« L’amant double » de François Ozon

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“Faux-semblants”

Chloé souffre de douleurs ventrales depuis toujours. A 25 ans, elle se dit prête à entamer une thérapie afin de découvrir la source de son mal. Paul est le psychiatre qu’on lui conseille et qu’elle se choisit. Son charme ne tarde pas à faire effet.  L’attirance est réciproque.

François, le touche-à-tout, ose s’attaquer au fantasme féminin par le truchement du thriller érotique. Ses références, nombreuses, mélangent Hitchcock et Polanski avec une allusion quelque peu scabreuse à l’Alien de Ridley Scott. Son approche volontairement provocante est plus clinique qu’émotionnelle, multipliant les clichés attendus sur l’hystérie et la gémellité, quitte à frôler parfois le grotesque. Reste toute l’élégance de sa caméra et le visage iconique de sa muse aux lèvres desquelles on se raccroche. D’une beauté androgyne, la garçonne joue à la fois son double et son contraire. Dans son premier film avec Ozon, la jeune et jolie Marine Vacth vendait ses charmes à des amants plus âgés. Clin d’œil ironique, c’est elle ici qui paie des hommes pour entrer en elle.

6.5/10

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« Alien : Covenant » de Ridley Scott

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“Alien-nation”

Alors qu’il vole vers Origae-6 avec à son bord un androïde pilote, 2000 colons en sommeil, ainsi qu’un millier d’embryons, le vaisseau mère Covenant affronte une violente tempête solaire. Réveillés, les membres de l’équipage parviennent à réparer l’engin. Avant de reprendre chemin, ils captent un signal venant d’une planète non repérée jusqu’alors. En dépit des réticences de l’officier Daniels, le capitaine Oram ordonne d’explorer ce lieu inconnu, dans l’espoir d’y trouver une terre d’accueil. Une décision lourde de conséquences.

Il serait vain de numéroter cet épisode, préquelle de la tétralogie débutée en 1979 et suite du plus récent Prometheus, genèse de l’ensemble. Dieu tout puissant de la série, Ridley Scott s’acharne à en maintenir le culte. Poussé par un instinct Giger, le patriarche approfondit les thèmes de la création et de la foi abordés dans l’épisode précédent en multipliant les références culturelles et spirituelles  – la Bible, Wagner, Shelley, 2001 et compagnie – jusqu’à l’autocitation. Comme obnubilé par l’écriture d’une mythologie qui rassasierait les idolâtres, il en oublie de donner une âme à ses personnages, simples victimes expiatoires de la bête. Seul Michael Fassbender, dans un rôle d’agent double, retient un tant soit peu l’attention. En jouant au docteur Frankenstein avec lui-même et les autres, l’ange exterminateur choisit de régner en enfer plutôt que de servir au paradis. Il y a peu, Life de Daniel Espinosa contait quasi la même histoire sur le destin funeste de l’humanité. Dans son humilité et ses limites, le film s’avérait plus efficace.

6/10

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« Get out » de Jordan Peele

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“Dans la peau d’un noir”

« Savent-ils que je suis noir ? », demande Chris, la voix légèrement inquiète, à la jolie Rose à propos de ses parents qu’il va prochainement rencontrer. La réponse est négative mais ce détail ne risque en rien de les gêner, le rassure-t-elle. Bien au contraire…

Devine chez qui tu vas dîner ce soir ?! C’est dans la peau de Chris que l’on fait connaissance avec Monsieur et Madame Armitage, couple bourgeois, propre et net de prime abord. Il est chirurgien et fier de pouvoir confier à son possible futur gendre qu’il  a voté deux fois pour Obama et qu’il aurait continué à le faire s’il avait pu se représenter. Elle est psychothérapeute et soigne les traumas par l’hypnose en faisant tourner une cuillère dans le fond d’une tasse. Mais leur accueil bienveillant dissone. Les domestiques de couleur ont les gestes et le regard éteints. Les allusions intrusives et maladroites se multiplient. Des murs immaculés de la maison suinte le malaise. A l’occasion d’une « Tea party » bien blanche donnée par les hôtes adeptes en réalité de nouvelles théories eugéniques, les relents de l’esclavagisme transforment un jeu de bingo en une tacite vente aux enchères des plus effrayantes. L’atmosphère est étouffante pour le héros et le spectateur qui ne rêvent que de s’en sortir. Qu’il soit ordinaire, latent ou affiché, le racisme est une perfidie. Usant des codes du thriller et de l’horreur, ce film malin le démontre avec efficacité. Seul un final grotesque misant davantage sur l’humour que le funeste le plus sombre déçoit.

7/10

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« Life – Origine inconnue » (Life) de Daniel Espinosa

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“Gravité”

Une équipe de six astronautes étudie à bord de la Station Spatiale Internationale quelques échantillons d’origine martienne avec l’espoir d’y trouver les signes d’une existence extra-terrestre. Ils y découvrent une cellule animée bientôt appelée affectueusement Calvin. Laissée inactive après un accident, l’organisme est réveillé par l’un des membres de l’équipage. Grosse erreur.

Quand Alien rencontre Gravity, ils engendrent un thriller pas inefficace en dépit de l’ombre projetée par ces solides références. Évitant le grandiloquent horrifique trop souvent lié au genre, le film se démarque par un fatalisme bien plus effrayant porteur de peu d’espoir. Alors qu’Américains, Anglais, Russe et Japonais sont à l’unisson dans l’habitacle aérospatial, leur esprit de résistance ne représente que peu face à la chose – créature hybride entre le poulpe visqueux et la plante carnivore – plus rapide, plus puissante, plus maligne. Vision très pessimiste d’une humanité d’aujourd’hui vouée à sa perte – la Syrie est évoquée. Mais que serait la vie sans la mort à ses côtés ?

7/10

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« Corporate » de Nicolas Silhol

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“Ressources inhumaines”                                                                                                                 

DRH du secteur financier de la grande société Esen, Émilie Tesson-Hansen passe pour redoutablement efficace aux yeux de sa hiérarchie. Mais quand l’un de ses employés se suicide sur le lieu de travail, ce sont toutes ses convictions qui s’écrasent avec lui.

Si les personnages sont fictifs, les méthodes de management décrites sont réelles, annonce le film. Il est convenu de pousser l’employé à démissionner en lui faisant comprendre que c’est sa décision plutôt que de le licencier de manière franche. Analyser plus particulièrement le sournois de cette conduite et son pourquoi aurait été digne d’intérêt. On se satisfait ici de ses conséquences tout en faisant de la victime première un élément secondaire. Le réalisateur préfère mettre en avant la prise de conscience abrupte et tardive de la « responsable ». Dans ce rôle complexe qui ne suscite pas de sympathie évidente, Céline Sallette joue les rocs fragilisés. Contrainte dans ce monde d’hommes de gommer sa féminité, elle adopte une androgynie soulignée par des cheveux mi-longs, chemises masculines et sudation récurrente.  La caricature est frôlée. Son personnage gagne heureusement en profondeur dans les scènes sises hors de l’entreprise, les plus réussies. Au contact d’une inspectrice assidue ou en famille, contextes dans lesquels l’humain est encore considéré.

6.5/10

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« Qui a tué Bambi ? » de Gilles Marchand

Séances rattrapage

(Rattrapage“Biche aux abois”

Infirmière stagiaire, la jeune Isabelle souffre de vertiges qui inquiètent ses collègues. Le docteur Philipp, aussi séduisant qu’inquiétant, lui conseille d’aller voir un spécialiste.

L’étrangeté suinte les murs et sols froids de cet hôpital, dans lequel des patients disparaissent ou se réveillent en pleine intervention. Sans atteindre le cauchemardesque d’un David Lynch ou le ludique horrifique d’un Lars von Trier, Gilles Marchand suscite, à son niveau, fascination et malaise dans un conte mêlant grand méchant loup et chaperon blanc.

(7/10)

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Qui a tué bambi

« Miss Sloane » de John Madden

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“Iron Lady”

Elizabeth Sloane. Son simple nom interpelle et inquiète les pontes de la capitale américaine. Réputée impitoyable et d’une compétence rare, celle qui œuvre dans l’ombre lobbyiste des politiques ne se satisfait que de la gagne au détriment des règles imposées. Mais quand on exige d’elle de lutter contre un projet de loi étendant le contrôle du port d’arme, elle choisit de démissionner par surprise en faveur du camp adverse. La guerre est déclarée.

Dans une partie d’échecs, la victoire se joue sur l’anticipation des coups. Celui qui parviendra à surprendre son adversaire en jouant après lui son ultime atout sera déclaré seul vainqueur.  C’est là l’unique raison d’être d’Elizabeth Sloane. Dans son existence amorale, foyer, famille, amour, amitié et doute n’ont pas leur place. Seules quelques heures de sexe tarifé par semaine rappellent un semblant d’humanité. Dans la peau de cette femme de fer à sang froid, la troublante Jessica Chastain dissimule le feu sous la glace. Elle apporte un supplément d’âme à ce thriller dépourvu de toute sentimentalité mais diablement efficace.

7/10

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« Split » de M. Night Shyamalan

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“Mastermind”

Claire n’avait pas l’intention d’inviter Casey à son anniversaire, cette fille atypique de l’école. Une erreur de son père qui, par gentillesse, décide de la ramener après la fête avec Marcia, une amie. Mais c’est un inconnu qui prend sa place dans la voiture, drogue et enlève les trois adolescentes. Elles se réveillent dans une même chambre sans fenêtre et comprennent avec effroi que l’homme qui les séquestre possède de multiples personnalités.

Night Shyamalan est de retour aux affaires, après un long passage à vide et une Visit de courtoisie, il y a deux ans. Toujours aussi talentueux pour poser une situation inquiétante, il construit un thriller plus tendu qu’horrifique à partir des points du vue du criminel, de la psychiatre qui tente de le soigner et de la victime. On s’efforce alors de dénouer l’esprit alambiqué de Mister Twist, deux doigts coupe fin, au point d’oublier de frémir. Le film intéresse quand il interroge sur la potentielle supériorité de ceux que l’on qualifie pour se rassurer peut-être de malades mentaux ou sur la résistance inespérée des enfants molestés. Mais ce huis-clos oppressant nous laisse quelque peu sur notre faim en prenant la clé d’un conte fantastique confrontant méchant loup et chaperon noir. Demeure dans le rôle de l’ogre, l’impressionnant James McAvoy, capable de passer pour un maniaque de l’hygiène, une femme psychorigide, un couturier homosexuel ou un enfant de 9 ans, rien qu’en fronçant les sourcils ou en montrant les crocs.

7/10

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« Dans la forêt » de Gilles Marchand

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“Loup y es-tu ?” 

Tom et son grand frère Benjamin s’apprêtent à retrouver en Suède leur père qu’ils n’ont pas vu depuis un an pour cause de divorce. Des vacances qui inquiètent le plus jeune : « J’ai un pressentiment », confie le garçon à sa psychothérapeute.

Qui est ce père étrange, froid, dur, instable, qui ne dort jamais ? Qui est cet homme au visage écrasé qui semble hanter les esprits ? Qui est ce petit Tom, parent proche du Danny Lloyd de Shining, persuadé d’avoir aperçu le diable ? Égaré sur les chemins tortueux des forêts suédoises, belles et inquiétantes, l’on quête en vain une clairière et des réponses entre l’horreur, le conte et le fantastique. On se rassure un peu en identifiant l’ensemble comme une volonté affectée de confronter peurs enfantines avec le sentiment d’abandon et de solitude adulte.

6.5/10

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« A cure for life » (A cure for wellness) de Gore Verbinski

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“Purification”

Lockhart est un affairiste très au clair sur ses ambitions. Vite remarqué, il est dépêché en Suisse afin de ramener aux États-Unis le directeur de l’entreprise pour laquelle il travaille en vue de la fusion à venir.  Celui-ci, en cure dans les Alpes, a envoyé au conseil d’administration une lettre des plus étranges marquée par le sceau de la folie. Le séjour du jeune homme sera plus long et plus douloureux qu’attendu.

La complainte grinçante qui écorche le générique initial et final cite sans complexe les pleurs du bébé de Rosemary. L’ombre du mal pèse sur les gratte-ciel de New York plus sinistres que jamais. De même que les montagnes de la blanche « Hellvétie » qui, très éloignées des clichés tenaces, abritent une faune inamicale. Le pirate Verbinski filme avec un sens aigu de l’esthétisme un sanatorium d’un autre âge dont les murs et les sols font suinter l’angoisse. Y aurait-il anguille sous roche ? Car au lieu de jouer la carte efficace de l’horreur pure, il préfère le conte fantastique peuplé d’un chevalier sauveur et de son Alice égarés dans un château hanté par un Barbe Bleu incestueux. Le grotesque est parfois frôlé. Reste le message anticapitaliste sous-jacent plutôt amusant considérant le manque de scrupules des entrepreneurs comme une maladie à traiter. Un remède purificateur pour l’éradiquer ?

6.5/10

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