« Kingsman :  le Cercle d’or » (Kingsman: the Golden Circle) de Matthew Vaughn

Critiques

“Le King est mort, vive le King”

L’efficace agent Galahad – Eggsy pour les intimes – est l’un des rares survivants d’un attentat ciblé qui annihile l’ensemble des forces d’élite du Kingsman. Son issue de secours, afin de se confronter à l’ennemi incarné par la vénéneuse Poppy et son cartel, le Kentucky.

On espérait une suite royale digne du premier palace, il faudra se contenter des quelques étoiles d’un film dans la mouvance, l’éclat de la surprise en moins. La Grande-Bretagne s’attaque une nouvelle fois aux Etats-Unis d’Amérique en opposant ses chapeaux melons, parapluies noirs et tailleurs cintrés aux stetsons, lassos et blue jeans délavés. Même si seules les manières font l’homme, la « Firth class » des gentlemen domine largement le style cow-boy. Le contraste amuse un temps, mais l’humour irrévérencieux glisse parfois – hamburgers à la chair humaine, puce d’espionnage vaginale et Elton John dans un comique grotesque. L’ensemble tourne à une farce ambiguë quant à l’apologie des drogues. Trop long et superficiel pour empêcher un rapide regard sur le cadran, le cocktail à base de scotch ou de bourbon selon les goûts, demeure néanmoins digeste et se déguste accompagné d’un paquet de pop-corn arrosé d’Earl Grey. L’auriculaire en l’air, évidemment.

6.5/10

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« Le sens de la fête » de Olivier Nakache et Eric Toledano

Critiques

“La brigade des humeurs”

Le brave Max, traiteur de profession expérimenté, joue gros. L’organisation de ce mariage bourgeois représente beaucoup pour sa petite entreprise. Mais pourquoi l’univers entier – des serveurs au photographe, du chanteur au marié – s’est mis en tête de le contrarier ?

Dans la brigade de choc s’activent le branleur – Jean-Paul Rouve –, le macho – Gilles Lellouche –, le dépressif – Vincent Macaigne – et l’excitée – Eye Haidara. A ces joyeux lurons se mêlent le boulet, la vieille et l’emmerdeur. Si cette équipe de bras cassés représente le pays, force est de constater que les Français d’aujourd’hui véhiculent une image de tire-au-flanc incapables et sympathiques. Sans grande harmonie, chacun joue sa partition individuelle, sous la baguette du râleur de service – Jean-Pierre Bacri, bien évidemment –, chef d’orchestre de ce comique troupier. Pourtant seules l’écoute, l’entraide et l’union feront la force, répète-t-on à l’envi. Les intouchables Nakache et Toledano ont certes le sens de la fête, mais ratent celui du rythme et donnent raison à cette vérité énoncée impassiblement dans le film : « Dans tous les mariages, il y a ce moment charnière où l’on se fait ch… »

6/10

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« Un beau soleil intérieur » de Claire Denis

Critiques

“Juliette et ses Roméo”

Quand on lui pose la question, Isabelle répond qu’elle ne va pas bien. Cinquantenaire divorcée, elle pleure chaque soir ses bonheurs passés. Et pourtant, malgré ses déceptions sentimentales, elle veut croire encore à l’amour absolu.

« Je suis avec lui… Je suis pas avec lui », « J’aime tout ce qui est avant… Maintenant l’avant, c’est derrière nous »,  « Vas-tu rester ou dois-je te demander de partir ? ». Incertitudes, antithèses, banalités et dialogues vains que l’on échange en dansant cette valse des amants sur un Je t’aime, moi non plus mélancolique et facétieux. Entre un banquier « salaud », un comédien indécis, son ex-mari et un inconnu hors-milieu, la belle Isabelle erre et « piétine » dans le labyrinthe de ses passions, sans savoir ce qu’elle désire à l’intérieur. Dans ce manège désenchanté aux chevaux racés – Depardieu, Balasko, Beauvois, Podalydès… –, l’irrésolue tourne en rond sous le regard d’un spectateur vite lassé. Lui se raccroche à la mise en scène élégante et feutrée de Claire Denis, puis se réchauffe aux rayons du soleil extérieur de Juliette Binoche.

6/10

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« Le redoutable » de Michel Hazanavicius

Critiques

“Hommes à lunettes”

En 1967, le fameux cinéaste Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, l’une de ses actrices fétiches, s’aiment. Mais la montée de la contestation estudiantine qui explosera quelques mois plus tard va compromettre leur couple.

Jeunesse, Légende, Génie. J.-L. G. Homme, artiste, militant. Trois casquettes et quelques épaisses montures pour masquer cette multiple figure. Cet insatisfait qui doute et ne cesse de se remettre en question. Godard se déclare mort, vive Godard ! Le héros est redoutable, insubmersible, insaisissable. Par définition, la révolution est le mouvement d’un objet autour d’un axe, le ramenant finalement au point de départ. Conscient de ne jamais pouvoir atteindre sa cible, Hazanavicius l’élude par l’idée même du pastiche. C’est là la force, l’intelligence et la limite de son hommage. Il gagne en rire et accessibilité, ce qu’il perd en vérité. Dans le rôle, Louis Garrel se fond tout en restant reconnaissable. Le digne héritier de la Nouvelle Vague zozote avec insistance, mais démarque son talent en jouant la carte de l’autodérision. Ainsi, les acteurs ne seraient pas que des « cons » qui répètent ce qu’on leur demande de dire. La mise en abyme est installée et son effet miroir reflète aussi à l’homme à lunettes qui se dissimule derrière la caméra.

7/10

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« Patti Cake$ » de Geremy Jasper

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La boulette

Coincée dans sa morne banlieue entre une mère alcoolique, une mamie malade et un boulot minable, il ne reste de place à Patricia que pour le rêve : devenir Killa P, la superstar du rap.

Qu’ils semblent loin les gratte-ciel de Manhattan quand on naît au New Jersey. Mais, tenus à distance, ils paraissent si petits qu’ils s’écrasent entre le pouce et l’index. Patricia Dombrowski alias Patti Cake$ pour ses amis, alias Dumbo et Miss Piggy pour ses « eminem », n’a pas besoin des hauteurs new-yorkaises pour toucher du doigt le firmament. C’est par la musique qu’elle plane et qu’elle s’envole en dépit du lest alentour qui la retient au sol. Accompagnée d’un épouvantail indien, d’un lion noir taciturne et d’une femme de fer, elle part en quête du musicien O. Z. qui pourrait l’adouber en tant que Queen P. Le bitume se métamorphose en une route de brique jaune à peine semée d’embûches. Le parcours de vie long de 8 Mile prend les allures alors d’une pièce montée meringuée quelque peu indigeste. La poésie urbaine des rimes s’égare entre la vitesse et la traduction des sous-titres. Demeure la qualité du « flow » qui transite en nous jusqu’à la pointe des pieds.

6/10

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« Vincent » de Christophe Van Rompaey

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Suicide raté

A 17 ans, Vincent en est à sa troisième tentative de suicide. Militant convaincu, il espère élever les consciences écologistes de tous en disparaissant de la surface de la terre, économisant ainsi 14 hectares de forêt. C’est « scientifique », affirme-t-il. De quoi désespérer sa famille recomposée qui assiste un soir au débarquement surprise de tante NiKki.

Quand le cinéma flamand vole, l’air de rien, trop près de Little Miss Sunshine, il se brûle les ailes et sombre dans la mer du Nord. Noir est l’humour, jaune est le sourire et rouge le déplaisir. Les caricatures s’enchaînent au fil d’un scénario très prévisible qui entremêle maladroitement le tragique et le comique. Un ado tête à claques qui tourne au terrorisme vert, une maman à bout de nerfs qui joue avec les nôtres, un beau-père labrador trop bon pour être vrai, Chouchou, la marraine bipolaire, et sa « boulette » de passage, un top chef qui ignore ce qu’est le végétalisme. On peine à croire une seconde à cette hystérie collective qui résume les Belges à des ploucs provinciaux et les Parigots à des têtes de veau. Belgique-France, 0-0, match NUL.

4.5/10

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« The Party » de Sally Potter

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“Petits meurtres entre amis”

L’ambitieuse Janet va enfin devenir ministre de la santé. Pour célébrer cette nomination acquise de haute lutte, elle a convié quelques amis autour de flûtes de champagne et plateaux de vol-au-vent. Mais le menu prévu va rapidement tourner au vinaigre.

Dans la famille au bord de la crise de nerf, j’appelle Bill, le mari de l’héroïne du jour, amorphe dans l’ombre de son épouse. Ourdirait-il une intrigue, l’air de rien ? April, la meilleure amie, dont la salive s’apparente au venin d’un crotale. Son ex, Gottfried, venu d’une autre planète qui pourrait être l’Allemagne. Martha et Jinny, couple de lesbiennes angoissées par l’attente non pas d’un, mais de trois bébés ! Tom, financier et pécheur à la ligne, qui sniffe ses remontants en cachette dans les toilettes. Et l’absente et capricieuse Marianne qui ne vient pas tout en aiguisant les appétits. Ce jeu de dupes devenant celui de la vérité risque de finir en un massacre qui fait « bang bang ». Si l’ensemble tourne quelque peu en rond malgré son format ramassé de 71 minutes, l’acidité mêlée à l’élégance ambiante « so british » fait la différence.

7/10

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« Aurore » de Blandine Lenoir

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“La Belle aux abois”

A 50 ans passés, Aurore, mère divorcée de deux grandes filles, serait plutôt sereine si cette satanée ménopause ne déréglait pas tout en elle et chez les autres.

La vie est une alternance entre bouffées de chaleur et bulles de fraîcheur. Un boulot peu épanouissant avec en prime un patron balourd sur le dos. Une aînée enceinte et une cadette sur le point de s’envoler. Une frustrée de copine qui prend plaisir à briser les couples. Un ex débordé et ce prince surgi du passé, peut-être trop beau pour être vrai. Difficile à gérer quand le corps et le cœur déraisonnent. Mais l’héroïne et la réalisatrice veulent croire encore aux contes de fées. Une comédie féminine peu originale, mais suffisamment tendre et honnête pour faire sourire au-delà du public ciblé.

6.5/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

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“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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« Le Grand Méchant Renard et autres contes » de Patrick Imbert et Benjamin Renner

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“La ferme des animaux”

Au théâtre ce soir : un cochon qui expédie un bébé par poste, un lapin qui parle chinois, un renard pris pour une poule et un canard Père Noël.

Maître Renard sur une scène perché, nous tint à peu près ce langage : « Que le spectacle commence ! ». Les animaux de la ferme jouent les comédiens professionnels dans une folie joyeuse. Trois « fabulettes » pour préconiser un lâcher-prise et un laisser-grandir bien ciblés. La créativité et la tenue des deux premières compensent l’affaiblissement d’un final estampillé « Fêtes de fin d’année ». Plus vrais que nature demeurent les entractes drôlissimes. Une alternative franco-belge digne et bienvenue à la production américaine qui ravira petits et grands.

7/10

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