« Reminiscence » de Lisa Joy

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“Total recall”  

Nick Bannister tente de gagner sa vie en plongeant ceux qui font appel à ses services dans leurs souvenirs. De quoi leur permettre de retrouver un bonheur perdu ou de simples clés égarées. Quand Mae, une cliente qui a su le séduire, disparaît, l’ancien combattant se met à sa recherche.

Dans ce futur proche, le réchauffement climatique a transformé Miami en Venise. Les gratte-ciel ont les pieds dans l’eau et le bateau a remplacé l’auto. La nuit s’anime pour éviter la torpeur du jour. Les riches réquisitionnent les terres, faisant des miséreux des âmes flottantes. La colère des noyés gronde. Vision anticipatrice inquiétante qui permet néanmoins de belles images aquatiques comme ce théâtre immergé.

Quand le futur n’a plus rien à offrir, le passé devient un refuge dans lequel on s’engouffre pour ne plus en sortir. Présupposé digne d’intérêt, même si le scénario qui s’ensuit n’est pas aussi vertigineux qu’Inception ou Minority report. La réalisatrice multiplie les éléments clichés du film noir, comme le détective privé désabusé, la femme fatale et le vilain balafré. Voix over et flashbacks escortent romance impossible, trahisons et conspiration. Mais les rôles archétypiques se renversent. Dans ce cinéma, les hommes pleurent leurs amours perdues, quant aux belles entreprenantes, elles tiennent à la fois le manche, la bouteille et la crosse.

(6.5/10)

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« Free Guy » de Shawn Levy

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“Joystick”  

Modeste employé de banque, Guy n’est pas malheureux d’habiter à Free City, malgré les meurtres et braquages au quotidien. Mais le jour où il découvre qu’il n’est qu’un personnage non-joueur, ses ambitions changent.

C’est un jour sans fin pour Guy. Mariah Carey dans les oreilles, chemise bleue uniforme, salutations matinales à Goldie, son poisson rouge, un café avec deux sucres à l’emporter et un sourire aux clients depuis son guichet : « Ne passez pas une bonne journée, mais une excellente journée ! » Il lui suffira alors de chausser des lunettes pour voir enfin le monde tel qu’il est. Un immense jeu vidéo dans lequel il n’est qu’un Sim manipulé par des avatars et des trolls.

Free Guy s’adresse avant tout aux geeks qui s’animent devant les gamers sur Twitch, danses de Fortnite, boucliers Marvel et sabres laser Star Wars. Mais avant de passer son tour, on peut y déceler aussi les réflexions du Truman show et l’action ludique du Ready Player One spielbergien. Dans le rôle du gars ordinaire à la chemisette, le sympathique Ryan Reynolds retrouve un humour à la Deadpool, plus grand public néanmoins. Si l’on accepte de jouer le jeu, le film, qui rappelle qu’il n’y a pas que les écrans dans la vie, devient un vrai joystick, d’autant plus en 4DX.

(7/10)

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« Sans un bruit 2 » (A quiet place: part II) de John Krasinski

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 “Larsen”  

Voilà 474 jours que des extraterrestres avides du moindre bruit ont envahi les États-Unis. Marquée par la mort et une naissance, la famille Abbott quitte sa ferme incendiée dans l’espoir de retrouver d’autres survivants.

Silence on y retourne. Récompensé par le succès, il convenait de donner suite au premier volet sorti en 2018. Nous n’en saurons pas plus sur le pourquoi de cette invasion, assistant néanmoins à son débarquement destructeur en cette bourgade typique américaine. Evelyn, seule désormais avec ses trois enfants, dont un nourrisson, s’enfuit pieds nus sur les sentes forestiers et le long des voies ferrées. Est-ce bien raisonnable ?

Ne pouvant plus jouer sur l’effet de surprise, le film en devient presque classique, laissant davantage de place aux créatures féroces. Les sursauts interviennent cependant quand un hurlement déchire d’un coup le mutisme et le calme apparent. Afin d’accroître le suspens, le groupe est séparé et évolue dans un montage parallèle plutôt habile. Les motifs se multiplient, mais le temps manque pour les exploiter pleinement. Alors que dans l’épisode 1, la métaphore exprimait la crainte des parents de ne pouvoir préserver leurs petits, ils sont encouragés dorénavant à les laisser grandir et prendre leur envol. Et ce sont eux peut-être qui les protégeront.

(6.5/10)

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« Oxygène » de Alexandre Aja

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(Film Netflix) “Respire”   

Une femme se réveille momifiée dans un sarcophage de verre. Qui est-elle ? Où est-elle ? Son seul contact est Milo, un agent de liaison informatique. Pourra-t-il l’aider à se souvenir et à s’en sortir avant que l’oxygène ne vienne à lui manquer ?

Eclore de sa chrysalide pour prendre son essor. Déchirer l’hymen dans une lumière couleur sang. Renaissance annoncée ou mise à mort de l’éphémère ? La première scène est réussie, attirante, intrigante. D’autres visuels imprègnent par la suite le regard. Mais si la forme peut séduire, l’intérêt pour le contenu s’assèche vite. La situation rappelle Gravity, Buried, The Guilty ou Searching, autres films à concept sur la claustrophobie ou l’enquête solitaire et à distance. Soupapes régulières, les flashback donnant vie à l’héroïne empêchent le sentiment total d’asphyxie. Quant à Mélanie Laurent, malgré toute la bonne volonté qu’elle importe en son confinement, elle fait preuve de moins de charisme que l’unique voix de Mathieu Amalric. Ignore-t-elle que dans l’espace, personne ne vous entend jurer ?

(5/10)

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« Minuit dans l’univers » (Midnight in the sky) de George Clooney

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(Film Netflix) “Seul sur terre”

En 2049, suite à une catastrophe écologique, le professeur Lofthouse se retrouve seul dans une station scientifique du cercle arctique. Malade, il cherche à établir le contact avec d’éventuels survivants, dont le vaisseau Aether qui s’apprête à revenir sur terre après une mission de 2 ans.

Faciès de Père Noël, George Clooney s’apprête à jouer les ermites survivants dans un décor blanc et glacé. En parallèle, l’équipe d’astronautes perdue dans l’espace vit son aventure interstellaire avec « gravité ». Dissocié, le film peine à trouver un équilibre avant que le contact entre les deux univers ne soit enfin rétabli. Mais d’autres sont passés par là avant lui. Dans l’ombre intimidante des Iñárritu, Cuarón, Scott ou Nolan, la navette du docteur Ross ne décolle jamais vraiment, planant à une hauteur honnête sans atteindre la stratosphère émotionnelle.

(6/10)

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« Tenet » de Christopher Nolan

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“Demain ne meurt jamais”  

Un agent américain infiltré participe à une prise d’otages dans l’opéra de Kiev. Sa mission, récupérer un objet mystérieux et convoité par beaucoup. Mis en danger durant l’opération, il est sauvé par une balle inversée tirée par un soldat sorti de nulle part. Ainsi commence une lutte intense afin d’éviter une Troisième Guerre mondiale temporelle, plus dévastatrice qu’un « holocauste nucléaire ».

Autant dire que les premières scènes qui s’enchaînent à la vitesse d’un projectile risquent d’épuiser le spectateur le moins éveillé. On parcourt le monde en un claquement de doigt, multiplie les personnages furtifs et dégaine des théories pseudo-métaphysiques sur l’entropie. « Ne cherchez pas à comprendre, conseille une chercheuse, mais ressentez-le ». Progressivement, le puzzle inversé se remet en place, gagne en signification et procure un certain plaisir. A la recherche du temps perdu, le film évoque un James Bond sophistiqué retournant vers le futur pour combattre Terminator. Un scénario exagérément alambiqué qui donne le vertige, mais aurait gagné en puissance émotionnelle s’il permettait à ses personnages de dépasser leur rôle archétypique. Le Protagoniste du film, John David Washington, n’est même pas (pré)nommé. A lui seul, le palindrome événementiel de Christopher Nolan ne parviendra pas à sauver le cinéma en 2020, mais il demeure une réalisation spectaculaire à découvrir principalement sur grand écran.

7.5/10

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« Ad Astra » de James Gray

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“L’odyssée de l’espace”

Après avoir échappé à la destruction de la station d’observation sur laquelle il travaillait, l’astronaute de la NASA Roy McBride se voit confier une mission secrète : rentrer en contact avec son père disparu sur Neptune seize ans plus tôt. Celui-ci pourrait être à l’origine de ces explosions qui menacent la terre.

Il a exploré les nuits new-yorkaises et la jungle amazonienne. Le réalisateur américain investit aujourd’hui l’espace. Ses images jaunies et quelque peu dépassées brouillent les pistes. Son futur proche aux allures passéistes rendrait-il hommage à Kubrick ? La mélancolie qui s’échappe des yeux bleus de Brad Pitt rappelle celle du premier homme – Ryan Gosling – de Damien Chazelle. Quant à la relation filiale douloureuse, elle évoque Interstellar, voire Gravity. Les références peuvent être pesantes, mais l’odyssée de James Gray réserve aussi de belles originalités : 125 $ pour une couverture supplémentaire dans le vaisseau qui nous amène à la lune. Après la terre, le satellite, colonisé par la globalisation, est en proie à la concurrence et aux conflits. L’univers n’a jamais paru aussi petit, accessible. L’intime devient une quête existentielle qui interroge : au-delà des étoiles, se trouve-t-il encore un père capable de veiller sur nous ?

7/10

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« Spider-Man : far from home » de Jon Watts

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“Vacances scolaires”

La disparition de Tony Stark, son mentor et ami, pèse sur le moral de Peter Parker. Le voyage scolaire prévu en Europe ne peut lui faire que du bien. Mais des monstres venus d’ailleurs vont grandement perturber ses vacances.

Les Avengers sont morts, vive les Avengers ! Whitney Houston et son éternel I will always love you leur rend un hommage vibrant et drôle pour débuter. Et c’est avec un plaisir certain que l’on retrouve Tom Holland pour incarner le jeune homme araignée encore en formation. Naïf et maladroit, il suscite la sympathie.

Hélas, le reste ne convainc pas. Une Europe de clichés – gondoles à Venise, opéra à Prague et Edam hollandais –, des idiots pour professeurs et camarades, ainsi que des effets spéciaux sans génie. Même l’humour potache rythmant l’ensemble finit par lasser. Tout n’est qu’illusion, de même que le grand méchant.

Après la réussite créative du très animé Spider-Man: new generation, le côté régressif de cette colonie de vacances ne peut que décevoir.

5.5/10

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« X-Men: Dark Phoenix » de Simon Kinberg

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“X-Elles”

Rescapée d’un accident qu’elle a provoqué sans le vouloir, Jean laisse derrière elle ses deux parents. Le Professeur Xavier recueille alors la petite orpheline. Des années plus tard, la jeune femme est exposée à des radiations extraterrestres lors d’une mission de sauvetage dans l’espace. Elle survit, plus forte et plus dangereuse.

Les femmes prennent le pouvoir. Menées par Sophie Turner, bien décidée à s’installer sur le trône, elles occupent les premiers rôles, sur terre et en l’air. Même la NASA se retrouve sous leurs ordres. L’initiative a de quoi charmer et apporter un petit vent frais à la plus ancienne saga Marvel au cinéma.

Le soufflé retombe vite cependant. Regard intense, souvent mouillé, main levée et bouche crispée, les superhéroïnes n’ont pas grand-chose d’autre à jouer. Jennifer Lawrence ne fait que passer et Jessica Chastain, parachutée de nulle part, compose une méchante bien primaire. Dans un scénario limité et sans une once d’autodérision, seul le personnage de Charles Xavier gagne un peu d’ambiguïté. De quoi décevoir par comparaison au succès mérité du dernier Avengers. Dans ce combat à distance entre frères et sœurs ennemis, les X-(Wo)Men ont perdu la partie.

5/10

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« Avengers : Endgame » de Anthony et Joe Russo

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“La nuit des héros”

Dans un monde dévasté, les Avengers survivants, remotivés par l’arrivée de Captain Marvel, s’en vont retrouver le criminel Thanos, pour se venger et en finir.

Cette mise en route trop attendue ne dure que quelques instants heureusement. Une rupture bienvenue apporte vite un nouvel élan narratif. Comment accepter, pour ceux qui restent, que la moitié de l’univers a été réduite en poussière ? La saga lucrative qui nous avait habitués à un rythme épileptique et moins de psychologie donne ici du temps au deuil, à l’impuissance, la dépression et au souvenir avant le besoin nécessaire de se reconstruire.

Autre astuce scénaristique plutôt maligne, un retour dans le passé permettant d’affronter ou d’embrasser les chers disparus, tout en recyclant les scènes marquantes des épisodes précédents. Baroud en forme de haie d’honneur qui s’achève en bataille royale programmatique – la seule véritable du film – réunissant tous les héros une dernière fois avant la nuit.

Sur sa lancée, la machine fait montre d’une mécanique bien huilée. 3 heures de spectacle mâtinées d’aventures, d’action et de sacrifices émotionnels sans négliger l’humour cocasse et bien gras de Thor notamment. Un final clé à la hauteur des espérances qui saura combler les fans les plus fidèles et satisfaire les sceptiques. Une page qui se tourne, mais rien qu’un au revoir cependant puisque, fort de son succès, l’empire Disney prépare à coup sûr une nouvelle salve héroïque. Le dieu business lui aussi est immortel.

7/10

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