de poèmes et laisse inlassablement refroidir son thé au fond de la tasse, par crainte de ce qui se termine. Il est passionné par les conquêtes napoléoniennes et marche de l’avant, laissant les plus faibles mourir derrière, c’est une question de survie. Au milieu de ce couple en décalage et rupture, leur fils Jamie, rare lien qui les unit encore. Autour d’eux, les majestueuses falaises d’Hope Gap, si familières et menaçantes, engloutissent tout espoir.

Les histoires d’amour finissent mal… en général. Celle-ci ne se distingue guère, mais y apporte une touche d’élégance anglaise. Bill Nighy, dont c’est l’une des dernières apparitions, se démarque par sa discrétion quasi lâche, opposé à une Annette Bening, tragédienne. Leurs échanges se théâtralisent, mais manquent d’impact et d’originalité pour véritablement nous heurter.

6/10

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