« Logan » de James Mangold

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“Une fin de loup”

En 2024, les mutants ont disparu de la terre et des mémoires. Rare survivant, Wolverine n’est plus que Logan, une loque en souffrance prenant soin comme il le peut d’un professeur Xavier malade et sénile. C’est alors qu’une infirmière mexicaine le supplie de protéger Laura, fillette mutique, traquée par l’agent de sécurité Donald Pierce et ses sbires dangereusement armés.

Yeux cernés, poil grisé, griffes rouillées, corps lacéré, le héros fatigué n’a encore de super que le carburant qui nourrit la limousine lui servant de gagne-pain et de tanière. Suite à une catastrophe que seuls les initiés comprendront, comme beaucoup d’autres détails dans le film, il se retrouve sans espoir de guérison, l’alcool et le virus sillonnant ses veines. La bête se meurt sans avoir pu goûter à l’humanité réconfortante d’une vraie famille, malgré la figure paternelle qu’il arbore ici. Ce requiem aurait pu être magnifiquement shakespearien. James Mangold préfère le western, faisant de son loup solitaire, un homme des vallées perdues. Moins explosif et pétaradant que ses nombreux adversaires, d’une plus grande profondeur aussi, ce duel au soleil s’avère sanguinolent, long et lassant parfois. Il marque d’un X final la destinée trilogique de ce justicier animal. Un hommage désenchanté aux allures non pas d’un au revoir, mais d’un adieu. Déchirant pour les plus passionnés, anecdotique pour les autres.

6/10

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« Comancheria » (Hell of high water) de David MacKenzie

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Pensée du jour : Il était un fois dans l’Ouest contemporain

Étouffés par les dettes, Toby et son frangin Tanner n’ont d’autres solutions que de s’improviser braqueurs de banques. Le shérif Marcus Hamilton, au porche de la retraite, et son adjoint mexicano-comanche Alberto se chargent de l’enquête.

Le Texas et ses plaines désertiques, cow-boys, Indiens et bandits… Aucun des ingrédients du western classique ne semble avoir été oublié. Sauf qu’aujourd’hui, le mythe s’est évaporé. Les crises socio-économiques successives ont sinistré la région, ainsi que les âmes grises qui y résident encore, faute de pouvoir s’établir ailleurs. Une brume électrique envenime les esprits grincheux et défaits, oubliés du rêve américain. Dans ce contexte ambigu où les chevaux ont été remplacés par des mustangs vertes, les grands méchants désignés sont les banquiers, plus rapaces que les vautours aux aguets. Si bien que nos apprentis gangsters suscitent une empathie certaine et se révèlent même plus malins que jugés de prime abord. Mais dans un état où chaque sac et poche sont entravés d’une arme, le bain final ne pourra être que sanguin. Non dénué d’humour heureusement, ce Duel au soleil amer vise juste : en détournant les clichés du genre, il  tire un bilan impitoyable sur l’époque actuelle.

7.5/10

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« The revenant » de Alejandro González Iñárritu

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Pensée du jour : Man vs Wild

Dans une Amérique encore sauvage que se déchirent trappeurs et Indiens, Hugh Glass, sérieusement blessé par un grizzli, est abandonné par ses coéquipiers. L’amour qu’il porte à sa femme disparue et à son fils assassiné s’avère plus fort que la mort. Mu par un esprit de vengeance, il va lutter pour sa survie.

Le western a le vent en poupe en ce moment à Hollywood. Après les salopards de Tarantino, c’est le Mexicain Iñárritu qui s’essaie au genre avec grand succès selon l’Académie, puisque son film a obtenu pas moins de douze nominations aux Oscars prochains. L’image est magnifique et les paysages hivernaux de l’Alberta d’une beauté rare. Le roi Léo, en quête d’une couronne dorée tant attendue, se donne corps et âme pour le rôle. Après avoir rampé comme un ver dans Le Loup de Wall Street, c’est dans la neige, l’eau glacée et la boue qu’il s’affaire. Pour s’en sortir, il devra combattre la sauvagerie des hommes et de la nature et celle des hommes au prix de mille blessures. Figure et membres tailladés, son allure sanguinolente oscille entre le zombie sorti de terre et un Christ descendu de la croix, rappelant également le dingo Bear Grylls, lorsqu’il s’abrite dans la carcasse de son cheval pour se réchauffer. Pourtant, à trop vouloir en faire, la crédibilité de l’ensemble prend elle aussi de sérieux coups. L’accumulation des péripéties finit par boursoufler cette histoire basée pourtant sur des faits réels, si bien que le grotesque n’est parfois jamais loin. On n’ignorait pas que l’homme-oiseau savait filmer et qu’il aimait le montrer. On l’avait cependant connu plus aérien.

6.5/10

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« Les 8 salopards » (The hateful eight) de Quentin Tarantino

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Pensée du jour : Huit salopards, au milieu de nulle part, l’un d’eux sort une arme et il n’en resta plus que…

Dans un paysage de neige s’avance avec peine une diligence. A son bord John Ruth, chasseur de primes, et la fameuse Daisy Domergue, sa prisonnière. Ils sont arrêtés par le Major Marquis Warren, ancien soldat noir de peau, qui les rejoint à bord. Fuyant le blizzard, tous trouvent refuge dans une mercerie relais occupée par quatre autres énergumènes. Le jeu de dupes a déjà commencé et le blanc va bientôt virer au rouge.

Il faut avoir le cuir dur pour apprécier le huitième long-métrage (Kill Bill 1 + Kill Bill 2 = 1) du sale gosse d’Hollywood. Cinéma inconfortable et au bord de l’implosion, ferveur ambiante étouffante alors qu’ils se gèlent à l’écran, croque plus que crispante de ces satanés pop-corn, odeur de vieille clope froide exhalée par les bâillements réguliers du voisin imposé… Le cœur se soulève et c’est parti pour près de 3 heures de western mêlant parlotte démesurée, enquête « agathachristienne » sur les faux-semblants et gore Z comme Zorro. La vessie tiendra-t-elle le choc ? En aparté, par son public et sa durée, il s’agit certainement là du seul film capable d’engendrer une file devant les toilettes des hommes aussi longue que pour ces dames. La mise en place des protagonistes, certes essentielle, est laborieuse. Une petite coupe pour égaliser n’aurait fait aucun mal ! Mais, dès les premiers instants, la patte de Q est bel et bien présente. Sur une musique hommage d’Ennio Morricone, la maîtrise brillante du « storytelling », qui détermine son œuvre et ses personnages, fait le nécessaire pour que l’ennui en sorte vaincu. Humour corrosif, mise en chapitre et déconstruction de la narration, suspens à retardement pour une explosion ultime de violence jouissive… Peu gentleman, il n’épargnera personne et surtout pas la « bizute » Jennifer Jason Leigh qui s’en prend plein la face. Les plus analystes des spectateurs tâcheront de se rassurer en interprétant ces différents profils – shérif, desperado, confédéré, afro-américain, mexicain, captive… comme les visages graves des Etats-Unis d’hier et d’aujourd’hui – pouvoir, guerre de Sécession, droits civiques, immigration et émancipation féminine… Les autres se contenteront sans peine de partager, dans sa cour de récréation, le plaisir ludique du « faquin » de Godard, au point de souffler un « déjà » lorsque retentissent les premières notes du générique final. Ce nouvel opus « tarantinesque » ne réconciliera pas grand monde : les sceptiques continueront à le considérer comme un usurpateur, pilleur de tombeaux oubliés, et ses aficionados, comme le génie pop-rock du septième art. Libre à chacun de choisir son camp.

8/10

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