« Oxygène » de Alexandre Aja

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(Film Netflix) “Respire”   

Une femme se réveille momifiée dans un sarcophage de verre. Qui est-elle ? Où est-elle ? Son seul contact est Milo, un agent de liaison informatique. Pourra-t-il l’aider à se souvenir et à s’en sortir avant que l’oxygène ne vienne à lui manquer ?

Eclore de sa chrysalide pour prendre son essor. Déchirer l’hymen dans une lumière couleur sang. Renaissance annoncée ou mise à mort de l’éphémère ? La première scène est réussie, attirante, intrigante. D’autres visuels imprègnent par la suite le regard. Mais si la forme peut séduire, l’intérêt pour le contenu s’assèche vite. La situation rappelle Gravity, Buried, The Guilty ou Searching, autres films à concept sur la claustrophobie ou l’enquête solitaire et à distance. Soupapes régulières, les flashback donnant vie à l’héroïne empêchent le sentiment total d’asphyxie. Quant à Mélanie Laurent, malgré toute la bonne volonté qu’elle importe en son confinement, elle fait preuve de moins de charisme que l’unique voix de Mathieu Amalric. Ignore-t-elle que dans l’espace, personne ne vous entend jurer ?

(5/10)

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« Minuit dans l’univers » (Midnight in the sky) de George Clooney

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(Film Netflix) “Seul sur terre”

En 2049, suite à une catastrophe écologique, le professeur Lofthouse se retrouve seul dans une station scientifique du cercle arctique. Malade, il cherche à établir le contact avec d’éventuels survivants, dont le vaisseau Aether qui s’apprête à revenir sur terre après une mission de 2 ans.

Faciès de Père Noël, George Clooney s’apprête à jouer les ermites survivants dans un décor blanc et glacé. En parallèle, l’équipe d’astronautes perdue dans l’espace vit son aventure interstellaire avec « gravité ». Dissocié, le film peine à trouver un équilibre avant que le contact entre les deux univers ne soit enfin rétabli. Mais d’autres sont passés par là avant lui. Dans l’ombre intimidante des Iñárritu, Cuarón, Scott ou Nolan, la navette du docteur Ross ne décolle jamais vraiment, planant à une hauteur honnête sans atteindre la stratosphère émotionnelle.

(6/10)

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« Tenet » de Christopher Nolan

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“Demain ne meurt jamais”  

Un agent américain infiltré participe à une prise d’otages dans l’opéra de Kiev. Sa mission, récupérer un objet mystérieux et convoité par beaucoup. Mis en danger durant l’opération, il est sauvé par une balle inversée tirée par un soldat sorti de nulle part. Ainsi commence une lutte intense afin d’éviter une Troisième Guerre mondiale temporelle, plus dévastatrice qu’un « holocauste nucléaire ».

Autant dire que les premières scènes qui s’enchaînent à la vitesse d’un projectile risquent d’épuiser le spectateur le moins éveillé. On parcourt le monde en un claquement de doigt, multiplie les personnages furtifs et dégaine des théories pseudo-métaphysiques sur l’entropie. « Ne cherchez pas à comprendre, conseille une chercheuse, mais ressentez-le ». Progressivement, le puzzle inversé se remet en place, gagne en signification et procure un certain plaisir. A la recherche du temps perdu, le film évoque un James Bond sophistiqué retournant vers le futur pour combattre Terminator. Un scénario exagérément alambiqué qui donne le vertige, mais aurait gagné en puissance émotionnelle s’il permettait à ses personnages de dépasser leur rôle archétypique. Le Protagoniste du film, John David Washington, n’est même pas (pré)nommé. A lui seul, le palindrome événementiel de Christopher Nolan ne parviendra pas à sauver le cinéma en 2020, mais il demeure une réalisation spectaculaire à découvrir principalement sur grand écran.

7.5/10

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« Ad Astra » de James Gray

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“L’odyssée de l’espace”

Après avoir échappé à la destruction de la station d’observation sur laquelle il travaillait, l’astronaute de la NASA Roy McBride se voit confier une mission secrète : rentrer en contact avec son père disparu sur Neptune seize ans plus tôt. Celui-ci pourrait être à l’origine de ces explosions qui menacent la terre.

Il a exploré les nuits new-yorkaises et la jungle amazonienne. Le réalisateur américain investit aujourd’hui l’espace. Ses images jaunies et quelque peu dépassées brouillent les pistes. Son futur proche aux allures passéistes rendrait-il hommage à Kubrick ? La mélancolie qui s’échappe des yeux bleus de Brad Pitt rappelle celle du premier homme – Ryan Gosling – de Damien Chazelle. Quant à la relation filiale douloureuse, elle évoque Interstellar, voire Gravity. Les références peuvent être pesantes, mais l’odyssée de James Gray réserve aussi de belles originalités : 125 $ pour une couverture supplémentaire dans le vaisseau qui nous amène à la lune. Après la terre, le satellite, colonisé par la globalisation, est en proie à la concurrence et aux conflits. L’univers n’a jamais paru aussi petit, accessible. L’intime devient une quête existentielle qui interroge : au-delà des étoiles, se trouve-t-il encore un père capable de veiller sur nous ?

7/10

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« Spider-Man : far from home » de Jon Watts

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“Vacances scolaires”

La disparition de Tony Stark, son mentor et ami, pèse sur le moral de Peter Parker. Le voyage scolaire prévu en Europe ne peut lui faire que du bien. Mais des monstres venus d’ailleurs vont grandement perturber ses vacances.

Les Avengers sont morts, vive les Avengers ! Whitney Houston et son éternel I will always love you leur rend un hommage vibrant et drôle pour débuter. Et c’est avec un plaisir certain que l’on retrouve Tom Holland pour incarner le jeune homme araignée encore en formation. Naïf et maladroit, il suscite la sympathie.

Hélas, le reste ne convainc pas. Une Europe de clichés – gondoles à Venise, opéra à Prague et Edam hollandais –, des idiots pour professeurs et camarades, ainsi que des effets spéciaux sans génie. Même l’humour potache rythmant l’ensemble finit par lasser. Tout n’est qu’illusion, de même que le grand méchant.

Après la réussite créative du très animé Spider-Man: new generation, le côté régressif de cette colonie de vacances ne peut que décevoir.

5.5/10

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« X-Men: Dark Phoenix » de Simon Kinberg

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“X-Elles”

Rescapée d’un accident qu’elle a provoqué sans le vouloir, Jean laisse derrière elle ses deux parents. Le Professeur Xavier recueille alors la petite orpheline. Des années plus tard, la jeune femme est exposée à des radiations extraterrestres lors d’une mission de sauvetage dans l’espace. Elle survit, plus forte et plus dangereuse.

Les femmes prennent le pouvoir. Menées par Sophie Turner, bien décidée à s’installer sur le trône, elles occupent les premiers rôles, sur terre et en l’air. Même la NASA se retrouve sous leurs ordres. L’initiative a de quoi charmer et apporter un petit vent frais à la plus ancienne saga Marvel au cinéma.

Le soufflé retombe vite cependant. Regard intense, souvent mouillé, main levée et bouche crispée, les superhéroïnes n’ont pas grand-chose d’autre à jouer. Jennifer Lawrence ne fait que passer et Jessica Chastain, parachutée de nulle part, compose une méchante bien primaire. Dans un scénario limité et sans une once d’autodérision, seul le personnage de Charles Xavier gagne un peu d’ambiguïté. De quoi décevoir par comparaison au succès mérité du dernier Avengers. Dans ce combat à distance entre frères et sœurs ennemis, les X-(Wo)Men ont perdu la partie.

5/10

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« Avengers : Endgame » de Anthony et Joe Russo

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“La nuit des héros”

Dans un monde dévasté, les Avengers survivants, remotivés par l’arrivée de Captain Marvel, s’en vont retrouver le criminel Thanos, pour se venger et en finir.

Cette mise en route trop attendue ne dure que quelques instants heureusement. Une rupture bienvenue apporte vite un nouvel élan narratif. Comment accepter, pour ceux qui restent, que la moitié de l’univers a été réduite en poussière ? La saga lucrative qui nous avait habitués à un rythme épileptique et moins de psychologie donne ici du temps au deuil, à l’impuissance, la dépression et au souvenir avant le besoin nécessaire de se reconstruire.

Autre astuce scénaristique plutôt maligne, un retour dans le passé permettant d’affronter ou d’embrasser les chers disparus, tout en recyclant les scènes marquantes des épisodes précédents. Baroud en forme de haie d’honneur qui s’achève en bataille royale programmatique – la seule véritable du film – réunissant tous les héros une dernière fois avant la nuit.

Sur sa lancée, la machine fait montre d’une mécanique bien huilée. 3 heures de spectacle mâtinées d’aventures, d’action et de sacrifices émotionnels sans négliger l’humour cocasse et bien gras de Thor notamment. Un final clé à la hauteur des espérances qui saura combler les fans les plus fidèles et satisfaire les sceptiques. Une page qui se tourne, mais rien qu’un au revoir cependant puisque, fort de son succès, l’empire Disney prépare à coup sûr une nouvelle salve héroïque. Le dieu business lui aussi est immortel.

7/10

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« Shazam! » de David F. Sandberg

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“DCption”

Orphelin de 14 ans, Billy est accueilli dans une famille aimante et nombreuse. Mais l’adolescent, tête brûlée au grand cœur, ne tarde pas à fuguer. Quand le dernier des magiciens le choisit comme successeur, il se transforme, chaque fois qu’il crie « Shazam! », en un trentenaire aux pouvoirs surhumains. De quoi affronter l’infâme Dr. Sivana, adepte des sept péchés capitaux.

Vendu comme un « Deadpool » maison, il y a tromperie sur la marchandise ! Sans irrévérence ni provocante autodérision, le héros ne dépasse jamais ses 14 ans d’âge mental. Mise en place lourdingue, scénario balisé, humour plat, effets datés et costume moche… Pas de quoi sauver le monde. Même ses petits camarades refusent d’apparaître en chair et en os à ses côtés. Il faudra se contenter d’un dessin animé. Aucun coup de foudre pour Mr. Big, plus Supernaze que Superman. Encore une DCption dans l’univers rival de Marvel qui semble avoir définitivement perdu la guerre des studios.

4/10

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« Captain Marvel » de Anna Boden et Ryan Fleck

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“Catwoman”

Dans une galaxie fort fort lointaine, Vers, élément féminin de la race extra-terrestre des Kree, est en charge de récupérer l’un des leurs, infiltré chez les retors Skrulls. La mission est un échec et renvoie Vers sur la planète terre, où se dissimule son passé.

Captain Marvel devient l’élément clé de la série des Avengers, étant à l’initiative du groupe et à son aboutissement. Arme secrète de destruction massive, elle a le pouvoir d’atomiser l’ennemi en un coup de poing. Même les petites vieilles n’y résisteront pas.

Peu étonnant que sous les traits d’une jeune femme, le capitaine devienne la première héroïne du clan à se voir gratifier de son propre film. Autant en emporte Scarlett. Mais son point faible étant évidemment la gestion de ses émotions, elle est encouragée à devenir un monolithe sans aspérités. Quant au schéma narratif, il prêche l’ultra-classicisme : amnésie, faux-semblants, découverte de la vérité, déclaration de guerre, boum badaboum et rendez-vous au prochain épisode.

Pour l’humour et l’originalité, il faudra donc revoir l’animé Spider-Man ou se contenter ici des clins d’œil sur l’Amérique démodée des années 90 et du boute-en-train Samuel L. Jackson, en pleine cure de jouvence numérique. Sans oublier ce chat orange ronronnant plus fort qu’un poulpe géant. Cet espion aux pattes velours est bien la star de l’épisode.

6/10

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« Ralph 2.0 » (Ralph Breaks the Internet) de Phil Johnston et Rich Moore

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“Toile d’araignée”                                                       

Le jeu vidéo Sugar Rush, dans lequel concourt Vanellope, est en panne. Dans l’immédiat, une nouvelle manette est nécessaire, sinon c’est la casse. Seule solution pour la petite héroïne et son grand ami Ralph, s’immiscer dans le tunnel Wifi et trouver la pièce recherchée sur eBay.

Et nous voici projetés dans le monde de l’Internet selon Disney. Une mégalopole élaborée à partir de millions de sites, sillonnés d’autoroutes de l’information. Côté créatif, on a vu mieux, retenant quelques étincelles comme l’incarnation des pop-ups envahisseurs et les réflexes suggestifs de Monsieur JeSaisTout. Coup de pub au passage à tous les géants du Web, directement cités. Même la maison-mère s’autorise une autopromotion. Après un lifting numérique, elle réunit toutes ses princesses stars pour réaliser leur plus grand rêve : revêtir t-shirts et baskets. La scène est hilarante et apporte enfin au film l’élan de fraîcheur parodique tant espéré. Par comparaison, Ralph le balourd, « hyper possessif et d’un profil autodestructeur » agace vite. Quant au message appuyé sur l’amitié, au temps des « likes » et des « friends », il aurait pu et dû gagner en subtilité.

6/10

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