« Wonder woman » de Patty Jenkins

Critiques

“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Churchill » de Jonathan Teplitzky

Critiques

“Quand la victoire devient défaite”

En juin 1944, alors que les forces alliées patientent en Grande-Bretagne avant de débarquer en France, le Premier ministre anglais doute. Il craint que ne se répète le massacre de Gallipoli qui le marqua profondément lors de la Première Guerre mondiale. Tant bien que mal, il s’efforce de dissuader le Général Eisenhower et le Maréchal Montgomery d’agir.

Winston Churchill. Peut-être le personnage le plus important de l’histoire britannique comme affiché lors du générique final. Le film pourtant n’en fait qu’une pâle figure au bord de l’asphyxie. Un lion épuisé auquel dents et griffes auraient été arrachées. Un  boulet bien lourd qui freine l’avancée des armées. En privé, le blason ne gagne guère en dorure. Les scènes de la vie conjugale s’enchaînent en défaveur du « héros ». Et c’est sur une jeune secrétaire impressionnable que le bouledogue aboie encore avant qu’elle ne finisse par le dresser à son tour. Un hommage vraisemblablement raté donc qui s’efforce de reprendre grossièrement les ficelles du Discours d’un roi de Tom Hooper – apparitions bégayées ici de George VI. Mais contrairement à la réussite de son aîné, victime d’un suspens nul et d’effets visuels inutiles, cet instantané sans saveur et sans émotion laisse une victoire totale à l’ennui.

4.5/10

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« La cité perdue de Z » (The lost city of Z) de James Gray

Critiques

“Jungle fever”

Dans l’Angleterre de 1906, le Major Percival Harrison Fawcett est engagé par la Société géographique royale pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie. Cette expédition est importante pour lui qui se doit de redorer le blason familial entaché par l’alcoolisme d’un père. Il en reviendra transformé avec l’obsession de repartir sur place pour retrouver la mythique cité de Z.

A travers la vie de ce personnage réel, James Gray nous offre une épopée dense et fascinante qu’il ancre à la fois dans l’histoire du monde et dans l’intimité d’un homme. Ainsi évoque-t-il la société conquérante de l’époque avide de découvertes, mais peu encline à prêter aux populations indigènes le nom de civilisation. Alors qu’éclate la Première Guerre mondiale, les tranchées éveillent une sauvagerie autre de celle de la forêt équatoriale. Évitant l’effet carte postale souvent dévolu au genre, Gray opte pour une image vaporeuse et à la lumière discrète qui resserre son propos autour de la figure héroïque de Fawcett, écartelée entre sa quête et les siens qu’il abandonne au pays. Sa femme Nina, soutien sacrifié de la première heure, et ses enfants qu’il n’aura pas vu naître finiront par épouser son rêve d’absolu. Un héritage existentiel qui se définit par cette maxime : « La portée d’un homme devrait dépasser son étreinte. Sinon, à quoi bon le ciel ? »

8/10

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« Tu ne tueras point » (Hacksaw Ridge) de Mel Gibson

Critiques

“Faut-il sauver le soldat Gibson ?”

L’histoire vraie de Desmond Doss. Convaincu que sa place est dans l’armée, mais fidèle à sa morale religieuse, il refuse de porter une arme. Après de multiples brimades et obstacles surmontés, il se retrouve au front en pleine bataille d’Okinawa dans l’uniforme d’un infirmier. Devant lui et son régiment se dresse l’infranchissable falaise de Maeda.

Parce qu’il a battu violemment son frère lors d’une bagarre enfantine et que son père inspirait la brutalité, Desmond s’est juré qu’il ne tuera jamais. Mais en tant que patriote convaincu, il ne peut que s’engager. Aux yeux de la grande muette, il passe donc pour un objecteur de conscience qu’il faut éliminer. Cette première partie mêlant romance d’un autre âge, camp d’entraînement à la Full Metal Jacket et procès bâclé respire la niaiserie. Il faut dire que dans le rôle, Andrew Garfield nous inflige un air ahuri vite agaçant. C’est dans les scènes de combat qui suivent qu’il révèle enfin son héroïsme. Tel un Saint-Bernard, il s’inflige la mission de ramener un à un en lieu sûr les blessés abandonnés.  Séquences douloureusement efficaces qui rappellent si nécessaire que la guerre est un carnage et les soldats, de la chair à canon. Demeure néanmoins le besoin intrinsèque du réalisateur d’ancrer sa démonstration dans un discours christique très prononcé. Passion, sacrifice, crucifixion sur un brancard et résurrection. Si l’émotion finit par passer en découvrant les images du vrai Desmond, le questionnement s’impose : Faut-il tant de violence pour évoquer la non-violence ? Une foi inébranlable n’est-elle pas une obsession emplie d’orgueil ? Mel Gibson cherche-t-il à sauver son âme ?

6/10

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« Alliés » (Allied) de Robert Zemeckis

Critiques

Pensée du jour : Mrs. & Mr. Smith

Alors que la Seconde guerre mondiale fait rage, l’agent canadien Max Vatan atterrit dans le désert marocain. Sa mission, retrouver la Française Marianne Beausejour qui l’attend à Casablanca. Mari et femme aux yeux de tous, ils ont pour objectif d’assassiner l’ambassadeur de l’Allemagne nazie. L’amour va érailler leur assurance d’espions tout en laissant le doute s’immiscer : véritables alliés ou ennemis cachés ?

Retour vers le passé pour Robert Zemeckis qui reprend quelques notes de Casablanca – non négligeable est le motif du piano. L’hommage au classique de Michael Curtiz aurait pu être vibrant s’il ne donnait si vite l’impression d’un incroyable pastiche sur un scénario se rapprochant étrangement du Mr. & Mrs. Smith de Doug Liman – quand le conjoint devient l’adversaire à abattre. Dès les premiers plans, l’artifice saute aux yeux. Le désert jaune d’or et cette étreinte emportée par le sable d’une tempête. Les décors datés en carton-pâte et les effets grossiers. Cet accouchement en plein Blitzkrieg où la Môme Cotillard s’efforce de crier plus fort que les bombes. Tout sonne aussi faux que le français de Brad Pitt, contraint de passer pour un citoyen de la Belle Province afin de justifier le bilinguisme ambiant. Même dans Inglourious Basterds, son italien se révélait plus crédible. Rarement l’Américain n’aura été si mauvais à l’écran, « benjaminbuttonisé » pour l’occasion afin de masquer un tant soit peu les onze années qui le séparent de sa partenaire légèrement plus à l’aise. Néanmoins, rien ne viendra sauver leur couple d’un glamour de pacotille – « Adieu mon Québécois ! ». Même dans les moments les plus mélodramatiques, quand les gouttes de pluie se mêlent aux larmes, un rire salvateur nous étreint. Et si tout cela se prévalait du comique troupier ? Le ridicule ne tue pas, certes, mais il ne rend pas plus fort.

5/10

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« Ni le ciel ni la terre » de Clément Cogitore

Séances rattrapage

Afghanistan, province du Wakhan, en 2014. Le capitaine français Antarès Bonassieu et sa troupe ont pour mission de surveiller une vallée désertique à la frontière pakistanaise. Une nuit, un soldat disparaît mystérieusement. D’autres suivront…

Revisite d’un genre – le film de guerre – qui préfère à l’action une couleur mystico-fantastique. La vérité est ailleurs et les réponses n’émaneront ni du ciel ni de la terre, mais de la sensibilité de chacun. L’expérience  inquiète, frustre peut-être, mais fascine assurément. De nuit, les ombres filmées en infra-rouge sont d’une lumière spectrale. Grand travail créatif sur l’image, le son et la musique. Un jeune réalisateur à suivre.

(8/10)

Ni le ciel ni la terre.jpg

« ’71 » de Yann Demange (2014)

Séances rattrapage

Belfast, 1971. Le conflit entre catholiques et protestants dégénère en guerre civile. Gary, jeune recrue anglaise, en est le témoin et… la victime.

Peu de moments de répit dans cette chasse à l’homme illustrant une violence politique et historique bien définie. Film fort duquel on ressort sonné, groggy. Il faut sauver le soldat Gary !

71

« Invincible » (Unbroken) de Angelina Jolie

Critiques

L’adage est connu et Unbroken ne fait que le confirmer à nouveau : une bonne histoire, estampillée vraie qui plus est, ne fait pas forcément un bon film. On ressent une admiration sans bornes de la part de la star hollywoodienne pour son personnage, symbole inouï de résistance dans l’effort, la survie et la souffrance. Néanmoins, sa mise en scène trop illustrative et si peu inventive, son manque de distanciation par rapport à cette épopée et au contexte historique l’empêchent de transcender son sujet et finissent par mécaniser l’héroïsme de l’homme et aseptiser toute émotion. Seules les ultimes images laissant découvrir le véritable Louis Zamperini à la fin de sa vie touchent. L’on s’autorise alors à penser qu’un documentaire sur le sujet aurait été beaucoup plus fort et efficace que cette vaine tentative.

5.5/10