« La Planète des singes : suprématie » (War for the Planet of the apes) de Matt Reeves

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“Ape-calypse now”

César et les siens se cachent dans la forêt et aspirent à y vivre pacifiquement. Mais un commando militaire mené par un colonel sûr de son droit les attaque, tuant son épouse et son fils. Un désir de vengeance s’empare du chimpanzé, décidé à mener le combat final.

Ce n’est pas l’homme qui descend du singe, c’est le singe qui descend de l’homme. Aux origines, il y eut ce vaccin contre la maladie d’Alzheimer testé sur les primates, qui décuplèrent leurs capacités cognitives au point de se rebeller contre leur condition de cobaye. Puis, l’affrontement entre une nature libérée et les survivants de la grippe simienne. L’Apocalypse, c’est maintenant. Confronté à des animaux qui s’organisent avec intelligence, l’homme, craignant de perdre sa suprématie, se retranche dans sa bestialité en choisissant la guerre et l’extermination. La menace première ne vient pourtant pas de l’autre, mais de ses semblables. Ce plaidoyer presque trop parfait pour l’antispécisme multiplie les références au film de Coppola et les facilités de scénario d’une manière pas toujours subtile. Néanmoins, il pose de bonnes questions d’actualité. Car en assistant aujourd’hui à ce délirant combat de coqs entre Trump et Kim Jong-Un, à deux doigts d’en glisser un sur le fameux bouton rouge, l’on peut craindre que la réalité ne rattrape trop vite la fiction. Ne resteront pour pleurer que les yeux clairs d’Andy Serkis, d’une expressivité fascinante malgré la numérisation… A quand un Oscar pour ce César ?

7/10

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« Dunkerque » (Dunkirk) de Christopher Nolan

Critiques

“Il faut sauver les soldats Ryan”

Mai 1940, près de 400’000 soldats des troupes alliées se retrouvent encerclés par les forces allemandes sur la côte dunkerquoise en France. Ils attendent et espèrent une délivrance, un miracle.

L’ennemi est partout. Qu’il soit sur terre, navigue en mer ou vienne du ciel, il transforme le bouclier d’un cockpit ou d’une cale de bateau en un piège fatal. L’eau devient feu et consume les naufragés. La mort rôde et s’empare des moins résistants, des moins chanceux. Le chevalier noir Nolan, sur les rythmes d’un Hans Zimmer inspiré, compose un requiem aux paroles rares et dans lequel les balles jouent les percussions. Usant du montage alterné et parallèle, il permet à la tension de monter pour ne plus nous lâcher. Et, en dépit de quelques fausses notes – discours orienté et parfois confus –, l’émotion se déverse quand riment ensemble héroïsme et humanisme. « Nous ne sommes que des survivants » déploreront pourtant certains rescapés de retour au bercail. « C’est déjà bien » leur fait-on comprendre. Car vivre en temps de guerre requiert du courage.

8.5/10

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« On the Milky Road » (Lungo la Via Lattea) de Emir Kusturica

Critiques

“Au pays du lait et du sang”

Entre folie douce et courage généreux, Kosta affronte les balles pour subvenir aux besoins en lait des troupes sur le terrain. Et quand son chemin croise celui de la bombe Nevesta, c’est son cœur qui explose. La passion est réciproque, mais la Voie lactée vers le septième ciel parsemée d’obstacles.

A la frontière croate, la vie côtoie la mort, le lait se mélange au sang. La guerre dure et brise les espoirs fragiles de trêve. Elle n’empêche pourtant de chanter, boire, danser ni aimer. La résilience humaine. Avec pour témoins, les animaux, moins bêtes, violents et sauvages que les déments qu’ils côtoient. Qu’elle soit foudre, vent, abeille ou reptile, la nature environnante se veut bienveillante, salvatrice. L’Emir lui déclare sa flamme en un final aux élans franciscains. On apprécie cet hommage aux couleurs surréalistes – un parapluie à la Magritte contre les missiles, les mariés volants de Chagall et les perroquets du Douanier Rousseau. On regrette les moyens limités et le désordre ambiant vite usant.

6/10

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« Wonder woman » de Patty Jenkins

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“L’ordre divin ?”

Diana, fille de Zeus et d’Hippolyta, reine des Amazones. Une combattante hors pair aux pouvoirs sans limites. Afin de sauver l’humanité déchirée par la Première Guerre mondiale, elle devra affronter les forces armées allemandes et son demi-frère Arès.

Wonder woman, la perfection au féminin ? Première super-héroïne à tenir l’affiche du premier film de ce genre réalisé par unE cinéaste, Lady D. peut s’enorgueillir au moins d’une chose : satisfaire à la fois les revendications féministes et les fantasmes des machos branchés SM, amateurs d’ingénues corsetées sachant claquer le fouet. Le lésé dans l’histoire restera le cinéphile qui face à maelström d’action, de péplum mythologique, d’espionnage et de romance, long de 2 h 21, se blottira vite dans les bras réconfortants de Morphée.

5/10

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« Churchill » de Jonathan Teplitzky

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“Quand la victoire devient défaite”

En juin 1944, alors que les forces alliées patientent en Grande-Bretagne avant de débarquer en France, le Premier ministre anglais doute. Il craint que ne se répète le massacre de Gallipoli qui le marqua profondément lors de la Première Guerre mondiale. Tant bien que mal, il s’efforce de dissuader le Général Eisenhower et le Maréchal Montgomery d’agir.

Winston Churchill. Peut-être le personnage le plus important de l’histoire britannique comme affiché lors du générique final. Le film pourtant n’en fait qu’une pâle figure au bord de l’asphyxie. Un lion épuisé auquel dents et griffes auraient été arrachées. Un  boulet bien lourd qui freine l’avancée des armées. En privé, le blason ne gagne guère en dorure. Les scènes de la vie conjugale s’enchaînent en défaveur du « héros ». Et c’est sur une jeune secrétaire impressionnable que le bouledogue aboie encore avant qu’elle ne finisse par le dresser à son tour. Un hommage vraisemblablement raté donc qui s’efforce de reprendre grossièrement les ficelles du Discours d’un roi de Tom Hooper – apparitions bégayées ici de George VI. Mais contrairement à la réussite de son aîné, victime d’un suspens nul et d’effets visuels inutiles, cet instantané sans saveur et sans émotion laisse une victoire totale à l’ennui.

4.5/10

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« La cité perdue de Z » (The lost city of Z) de James Gray

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“Jungle fever”

Dans l’Angleterre de 1906, le Major Percival Harrison Fawcett est engagé par la Société géographique royale pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie. Cette expédition est importante pour lui qui se doit de redorer le blason familial entaché par l’alcoolisme d’un père. Il en reviendra transformé avec l’obsession de repartir sur place pour retrouver la mythique cité de Z.

A travers la vie de ce personnage réel, James Gray nous offre une épopée dense et fascinante qu’il ancre à la fois dans l’histoire du monde et dans l’intimité d’un homme. Ainsi évoque-t-il la société conquérante de l’époque avide de découvertes, mais peu encline à prêter aux populations indigènes le nom de civilisation. Alors qu’éclate la Première Guerre mondiale, les tranchées éveillent une sauvagerie autre de celle de la forêt équatoriale. Évitant l’effet carte postale souvent dévolu au genre, Gray opte pour une image vaporeuse et à la lumière discrète qui resserre son propos autour de la figure héroïque de Fawcett, écartelée entre sa quête et les siens qu’il abandonne au pays. Sa femme Nina, soutien sacrifié de la première heure, et ses enfants qu’il n’aura pas vu naître finiront par épouser son rêve d’absolu. Un héritage existentiel qui se définit par cette maxime : « La portée d’un homme devrait dépasser son étreinte. Sinon, à quoi bon le ciel ? »

8.5/10

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« Tu ne tueras point » (Hacksaw Ridge) de Mel Gibson

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“Faut-il sauver le soldat Gibson ?”

L’histoire vraie de Desmond Doss. Convaincu que sa place est dans l’armée, mais fidèle à sa morale religieuse, il refuse de porter une arme. Après de multiples brimades et obstacles surmontés, il se retrouve au front en pleine bataille d’Okinawa dans l’uniforme d’un infirmier. Devant lui et son régiment se dresse l’infranchissable falaise de Maeda.

Parce qu’il a battu violemment son frère lors d’une bagarre enfantine et que son père inspirait la brutalité, Desmond s’est juré qu’il ne tuera jamais. Mais en tant que patriote convaincu, il ne peut que s’engager. Aux yeux de la grande muette, il passe donc pour un objecteur de conscience qu’il faut éliminer. Cette première partie mêlant romance d’un autre âge, camp d’entraînement à la Full Metal Jacket et procès bâclé respire la niaiserie. Il faut dire que dans le rôle, Andrew Garfield nous inflige un air ahuri vite agaçant. C’est dans les scènes de combat qui suivent qu’il révèle enfin son héroïsme. Tel un Saint-Bernard, il s’inflige la mission de ramener un à un en lieu sûr les blessés abandonnés.  Séquences douloureusement efficaces qui rappellent si nécessaire que la guerre est un carnage et les soldats, de la chair à canon. Demeure néanmoins le besoin intrinsèque du réalisateur d’ancrer sa démonstration dans un discours christique très prononcé. Passion, sacrifice, crucifixion sur un brancard et résurrection. Si l’émotion finit par passer en découvrant les images du vrai Desmond, le questionnement s’impose : Faut-il tant de violence pour évoquer la non-violence ? Une foi inébranlable n’est-elle pas une obsession emplie d’orgueil ? Mel Gibson cherche-t-il à sauver son âme ?

6/10

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« Alliés » (Allied) de Robert Zemeckis

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Pensée du jour : Mrs. & Mr. Smith

Alors que la Seconde guerre mondiale fait rage, l’agent canadien Max Vatan atterrit dans le désert marocain. Sa mission, retrouver la Française Marianne Beausejour qui l’attend à Casablanca. Mari et femme aux yeux de tous, ils ont pour objectif d’assassiner l’ambassadeur de l’Allemagne nazie. L’amour va érailler leur assurance d’espions tout en laissant le doute s’immiscer : véritables alliés ou ennemis cachés ?

Retour vers le passé pour Robert Zemeckis qui reprend quelques notes de Casablanca – non négligeable est le motif du piano. L’hommage au classique de Michael Curtiz aurait pu être vibrant s’il ne donnait si vite l’impression d’un incroyable pastiche sur un scénario se rapprochant étrangement du Mr. & Mrs. Smith de Doug Liman – quand le conjoint devient l’adversaire à abattre. Dès les premiers plans, l’artifice saute aux yeux. Le désert jaune d’or et cette étreinte emportée par le sable d’une tempête. Les décors datés en carton-pâte et les effets grossiers. Cet accouchement en plein Blitzkrieg où la Môme Cotillard s’efforce de crier plus fort que les bombes. Tout sonne aussi faux que le français de Brad Pitt, contraint de passer pour un citoyen de la Belle Province afin de justifier le bilinguisme ambiant. Même dans Inglourious Basterds, son italien se révélait plus crédible. Rarement l’Américain n’aura été si mauvais à l’écran, « benjaminbuttonisé » pour l’occasion afin de masquer un tant soit peu les onze années qui le séparent de sa partenaire légèrement plus à l’aise. Néanmoins, rien ne viendra sauver leur couple d’un glamour de pacotille – « Adieu mon Québécois ! ». Même dans les moments les plus mélodramatiques, quand les gouttes de pluie se mêlent aux larmes, un rire salvateur nous étreint. Et si tout cela se prévalait du comique troupier ? Le ridicule ne tue pas, certes, mais il ne rend pas plus fort.

5/10

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« Ni le ciel ni la terre » de Clément Cogitore

Séances rattrapage

Afghanistan, province du Wakhan, en 2014. Le capitaine français Antarès Bonassieu et sa troupe ont pour mission de surveiller une vallée désertique à la frontière pakistanaise. Une nuit, un soldat disparaît mystérieusement. D’autres suivront…

Revisite d’un genre – le film de guerre – qui préfère à l’action une couleur mystico-fantastique. La vérité est ailleurs et les réponses n’émaneront ni du ciel ni de la terre, mais de la sensibilité de chacun. L’expérience  inquiète, frustre peut-être, mais fascine assurément. De nuit, les ombres filmées en infra-rouge sont d’une lumière spectrale. Grand travail créatif sur l’image, le son et la musique. Un jeune réalisateur à suivre.

(8/10)

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« ’71 » de Yann Demange (2014)

Séances rattrapage

Belfast, 1971. Le conflit entre catholiques et protestants dégénère en guerre civile. Gary, jeune recrue anglaise, en est le témoin et… la victime.

Peu de moments de répit dans cette chasse à l’homme illustrant une violence politique et historique bien définie. Film fort duquel on ressort sonné, groggy. Il faut sauver le soldat Gary !

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