« Aurore » de Blandine Lenoir

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“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

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“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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« Le Grand Méchant Renard et autres contes » de Patrick Imbert et Benjamin Renner

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“La ferme des animaux”

Au théâtre ce soir : un cochon qui expédie un bébé par poste, un lapin qui parle chinois, un renard pris pour une poule et un canard Père Noël.

Maître Renard sur une scène perché, nous tint à peu près ce langage : « Que le spectacle commence ! ». Les animaux de la ferme jouent les comédiens professionnels dans une folie joyeuse. Trois « fabulettes » pour préconiser un lâcher-prise et un laisser-grandir bien ciblés. La créativité et la tenue des deux premières compensent l’affaiblissement d’un final estampillé « Fêtes de fin d’année ». Plus vrais que nature demeurent les entractes drôlissimes. Une alternative franco-belge digne et bienvenue à la production américaine qui ravira petits et grands.

7/10

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« Cherchez la femme » de Sou Abadi

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“Nous deux ou rien”

Futurs diplômés de Sciences-Po, Armand et Leila s’aiment. Ils désirent effectuer ensemble leur stage de fin d’études au siège des Nations Unies à New-York. Mais le retour de Mahmoud, frère aîné et protecteur de Leila depuis la mort de leurs parents, vient perturber le rêve américain du couple. Revenu changé du Yémen, le voilà radicalisé.

Dans le désert créatif ou l’océan de vulgarité symboliques de la comédie française d’aujourd’hui, ce premier film survole le genre en jouant la carte de l’audace. N’est-ce pas sacrément culotté que de tenter de faire rire en emmêlant intégrisme, Coran et travestissement et en opposant les vers aux versets ? La réalisatrice d’origine iranienne relève en partie le défi. Le ton du début est plus grave que prévu quand les gestes et les mots de l’aîné se font brutaux. Sous le voile des apparences, l’étau se desserre et laisse place à un imbroglio pas toujours subtil. Les multiples références littéraires, théâtrales et cinématographiques se succèdent dans une bonne humeur appuyée. Proche, la bonne surprise de Kheiron, Nous trois ou rien, presque citée ici à travers le vécu des parents d’Armand, révolutionnaires et résistants ayant fui en son temps le régime Khomeini, était elle mieux maîtrisée, plus touchante. A retenir néanmoins cette belle idée visuelle transformant le niqâb et son aspect préservatif en un espace discret suffisamment vaste pour accueillir l’étreinte de deux amants.

6.5/10

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« Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

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“Lignes de vigne”

Après avoir parcouru le monde et construit une vie en Australie, Jean revient dans le domaine viticole de sa famille. Il y retrouve sa sœur et son frère au chevet de leur père malade. Que deviendra l’exploitation après lui ?

Fait-il bon vivre en région bourguignonne ? Les saisons défilent, le temps passe et lasse. Liens du sang et lignes de vigne. On serre les rangs et les coudes face à une adversité peu marquée et guère marquante : un héritage, un voisin, une épouse et des beaux-parents. On a connu et aimé un Klapisch plus inspiré, plus créatif, plus subtil. Il nous offre un millésime aimable, mais peu charnu. Pas de quoi susciter raisins de la colère ni fruits de la passion.

6/10

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« L’ordre divin » (Die Götliche Ordnung) de Petra Volpe

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“Femmes des années septante”

Un petit village helvétique est sur le point de décider d’accorder ou non le droit de vote à la gent féminine. Nora, épouse, mère et bru dévouée, s’interroge pour la première fois sur sa place dans cette société. Nous sommes en… 1971.

Alors que le monde est en effervescence, que l’Amérique empêtrée dans la guerre du Viêt Nam est secouée par la vague hippie et les panthères noires, un bourg minuscule du canton d’Appenzell semble figé sous la neige. Y règne un ordre patriarcal millénaire où chacun occupe un rôle prédéfini : les hommes au charbon, les femmes à la maison, pour le meilleur et pour le pire. Et quand une petite troupe de ménagères désespérées osent enfin déployer leurs « elles », une vindicte masculine et étonnamment féminine menace de les clouer au pilori. Concentrée sur quelques jours, la lutte n’en sera pas moins âpre et décisive. A l’image des comédies engagées américano-anglaises – We want sex equality, Pride ou Les figures de l’ombre –, ce petit film suisse mélange habilement le grave et l’amusant. Audacieux, il n’hésite pas à associer étroitement émancipation et révolution sexuelles en prônant haut et fort l’amour significatif du vagin. Une image jaunie et le soin apporté aux détails environnants facilitent le saut dans cette époque d’un autre âge et pourtant pas tout à fait révolue. D’une situation très locale, le résultat rafraîchit les mémoires et touche à l’universel.

7/10

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« Marie-Francine » de Valérie Lemercier

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“Papa ET maman”

A 50 ans, Marie-Francine a perdu son mari, son travail et son logement. Il ne lui reste alors plus qu’une solution : retourner vivre chez papa et maman.

Après l’échec douloureux de son précédent film sur l’adoption, 100 % cachemire, Dame Valérie opte pour un sujet moins périlleux et déjà traité par d’autres, la génération boomerang. La cohabitation contrainte entre parents vieillissants et enfants adultes engendre les situations de comédie efficaces, mais attendues. Le spectacle de la grande gigue infantilisée dès le réveil jusqu’à ses arrivées tardives amuse plutôt. Néanmoins, malgré une histoire d’amour avec un autre quinqua subissant une situation identique, le personnage de Marie-Francine paraît si peu mis en valeur au milieu des autres qu’il en devient presque insignifiant. Pas ou peu de répliques cinglantes, si ce n’est le « vieux cul » qu’elle jette à la figure paternelle, une révolte molle et tardive, aucune évolution charismatique… Une héroïne terne qui ne restera pas dans les annales.

6/10

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« Paris pieds nus » (Lost in Paris) de Dominique Abel et Fiona Gordon

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“Pas de deux”

Dans son petit village enneigé du Canada, Fiona reçoit une lettre de sa vieille tante lui quémandant son aide. Menacée par la sénilité, Martha ne souhaite aucunement finir sa vie dans une maison de retraite. Le débarquement a lieu à Paris, cadre d’un chassé-croisé ubuesque entre les deux femmes, suivi avec insistance par Dom, un sans domicile fixe vite amoureux.

Quand la Statue de la liberté descend de son piédestal pour éclairer la tour Eiffel, cela donne une comédie hybride, typique de ce couple d’acteurs-réalisateurs dégingandés.  Un mélange de poésie surréaliste, de maladresse clownesque et de cinéma muet. Ils évoquent Chaplin, Tati et Wes Anderson, le perfectionnisme en moins. Cela peut charmer ou lasser selon les sensibilités. On retiendra surtout Emmanuelle Riva, mon amour, dans un de ses derniers rôles tristement prémonitoire.

6/10

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« L’autre côté de l’espoir » (Toivon tuolla puolen) de Aki Kaurismäki

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“Les lumières de la vie”                                                                                                      

A Helsinki, Wikhström quitte sa femme alcoolique et son métier de représentant en chemises pour ouvrir un restaurant. Khaled a fui Alep en guerre pour une terre d’asile avec l’espoir d’y reconstruire sa vie. Deux chemins parallèles que le destin décide de croiser sur un coup de poing.

Le cinéma d’Aki Kaurismäki pourrait se définir comme l’enfant illégitime des frères Dardenne et de Chaplin, égaré dans un espace-temps indéfinissable marqué par l’esprit scandinave et les années 70. D’un côté, un sujet social lourd, ancré dans la contemporanéité de l’immigration, le rejet et l’élan solidaire qu’elle suscite. De l’autre, une légèreté dégageant de son mutisme un humour et une poésie désuets, mais rassurants. Un mélange hétéroclite qui peut déconcerter, tenir à distance. Entrecoupées d’intermèdes rock’n roll diégétiques, les saynètes font avancer l’histoire à leur rythme en jouant une partition douce-amère. Ombres et lumière, sourires et émotion marquent ce tempo adagio, dont le point d’orgue restera les sushis à la finlandaise.

7/10

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« Citoyen d’honneur » (El ciudadano ilustre) de Gastón Duprat et Mariano Cohn

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“Affreux, sales et pas gentils”

Daniel Montovani devient le premier écrivain argentin à remporter le Prix Nobel de littérature. Cet honneur, il le reçoit dans un discours faisant rimer reconnaissance et impudence. Quelques temps plus tard, il est invité à devenir citoyen d’honneur de Salas, patelin de son enfance sis au cœur de ses romans. Après hésitation, il accepte de retrouver celles et ceux qu’il a quittés en faveur de l’Europe, il y a quarante années.

La bande annonce suggérait une comédie fine et mordante dans la lignée des Nouveaux sauvages de Damián Szifrón, où apparaissait déjà l’acteur Oscar Martínez. Si les crocs se laissent entrevoir à travers les babines, l’humour vinaigré ne fait pas longtemps saliver. Rat des villes contre rats des champs, la confrontation entre le cynisme de l’intellectuel exilé et la candeur arriérée de ses anciens concitoyens est bien présente. En tant que fable caustique et cruelle, elle laisserait même supposer un contre-point intéressant à La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt. En vain, le déséquilibre est tel que le contraste en devient gênant et ne réserve pas le renversement espéré. Derrière ses lunettes, Montovani dégage une vanité plutôt subtile qui ne suscite cependant guère de sympathie. Sa maîtrise du verbe lui permet néanmoins de garder l’ascendant sur les ploucs d’en face qui ne s’expriment que par la bêtise, la convoitise et une violence exacerbées. Le prétexte final de la fiction satirique est certes esquissé sans parvenir à excuser l’ensemble.

5/10

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