« L’homme de la cave » de Philippe Le Guay

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“Parasite”  

Simon Sandberg et son épouse Hélène désirent vendre leur cave pour pouvoir refaire la cuisine de leur appartement. Un certain Monsieur Fonzic la leur achète. Lorsqu’il s’y installe, le couple commence à comprendre son erreur.

En 2019, Parasite de Bong Joon-ho remportait tous les suffrages. Dans la maison et son sous-sol s’immisçaient des intrus renversant progressivement les valeurs et certitudes des riches propriétaires. Pas de lutte des classes ici, mais une réflexion sur l’antisémitisme et sa manière de distiller son venin. Des bas-fonds jusqu’aux étages supérieurs, il s’introduit dans les canalisations et se répand comme cette tâche de moisissure dans la salle-de-bains des Sandberg. L’indifférence, le mépris, le doute, la peur et la violence s’enchaînent. Une fois le ver dans la pomme, il empoisonne l’immeuble, la famille, puis le couple.

Dans un monde où le complotisme s’est revigoré après deux ans de pandémie, dans une France encline à la « zemmourisation », l’entreprise de Philippe Le Guay, basée sur des faits réels, intéresse. Mais que sa démonstration est lourde. Si François Cluzet peut convaincre sous ses airs de clochard à la voix posée, les autres personnages s’enferment petit à petit dans des réactions lapidaires. Le film devient schématique perdant toute crédibilité dans un affrontement final proche du grotesque. Manquant de subtilité, il aurait finalement gagné à jouer à fond les cartes du thriller et de la métaphore, à l’image de la Palme d’or coréenne, en faisant de cette cave lugubre où se terre le démoniaque, un décor véritablement horrifique.

(4.5/10)

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« Le traducteur » de Rana Kazkaz et Anas Khalaf

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“Lost in translation”  

Sami est interprète syrien. Lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000, il laisse échapper une parole contre le régime qui le contraint à demander l’asile à l’Australie. Lorsque la révolution éclate onze ans plus tard dans son pays d’origine, l’homme prend le risque d’y retourner afin d’aider son frère fait prisonnier.

Lorsqu’à la frontière, le douanier demande au chauffeur du camion dans lequel se cache Sami où il emmène ses moutons, cinglante est la réponse obtenue : « A l’abattoir ». Dans cet état en guerre, où le printemps n’a plus jamais laissé place à l’été, le traducteur est une cible mouvante. Il lui faut échapper aux snipers, retrouver sa famille, gérer les coupures d’eau et d’électricité, se méfier enfin de tous, amis ou ennemis d’hier et d’aujourd’hui. Militant de père en fils, il lui est reproché d’avoir fui le pays ou de n’être pas revenu plus tôt. Une culpabilité ressentie pour celui qui, par son métier, se cache derrière les mots des autres plutôt que d’assumer les siens. Sa belle-sœur opticienne se charge de lui fournir de nouvelles lunettes, afin d’y voir plus clair.

Il y a peu, Aïda donnait de la voix pour exprimer l’indicible à Srebrenica. Son cri retentissant suscitait l’effroi. Par contraste, celui-ci s’avère moins puissant malgré un sujet tout aussi tragique. Mélange de drame et de thriller, le film peine à trouver son équilibre. La première scène, sise dans l’enfance des principaux protagonistes, suscite la confusion. Les ellipses temporelles et le rythme soutenu peinent à installer les personnages. Le récit programmatique se décline de manière assez mécanique, réfrénant l’émotion. Il n’empêche que ce premier long-métrage de deux cinéastes syriens en exil, questionnant l’engagement sur place ou à distance, a le mérite d’exister.

(6/10)

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« Mourir peut attendre » (No time to die) de Cary Fukunaga

Critiques

“Tournée d’adieu”  

Avec sa compagne Madeleine Swann, James se rend en Italie pour se recueillir sur la tombe de Versper Lynd, celle qu’il a aimée jadis. L’organisation Spectre l’y attend et tente de le tuer. Alors que dans l’ombre, un homme dangereux appelé Safin trépigne déjà.

Le 25e opus de la saga à succès s’est fait attendre, refroidi par une épidémie virale. Après d’âpres tractations, le voilà enfin sur le grand écran, seul endroit vraiment adapté pour en apprécier le spectaculaire. Cascades et mitraille sont au rendez-vous, belles voitures, gadgets, cocktails et smoking impeccable aussi. Le placement de produit se poursuit. Quant aux « girls », elles prennent encore du galon en évitant au possible de jouer les tentatrices ou les victimes éplorées. Et si le prochain 007 se déclinait en noir et au féminin ?

L’énième scénario machiavélique et le grand méchant du jour ne resteront pas dans les mémoires, mais l’humour saupoudré par-ci par-là, comme ce plan Q avorté, parvient à dérider l’ensemble. La réalisation est efficace, se distinguant dans la séquence initiale proche du cinéma d’horreur ou celle de la forêt aux brumes fantastiques.

Mais le film est avant tout une longue tournée d’adieu avec pour volonté de boucler la boucle amorcée au Casino Royale quinze ans plus tôt. Entre Londres, la Jamaïque et Cuba, en passant par la Norvège et le Japon, le voyage autour du monde est lancé. Il convient de clore les histoires entamées, au risque de lasser après 163 minutes d’effort, et dire au revoir, non sans une certaine émotion, à Daniel Craig et son personnage aux amours impossibles. Le temps et l’eau sont des éléments récurrents ici, symboles de vie, de repos éternel ou de renaissance. Avec cette question sur les traces que nous allons laisser au monde une fois disparu : une arme biologique, un enfant, une figure impérissable ?  James Bond est mort, vive James Bond.

(7/10)

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« Boîte noire » de Yann Gozlan

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“Le mur du son”  

Un avion reliant Dubaï à Paris-Charles de Gaulle vient de se crasher dans les Alpes. Mathieu Vasseur, technicien au BEA, Bureau d’Enquêtes et d’Analyses, est chargé d’expliquer ce qu’il s’est passé.

Le plan-séquence initial impressionne. Du poste de pilotage, la caméra opère un long travelling arrière laissant entrevoir une hôtesse servant du café aux passagers de la classe affaire, puis le chariot des repas dans le secteur économique. Le mouvement de recul se poursuit quand un message annonçant des turbulences retentit et qu’un homme debout est rappelé à l’ordre. On quitte alors la cabine pour se concentrer sur la boîte noire, l’enregistreur de vol orange vif. Des cris se font entendre, parasites et larsens, avant que ne règne un silence mortel.  C’est en étudiant ces sons que les experts de la BEA devront déterminer les raisons du drame. Attaque terroriste ? Problème technique ? Oiseau percuté ? Suicide par pilote ?

Personnage atypique, Mathieu n’a rien d’un détective héroïque. Mais sa quête de vérité n’a pas de limites. Son silence est d’argent, mais son oreille est d’or. Si le tumulte de la foule se transforme en acouphènes insupportables, les bruits isolés sont autant d’indices qui lui donnent l’avantage. Au risque de virer à la paranoïa, lui qui en vient à suspecter l’implication de son chef disparu, son meilleur ami ou même sa femme. Le spectateur ne peut que le suivre dans ses divagations les plus folles et sa théorie du complot, d’autant plus que Pierre Niney l’incarne avec application.

Le film permet de découvrir des lieux confidentiels et techniques inaccessibles rappelant Le chant du loup dans lequel l’ouïe d’un jeune sous-marinier empêchait une menace nucléaire dévastatrice. Haletant et de bonne tenue, il est néanmoins fortement déconseillé à tout aérodromophobe.

(7/10)

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« Beckett » de Ferdinando Cito Filomarino

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(Film Netflix) “Le touriste”   

Beckett et April passent quelques jours de vacances en Grèce. Un accident de voiture emporte tragiquement la jeune femme. Se sentant responsable, son compagnon effondré revient sur les lieux du drame. C’est alors qu’il est pris pour cible.

Que la traque commence ! Endeuillé, le touriste américain se retrouve malgré lui en plein milieu d’un imbroglio qu’il ne maîtrise aucunement. Policiers corrompus, complot politique, kidnapping, passants armés, et s’il était plus qu’une proie innocente ?

Confronté aux dialogues non traduits entre locaux, le spectateur se retrouve dans la même incompréhension que le personnage. Tout regard insistant et main tendue deviennent suspects. De quoi faire monter la tension. Bien loin de la carte postale attendue, la belle hellène devient une terre d’accueil piégée, exsangue en raison des sanctions économiques européennes et des rivalités internes. Dommage que la démonstration tourne à l’exagération avec ce simple vacancier super-héroïque cherchant à travers tout un pays à se sauver lui-même.  

(6.5/10)

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« Escape game 2 : le monde est un piège » (Escape room: tournament of champions) de Adam Robitel

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“Ready Player Two”  

Seuls candidats élus encore en vie, Zoey et Ben demeurent traumatisés par leur premier « Escape game ». En quête de preuves, ils se rendent néanmoins à Manhattan où se dissimulerait le siège de la société Minos, conceptrice de ce divertissement mortel. Mauvaise idée bien sûr, car les voilà à nouveau piégés avec quatre anciens survivants pour partenaires.

Depuis la nuit des temps et l’Antiquité romaine, le peuple réclame du pain et des jeux. Plus ceux-ci sont spectaculaires et sanglants, plus ils sont applaudis. Les idées fusent ici pour transformer un wagon en cage de Faraday, une banque en échiquier fatal, une plage en sables mouvants ou baigner une rue new-yorkaise de pluie acide. Mais ce n’est pas tant la cruauté des épreuves qui récrée que l’échauffement des esprits logiques et l’intelligence collective nécessaire pour s’en sortir. La mise en scène permet même au spectateur de tenter sa chance en décelant quelques clés avant les personnages eux-mêmes. La règle du jeu est simple et connue : tout élément du décor peut révéler un indice quand les quidams croisés sont des ennemis potentiels.

Certes, la machination générale perd vite en crédibilité laissant des incohérences sur le chemin de la surenchère. Et l’on devine par avance que l’annonce du « Game over » n’est pas encore pour aujourd’hui. Néanmoins, cette suite ludique et sans fin surpasse le premier épisode. Ce cinéma popcorn demeure une honnête échappatoire.

(6/10)

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« Rouge » de Farid Bentoumi

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“Corporate”  

Suite à une expérience douloureuse aux urgences d’un hôpital, Nour est engagée en tant qu’infirmière dans l’usine chimique où travaille son père délégué syndical. Appliquée, la jeune femme découvre vite des lacunes inquiétantes en matière de sécurité.

Rouge comme cette terre contaminée par des déchets toxiques. Rouge comme le sang qui bouillonne, rongé par la maladie ou assoiffé de justice. Santé, environnement et vérité ont un prix : échec électoral, risque économique et social, trahison familiale et illusions perdues. 

Il y a une Erin Brockovich qui sommeille en Nour, mais sans son côté glam ni sa répartie comique. Car tout est très sérieux ici, inspiré de faits réels. Le débat est ouvert entre les protecteurs d’une nature saine propice au bien de l’humain et ceux pour qui l’apport immédiat du développement industriel d’une région prime. Les arguments des uns et des autres sont entendus. Mais dans ce film dossier, c’est surtout la qualité de jeu de Sami Bouajila et Zita Hanrot, père et fille très crédibles, qui remporte notre suffrage.

(7/10)

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« Reminiscence » de Lisa Joy

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“Total recall”  

Nick Bannister tente de gagner sa vie en plongeant ceux qui font appel à ses services dans leurs souvenirs. De quoi leur permettre de retrouver un bonheur perdu ou de simples clés égarées. Quand Mae, une cliente qui a su le séduire, disparaît, l’ancien combattant se met à sa recherche.

Dans ce futur proche, le réchauffement climatique a transformé Miami en Venise. Les gratte-ciel ont les pieds dans l’eau et le bateau a remplacé l’auto. La nuit s’anime pour éviter la torpeur du jour. Les riches réquisitionnent les terres, faisant des miséreux des âmes flottantes. La colère des noyés gronde. Vision anticipatrice inquiétante qui permet néanmoins de belles images aquatiques comme ce théâtre immergé.

Quand le futur n’a plus rien à offrir, le passé devient un refuge dans lequel on s’engouffre pour ne plus en sortir. Présupposé digne d’intérêt, même si le scénario qui s’ensuit n’est pas aussi vertigineux qu’Inception ou Minority report. La réalisatrice multiplie les éléments clichés du film noir, comme le détective privé désabusé, la femme fatale et le vilain balafré. Voix over et flashbacks escortent romance impossible, trahisons et conspiration. Mais les rôles archétypiques se renversent. Dans ce cinéma, les hommes pleurent leurs amours perdues, quant aux belles entreprenantes, elles tiennent à la fois le manche, la bouteille et la crosse.

(6.5/10)

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« Comment je suis devenu super-héros » de Douglas Attal

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(Film Netflix) “Les gardiens”   

Dans une France où les surhommes côtoient les simples mortels, Moreau est un lieutenant désabusé depuis un drame passé. Il est aujourd’hui chargé d’enquêter sur le trafic d’une substance ravageuse qui procure des pouvoirs à ceux qui n’en ont pas.

Les super-héros ont envahi Paris. Et ils se nomment Pio Marmaï, Clovis Cornillac, Leïla Bekhti et Benoît Poelvoorde. Petite moustache, bedaine et peignoir, le Belge masqué avait tout pour nous promettre l’hilarité. Mais le film mise sur le polar urbain, grisâtre et austère, au point de se prendre un peu trop au sérieux. En dépit de comédiens appliqués, on aurait préféré qu’il penche davantage vers l’irrévérence comique de The Boys que de s’en prendre aux prétentieux Watchmen. Sans le spectaculaire américain, la ligue des justiciers français Magneto, Dr Manhattan, Black Widow et Flash peine à rivaliser.

(6/10)

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« Old » de M. Night Shyamalan

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“Sur la plage abandonnée”  

La famille Cappa passe quelques jours de vacances sous les tropiques dans un hôtel luxueux. Il leur est alors fortement conseillé de découvrir une partie de l’île, loin de la ferveur touristique. Mais dans ce coin de paradis confidentiel interviennent d’inquiétants phénomènes.

Sur la plage abandonnée, quelques os, des crustacés. Les enfants jouent pendant que les parents se détendent enfin. Néanmoins, le temps est assassin et les morts vont vite s’enchaîner. A la manière d’Agatha Christie et ses dix petits cadavres exquis ? A l’image hélas d’un épisode médiocre de la Quatrième dimension.

Car, en dépit d’une idée de scénario intrigante, puisée dans une bande dessinée, rien ne fonctionne vraiment. Au lieu de s’inspirer de la beauté naturelle des lieux pour imager l’éphémère de l’existence humaine et sa vanité, Shyamalan préfère un discours à rallonge qui se concentre sur le thriller et le fantastique. Incapable de poser sa caméra, il en multiplie les effets afin de créer une tension plus que factice. Certaines scènes en deviennent grotesques comme la dislocation de la bimbo hypocalcémique. Empruntés et jouant chacun sa partition, les acteurs déclament des dialogues mal écrits. Quant au grand final, Mister Twist se vautre en cherchant à tout expliquer, ne misant aucunement sur l’intelligence du spectateur. Avec l’âge, on pensait pourtant que le réalisateur gagnerait en maturité.

(4.5/10)

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