« Envole-moi » de Christophe Barratier

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“Intouchables”   

Noceur invétéré, Thomas finit par garer la décapotable dans la piscine de la villa. De quoi décevoir une fois de plus son père, chirurgien. Afin qu’il se responsabilise un peu et sous menace de lui couper les vivres, celui-ci demande à son fils de passer du temps auprès de Marcus, 12 ans, l’un de ses patients gravement atteints.

L’amitié accidentelle entre un valide et un malade, le riche et le pauvre, un noir et un blanc… cela ne vous rappelle rien ? Le cinéaste joue les choristes et chante la même mélodie qu’un certain duo à succès. Adaptée de faits réels qui ont déjà inspiré un roman et un film en Allemagne, cette histoire d’intouchables ne respire guère l’originalité. Armé de bons sentiments, l’on se contente juste de rajeunir les personnages et d’en inverser les rôles. Entre deux rendez-vous lacrymaux à l’hôpital, sorties au théâtre de guignol, livre de coloriage, shopping sur les Champs, cours de conduite de luxe et match au Parc se succèdent pour égayer les journées de ces deux gamins. Aucun problème, puisque c’est Papa qui paie.

Grand frère hors normes, Victor Belmondo, petit-fils de son illustre patriarche, joue la gamme sans trop de fausses notes. Il conviendra néanmoins de le voir dans un autre contexte pour véritablement juger de son charisme. Car, alignant les poncifs liés au genre dans une mise en scène sans idées et sur une musique bien lénifiante, le cinéma de Christophe Barratier n’atteint jamais l’humour et l’approche plus subtile d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Lui aussi devrait s’efforcer de grandir un peu.

(4/10)

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« Mandibules » de Quentin Dupieux

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“Tsé-tsé” 

Manu a pour mission simple d’aller chercher une valise sans l’ouvrir et de la remettre au destinataire. Il enrôle Jean-Gab, son ami de toujours, pour l’accompagner. Mais dans le coffre du véhicule qu’il a « emprunté » se trouve une très grosse mouche qui bouleverse ses plans.

Après le pneu tueur, le crime frappé et la veste en daim chasseresse, j’appelle l’œstre géante. Pas d’ambiance à la Cronenberg cependant, mais juste de quoi permettre à Quentin Dupieux de poursuivre sa quête d’absurde. Ne pas s’étonner donc de voir une licorne tirer une voiture aux plaques vaudoises avec pour passagère un insecte hors normes. Pas de logique ni d’explication dans cet univers où tout paraît possible : dresser une mouche, manger un chien, diamanter un dentier.

Dans le rôle de Ducon et Ducon, le Palmashow n’a nul besoin d’en faire des caisses pour convaincre. Mais la léthargie de leurs personnages semble influer sur le rythme du film qui peine au démarrage. Il faut qu’Adèle Exarchopoulos leur hurle dessus pour que l’ensemble se réveille un peu. L’effet ne dure pas véritablement, car on cherche en vain un sens, un message et une chute à la blague. Si ce n’est peut-être la maxime affirmant haut et fort que seuls les imbéciles sont heureux.

(5.5/10)

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« Promising young woman » de Emerald Fennel

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“Lady vengeance”   

Accrochés au bar d’une boîte, plusieurs verres à la main, trois collègues observent une demoiselle en détresse. Assommée par l’alcool et autres drogues peut-être, celle-ci s’affale sur un divan, jambes écartées. « La porte est ouverte », se dit-on. L’un des assoiffés décide d’approcher et convainc l’éméchée de la raccompagner. Mauvaise idée.

Qui est cette fille ? Chaperon bleu laissant les loups soulever son jupon avant de les mordre à pleines dents ? Blondine aux ongles arc-en-ciel castrant les étalons qui voudraient la chevaucher ? Une folle Harley Quinn intimidant les automobilistes mâles avec sa matraque en fer ? Une infirmière sexy cherchant à suturer des plaies encore ouvertes ? Comtesse christique prête à se sacrifier pour la vengeance ? Avant le drame, Cassie était pourtant si prometteuse, des études brillantes et un avenir tout tracé. Ses parents chez qui cette trentenaire habite encore s’inquiètent pour elle et nous aussi.  

Dans le rôle, Carey Mulligan, au physique ici de Britney Spears, enfile avec grâce et entrain les costumes de la lolita crédule et innocente ou de l’aguicheuse au maquillage « toxic ». La voix éraillée de violons rejoue d’ailleurs le thème de la chanson pour accompagner Cassie au bal des diables. Les hommes qu’elle affronte – la figure du père exceptée – ne sont que des entrejambes qui se trémoussent sur la piste de danse avant de ramollir face à leur responsabilité aussi vite qu’ils ont durci. Même les princes apparemment charmants déçoivent. Quant aux femmes ? Victimes, idiotes, complices ou punitives. Pas de réconciliation possible entre sexes dans ce monde qui balance ses porcs. Le scénario, pourtant oscarisé cette année, montre ainsi ses limites.

Pour accepter la caricature, il faut néanmoins y voir le conte grave et moderne qu’elle affiche. La belle au milieu des bêtes, parabole d’une certaine réalité. La mise en scène astucieuse de ce premier film joue sur les couleurs bonbon, les clichés liés aux genres, les dialogues épicés et la musique pour construire un semblant de romance. Audacieuse, elle choisit Paris Hilton comme entremetteuse dans une scène amusante et tendre à souhait. On voudrait tant y croire. Mais l’ange de la mort ne s’éloigne jamais très loin d’Eros.

(7.5/10)

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« Garçon chiffon » de Nicolas Maury

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“Enfant gâté”   

Homme au bord de la crise de nerfs, Jérémie quitte Paris pour sa terre natale, le Limousin, afin de retrouver de la brillance auprès de sa chère mère.

Jérémie est en train de chiffonner sa vie. Jaloux maladif, il envenime sa relation avec son compagnon qui finit par le « jarter ». Comédien atypique, il peine à convaincre les réalisateurs ou tente d’échapper à leurs griffes. Déçu, il n’a pas assisté à l’enterrement de son père. Bénéficiant d’une des plus belles vues sur la capitale, le garçon mélancolique peine à y trouver sa place et son chemin. Droite ou gauche ? Un retour aux sources permettra-t-il à l’enfant gâté de grandir enfin ?

Sérieux égocentré ou autodérision totale. Ecorché vif ou diva excentrique. Chiot attendrissant ou tique importune. Le personnage est tout et son contraire. Il ne laisse guère indifférent, suscitant l’envie de lui expédier une bonne gifle ou de lui tendre un mouchoir pour essuyer ses nombreuses larmes. Jérémie est à « cent pour cent » le jumeau d’Hervé et le reflet de son tuteur Nicolas Maury. Rêvant d’un coin de Paradis, il quête la lumière et les applaudissements. Bien entouré, il choisit Nathalie Bye comme douce maman, réduit Isabelle Huppert à une passante figurante et offre à sa complice Laure Calamy le pétage de plomb de l’année. L’entreprise peut plaire par sa fantaisie, ses élans poétiques et son décalage comique. Mais sur la longueur, le freluquet fatigue, agace un peu et ennuierait presque. « Vous êtes ‘trop’ ! », lui dit-on. C’est tout lui.

(5.5/10)

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« Raya et le dernier dragon » (Raya and the last dragon) de Don Hall et Carlos López Estrada

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“Tigresse et dragonne”   

Il y a fort longtemps, dans une contrée appelée Kumandra, les dragons disparurent en sauvant l’humanité des Druuns, esprits malfaisants. Mais les rivalités entre clans demeurèrent et le pays fut divisé en 5 royaumes avides de posséder la gemme protectrice laissée par le sacrifice de ces êtres fabuleux. Suite à une trahison, la pierre précieuse fut brisée libérant les Druuns. Sur une terre désormais ravagée et plus que désunie, la jeune Raya s’engage à retrouver les morceaux éparpillés du joyau dans l’espoir de rassembler les peuples et recréer l’harmonie.

Plus besoin de se travestir en homme pour être dorénavant considérées, les femmes s’assument et prennent le pouvoir. Qu’elles soient reines, cheffes des armées, guerrières intrépides ou créatures légendaires, elles font tourner le monde. Mais pas de perspective virginale, les héroïnes étant aussi en proie au doute, à la méfiance et à la cupidité destructrice. Même les bébés sont des petites voleuses. Les sœurs cadettes de Mulan ne croient plus au prince charmant et osent déclarer : « Rappelle-moi de ne pas faire d’enfants ! ». Quant aux dragons, la voix rauque, ils prennent l’aspect très particulier et pas forcément réussi de licornes arc-en-ciel à longues queues.

Disney vit donc avec son temps estimant qu’une relecture inclusive du conte de fées pouvait lui faire gagner plus que perdre. Et c’est satisfaisant. Les personnages nuancés gagnent en épaisseur. Pincées de mythologie asiatique, atmosphère fantastique, quête initiatique, message écologique, kung-fu et humour ludiques épicent le potage équilibré. Même si le scénario s’en va glaner des motifs connus chez Vaiana, Tolkien, voire Game of Thrones, animation et réalisation convainquent, misant sur la qualité plutôt que l’originalité.  

(7/10)

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« Master Cheng » (Mestari Cheng) de Mika Kaurismäki

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“Dessert sucré” 

Cheng et son fils entrent dans le restaurant du bord de route de la blonde Sirkka. L’homme est à la recherche d’un certain Monsieur Fongtron. Plus tard, lorsqu’un groupe de touristes chinois en rade débarque, il propose ses services en tant que cuisinier professionnel. Ses plats raffinés émoustilleront ce petit coin de Laponie.

On imagine sans peine le décalage culturel démarquant la saucisse-purée flasque finlandaise des nouilles sautées asiatiques appétissantes. A l’écran, l’opposition manque pourtant de goût et de piquant, préférant nous servir un beignet bien mielleux. Le « top chef » est très vite adopté par les pères Noël bourrus du village. Sauna et tai-chi-chuan semblent si bien aller ensemble. Quant à la belle tenancière solitaire, elle est évidemment sous le charme de ce papa perdu. Tout coule sans anicroches ici, comme l’eau silencieuse d’un lac serein sous le soleil de minuit. Et si la police met son grain de sel, c’est uniquement pour faire de la figuration. Loin de la saveur aigre-douce des sushis de son petit frère Aki – L’autre côté de l’espoir – Mika chante une douce sérénade, trop sucrée pour les papilles.

(5.5/10)

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« Drunk » (Druk) de Thomas Vinterberg

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“L’ivresse de pouvoir”  

Selon un obscur psychologue norvégien, l’homme serait né avec un déficit de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang. Combler ce manque lui permettrait de gagner en confiance et joie de vivre. Martin et ses collègues enseignants décident d’appliquer cette théorie à leur quotidien monotone.

« Boire un petit coup c’est agréable, boire un petit coup c’est doux, mais il ne faut pas rouler dessous la table… ». Les 4 compères le découvrent sur le tard et noient leur quarantaine en crise sous les décilitres. En étanchant leur soif, ils deviennent d’un coup des professeurs, entraîneurs, époux et amants performants. Mais comment éviter de perdre le contrôle ?

En 1998, l’œil effronté de Lars von Trier fixait une bande d’amis qui tentaient de se libérer de leurs inhibitions sociales en cherchant leur « idiot intérieur ». Aujourd’hui, son complice dogmatique Thomas Vinterberg, rongé par le deuil, sèche son chagrin en filmant de grands enfants découvrant qu’avec l’alcool, la festen est plus folle. Si le propos paraît provocant, le film l’est moins que Les Idiots ou La grande bouffe de Ferreri. Pas de scènes chocs qui insuffleraient un véritable malaise, mais une ambiance, dans l’ensemble, plus légère et comique que gravissime. Voir le taux d’alcoolémie de ces joyeux drilles augmenter au fil de l’expérience s’avère amusant. Tout comme le surgissement de ces images de politiciens soi-disant bourrés. L’ancien Chiffre, Mads Mikkelsen, nous propose un numéro aérien. Quant à la caméra, au lieu des dérapages incontrôlés que l’on pouvait attendre pour simuler la beuverie, elle choisit une certaine élégance plutôt que la nausée. Chants et musiques participent à la bringue scandinave. Mais après tout, est-il raisonnable d’être sage ? « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même », écrivit le plus célèbre des philosophes danois. Plus d’audace aurait permis à la noce de nous emporter par son ivresse de pouvoir. Il n’empêche que l’instant se savoure comme un bon cru. Alors on sort pour oublier tous les problèmes, alors on danse et on boit… avec modération bien entendu.

(8/10)

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« Milla » (Babyteeth) de Shannon Murphy

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“This is a love story”

Quand la lycéenne Milla rencontre le farouche Moses, elle ne peut être attirée que par son énergie et sa vitalité. De quoi lui faire oublier un temps le mal qui la ronge.

Sur un quai de métro, la jeune fille hésite. A l’approche de la rame, sa cadence respiratoire accélère. Il suffirait juste d’un mouvement, d’un petit pas pour… Mais en lieu et place, c’est lui qui la bouscule et frôle avec audace les wagons qui circulent. Un choc pour un coup de foudre entre ce garçon sauvage et une cancéreuse au bout de sa vie.

Une romance adolescente qui, sur le papier, fait craindre le pire. Mais l’approche choisie évite autant que possible les clichés liés au genre. Bal de fin d’année, chimiothérapie, perruque, infidélités et faux espoirs sont certes évoqués, mais laissés en suspens, camouflés dans les ellipses. L’intérêt est ailleurs et notamment dans les personnages gravitant autour. Un petit monde nuancé qui, en quelques scènes allusives, gagne en épaisseur. Les parents de Milla ressemblent à ceux de Juno. Aimants, discrets et maladroits, ils acceptent comme ils le peuvent le Roméo dépendant de leur fille. Quitte à lui refiler leur propre Xanax et morphine pour qu’il ne disparaisse pas. Saynètes potentiellement scabreuses mais traitées avec humour et une certaine légèreté. Rappelant fortement l’élan poétique du sensible This is not a love story d’Alfonso Gomez-Rejon, Milla s’étiole néanmoins sur la longueur. Rattrapée par son sujet, le film perd, à l’image de son héroïne, force et fraîcheur.

(6.5/10)

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« On the rocks » de Sofia Coppola

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(Film Apple TV+) “Lost in suspicion”

Laura soupçonne son mari de la tromper. Lorsqu’elle en parle à son père, expérimenté en la matière, il la décide à mener l’enquête avec lui. De quoi se rapprocher de celle qu’il considère toujours comme sa fillette.

Il travaille de plus en plus tard et enchaîne les voyages d’affaires. Sa secrétaire qui l’accompagne possède des jambes aussi longues que l’Empire State Building. Il semble hésiter quand il m’embrasse et m’offre un Thermomix comme cadeau d’anniversaire. C’est sûr, il ne peut qu’être infidèle.

En panne d’inspiration, Laura doute et s’invente des histoires. Grande gueule aux idées bien archaïques, son père nanti ne la rassure guère. Les hommes sont des êtres non émotionnels, génétiquement destinés à décevoir leurs épouses. Les femmes, quant à elles, en sont les proies consentantes. Père et fille, associés et complices, s’opposent gentiment.

On a connu Sofia Coppola plus subtile, plus inspirée, plus moderne. Sa comédie sur le couple ne décolle jamais vraiment alignant poncifs et clichés dans une ambiance new-yorkaise feutrée. Pourtant, il suffit qu’une vitre de voiture se baisse et laisse apparaître Bill Murray pour qu’un plaisir nostalgique nous étreigne d’un coup. Qu’est-ce qu’on avait aimé se perdre dans sa traduction japonaise. Il y a dix-huit ans déjà.

(5.5/10)

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« Palm Springs » de Max Barbakow

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“Un mariage sans fin”

Coincé dans une boucle temporelle, Nyles revit sans cesse le jour du mariage de l’amie de son amie. Quand Sarah, la sœur de l’épousée, l’y rejoint par accident, il trouve en elle une compagne d’infortune.

Il y a pire que Palm Springs pour y consumer l’éternité. Hôtel de luxe, plongeons dans la piscine, cocktails à foison et petits fours. Le purgatoire a un goût de paradis. Mais les mêmes discours et vœux échangés deviennent des litanies. Et les flèches décochées ne sont pas uniquement celles de Cupidon. On se saoule pour oublier, baise qui l’on peut en attendant et tue le temps en se tuant. Que faire d’autre ? Mais à deux, c’est déjà mieux. Sans Sarah, rien ne va !

Un jour sans fin auquel on ne peut ne pas penser. Plus régressif, plus vulgaire, plus alcoolisé, et beaucoup moins romantique. Il n’y a pas de fumée sans joint. Cette comédie marrante ne deviendra certainement pas un classique comme le film de Harold Ramis qu’elle n’ose jamais nommer. Elle parvient néanmoins à souffler un petit vent frais dans le désert californien.

(6/10)

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