« Red sparrow » de Francis Lawrence

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“Hunger game”                                

Brisée en plein élan, la danseuse étoile Dominika Egorova n’a plus d’autre choix. Afin de subvenir aux besoins de sa mère malade, elle devient une Red Sparrow, agente spéciale du KGB, entraînée à séduire pour obtenir ce qu’on lui demande.

« Votre corps appartient à l’Etat ; il l’a nourri et fait grandir. A vous de le lui donner en retour. » Voilà ce que l’on inculque aux jeunes recrues des services secrets, dans cette Russie atemporelle, sentant encore la guerre froide. Le sexe est une arme de destruction massive et l’ennemi, un puzzle inachevé. Aux « moineaux rouges » de devenir la pièce manquante.

Entre érotisme et violence crus, le film avance sur des chemins balisés, sans ménager de réelles surprises, en dépit d’un final plutôt réussi. Mensonges et trahisons donnent le la, plutôt que les scènes d’action. Dans le rôle de la maîtresse du jeu, Jennifer Lawrence marche sur les pas de Charlize Theron. Moins à l’aise que la blonde atomique, elle prouve cependant qu’elle n’est plus une héroïne pour adolescents en affirmant avec force que son âme et son corps n’appartiennent qu’à elle.

6/10

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« The third murder » (Sandome no satsujin) de Hirokazu Koreeda

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“Le jeu de la vérité”                                

Un homme en assomme un autre, asperge son cadavre d’essence et le brûle. Récidiviste au lourd passé, Misumi avoue le crime. Mais son principal avocat doute et reprend l’enquête pour éviter à son client, la peine de mort.

Le Japonais Koreeda a su séduire par ses chroniques familiales, bouleversantes de sensibilité. En s’attaquant au thriller, il désamorce les codes du genre en imposant sa touche et ses batailles : des parents absents ou trop présents qui aiment mal leurs enfants ; une délicatesse qui retient la violence la plus brute en hors-champ ; et ce suspens construit uniquement sur la parole. De quoi surprendre, déstabiliser et plaire.

Témoignages, plaidoiries et scènes essentielles de parloir dictent le film et en limitent l’action. L’accusé, ses défendeurs, la procureure et les juges nous entraînent dans un jeu de manipulations. Qui croire ? L’image peut mentir autant que les discours. Au centre de ce labyrinthe trouble, le spectateur doit choisir un chemin au bout duquel il espère trouver sa vérité.

7/10

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« Eva » de Benoît Jacquot

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“Sans Elle”                                                                    

Bertrand, dramaturge à succès, choisit la solitude de la montagne pour y puiser, espère-t-il, de l’inspiration. Mais dans son chalet, un couple est entré par effraction. Après avoir chassé l’amant, il découvre dans la baignoire l’intrigante Eva.

Rarement une mise en place fut aussi laborieuse. La noyade d’un patient anglais sous les yeux de son gigolo impuissant. Une comédie théâtrale niaise, acclamée par d’improbables rires. Et cette rencontre douteuse entre le roman d’un tricheur et sa belle de jour.

Dans le rôle de l’homme idéal, Gaspard Ulliel n’a jamais été aussi transparent. Figure insignifiante d’un écrivain raté, incapable de transcender dans ses lignes la réalité. Face à lui, Isabelle Huppert, perruque noire, s’efforce sans convaincre de jouer les dominatrices désincarnées. Comme si son Elle s’était repliée. Rousse, la comédienne redonne enfin quelques couleurs à son personnage d’épouse amoureuse et dévouée

La mise en scène au montage haché menu empêche l’immersion. Refusant tout érotisme, sautant les scènes de sexe, elle insiste sans subtilité sur une possible triple dimension. Mais une pièce désolante inscrite dans une intrigue sans saveur ne peut, troisième degré ou pas, qu’engendrer un mauvais film.

3/10

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« Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand

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“Prends garde à toi !”                                                 

Antoine et Miriam Besson sont sur le point de divorcer. Il souhaite la garde partagée de leur fils de 11 ans. Elle la lui refuse, dénonçant des violences conjugales.

D’une voix monocorde, Madame le juge lit le témoignage de Julien. L’enfant du couple y décrit sans détours la crainte que lui inspire son père, le danger qu’il représente pour le reste de sa famille et sa volonté de ne plus avoir à le côtoyer. Vérité ou manipulation maternelle ? L’ombre d’un doute.

Dans le rôle de l’ennemi ainsi désigné, Denis Ménochet impose sa carrure de colosse aux pieds d’argile. Quand l’ogre au regard doux pleure sur l’épaule de son ex-femme – Léa Drucker qui plie mais ne rompt pas –, il l’écrase de tout son poids, proche de la dévorer.

La tension est vite palpable, décuplée par une mise en scène d’une rare efficacité qui prend le pas sur l’histoire elle-même. Les plans durent plus que de raison et font monter l’angoisse. Les sons travaillés anticipent le pire. Quant à la scène finale, véritable point d’orgue, c’est un cauchemar éveillé, baignant dans l’obscurité. Un thriller fortement ancré dans une réalité sociale encore plus terrifiante. Un premier film qui marque la naissance d’un « grand » réalisateur.

7.5/10

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« Fauves » de Robin Erard

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“Grrr !”                                                                          

Oskar, 17 ans, n’a qu’une hâte : chassant le souvenir de ses parents vétérinaires, aujourd’hui disparus, il souhaite rejoindre au plus vite une réserve africaine pour s’y occuper des grands félins. Un rêve que lui refuse Elvis, son tuteur autoritaire, qui l’oblige avant tout à obtenir son diplôme en horlogerie.

Les fauves sont entrés dans la ville. Et lorsque deux mâles plus ou moins dominants occupent une même cage, la lutte pour le pouvoir est annoncée sanglante. Grrr, il manque un vrai tigre dans le mécanisme de cette montre suisse pour tourner rond. Drame familial, romance adolescente, thriller inquiétant et comédie noire comme une panthère, le film mélange les genres et se perd rapidement dans son manque de précision et de vraisemblable. Malgré les promesses entrevues, pas de quoi rugir de plaisir.

4.5/10

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« Bienvenue à Suburbicon » (Suburbicon) de George Clooney

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“Mes chers voisins”                                                         

Bienvenue à Suburbicon, banlieue idéalisée des années cinquante. Une communauté multiculturelle qui s’enorgueillit de réunir, le sourire aux lèvres, des Américains de tout horizon. Mais quand une famille noire s’y installe, les âmes blanches se grisent.

Le décorum est parfait. Façades saines, pelouses impeccables, supermarché d’époque et église au milieu du quartier. Mais la réalité est trompeuse et le mal, insidieux. Il ne vient pas de l’autre, comme s’efforcent de le faire croire les esprits frappeurs, mais se terre à l’intérieur. Derrière ces rideaux fermés se dissimulent la haine, la vénalité et la violence la plus crasse. Des Etats-Unis dissociés qui rappellent ceux d’aujourd’hui.

Sur un scénario reconnaissable des frères Coen, Clooney joue la carte de la satire politisée. Méchant et plutôt bien vu, il manque néanmoins à ses personnages une conscience pour échapper au vide et se sauver en devenant des perdants magnifiques. Le comique disparaît et l’antipathie pointe avec l’ennui. Quelques notes d’espoir reposent enfin sur les générations futures, balles de base-ball survolant les murs.

5.5/10

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« A beautiful day » (You were never really here) de Lynne Ramsay

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“Le marteau et l’enclume”

Joe, dont la force physique n’a d’égale que sa fragilité psychique, est engagé pour retrouver la fille d’un sénateur, laissée aux mains d’un réseau pédophile. Ainsi s’engouffre-t-il dans une spirale impitoyable et sanguinaire.

Capuche sur la tête et barbe au vent, Joe prend les allures d’un Guillaume Tell moderne. Le justicier est dans la ville. Armé d’un marteau et mu par la vengeance, il frappe au cœur de ses ennemis. Puis, cheveux défaits et yeux hagards, l’homme devient Christ. Mais un sauveur suicidaire qui, traumatisé par son enfance, la guerre et le drame des migrants, ne croit plus à la rédemption. Autant de plaies à l’âme et au corps qui ne cicatrisent pas. Il faut bien les ailes puissantes du phœnix Joaquin pour porter un personnage aussi lourd. Mais, lesté par un scénario émacié et lacunaire sur la transmission de la violence, ainsi que par une mise en scène oscillant entre le génial et les excès, le voilà cloué au sol. Il s’envole néanmoins dans la plus belle scène du film, quand le tueur et le tué, couchés dans le sang, murmurent ensemble une chanson, main dans la main. Un soupçon d’humanité retrouvée en attendant la mort.

6/10

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« Seven sisters » (What happened to Monday?) de Tommy Wirkola

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“Hunger game”

Il était une fois des septuplées nées d’une mère morte en couche. Leur grand-père les recueille et prénomme chacune d’un jour de la semaine. Mais dans ce monde gangrené par la surpopulation, la politique de l’enfant unique fait loi. Aux yeux des autres, elles ne devront être qu’une. Ainsi, va leur vie secrète jusqu’à l’âge adulte. Un lundi soir, quand l’une ne revient pas. Et c’est l’existence de ses sœurs qui est menacée…

Il y a Monday, l’aînée modèle, Saturday, la fêtarde aguicheuse, et Sunday, l’idéaliste. Fragile, Garçonne, G.I. Jane et Geek complètent le tableau. Des caractères surlignés pour distinguer plus facilement les sept figures d’une même actrice, Noomi Rapace. La caricature est acceptable tant qu’on reste dans le conte noir comme l’ombre sur la neige. Quand la jeune Thursday se blesse au doigt, c’est six index en plus que l’on coupe pour saigner la différence. Insister sur la souffrance de la négation de soi et de ses dangers schizophrènes aurait permis au film de gagner en profondeur. Car l’univers dystopique proposé, mal dessiné, reste superficiel. Le scénario manque d’endurance et transforme l’intrigue en un « shoot’em up » dans lequel l’héroïne n’a que sept vies pour éviter le « Game over ».

6/10

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« D’après une histoire vraie » de Roman Polanski

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“Misery”

Alors que son dernier livre racontant le suicide de sa mère est un phénomène littéraire, Delphine, épuisée, ne ressent plus que le vide. Sa rencontre avec une admiratrice, Elle, lui redonne quelques couleurs. Mais cette nouvelle amie se montre de plus en plus intrusive et carnassière.

Roman Polanski a sans doute entraperçu dans le roman à succès de Delphine de Vigan des thématiques qui lui étaient familières. L’angoisse de la page blanche, l’enfermement psychique, la paranoïa ambiante, le double envahissant. Ce qu’il parvenait, cependant, à transcender dans ses films précédents, s’en tient ici aux limites d’une adaptation certes fidèle, mais sans éclats. A l’image de son héroïne incarnée par son épouse, le réalisateur souffre d’une panne d’inspiration créatrice. Perdant la dimension captivante de l’autofiction, il ne parvient aucunement à élever l’intrigue dans les airs de l’angoisse et de la perversité, alors que, dans le rôle de la prédatrice, Eva Green, la « burtonienne », pour la première fois en langue de Molière, lui apportait une facette gothique intéressante, du moins sur le papier. Mal dirigées, les comédiennes, distantes, peinent à croire à ce qu’elles racontent. Elles ne convainquent pas. Lecteurs, spectateurs et adeptes du cinéaste ne pourront qu’être déçus.

5/10

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« Mise à mort du cerf sacré » (The killing of a sacred deer) de Yorgos Lanthimos

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“Théâtre sans animaux”

Cardiologue émérite, époux et père attentionné, Steven paraît comblé d’un bonheur irréprochable. Pourtant, depuis quelques mois, c’est en cachette qu’il rencontre Martin, jeune orphelin d’un de ses patients décédé lors d’une opération. Un rapprochement étrange qui pourrait lui brûler les ailes.

Que peut inspirer à l’homme de science cet adolescent au visage marqué ? Un second fils à la recherche d’un substitut paternel ? Un oisillon malmené qui mériterait qu’on le protège ? La figure pitoyable de sa propre culpabilité ? La proie potentielle d’une perversité malsaine ? La relation est tendancieuse et n’augure rien de sain. Comme l’ensemble des personnages qui hantent cet univers glacial telles des âmes errantes manquant de chair. On se parle sans rien se dire. On se jauge et se dissèque. On s’aime sous anesthésie générale. Quand survient la foudre fantastique de la tragédie grecque, ces âmes déjà grises se noircissent. L’absurde devient sombre et inquiétant. La violence éclate. Œil pour œil, canine pour canine, la justice est une vengeance qui se mange froide. L’homme loup réclame le sacrifice du cerf. L’approche clinique et provocante de Lanthimos trouble, mais ne convainc pas autant qu’elle le devrait. Il lui manque du sens et du contenu, ainsi que ce cœur battant filmé en ouverture.

6.5/10

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