« Gaspard va au mariage » de Antony Cordier

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“Zootopie”                                

Laura n’hésite pas longtemps, lorsque Gaspard, le garçon qui vient de la sauver en lui marchant dessus, l’invite à l’accompagner au mariage de son père. Avec lui, elle découvre le zoo dans lequel il a grandi.

Laura la rousse est le genre de fille timbrée qui se menotte à un rail pour un café-croissant. Et quand un inconnu attentionné lui demande de passer pour sa petite amie, elle accepte, monnayant 50 euros la journée. Mais sans coucher, bien entendu. Pourtant, au milieu de la famille de Gaspard, la jeune femme serait presque insignifiante. Face au souvenir d’une mère dévorée par un tigre, un père qui se soigne dans un aquarium et une sœur devenue ourse, elle a de quoi s’estimer complètement banale.

Il règne dans ce zoo humain une folie douce et tendre, au goût légèrement amer. Une atmosphère singulière qui pourrait ne pas séduire. La fantaisie amuse beaucoup pourtant, le plus grave convainc moins. Ils se mélangent pour exprimer cette phase transitoire, douloureuse parfois, entre l’enfance idéalisée et le devoir adulte qui finit par s’imposer.

6.5/10

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« Place publique » de Agnès Jaoui

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“La fête est finie”                                

Pendaison de crémaillère dans la belle maison de Nathalie, dorénavant installée dans la campagne, près de Paris. Autour de la productrice réputée de télévision, on croise du beau monde : un animateur célèbre, de jeunes influenceurs en verve, la famille, les amis et des voisins pas contents.

Le retour des « Jacri » après de longues années d’absence avait de quoi réjouir. Leur regard vif et perçant sur les nombreux travers de notre société malade a su plaire et faire mouche le plus souvent. Hélas, les inséparables ont perdu de leur superbe. Ils maintiennent leur plume élégante, certes, plaçant deci delà quelques bons mots, sans les grossièretés d’usage. Mais, peu inspiré, le duo se contente d’aligner les clichés sur les puissants égocentrés face aux dominés consentants. On frôle même l’autocaricature avec Bacri qui semble ne savoir jouer plus que l’aigreur à laquelle on le réduit.

L’unité de lieu freinant l’évolution, le film tourne en rond et perd le sens de la fête. L’ennui gagne vite au point de se retrouver dans le rôle de cet invité de dernière minute qui ne connaît personne et observe, en attendant vainement qu’on lui adresse la parole.

5/10

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« Larguées » de Eloïse Lang

Critiques

“SOS de terriennes en détresse”                                

Les sœurs fâchées Rose et Alice entraînent leur maman sous le soleil de la Réunion, pour lui changer les idées. A près de 60 ans, Françoise vient de se faire larguer par leur père, parti pour une jeunette.

Dans la famille foldingue, j’appelle la mère déprimée, Miou-Miou. Transcendant son rôle, la comédienne nous persuade sans peine de vouloir être ailleurs. Camille Chamoux, l’aînée, maman parfaite, mais épouse frustrée. Comme si elle avait gobé Florence Foresti et Audrey Lamy au petit-déjeuner, la gazelle dézinguerait n’importe qui avec son débit de mitraillette. Enfin, Camille Cottin, cadette « connasse » et rock n’roll, qui assure bien plus que le 10 % du job. Bouée au milieu de cet océan peu profond, elle sauve seule cette comédie de la noyade. L’on s’y accroche, oubliant le reste de la distribution, faire-valoir anecdotiques.

Un humour qui se conjugue au féminin pluriel. Quelques fléchettes visant juste, mais des interludes burlesques qui tombent à l’eau et un manque créatif général dans cette adaptation d’un film suédois. Ces vacances décevantes rappellent celles des Bronzés 3, rebaptisés ici Les 3 bronzées.

4.5/10

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« L’île aux chiens » (Isle of dogs) de Wes Anderson

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“Des chiens et des hommes”                                

Dans un Japon dystopique, les chiens, déclarés trop nombreux, sont accusés d’être les vecteurs d’une grave épidémie. Le gouverneur félinophile Kobayashi ordonne de les déporter sur l’île poubelle en vue de les exterminer. Mais son neveu Atari se rebelle en partant à la recherche de Spot, son fidèle compagnon à quatre pattes.

Le fantastique Maître Anderson se distingue à nouveau dans un film d’animation marqué par son génie unique et décalé. Inspiré par l’art nippon, il croise marionnettes et dessin dans un décor aux mille et un détails. Le résultat visuel, très réussi, nous emporte immédiatement.

Dans cet univers mêlant naïveté enfantine et gravité adulte, un casting de stars permet aux chiens d’aboyer intelligiblement, alors que les humains s’expriment dans un japonais pas toujours traduit. Le sort qui est réservé aux bêtes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire. Quant à l’île dépotoir, elle anticipe une terre exsangue après des décennies de surconsommation. Entre le rose et le noir, le scénario souffre sur la distance de quelques faiblesses. Mais l’humour grinçant séduit et la magie de Wes opère.

7/10

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« La mort de Staline » (The death of Stalin) de Armando Iannucci

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“Marx attaque”                                                           

Lorsque Staline meurt en 1953, victime d’une attaque cérébrale, la panique s’empare de sa garde rapprochée. Qui gagnera la guerre de succession sans perdre la vie ?

Et si l’on prenait le parti de rire de la terreur exercée sur son monde par le Petit père des peuples ? Survolant son cadavre encore chaud, ses vautours de ministres luttent becs et serres acérées pour s’emparer du pouvoir. Les balles fusent autant que les bons mots (en anglais hélas). Derrière leurs moustaches ou lunettes, et malgré le sang qui dégouline sur chacune de leurs mains, les ambitieux Malenkov, Beria, Molotov et Khrouchtchev passeraient presque pour les frères Marx.

Cette farce, adaptée de la bande dessinée documentée du même nom, mêle l’absurde au noir le plus dense. La caricature suscite dès lors un semblant de malaise en apparaissant plus fidèle à la vérité historique qu’un manuel scolaire russe. Peu enclin à voir ses mythes égratignés, le Kremlin de Poutine a d’ailleurs interdit le film sur son sol.

6.5/10

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« Madame Hyde » de Serge Bozon

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“L’effet Huppert”                                                       

Professeure de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil peine à se faire entendre et respecter. Jusqu’au jour où un éclair – de génie ? – s’abat sur elle.

Il n’a l’air de rien ce petit bout de femme rabougri, écrasé par l’indiscipline de ses élèves et sa propre incompétence pédagogique. Pas de transformation foudroyante non plus après ce soir d’orage, mais un courant électrique qui incendie ses veines, la nuit venue. L’enseignante gagne en confiance au point d’en devenir dangereuse.

Dans ce rôle « hupperisé », Isabelle brille en dame blanche incandescente, enflammant élèves et chiens de son aura. A ses côtés, Romains Duris étincelle en proviseur à la mèche comique. Quant à José Garcia, il brûle d’émotion en époux discret, transi d’amour. Mais, le reste de la distribution, faible et peu à son aise, tient à distance par un effet de théâtralisation non convaincant.

Ce mélange hétéroclite d’humour absurde, fantasque fantastique et gravité, trouble le message. Conte farfelu ou cri d’alarme sur l’éducation nationale et une jeunesse en manque de repères, on ne sait sur quel pied maintenir un équilibre. Cette potion détonante finit par nuire à l’expérience.

5.5/10

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« Le teckel » (Wiener-dog) de Todd Solondz

Séances rattrapage

(Rattrapage) “Chienne de vie”

Un teckel est adopté par un couple dont le petit garçon est en rémission. Après être passé entre les mains de différents maîtres, le chien accompagne une vieille femme malade.

Que l’Amérique de Todd Solondz semble usée, hantée par des tristes sires écrasés par l’existence. Le réalisateur dit « misanthrope » enchaîne les portraits tenus en laisse par une saucisse sur pattes. Un hot dog bien plus moutarde que ketchup, duquel se dégage néanmoins une grande humanité. Mais pas de quoi fouetter un chat !

(5.5/10)

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Le teckel

« Chien » de Samuel Benchetrit

Critiques

“Plein la gueule”                                                          

La femme de Jacques lui annonce qu’elle est allergique à lui. Il quitte alors la maison, perd le chihuahua qu’il vient d’acheter et son travail dans la foulée. Acculé, l’homme trouve un semblant de réconfort dans une animalerie.

La vie serait-elle plus belle dans la peau d’un chien ? Ne plus penser, obéir simplement, échanger quelques léchouilles contre de vraies caresses. Une échappatoire à cette société plus dure que de la pierre. Une fuite bien moins absurde qu’il n’y paraît.

Bretelles d’autoroute et centrale nucléaire pour seul horizon, zones industrielles et commerciales désertées, que la banlieue décrite par Benchetrit inspire la déprime. Mais son regard sur le monde reste acéré. Avec ses yeux tristes de basset battu, Vincent Macaigne incarne idéalement cet être soumis qui brade son humanité pour quelques instants d’attention. Longtemps incapable de montrer les crocs et mordre l’injustice de sa situation, il suscite de l’empathie et le malaise. Faussement rassurante, plus belle est la fin qui se « métamorphose » en fable poétique.

6.5/10

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« Les dents, pipi et au lit » de Emmanuel Gillibert

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“Les femmes et les enfants ensuite”                  

La vie pour Antoine, le célibataire, c’est du champagne à gogo, des bombances jusqu’au matin et un défilé de filles en chambre. Mais quand son colocataire le quitte pour New York, laissant sa place à Jeanne et ses deux petits, la fête est finie.

On espérait de l’irrévérence, désacralisant la Sainte Famille et ses enfants d’abord, dans la mouvance de Papa ou Maman de Martin Bourboulon. Las, que du convenu à l’écran. Arnaud Ducret se croit dans son seul en scène et en fait des tonnes pour exister. Ecrasée par son partenaire, Louise Bourgoin distille quelques grammes de charme dans ce monde de clichés bruts. Insuffisant. Esprit de Noël hors saison et course finale aéroportée parachèvent un propos signifiant poussivement qu’un seul schéma existentiel est permis.

Il y a des films à l’image de la malbouffe, bien mise en valeur ici dans une scène vengeresse : ils paraissent appétissants, s’avalent vite, mais ne laissent que des regrets sur l’estomac.

3.5/10

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« Tout le monde debout » de Franck Dubosc

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“Fauteuil d’orchestre”                                                

A bientôt 50 ans, Jocelyn ne peut s’empêcher de séduire les femmes par le mensonge le vendredi, pour mieux les quitter le dimanche. Un concours de circonstances fait croire à l’une de ses potentielles conquêtes qu’il a perdu l’usage de ses jambes. Sans hésiter, celle-ci lui présente sa sœur aînée paralysée.

L’an dernier, Patients de Grand corps malade et Mehdi Idir s’emparait du handicap avec justesse, mêlant le grave à l’enjoué. Une réussite qui ne peut faire que de l’ombre au premier film de Franck Dubosc. Moins légitime en la matière, cherchant un équilibre précaire entre la farce comique et une retenue respectueuse, l’acteur-réalisateur se prend le plus souvent les pieds dans le tapis de ce sujet casse-gueule. Plus à l’aise dans le romantisme convenu, il s’assoit confortablement dans un fauteuil d’orchestre qui l’autorise à rejouer ses rôles de prédilection, du tombeur égocentré trop sûr de lui au ringard maladroit. Que l’on apprécie ou non le personnage, reconnaissons-lui une certaine sincérité qui lui épargne les flèches de l’antipathie. Car cet homme à l’écran qui s’invente sans cesse d’autres vies pour mieux échapper à la sienne n’est autre que Frank Dubosc lui-même.

5/10

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