« The dig » de Simon Stone

Critiques

(Film Netflix) “Un trésor dans la maison”

Dans l’Angleterre de 1939, la veuve Edith Pretty engage l’archéologue amateur Basil Brown pour fouiller les tumuli de son terrain. Elle a le sentiment qu’un trésor de grande importance s’y cache.

La chasse est lancée. Mais sans la jungle, le temple maudit, les serpents et le fouet. L’aventure est plus statique, le cheminement limité. Les obstacles seront un glissement de terrain, les pluies torrentielles, ainsi que le manque de moyens. Sans négliger les vautours de la concurrence vite appâtés. Et cette guerre imminente qui menace de tout détruire.   

Cette histoire vraie captive tant qu’elle se concentre sur la quête et les fouilles. Que va-t-on y trouver et surtout qu’en faire, comment le partager ? Elle se perd hélas dans des digressions romantisées et pas toujours subtiles. Néanmoins, mise en scène élégante et belle image à la Malick offrent un écrin au duo principal qui s’apprête à réécrire l’histoire britannique.

(6.5/10)

twitter.com/cinefilik                                                                              
cinefilik.wordpress.com

« The singing club » (Military wives) de Peter Cattaneo

Critiques

“On connaît la chanson”  

Alors que leurs conjoints partent au combat en Afghanistan, les femmes restées à la base de Flitcroft cherchent une activité pour taire leur angoisse. Et si elles chantaient ?

Avoir épousé un ou une militaire n’a rien d’une sinécure. Ce sont des déménagements réguliers, des semaines d’éloignement et de solitude, puis cette crainte permanente que chaque sonnerie de téléphone ou coup à la porte soit annonciateur d’une douloureuse nouvelle. Avec l’expérience, Kate l’appliquée et la spontanée Lisa le savent bien. Elles tentent d’occuper les esprits en montant une chorale. Mais l’une a pour référence Mozart, alors que l’autre en appelle aux Beatles. De quoi érailler la mélodie.    

Le refrain est plus que connu. Les rivales qui se tomberont dans les bras, les timides qui étincellent sur scène, les blessures entrouvertes, la défaite avant le triomphe… Peter Cattaneo reprend la formule à succès de son Full Monty, tout en lorgnant du côté de Sister Act et de Brassed off. Mais sans le « divin » ni virtuosité, son film, réglé comme du papier à musique, ne transcende guère. Reste un duo d’actrices à l’unisson dans leur différence – Kristin Scott Thomas face à Sharon Horgan – et d’aimables parties chantées.    

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« The personal history of David Copperfield » de Armando Iannucci

Critiques

“L’illusionniste”  

La vie tumultueuse d’un petit orphelin qui deviendra le héros de son propre roman. Mesdames et messieurs, applaudissez David Copperfield !

Le rideau se lève et laisse apparaître sur scène David, jeune adulte. Celui-ci entraîne son public attentif sur le lieu de son enfance pour assister à sa naissance. S’ensuivront les chapitres importants d’une épopée rocambolesque qui permettront au héros d’imposer enfin son nom.

Hélas à l’écran, le tour de magie littéraire de Charles Dickens ne prend pas. Malgré un casting britannique flamboyant, permettant notamment aux docteurs House et Who d’échanger quelques lignes, le tourbillon imagé a très vite fait de nous noyer. Si l’époque victorienne gagne en modernité et fantaisie grâce à sa distribution multiethnique menée par le sympathique millionnaire des bidonvilles de Juhu, Dev Patel, les trop nombreux personnages, caricatures crédules ou franchement idiotes, fatiguent et agacent. Quant aux inquiétants, figures plus intéressantes, ils s’évanouissent aussi vite qu’apparus. L’ennui guette rapidement devant cette adaptation généreuse mais ratée qui choisit de diluer la noirceur de Dickens dans un océan de légèreté vaine, compilant de plus ses meilleurs gags dans la bande annonce.

5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Goodbye » (Hope Gap) de William Nicholson

Critiques

“Une séparation”                                                        

Grace et Edward vont bientôt célébrer leurs 29 années de mariage. Mais Edward, malheureux dans son couple, a décidé de partir.

Elle prépare une anthologie de poèmes et laisse inlassablement refroidir son thé au fond de la tasse, par crainte de ce qui se termine. Il est passionné par les conquêtes napoléoniennes et marche de l’avant, laissant les plus faibles mourir derrière, c’est une question de survie. Au milieu de ce couple en décalage et rupture, leur fils Jamie, rare lien qui les unit encore. Autour d’eux, les majestueuses falaises d’Hope Gap, si familières et menaçantes, engloutissent tout espoir.

Les histoires d’amour finissent mal… en général. Celle-ci ne se distingue guère, mais y apporte une touche d’élégance anglaise. Bill Nighy, dont c’est l’une des dernières apparitions, se démarque par sa discrétion quasi lâche, opposé à une Annette Bening, tragédienne. Leurs échanges se théâtralisent, mais manquent d’impact et d’originalité pour véritablement nous heurter.

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« 1917 » de Sam Mendes

Critiques

“Bienvenue en enfer”                                                 

6 avril 1917. Sur le front franco-allemand, les lignes de communication sont coupées. On charge alors les soldats Blake et Schofield de livrer un message au-delà des lignes ennemies afin d’empêcher le massacre de 1600 soldats britanniques. Mission impossible ?

Bienvenue dans les cercles de l’enfer ! Les tranchées asphyxiantes, les barbelés incisifs, les souterrains piégés où les rats deviennent des bombes à retardement, ce désert putréfié par la chair humaine et animale, les cerisiers coupés, l’avion descendu, la lame de l’adversaire, le village en flammes et les cadavres flottants du Styx. La guerre est traîtresse assassinant même la jeunesse survivante.

Construit à partir d’un seul plan-séquence illusoire, le film nous entraîne au plus près de ces messagers, héros malgré eux. Gadget pour certains, esbrouffe pour d’autres, l’effet immersif qui découle de ce procédé n’en est pas moins saisissant. La caméra, d’une fluidité rare, accompagne les nouvelles recrues MacKay et Chapman dans leur pensum, parfois devant, souvent derrière ou à leurs côtés. En jouant sur les décors, l’éclairage et le son, l’homme de théâtre Sam Mendes varie le formel et rapproche le tout de l’horreur et du fantastique. Tel un cauchemar éveillé, il nous propose une expérience éprouvante à l’intensité rare qui ne peut laisser indemne.

9/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Sorry we missed you » de Ken Loach

Critiques

“Les Misérables”

Usé par les emplois fragiles et mal payés dans le bâtiment, Ricky décide de se mettre à son compte. Il acquiert la franchise d’une entreprise de livraison à domicile et devient chauffeur indépendant. Une liberté bien illusoire.

Dès les premières minutes, on ressent le piège se refermer sur le personnage et le spectateur. Il faut s’endetter pour gagner plus. Aucun salaire versé évidemment, mais un paiement effectué à la course. Pour être rapide, la location d’une camionnette en bon état s’avère nécessaire. La voiture de l’épouse Abby, infirmière à domicile, en fera les frais. Elle prendra le bus. La pression est constante pour honorer les contrats et servir un client toujours plus exigeant. Pas le temps de manger ni de pisser ailleurs que dans une bouteille. Les heures s’accumulent au détriment de la vie de famille, île ultime qui se noie. Adultes et enfants n’ont plus de rêves et perdent pied.

La démonstration est implacable et dénonce une société ubérisée où la performance a remplacé l’humain. Les chiffres sont les chaînes invisibles de cet esclavage moderne. Mais est-il nécessaire de chuter dans le misérabilisme pour réveiller les consciences ? Dans le cinéma militant de Ken Loach, même les chiens n’ont que trois pattes…

6/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Pour les soldats tombés » (They shall not grow old) de Peter Jackson

Critiques

“Les seigneurs de la guerre”

A partir d’archives inédites, Peter Jackson fait revivre la Première Guerre mondiale, de l’engagement des troupes britanniques jusqu’au retour au pays, quatre années plus tard.

Cadençant l’écran carré noir et blanc animé, les témoignages d’anciens combattants qu’on ne verra jamais se succèdent à un rythme soutenu. Ils rappellent l’enthousiasme de ces gamins volontaires mentant sur leur âge pour être enrôlés. La guerre n’est qu’un jeu lointain qui galvanise un patriotisme fier, proche de l’arrogance. Austère, trop longue et volubile, cette entrée en matière épuiserait presque.

Une fois débarquées sur le continent, les recrues malhabiles découvrent la réalité. L’image s’élargit, se colorise et commence à parler. L’immersion est totale, troublante, dérangeante. Vermines, puces, rats, inondations, donnent aux tranchées un avant-goût des Marais Morts. La gangrène force à fermer les yeux. Avant que le gaz, les bombes et les baïonnettes ne parachèvent l’horreur qui gobe cette jeunesse. Rien qu’une tasse de thé pour avoir l’illusion d’être encore humain.

Vient l’Armistice de 1918. Le temps de découvrir que l’ennemi d’en face n’est autre qu’un reflet dans le miroir déformant de la politique. La Grande Guerre était-elle vraiment utile ? Les combattants encore en vie rentrent groggy. Face à eux, une administration et des civils incapables de comprendre. Débute une autre lutte.

Le travail de sélection, de restauration et de montage accompli par Peter Jackson et par ses équipes, est colossal. Il redonne une aura à près de 600 heures d’archives restées muettes jusqu’ici. S’il ne convainc pas toujours, le documentaire s’avère d’importance et devient d’emblée source historique.

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Yesterday » de Danny Boyle

Critiques

“All he needs is love”

Victime d’un accident lors d’une panne d’électricité mondiale, Jack Malik se réveille dans un monde où les Beatles n’évoquent que des coléoptères. Pour ce musicien sans succès, c’est l’occasion rêvée d’atteindre la gloire.

On a tous quelque chose en nous de John, Ringo, Paul et George… Ou n’est-ce qu’une illusion ? Les Beatles auraient-ils le même succès qu’hier s’ils débutaient aujourd’hui ? Les chansons font-elles l’homme où l’homme les chansons ? L’imposteur ne serait-il pas un gardien élu de la mémoire ? Des questions insolubles qui découlent de cette comédie au charme très britannique.

Le scénario improbable ne tient qu’à un fil et se contente d’un postulat sans l’ombre d’une explication. On s’amuse pourtant à chaque disparition découverte par la nouvelle star. Validée par la présence d’Ed Sheeran, la description des requins de l’univers musical réjouit de même et semble à peine caricaturale. Quant à l’aimable romance, elle souligne avec évidence que tout ce dont on a besoin, c’est de l’amour. Mais quand c’est Wembley qui fredonne cette mélodie du bonheur, on ne peut que vibrer avec.

7/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com

« Rocketman » de Dexter Fletcher

Critiques

“Rhapsodie bohémienne”

La vie d’Elton John se distille en une comédie musicale rythmée par ses plus grands succès et ses désillusions personnelles.

« Je suis Elton Hercules John ! Je suis un alcoolique, accroc à l’héroïne et au sexe. Je suis un boulimique et un acheteur compulsif, incapable de gérer ses élans de colère ! », éructe le diable rouge aux plumes de feu qui vient enflammer une réunion de dépendants anonymes. Sommes-nous dans un purgatoire où siège le dernier jury en quête d’une confession ? L’homme aux lunettes en cœur ouvre les portes de son passé, le temps de chanter une enfance marquée par la musique et le désamour. La mère déçue et décevante affronte le père incapable de les prendre dans ses bras. « I want love » crie le gamin à l’oreille prodigieuse, capable de jouer parfaitement toute mélodie qu’il vient d’entendre. Dans cette nuit affective, une étoile est née.

Digne de Broadway, cette entrée en matière réjouissante rappelle qu’avant Elton John, il y avait Reginald Kenneth Dwight. Premiers bars, premières rencontres, changement de nom, premiers succès et du chagrin plein les yeux, la suite s’avère plus convenue. La destinée de la star évoque furieusement celle de Freddy Mercury, mise en scène à l’arrache l’an dernier par le même réalisateur. Malgré leur gloire internationale, les héros fatigués se retrouvent le plus souvent seuls au sommet d’une tour d’ivoire. La différence entre ces deux rhapsodies bohémiennes est que celle d’Elton se joue encore. « I am still standing » chante avec conviction l’acteur Egerton dans un final trop attendu et bien-pensant pour tout emporter.

6.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com


« Cœurs ennemis » (The Aftermath) de James Kent

Critiques

“Après la guerre”

En 1945, quelques mois après la victoire des alliés, l’Anglaise Rachel rejoint Lewis, son mari officier, dans un Hambourg dévasté. Ils emménagent aux abords de la ville dans la luxueuse résidence de l’architecte déchu Stefan Lubert, réquisitionnée pour l’occasion. Malgré l’émoi de Rachel, Lewis permet au veuf allemand et à sa fille de rester dans la maison.

Il y a la guerre et ses stigmates. Les ruines d’une nation. La neige de Noël refroidissant l’atmosphère. Le Steinway du salon pour réchauffer les âmes. Les sens émoustillés par le bois coupé. Alors que le feu de cheminée enflamme les « cœurs ennemis » – quel titre ! Et ce train qui s’en va au loin. Du désir, des larmes et le sang pour ce mélodrame qui finit par se noyer dans les clichés.

Tout avait pourtant bien commencé. Que faire après la guerre des vaincus ? Comment supporter la présence chez soi de l’occupant ? La cohabitation est douloureuse. Le deuil et la souffrance, partagées. La mise en place et ses questions sont bien posées, mais vite oubliées au profit d’un sentimentalisme inutilement exacerbé.

5.5/10

twitter.com/cinefilik
cinefilik.wordpress.com