« Mon garçon » de Christian Carion

Critiques

“Son fils, sa bataille

Julien reçoit un message désespéré de son ex-femme, Marie. Mathis, leur garçon de 7 ans, a disparu, à l’occasion d’une classe verte dans les Alpes. Fugue ou enlèvement, le pire est à craindre.

Attention, exercice de style inédit genre « Actors Studio » ! Guillaume Canet, dans le rôle du père, ne connaît que quelques bribes du scénario et de son personnage, contrairement à ses camarades de jeu. En totale immersion, le comédien improvise et réagit comme s’il vivait personnellement les événements sans savoir où cela pourrait le mener. Seul contre tous, il devient un justicier dans la montagne, prêt à tout pour retrouver son fils. Tourné en quelques jours et de manière chronologique, le film se présente comme un thriller nerveux au suspens électrisant. Le dispositif très exigeant mis en place détermine à la fois l’intérêt et la limite de l’expérience. Soumis à ces conditions, Canet est-il plus crédible que ses partenaires ? Pas sûr. Sa spontanéité entraîne bafouilles et dialogues inaudibles. Mais le plus décevant demeure un scénario engoncé dans cet artifice qui multiplie les incohérences fâcheuses : un enfant disparaît d’un camp de vacances sans perturber un seul témoin ? Pratique. Mais que fait la police pendant ce temps ? Rien. Et comment parvient-on à rouler à toute allure avec une roue en moins ? Demandez à Christian Carion ! Jeu de rôle extrême ou cinéma-vérité, au vu du résultat, il est peu concevable que le procédé élu fasse florès et prêche de potentiels convaincus.

5/10

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« Mother! » de Darren Aronofsky

Critiques

“Pourquoi j’ai mangé ma mère”

Au commencement était cette maison décimée par le feu et qu’elle a, par amour pour lui, reconstruit de ses propres mains. Aujourd’hui, tous deux y vivent seuls au milieu d’une nature accueillante. Une nuit, un importun toque à la porte. Il le fait entrer et le laisse s’installer, malgré elle, en leur demeure.

Que vaut le film le plus décrié de l’année, rejeté en masse par la critique et le public ? Il faut le voir pour le croire. Sur un mode soi-disant inquiétant, glanant avec mollesse les codes de l’horreur psychologique et du fantastique, l’évangéliste Darren Aronofsky réécrit un Tout Nouveau Testament, de la Genèse à l’Apocalypse. Lui, Dieu créateur, est un écrivain en panne d’inspiration. Elle, Terre-Mère, cherche à protéger leur univers. Mais quand débarquent un vieil Adam, fumeur asthmatique, son alcoolique et frivole de femme, puis leurs fils mal élevés, c’est le crime au Paradis. Ils cassent, polluent, gaspillent et tuent les ressources offertes. Les pécheurs entraînent l’idolâtrie, les guerres de religions et le fanatisme terroriste. Y a-t-il un Christ Rédempteur dans la salle pour sauver l’humanité et le film simultanément ? Il est né le divin Enfant qui offrira corps et sang aux plus anthropophages des fervents. Aucun pardon possible alors, l’Enfer s’ouvre sous leurs pieds. Mais ne craignez pas, car la vie n’est qu’un éternel recommencement. Si grossière est la parabole que le message en devient risible au point de nous infliger une solide crise de foi en le bon sens du gourou réalisateur et de ses disciples acteurs.

3.5/10

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« Good time » de Ben et Joshua Safdie

Critiques

“La nuit fauve”

Le braquage paraissait si simple. Il aurait pu réussir si Nick n’avait pas fini par paniquer et courir lors d’un contrôle de police. Se sentant responsable, son frère Constantine va tout faire pour le sortir de prison. Quitte à s’enfoncer encore plus.

Les nuits new-yorkaises n’appartiennent pas aux frères de sang du Queens qui espèrent fuir le déterminisme. Elles préfèrent engloutir ces perdants choisis, appâtés par l’argent facile qui n’a jamais fait leur bonheur. Pas de répit donc pour « Connie », acculé par une succession de mauvais choix et une caméra collée à son visage. Une proximité contraignante qui s’impose d’emblée au spectateur. Menotté au personnage, il se noie avec lui dans un tourbillon d’eau sale peinant à retrouver un second souffle. L’angoisse et la tension montent dans cet océan d’imprévisibilité au rythme d’une musique électronique dissonante. L’asphyxie est proche, parasitée par quelques appels d’air. De l’absurde, de l’étrange, des rires échappés. En dépit d’un fatalisme trop vite ressenti, le spectacle étonne à en devenir presque fascinant. Cela reste beau une ville, la nuit. Un train cosmopolite hanté par des fantômes quêtant la sérénité qu’on leur refuse. Le « bon temps » promis dans le titre n’est qu’un leurre d’une ironie mordante, mais l’expérience éprouvante impressionne.

7/10

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« Petit paysan » de Hubert Charuel

Critiques

Vaches sacrées

Pierre se consacre corps et âme à son exploitation. Si bien que quand il découvre que l’une de ses vaches est atteinte par cette fièvre hémorragique qui se propage en Europe, menaçant d’abattage l’ensemble de son troupeau, il prend le risque de le cacher.

Il est 6 h 45 quand retentit le réveil énergique. Pierre peine à décoller ses paupières. Il se lève, chancelant, et se fraye tant bien que mal un passage à travers les génisses qui ont annexé sa chambre. Dans la cuisine, pensif, il sirote un café, en compagnie de l’une d’elles. La symbolique de ce rêve initial interpelle. La vie du petit paysan, incarné avec conviction par Swann Arlaud, est entièrement dictée par ses bêtes : foins, traite, vêlage nourrissent ses journées et ses nuits. La famille, les amis et les amours chronophages demeurent en marge. Quand le malheur est dans le pré, c’est ainsi toute son existence qui est en jeu. Le registre du film évolue alors. Du réalisme documenté – Hubert Charuel, fils d’agriculteur, aurait pu le devenir –, on effleure le thriller psychologique, voire le fantastique. Obsessionnel, le héros s’inquiète et le devient. Sa peau le démange. Pour tenter de s’en sortir, il lui faut mentir, voler, faire chanter sa sœur vétérinaire, se débarrasser de ses encombrants parents, intimider un témoin gênant, soudoyer la police et brûler les cadavres. On aurait aimé frémir davantage dans cette descente et en savoir plus sur les effets néfastes de ce virus imaginaire, rappel de l’encéphalopathie spongiforme bovine, qui pourrait s’attaquer à l’homme. Désirant peut-être éviter le piège du « vouloir tout dire tout de suite » tendu aux premiers films, le réalisateur préfère illustrer avec subtilité la réalité d’un monde rural à l’agonie, pilier essentiel de notre société.

7/10

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« Atomic blonde » de David Leitch

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Son nom est Theron, Charlize Theron

Alors que le mur de Berlin s’effrite, l’agent britannique Lorraine Broughton est envoyée sur place. La mission impossible qu’on lui impose, retrouver une liste volée de noms d’espions avant qu’elle ne tombe entre les mains des services secrets soviétiques.

Il paraît que Daniel Craig, lassé et vieilli, se cherche un successeur. Et pourquoi ne pas lui suggérer une « Jamie Bond » pour tenir la crosse du Walther PP ? Car Charlize Theron possède véritablement l’étoffe du héros. D’une carrure impressionnante filmée de dos nue dans un bain de glace, elle exacerbe sa féminité d’or dans des décolletés tombants et des escarpins acérés. Attention à l’arme de séduction massive qui saura mettre dans de beaux draps garçons et filles. Quand elle reçoit les coups, la blonde atomique devient Furiosa dans toute sa violence. Un sens de l’humour plus affûté ne lui ferait d’ailleurs pas de mal. Quant à l’histoire qu’elle veut bien nous conter, elle se tient plutôt en jouant le jeu machiavélique et doublement plaisant du trompeur trompé. Mais le plus original reste la reconstitution d’une ville en effervescence prête pour sa réunification. Mise en scène soignée, moderne et électrisante au son des tubes de l’époque pour évoquer un écroulement empli d’espoir.

7/10

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« K. O. » de Fabrice Gobert

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“Chaotique”

Antoine Leconte est un requin. Impitoyable et puissant directeur des programmes, il fait peu de cas de ses proches et de ses employés. La haine et l’envie qu’il suscite autour de lui pousse l’un d’eux à prendre une arme et à tirer. Coma. A son réveil, en dépit des apparences, tout a changé, rien n’est plus pareil.

Une première partie laborieuse portraiturant l’archétype du parfait salaud. Monsieur ignore et malmène fille, femme, maîtresses et assistantes. Les clichés se succèdent sans une once créative. Le monde de la télévision française ne serait qu’un concentré d’arrogance capitaliste et de rivalités venimeuses et de sexisme ambiant. Dans les hauts clapiers de verre sévissent de chauds lapins blancs aux griffes acérées. Au secours ! L’autre côté du miroir apparaît plus intéressant. Les rapports de force se renversent, les premiers deviennent les derniers et les rôles se dédoublent. On quête le mystère et mise sur l’étrangeté, le décalage. Las, les faiblesses envahissent vite l’écran. Le revenant Laurent Lafitte, OK en Vincent Bolloré, ne passe pas le casting météo. La déception est totale lorsqu’un message plus qu’usé de rédemption devient le dernier mot de cette histoire. Quand Gobert se prend pour David face aux Goliath américains Lynch et Fincher, c’est le frondeur qui finit KO.

4/10

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« L’amant double » de François Ozon

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“Faux-semblants”

Chloé souffre de douleurs ventrales depuis toujours. A 25 ans, elle se dit prête à entamer une thérapie afin de découvrir la source de son mal. Paul est le psychiatre qu’on lui conseille et qu’elle se choisit. Son charme ne tarde pas à faire effet.  L’attirance est réciproque.

François, le touche-à-tout, ose s’attaquer au fantasme féminin par le truchement du thriller érotique. Ses références, nombreuses, mélangent Hitchcock et Polanski avec une allusion quelque peu scabreuse à l’Alien de Ridley Scott. Son approche volontairement provocante est plus clinique qu’émotionnelle, multipliant les clichés attendus sur l’hystérie et la gémellité, quitte à frôler parfois le grotesque. Reste toute l’élégance de sa caméra et le visage iconique de sa muse aux lèvres desquelles on se raccroche. D’une beauté androgyne, la garçonne joue à la fois son double et son contraire. Dans son premier film avec Ozon, la jeune et jolie Marine Vacth vendait ses charmes à des amants plus âgés. Clin d’œil ironique, c’est elle ici qui paie des hommes pour entrer en elle.

6.5/10

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« Alien : Covenant » de Ridley Scott

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“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

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« Get out » de Jordan Peele

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“Dans la peau d’un noir”

« Savent-ils que je suis noir ? », demande Chris, la voix légèrement inquiète, à la jolie Rose à propos de ses parents qu’il va prochainement rencontrer. La réponse est négative mais ce détail ne risque en rien de les gêner, le rassure-t-elle. Bien au contraire…

Devine chez qui tu vas dîner ce soir ?! C’est dans la peau de Chris que l’on fait connaissance avec Monsieur et Madame Armitage, couple bourgeois, propre et net de prime abord. Il est chirurgien et fier de pouvoir confier à son possible futur gendre qu’il  a voté deux fois pour Obama et qu’il aurait continué à le faire s’il avait pu se représenter. Elle est psychothérapeute et soigne les traumas par l’hypnose en faisant tourner une cuillère dans le fond d’une tasse. Mais leur accueil bienveillant dissone. Les domestiques de couleur ont les gestes et le regard éteints. Les allusions intrusives et maladroites se multiplient. Des murs immaculés de la maison suinte le malaise. A l’occasion d’une « Tea party » bien blanche donnée par les hôtes adeptes en réalité de nouvelles théories eugéniques, les relents de l’esclavagisme transforment un jeu de bingo en une tacite vente aux enchères des plus effrayantes. L’atmosphère est étouffante pour le héros et le spectateur qui ne rêvent que de s’en sortir. Qu’il soit ordinaire, latent ou affiché, le racisme est une perfidie. Usant des codes du thriller et de l’horreur, ce film malin le démontre avec efficacité. Seul un final grotesque misant davantage sur l’humour que le funeste le plus sombre déçoit.

7/10

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« Life – Origine inconnue » (Life) de Daniel Espinosa

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“Gravité”

Une équipe de six astronautes étudie à bord de la Station Spatiale Internationale quelques échantillons d’origine martienne avec l’espoir d’y trouver les signes d’une existence extra-terrestre. Ils y découvrent une cellule animée bientôt appelée affectueusement Calvin. Laissée inactive après un accident, l’organisme est réveillé par l’un des membres de l’équipage. Grosse erreur.

Quand Alien rencontre Gravity, ils engendrent un thriller pas inefficace en dépit de l’ombre projetée par ces solides références. Évitant le grandiloquent horrifique trop souvent lié au genre, le film se démarque par un fatalisme bien plus effrayant porteur de peu d’espoir. Alors qu’Américains, Anglais, Russe et Japonais sont à l’unisson dans l’habitacle aérospatial, leur esprit de résistance ne représente que peu face à la chose – créature hybride entre le poulpe visqueux et la plante carnivore – plus rapide, plus puissante, plus maligne. Vision très pessimiste d’une humanité d’aujourd’hui vouée à sa perte – la Syrie est évoquée. Mais que serait la vie sans la mort à ses côtés ?

7/10

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