« Villa Caprice » de Bernard Stora

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“Avocat et associé”   

Entrepreneur puissant, Gilles Fontaine est menacé de prison en raison de l’achat suspect de sa villa luxueuse sur la Côte d’Azur. Pour sa défense, il engage Luc Germon, un avocat parisien réputé pour être le meilleur.

La confrontation entre les deux hommes de pouvoir est donc annoncée. A savoir qui aura la plus grosse et saura prendre l’ascendant en manipulant l’autre à sa guise. Las, les espoirs d’assister à un jeu malin entre stratèges professionnels disparaissent vite. Pas si mauvais, Bruel dégaine le premier des phrases toutes faites croyant atteindre sa cible : « On ne vous paie pas, on vous achète ». Niels Arestrup réplique comme il le peut, mais son physique churchillien ne fait pas de lui un grand tacticien, baissant la tête face aux injures d’un père exécrable – pauvre Michel Bouquet – qui regarde Fort Boyard. Figurant des personnages peu aimables, toujours prêts à rabaisser les plus petits que soi, les deux acteurs n’ont pas grand-chose à sauver dans cette histoire. L’affaire n’a aucun intérêt au point que l’on imagine des indices pour des crimes non commis. Le scénario d’un téléfilm aurait été plus inspiré. Objet de tous les caprices, la maison du bord de mer n’est guère mise en valeur comme elle le devrait. Quant au nom du voilier, le Belmore, il est d’une subtilité grotesque. Le plongeon final, peu crédible, fait également plouf. De quoi nous confirmer que l’argent n’achète ni l’amour ni l’amitié et ne garantit aucunement la qualité d’un film.

(4/10)

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« La femme à la fenêtre » (The woman in the window) de Joe Wright

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(Film Netflix) “Le crime était loin d’être parfait”   

Voilà plus de dix mois qu’Anna n’est plus sortie de chez elle. Agoraphobe, dépressive, elle reste cloîtrée dans sa grande et vieille maison new-yorkaise. Ses journées, cette psychologue pour enfants les passe à épier son voisinage. En face, les Russell viennent d’emménager. Un soir, leur fils Ethan sonne à sa porte.

L’allusion est claire et assumée dès les premières images. Alfred Hitchcock présente une revisite de sa fenêtre sur cour. Ajoutons-y le couteau de Psychose et l’escalier de Vertigo. Adaptée d’un roman à succès, l’histoire est donc connue et ne brille guère par son originalité. L’héroïne fragilisée par l’alcool et les médicaments rappelle furieusement la fille du train. Le jeu reste le même et consiste à évaluer le degré de paranoïa et la crédibilité du témoin gênant. Sans suspens au regard des films de référence, le dénouement est trop vite présumé. Et l’on s’étonne qu’un personnage craignant l’extérieur laisse autant d’inconnus entrer si facilement en sa maison. Rien ne tient et tout s’effondre dans un final plus que grotesque. Clair-obscur aveuglant, couleurs criardes et réalisation bâclée parachèvent l’imperfection de cet échec. Grande déception pour le casting étoilé – Amy Adams, Julianne Moore, Gary Oldman et Jennifer Jason Leigh – qui, surjouant ou inexistant, n’a plus qu’à baisser le rideau.

(3.5/10)

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« Oxygène » de Alexandre Aja

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(Film Netflix) “Respire”   

Une femme se réveille momifiée dans un sarcophage de verre. Qui est-elle ? Où est-elle ? Son seul contact est Milo, un agent de liaison informatique. Pourra-t-il l’aider à se souvenir et à s’en sortir avant que l’oxygène ne vienne à lui manquer ?

Eclore de sa chrysalide pour prendre son essor. Déchirer l’hymen dans une lumière couleur sang. Renaissance annoncée ou mise à mort de l’éphémère ? La première scène est réussie, attirante, intrigante. D’autres visuels imprègnent par la suite le regard. Mais si la forme peut séduire, l’intérêt pour le contenu s’assèche vite. La situation rappelle Gravity, Buried, The Guilty ou Searching, autres films à concept sur la claustrophobie ou l’enquête solitaire et à distance. Soupapes régulières, les flashback donnant vie à l’héroïne empêchent le sentiment total d’asphyxie. Quant à Mélanie Laurent, malgré toute la bonne volonté qu’elle importe en son confinement, elle fait preuve de moins de charisme que l’unique voix de Mathieu Amalric. Ignore-t-elle que dans l’espace, personne ne vous entend jurer ?

(5/10)

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« Promising young woman » de Emerald Fennel

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“Lady vengeance”   

Accrochés au bar d’une boîte, plusieurs verres à la main, trois collègues observent une demoiselle en détresse. Assommée par l’alcool et autres drogues peut-être, celle-ci s’affale sur un divan, jambes écartées. « La porte est ouverte », se dit-on. L’un des assoiffés décide d’approcher et convainc l’éméchée de la raccompagner. Mauvaise idée.

Qui est cette fille ? Chaperon bleu laissant les loups soulever son jupon avant de les mordre à pleines dents ? Blondine aux ongles arc-en-ciel castrant les étalons qui voudraient la chevaucher ? Une folle Harley Quinn intimidant les automobilistes mâles avec sa matraque en fer ? Une infirmière sexy cherchant à suturer des plaies encore ouvertes ? Comtesse christique prête à se sacrifier pour la vengeance ? Avant le drame, Cassie était pourtant si prometteuse, des études brillantes et un avenir tout tracé. Ses parents chez qui cette trentenaire habite encore s’inquiètent pour elle et nous aussi.  

Dans le rôle, Carey Mulligan, au physique ici de Britney Spears, enfile avec grâce et entrain les costumes de la lolita crédule et innocente ou de l’aguicheuse au maquillage « toxic ». La voix éraillée de violons rejoue d’ailleurs le thème de la chanson pour accompagner Cassie au bal des diables. Les hommes qu’elle affronte – la figure du père exceptée – ne sont que des entrejambes qui se trémoussent sur la piste de danse avant de ramollir face à leur responsabilité aussi vite qu’ils ont durci. Même les princes apparemment charmants déçoivent. Quant aux femmes ? Victimes, idiotes, complices ou punitives. Pas de réconciliation possible entre sexes dans ce monde qui balance ses porcs. Le scénario, pourtant oscarisé cette année, montre ainsi ses limites.

Pour accepter la caricature, il faut néanmoins y voir le conte grave et moderne qu’elle affiche. La belle au milieu des bêtes, parabole d’une certaine réalité. La mise en scène astucieuse de ce premier film joue sur les couleurs bonbon, les clichés liés aux genres, les dialogues épicés et la musique pour construire un semblant de romance. Audacieuse, elle choisit Paris Hilton comme entremetteuse dans une scène amusante et tendre à souhait. On voudrait tant y croire. Mais l’ange de la mort ne s’éloigne jamais très loin d’Eros.

(7.5/10)

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« Doctor Sleep » de Mike Flanagan

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Fais dodo”

Danny, l’enfant lumière de Jack Torrance, a mal grandi. Drogué alcoolique abandonnant celles qui partagent son lit, il demeure hanté par les fantômes de l’hôtel Overlook. Cherchant à fuir son passé, c’est dans une petite ville qu’il trouve refuge. Engagé dans un hospice, il reprend pied. En accompagnant les malades en fin de vie, les rassurant sur l’au-delà, il devient Docteur Sleep. Alors que des êtres qui rêvent d’immortalité enlèvent des enfants pour gober leur âme, Abra, fillette aux pouvoirs éclatants, rentre en contact avec Danny.

« On est tous des mourants, le monde est un soin palliatif à ciel ouvert. » Une noirceur affichée qui ne devrait en rien rassurer les vivants. Si la confrontation avec le film de Kubrick peut faire illusion le temps d’une nuit bien tardive à l’hôtel, la comparaison écrase cette suite sans saveur. On a frémi face à la hache aiguisée de Jack Nicholson. Tremblé en arpentant les couloirs sombres de Hill House du même Flanagan. Mais les vampires grunges d’aujourd’hui se nomment Rose Chapeau, Corbeau, la Vipère ou Papy et se déplacent en mobil-home. Face à la vieille peau de la baignoire, ils font bien pâle figure. Dans ce Shining adulescent aux relents nostalgiques, l’ennui a remplacé la peur. Vaincu par d’interminables longueurs, l’on s’endort sans craindre les cauchemars. 

(5/10)

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« I care a lot » J Blakeson

Critiques

(Film Netflix) “Gone girl”

Avec l’aide de complices placés, Marla Grayson cible les personnes âgées fortunées et s’arrange pour en devenir la tutrice. L’occasion de vendre leurs biens et de se servir dans leurs porte-monnaie garnis. Mais Jennifer Peterson, qu’elle vient de faire interner, n’est pas la mamie esseulée que l’on pourrait croire.

Le fair-play n’est qu’une blague inventée par les riches pour que les autres restent pauvres. Dans la vie, il y a ceux qui prennent et ceux qui se font prendre. Les prédateurs et les proies. De quel côté vous trouvez-vous ? Maria sait qu’elle est une « putain » de lionne. Ses agneaux sont des pigeons couvant un nid de billets verts et qu’elle plume sans aucun scrupule.

Dans ce rôle de mante non religieuse, on retrouve avec grand plaisir Rosamund Pike, « gone girl » au carré parfait et à l’amoralité assumée. Plus stratège que Tyrion Lannister, la blonde mène un jeu de dupes et de dames dans lequel le pouvoir au féminin est à l’honneur. Voleuses, victimes et tueuses mettent en échec les rois. Pourtant, l’on a bien du mal à pardonner la vénalité de l’héroïne dont le seul rêve américain est d’amasser le plus de dollars possible sur les dos usés. Une cupidité que le film n’ose pas assumer et qu’il choisit de punir au final sans pour autant nous satisfaire.

(6/10)

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« The nest » de Sean Durkin

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“L’économie du couple”

Homme d’affaires trop ambitieux, Rory annonce à son épouse Allison sa volonté de quitter New York pour retourner à Londres. Une opportunité unique, prétend-il. Là-bas, parents et enfants prennent leurs aises dans un majestueux manoir victorien. Un lieu imposant, mais pas le nid douillet espéré.

« Dis-moi, combien tu m’aimes ? » semble questionner celui qui fait semblant d’être riche. Je t’offrirai un vison, nous construirons des écuries, achèterons un bateau, un loft dans la City et pourquoi ne pas investir le Portugal, la Riviera étant dépassée ? Mais le reflet dans ce miroir aux alouettes est trop beau pour être honnête. Le vernis du portrait de ces pauvres riches se craquelle. Alors qu’elle s’enfonce dans la terre, lui se brûle les ailes à force de vouloir voler au plus près du soleil.

L’amour et l’argent font-ils bon ménage ? Pourquoi ce retour dans les années 80 pour poser la question, si ce n’est permettre à l’héroïne, jasmin bleu qui se fane, de griller cigarette sur cigarette ? La problématique est-elle si différente aujourd’hui où tout se gagne et se perd plus vite encore ? Si le film ne va pas aussi loin dans la noirceur qu’attendu, il maintient bien la tension et impressionne par quelques scènes chocs : Allison oblige son mendiant de mari à quitter la chambre pour qu’il ne découvre pas la cachette où sont dissimulées ses quelques économies. Puis ce cadavre animal que l’on transporte par pelleteuse, symbole de ses illusions perdues. On achève bien les chevaux. Il convient de revenir alors à l’essentiel… un petit-déjeuner en famille.

(7.5/10)

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« Run » de Aneesh Chaganty

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(Film Hulu) “Ma mère, moi et ma mère”

Née prématurément, Chloé endure encore à 17 ans de graves séquelles : arythmie, hémochromatoses, asthme, diabète et paralysie des jambes. Vivant seule avec sa mère surprotectrice, elle est prise d’un sérieux doute lorsque celle-ci lui impose un nouveau médicament.

Dans un tel contexte, on ne peut que rapidement penser au syndrome de Munchausen aujourd’hui bien connu à l’écran. Le réalisateur alourdit le décor en imposant la maison isolée à la connexion limitée, ce qui ne facilite aucunement l’émancipation de Chloé. De l’artifice pas toujours utile et teinté d’incohérences. On apprécie néanmoins la performance de Sarah Paulson, grande habituée de l’horreur américaine. Dans l’ombre ou dans la lumière, sa présence accélère le rythme cardiaque. « Lève-toi et… cours ! ».

(5.5/10)

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« Minuit dans l’univers » (Midnight in the sky) de George Clooney

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(Film Netflix) “Seul sur terre”

En 2049, suite à une catastrophe écologique, le professeur Lofthouse se retrouve seul dans une station scientifique du cercle arctique. Malade, il cherche à établir le contact avec d’éventuels survivants, dont le vaisseau Aether qui s’apprête à revenir sur terre après une mission de 2 ans.

Faciès de Père Noël, George Clooney s’apprête à jouer les ermites survivants dans un décor blanc et glacé. En parallèle, l’équipe d’astronautes perdue dans l’espace vit son aventure interstellaire avec « gravité ». Dissocié, le film peine à trouver un équilibre avant que le contact entre les deux univers ne soit enfin rétabli. Mais d’autres sont passés par là avant lui. Dans l’ombre intimidante des Iñárritu, Cuarón, Scott ou Nolan, la navette du docteur Ross ne décolle jamais vraiment, planant à une hauteur honnête sans atteindre la stratosphère émotionnelle.

(6/10)

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« Je veux juste en finir » (I’m thinking of ending things) de Charlie Kaufman

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(Film Netflix) “L’anomalie”

« Pourquoi avoir accepté ? On ne m’a jamais appris à dire non. Un oui est toujours plus facile… ». Sur la longue route enneigée où Jake, son petit ami, l’emmène rencontrer ses parents pour la première fois, elle doute, préoccupée. Cette histoire ne mènera à rien : « Je veux juste en finir ».

Dans cette ferme isolée, l’étrange résonne, sans logique. Un salut par la fenêtre bien insistant. Des agneaux transis de froid. Les reliques d’un porc dévoré par les vers. Un couple absent ou trop présent. On consomme, sans boire ni manger. On se consume. Les rires deviennent malaisants. La tempête s’élève au-dehors comme en dedans. L’angoisse monte : « Je veux juste en finir ».

Dans la peau de… Lucy, Louisa, Lucia, Amy ? Quel est son nom au fait ? Poète, physicienne, peintre, serveuse, critique de cinéma ? Quel est son métier, disais-tu ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Et qui est celui qui nous observe depuis le début ? La folie peut-elle être héréditaire ? Le chagrin, certainement. Jeune ou vieux, le temps est relatif. Assassin, il ne laisse que des cendres. Fille ou garçon, quelle différence face à la solitude ? 1 + 1 n’atteignent pas toujours 2. Alors on sort pour oublier tous les problèmes, alors on danse… et chante.

Intrigant, dérangeant, exigeant, fascinant et même bouleversant. Charlie Kaufman via des comédiens à la hauteur nous laisse entrer dans son labyrinthe intérieur. Il faut accepter de s’y perdre pour trouver ce que l’on n’y cherchait pas. Soi-même peut-être.

(8.5/10)

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