« Three billboards : les panneaux de la vengeance » (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) de Martin McDonagh

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“Even cowgirls get the blues”                                     

Mildred Hayes a perdu sa fille il y a quelques mois, sauvagement assassinée. Sa colère et son désespoir contre une police incapable de lui rendre justice, elle les éructe sur trois grands panneaux à l’entrée de la ville.

Le shérif peut avoir peur. Calamity Haynes, la femme qui cogne plus vite que son ombre, s’avance l’air mauvais, montée sur ses grands chevaux. Le duel au soleil discret du Missouri est annoncé. Dans ce face à face sanglant, il n’en restera qu’un.

A l’honneur, Frances McDormand dégaine la première et touche la cible sans pour autant exécuter ses partenaires de jeu. Qu’il soit officier malade, mauvais flic, publicitaire vénal, fils digne ou nain amoureux, chacun gagne en épaisseur et complexité pour décrocher son étoile.

Car le réalisateur anglais McDonagh est un as de la gâchette qui prend un malin plaisir à faire danser son spectateur. Du drame à la comédie, du thriller au western, il tire dans le mille ses balles dialoguées. Ainsi disparaissent les larmes dans un rire franc, avant qu’un regard, un geste délicat, nous transperce le cœur. Devant ce truand, cette brute et ce très bon, on ne peut que s’incliner.

Assurément, l’un des grands films de l’année.

9/10

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« Normandie nue » de Philippe Le Guay

Critiques

“Les naturistes”                                                                 

C’est dans la colère et le désarroi que pataugent les agriculteurs du village de Le Mêle-sur-Sarthe. Étranglés par la crise, ils exigent d’être écoutés et entendus par des politiques sourds. Quand le hasard mène le célèbre photographe Blake Newman à trouver en un de leurs champs le paysage idéal, l’Américain demande aux Normands de poser nus pour l’art. Un événement à la portée médiatique inespérée.

Il y eut les « ladies » de Calendar girls, les chômeurs du Full monty. Au tour des paysans français de tomber la chemise pour réveiller les consciences. Sans atteindre l’élégance comique de ses cousins britanniques, le film de Philippe Le Guay se démarque par sa gentillesse. Que ne ferait pas le maire, François Cluzet, pour soigner les maux de sa campagne ? Dommage que les historiettes qui s’enchaînent manquent autant d’écriture et que l’interprétation soit imprécise. Le mélange humour-drame peine à prendre empêchant Normandie nue de quitter le plateau des vaches, les pieds bien ancrés au sol de l’anecdotique.

5.5/10

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« L’échappée belle » (The leisure seeker) de Paolo Virzì

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“Vertiges de l’amour”                                                     

Quand ils pénètrent dans la maison, Will et Jane ont la mauvaise surprise de la trouver vide. Leurs parents âgés s’en sont allés, sans un mot laissé. Ils se sont envolés, dans leur vieux mobile-home, pour une ultime échappée.

Et nous voilà partis sur les routes américaines, imbriqués pendant quelques milliers de kilomètres entre une mégère peu apprivoisée que le cancer ronge, et son époux fatigué, dont le confident se nomme Aloïs. De quoi vouloir vite faire marche arrière, puisque de l’incontinence aux désaccords, des secrets inavoués aux affres de la maladie, peu nous est épargné. Et pourtant, surgissent de cette variation de l’Amour selon Haneke, quelques étincelles qui réchauffent le cœur : de vieilles photos lumineuses, un dernier « Je suis fier de toi » et deux mains jointes à jamais.

5.5/10

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« Santa & Cie » de Alain Chabat

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“Ho ho ho”                                                                           

A quelques jours de Noël, c’est la panique dans le ciel ! Les 92’000 lutins en charge des cadeaux sont tous tombés malades. Il leur faut au plus vite des vitamines. Seule solution, descendre sur terre pour en trouver. Et c’est Santa en personne qui doit s’y coller.

Après Astérix et le Marsupilami, Alain Chabat investit corps et âme dans un nouveau personnage. Comme insatisfait de n’être que derrière la caméra, il s’adjuge le premier rôle. Barbe touffue, longs cheveux gris et manteau vert pré-Coca-Cola – « Red is dead » –, le voilà méconnaissable dans la peau d’un père Noël qui n’a rien d’une ordure. Naïf et décalé, comme son humour.

Si le plaisir est là à l’écoute de ses gags « Nuls » – Santa Barbara, Ralf le renne et l’ours bipolaire –, il se délaie dans l’emballage féerique et enfantin,  pâle copie de l’original américain. Un peu de « ha ha ha » donc, mais beaucoup de « ho ho ho ».

6/10

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« Le brio » de Yvan Attal

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“Peut mieux faire”                                                           

Alors qu’elle entre avec retard dans l’immense auditoire de Paris 2, Neïla est publiquement prise à partie par le professeur Mazard. Provocation ciblée ou dérapage aux relents racistes ? Pour éviter un scandale fâcheux, le président d’université exhorte l’enseignant à préparer la jeune fille au prochain concours d’éloquence.

Il aurait été plaisant que le film soit à la hauteur de son titre présomptueux. De guerre lasse, il est admis sans mention. Le discours, certes honnête, subit une mise en place maladroite qui sent l’artifice. Peu subtile, l’opposition de style entre l’érudit et la fleur de banlieue fait vite place à une affection réciproque. Les comédiens débattent et se débattent dans des chassés-croisés linguistiques trop écrits pour réellement convaincre. Si la comparaison n’est pas raison, elle approche, quoi qu’on en dise, de la vérité. Ainsi, sur un même sujet, le documentaire « A haute voix » trouvait les mots justes pour toucher, surpassant sans coup férir la fiction.

5.5/10

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« Coco » de Adrian Molina et Lee Unkrich

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“Le petit chanteur de Mexico”                                    

Le jeune Miguel aurait voulu être un artiste. Mais dans sa famille, la musique est taboue depuis une trahison paternelle, survenue il y a plusieurs générations. Un voyage inattendu dans l’autre monde, sur les traces de ses ancêtres, lui permettra peut-être de plier son destin et de réaliser son rêve.

Cette année, l’oncle Walt s’attaque au marché voisin en s’inspirant de la Fête des Morts mexicaine. De quoi peut-être déconstruire les murs futurs de l’autre Donald ? L’hommage visuel est réussi, empli de couleurs et de chansons typées. Les squelettes n’ont rien d’effrayant et sourient de toutes leurs dents. Si le scénario peine à trouver un équilibre, fragilisé par quelques artifices, il finit par toucher le cœur par sa juste morale : n’oublions jamais ceux qui sont partis, tout en aimant les vivants.

7.5/10

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« The Florida project » de Sean Baker

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“L’inaccessible rêve”                                                       

Vacances d’été obligent, la virulente Moonee et ses amis de passage tuent le temps comme ils le peuvent, coincés dans un motel modeste qui leur sert de domicile, à quelques encablures de Disney World.

Il aurait presque fière allure ce « Château magique », tout de mauve vêtu. Mais ses couleurs saturées cachent mal les fêlures des cabossés qui l’animent pour 38 dollars, la nuit. Des familles décomposées par la vie et oubliées des bonnes fées, qui côtoient le royaume du rêve américain, sans jamais pouvoir y pénétrer. Un monde précaire qui se transforme en terrain de jeux sous le regard des enfants. Cracher sur les voitures des nouveaux arrivants devient un événement. Tout comme le nettoyage du pare-brise qui s’ensuit. On mendie des piécettes pour une glace à partager, avant d’explorer les villas hantées par la crise financière.

Une réalité insoupçonnée que le film met en lumière en évitant d’être trop misérabiliste. Néanmoins, même enrobés d’innocence puérile, les cris incessants, la grossièreté ambiante et l’irresponsabilité adulte demeurent pénibles et irritants. Seule la modestie généreuse du gardien des lieux, Willem Dafoe en chevalier servant, enchante.

5/10

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« Paddington 2 » de Paul King

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“Gummy bear”                                                                   

Aujourd’hui, Paddington fait partie intégrante de la famille Brown et est devenu un membre incontournable de son quartier. Lorsqu’il découvre chez l’antiquaire un livre rare qui enchanterait sa vieille tante aimée, il économise penny après penny pour pouvoir le lui offrir. Mais quand l’ouvrage précieux est volé une nuit, c’est l’ours innocent que l’on accuse.

Quel plaisir de retrouver la peluche péruvienne dans de nouvelles aventures. Le premier épisode charmait par sa  fantaisie toute britannique. Mêmes ingrédients ici sans que la recette ne s’altère. Le scénario s’éparpille certes en mêlant film de prison et chasse au trésor dans Londres, mais il tient bon, évitant les temps morts et digressions inutiles. Chaque élément prend sens dans l’action finale.

Par sa candeur, Paddington a le don de révéler le meilleur en l’autre. Il faut le voir transformer un pénitencier en maison du bonheur pour oser y croire. Même le vice, incarné, après Nicole Kidman, par Hugh Grant, ne peut que fondre face à lui. Dans le rôle d’un comédien raté sur le retour, l’acteur plein d’autodérision retrouve enfin le bonheur de jouer.

Une tartine de marmelade qui sustentera l’appétit des petits et des plus grands ayant gardé leur âme enfantine.

8/10

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« Jeune femme » de Léonor Serraille

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“L’âge de la déraison”                                                     

Après s’être défoncée la tête sur la porte laissée close de son amant très cher, Paula la rousse se retrouve dans la nuit parisienne, sans toit ni épaule sur laquelle pleurer. Abasourdie, mais résistante, la jeune femme va tout essayer pour rebondir.

Chacun cherche son chat, son métier, ses amours, sa raison d’être. Exception faite de Paula qui vit au jour le jour, quitte à tout perdre en un instant. Mais que désire-t-elle au juste ? Reprendre des études, renouer avec sa mère qui ne veut plus la voir, porter un enfant ? Celle que l’on prend pour une autre court après un passé à jamais perdu.

Il en faut de l’énergie pour incarner cette Bridget Jones « attachiante ». Boule à facettes, Laetitia Dosch se révèle en relevant le défi. Elle se montre comique, flamboyante, hystérique, horripilante et presque émouvante.

6.5/10

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« Lucky » de John Carroll Lynch

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“La bonne étoile”                                                             

Dans une ville perdue au milieu du désert américain, le vieux Lucky se contente de sa routine quotidienne. Une chute sans gravité l’incite néanmoins à s’interroger sur le temps qui lui reste.

Dans ce western sans action, les tortues terrestres ont remplacé les chevaux, les bandits sont devenus des avocats vertueux et c’est sur les cigarettes que l’on tire plus vite que son ombre. Corps rachitique, joues creusées et cheveux trop longs, Lucky a tout du parfait cow-boy fatigué sous son chapeau usé. Mais, son doux regard reste vif, perçant les failles de l’existence. Loup solitaire, mais pas isolé, il suscite la bienveillance et l’amitié de la communauté environnante.

Pas de quoi vibrer plus que de raison, mais un hommage émouvant et prémonitoire à l’éternel second, Harry Dean Stanton. A 91 ans, l’homme quitte la scène sur un sourire en ayant décroché enfin un premier rôle.

6.5/10

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